COTON EN LAINE
Les importations de coton qui n'avaient jamais atteint le chiffre de 100,000 balles, s'élevèrent en 1863, à 147,000 balles.
Cette augmentation exceptionnelle fit naître deux graves difScultés : Tinsufiisance des moyens de transports et la pénurie du numéraire.
Les commerçants en coton avaient cru devoir, à cause du prix élevé de cet article, le faire arriver presque exclusivement par bateaux à vapeur et le matériel naviguant s'était bientôt trouvé insuffisant, malgré les efforts des compagnies maritimes. La Chambre de Commerce renouvela , à cette occasion • le vœu relatif à l'achat de navires étrangers, qu'elle avait précédemment émis. « Très-certainement, disait-elle, si nos armateurs avaient pu introduire , sous pavillon français et gratuitement , des bateaux à vapeur étrangers , l'inconvénient signalé aurait promptement disparu, et le prix du fret des cotons , sur navires à vapeur, serait descendu au même prix pour Marseille que pour Liverpool. »
Avec le système de liberté, réclamé par la Chambre de Commerce, il est hors de doute, en effet, que la pénurie des transports aurait cessé et que le prix du fret aurait aussi diminué , sans cesser d'être rémunérateur, au grand bénéfice du com-r merce , de la marine et de l'industrie.
La seconde difficulté provenait de la nécessité de payer les cotons en espèces métalliques. Il est évident que les métaux précieux qui vont dans l'Inde et en Egypte n'en reviennent pas. L'accroissement de richesses , dans ces pays , finit par amener un plus grand luxe , et par conséquent , de plus fortes dépenses. Il ne faut pas se dissimuler que ce luxe porte principalement sur des produits orientaux et qu'il n'est pas possible de payer les cotons , en Orient , avec des produits européens , comme nous le faisons en Amérique , où les populations ont les mêmes goûts , les mêmes besoins que nous.
« C'est là , ajoutaient les représentants du commerce de Marseille un grave inconvénient, qu'il est très-difficile, sinon impossible de conjurer. »
L'année suivante , l'importation des cotons s'accrut encore de 26,000 balles, et les craintes manifestées par la Chambre de Commerce, au double point de vue delà difficulté du transport et de la crise monétaire ne se réalisèrent pas. Les efforts tentés par plusieurs compagnies de bateaux à vapeur et l'activité donnée aux constructions navales, ne tardèrent pas à procurer au commerce tous les moyens de transport nécessaires; quant aux inconvénients, résultant de l'obligation de payer les cotons en espèces métalliques, ils furent grandement atténués, soit à la suite de la baisse que subirent les cotons sur tous les marchés de l'Europe , soit par l'effet des besoins énormes de marchandises diverses, qui se manifestèrent dans les pays producteurs et particulièrement en Egypte.
Les arrivages de coton ne se sont pas ralentis depuis cette époque et le placement de cet article s'est effectué dans de bonnes conditions. Cependant notre marché pour
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le débouché du coton deviendrait plus important ; si y pour faciliter nos relations avec le Nord , le chemin de fer se décidait à abaisser ses tarifs qui sont trop élevés pour certaines places et empêchent les transactions.
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Le développement de cette branche du commerce de Marseille dépend surtout des communications plus ou moins rapides , plus ou moins régulières avec l'Inde et la Chine. Les arrivages de la Chine , à peu près nuls en 1855, et qui ne s'élevaient qu'à 7,000 balles en 1860, ont atteint 42,000 balles en 1874. Le Japon qui nous envoie 5,753 balles de soie , n'en expédiait que 210 balles en 1861.
L'accroissement successif des importations de Chine et du Japon est un fait d'un haut intérêt ; il démontre que l'Angleterre , qui avait autrefois le monopole de ce commerce se trouve aujourd'hui en présence de concurrents sérieux.
Il est regrettable toutefois que Marseille , port d'arrivée dans une situation privilégiée, voisin de l'Espagne et de l'Italie, de la Grèce, de la Turquie d'Euix)pe et d'Asie, et de la Perse , n'ait pas, comme marché de vente, l'importance qui lui revient naturellement , et continue à voir simplement traverser son territoire , les soies de l'extrême Orient , et notamment celles de la Chine et du Japon , qui pourraient y être vendues à des conditions plus économiques que partout ailleurs.
Notre commerce qui entretient des relations avec toutes les contrées séricicoles de l'étranger, pourrait facilement attirer les acheteurs à Marseille, mais il faudrait poui* cela qu'il pût constamment leur offrir un stock suffisamment abondant , pour leur permettre d'opérer sur une certaine échelle et qu'il adoptât résolument surtout, le système des ventes aux enchères publiques et périodiques qui a si bien réussi à Amsterdam et qui est en voie de succès à Lyon depuis plusieurs années.
C'est par le port de Marseille que passent les fortes quantités de soie de Chine , du Japon et du Bengale, que la France et Lyon, particulièrement, demandent à l'extrême Orient , au lieu de les tirer des entrepôts de Londres comme précédemment. Le commerce français a donc pu détourner la moitié de ces importations au grand détriment des marchés anglais. C'est là un beau résultat, il y a lieu de regretter seulement que, dans ce mouvement considérable , Marseille ne participe que pour une faible part , et reste principalement place de transit.