CUIRS
On désigne sous le nom de cuirs les peaux de taureaux, de buffles, de bœufe, de vaches, de veaux et de chevaux, qui ont subi l'opération du tannage.
Le tannage de ces peaux s'obtient à l'aide d'écorces d'arbres ou d'autres matières végétales contenant du tannin. L'écorce du chêne est la matière généralement employée et préférée à toutes les autres. La France doit, en grande partie, la supériorité de ses cuirs à la beauté des chênes qui peuplent ses forêts. Vyeuse, espèce particulière, dont les feuilles sont vertes en toute saison , fournit une écorce supérieure à celle des autres chênes ; l'yeuse, plus connue sous le surnom de chêne vert, est très commune dans le Midi de la France.
La France abat, toutes les années, environ 4 ou 5 millions de têtes d'animaux de la mce bovine ; mais, ces abats sont très loin de suffire aux besoins de notre fabrication; aussi, les importations de cuirs salés et cuirs salés secs en poils, sont-elles considérables.
La France reçoit, par la voie du Havre, de Bordeaux, de Nantes et surtout de Marseille, ces quantités importantes de peaux que nous envoient tous les pays du globe. Les arrivages les plus considérables nous viennent des principaux ports de l'Amérique méridionale.
La Chambre de commerce de Marseille exprimait le regret, en 1863, de voir diminuer le chiffre de ces importations. « Autrefois, lisons-nous dans le compte-rendu de « la situation commerciale de cette année, nous recevions directement de Bahia, de « Fernambouc, de Maragnon et de l'Amérique centrale de telles quantités que nous « pouvions faire face à la fois, non seulement aux demandes de l'intérieur, mais « encore à celles de l'étranger. Il n'en est plus ainsi maintenant. D'une part, en effet, « les armateurs habituellement importateurs de cuirs, qui se sont établis à Paris, « trouvent naturellement plus de convenance à faire arriver dans les ports du Havre « ou d'Anvers, les marchandises qu'auparavant ils recevaient à Marseille; car, à « l'avantage de les avoir pour ainsi dire sous la main , vient s'ajouter pour eut la « faculté de les réaliser dans un centre de consommation de très grande importance.
« Que le déplacement de ce courant d'affaires ait été produit par ces causes ou par « d'autres, toujours est-il certain que l'importance du marché du Havre, dans cette « branche de commerce, s'est accrue d'une bonne partie de ce que nous avons nous- « mêmes perdu. Le reste a passé aux maisons de Gênes. »
APPENDICE — CUIUS 31
L'importation des cuirs en poils, qui avait subi, en 1863, une diminution sensible^ s'est un peu relevée en 1864, et présente une augmentation de 82,129 pièces sur Tensemble des diverses provenances.
Marseille est trop avantageusement placée pour qu'elle ne puisse lutter contre les nouvelles concurrences qui se dressent devant elles. Mais elle a besoin d'être aidée, dans cette lutte par le développement de notre marine, qui est malheureusement restée dans un état d'infériorité relative, dont elle sortira promptement, il faut l'espérer, sous l'influence du large régime de liberté qui va lui être accordé.
Par décret du 7 octobre 1863 , le Gouvernement a accordé à la Chambre de Commerce la faculté de vendre mensuellement aux enchères publiques les cuirs des abats de la boucherie de Marseille. Ces ventes sont régulièrement suivies par les fabricants tanneurs et les résultats sont de nature à satisfaire les vendeurs et les acheteurs. Il est regrettable que l'amélioration mise en pratique pour le gros cuir ne s'étende pas encore sur tous les produits des abats, c'est-à-dire sur les peaux de veaux, les peaux de moutons, d'agneaux, etc. Il faut espérer que les bouchers renonceront à leur ancienne habitude , comme ils l'ont fait pour les peaux de bœufs.
Voici le relevé des abats, en 1864 :
Bœufs et vaches 28,356
Veaux 12,612
Moutons 225,424
Chevreaux 1,110
Agneaux 50,180
Les affaires ont eu , pendant l'année 1865 , une grande et constante activité. Malgré les fortes quantités de cuirs venues d'Amérique, les acheteurs ont dO recourir encore, comme les autres années , aux marchés du Nord et spécialement au marché du Havre pour compléter leurs approvisionnements.
La position exceptionnelle de Marseille dans le bassin de la Méditerranée lui permet, sans doute , de lutter contre toutes les concurrences , mais il est indispensable pour lui assurer les avantages de cette position, de hâter le moment où elle pourra se trouver en possession d'un service de paquebots à vapeur pour La Plata et le Brésil. Les heureux résultats déjà obtenus à l'aide du service régulier de paquebots à voiles, qui s'est établi depuis quelques temps entre Marseille et le Bn^sll , peuvent donner une idée de ceux que notre commerce pourrait attendre de l'organisation d'un service de bateaux à vapeur français.
Le chiffre des importations a sensiblement diminué.
Cette diminution, qui porte principalement sur les provenances du Sénégal , s'explique par une forte épizootie dont la race bovine a été atteinte Tannée dernière.
La situation ne s'est pas améliorée^
Les arrivages de cuirs de La Plata, du Brésil et du Sénégal, ont éprouvé, cette année , une diminution qui est due à la présence des américains sur les lieux de production et aux nombreux achats qu'ils ont faits pour reconstituer leur stock considérablement amoindri depuis longtemps.
Il faut tenir compte aussi que le port du Havre est devenu le siège principal des armements français pour Là Plata, tandis que, depuis la crise de 1857, Marseille a vu diminuer le nombre de ses armements pour ce pays.
Fort heureusement qu'une maison de Marseille a organisé un service régulier de navires à voiles, et que, d'un autre côté , la compagnie des transports maritimes vient d'établir une ligne de bateaux à vapeur pour La Plata. Par suite de cet accroissèment dans les moyens de communication, il y a lieu d'espérer que les relations commerciales de Marseille avec ce pays prendront plus de développement et plus d'activité.
Les importations totales de cette année s'élèvent au chiffre de 632,974 pièces, et présentent une augmentation, sur 1867, de 57,493 pièces. Cette augmentation est due aux provenances de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc, qui ont fourni à elles seules, par suite de l'épizootie qui a régné dans ces contrées, des quantités vraiment exceptionnelles, soit 392,291 cuirs dont voici le détail : *
Maroc 76,075 cuirs.
Tunis 34,161 id.
Algérie 282,055 id.
Total 392,291 cuirs.
Les relations avec La Plata et le Brésil ont repris une certaine activité; on constate une augmentation de 112,932 cuirs sur les arrivages de ces provenances.
APPBNDIGB — CUIB8 317
La Chambre de commerce fait remarquer, cependant, que cette augmentation est due plutôt aux Entrepôts d'Europe qu'à l'importation directe.
L'ensemble de l'importation des cuirs, en 1870, présente une diminution de 12,505 pièces sur l'année 1869.
Cette diminution a porté sur les provenances diverses pour le chiffre de 37,695 pièces, •tandis que les provenances de La Plata présentent une augmentation de 24,813 pièces, qui ne se serait pas bornée là, si la déclaration de guerre, une fois connue , n'avait arrêté les expéditions.
Malgré les péripéties politiques intérieures qui ont suivi la guerre avec la Prusse, les affaires des cuirs n'en ont pas moins été très animées. L'année s'est terminée avec une faveur sensible sur le cours de l'année 1870, soit 20 0/0 sur les cuirs secs et 30 0/0 sur les cuirs salés d'Amérique; toutes les autres provenances, en général, ont également participé à la même augmentation.
Le chiffre des importations présente une augmentation de 43,566 cuirs sur l'année dernière.
Cette augmentation porte plus particulièrement sur les provenances diverses dont le chiffre s'élève à 357,849 pièces ; les Plata secs et salés y figurent également pour 53,107 et les Rio-Grande secs et salés pour 22,107.
Les tanneries de cuirs ont été en activité et les demandes du tanné assez suivies, malgré une baisse de 10 0/0. Quant aux cuirs en poils, ils ont subi une baisse proportionnelle, ce qui a permis aux fabricants de travailler avec avantage.
Voici le relevé dea abats de nos boucheries en 1873, qui n'ont pas augmenté depuis dix ans (1) :
(i) Voir, ci-dessus, ee relevé ponr l'année 1864.
HISTOIRE DU COMMERCE DE MâRREILLE
Bœufs et vaches. . 25,325
Veaux 8,676
Moutons 174,505
Agneaux 25,255
Chevreaux 885
Les cuirs ont été très bien tenus pendant toute Tannée et les tanneries n'ont pas cessé d'être en activité. L'année a été excellente pour cet article qui, du reste, est de première nécessité et s'écoule toujours facilement, soit en France, soit à l'extérieur, à cause de sa supériorité sur les cuirs étrangers.
Nous donnons ci-après un tableau comparatif des importations depuis 1855, duquel il résulte que le commerce des cuirs, à Marseille, s'est maintenu en pleine activité, sans augmenter ni diminuer, d'une manière sensible, l'accroissement d'une année compensant les pertes d'une autre année.