‹ Histoire du commerce de Montpellier, antérieurement à l'ouverture du port de Cette, rédigée d'après les documents originaux, et accompagée de pièces justificatives inédites;Chapitre 11 sur 23 · SO HISTOIRE DU COMMERCE · texte numérisé non relu

SO HISTOIRE DU COMMERCE

Charles VI y en face de ces motifs d'infériorité , est contraint, après avoir épuisé tous les remèdes et tous les délais, de prescrire, le 27 mars 1397 (1398), une enquête sur le nombre réel des feux de Montpellier , c'est-à-dire sur la quote-part de contributions que ses ressources permettaient de demander à ses habitants ' . Ce n'était pas la première fois qu'il fallait s'occuper ainsi d'abaisser le chiffre de l'impôt à répartir entre

du 4 «r avril 4365, où se peint d\me manière caraclérislique le découragement de nos bourgeois , sous le coup de tant d*iDfor-

tunes : « E nom de Nostre Senhor Dieu Je$hu Crisi, noscossols

de la tUia de Montpellier, consideram que, juxta la doctrina del apostol , totz las fatz de Crht son nostra instruction , e que nos lo devem resemblar de tôt nostre poder segon la humanitat, attendens los grans mais e las grans tribulacios , que an lone temps durât et encaras duron , et es dupte de mays durar e de creysser, si la misericordia de Nostre Senher Dieux Jhesu Crist non nos ajuda , so es assaber de mortalilatz , de fams e de carestias , de guerras , de tempestas , e de grans perdemens de bens en mar et en terra ; considerans atressi que , segon VEscriptura , totz los mais que avem nos tenon per nostres pecratz , regardons en aleuna manieyra a l'issemple del rey del pobol de la ciutai de Ninyve,... avuda délibération e conseil h pie nier e madur am los curiais de las cortz et am lo pobol de Montpellier, a honor de Dieu et de la Verges Maria e de tôt a la Cort celeslial, e per placar Nostre Senher de la siena ira , la cal sembla que aia contra nos per lospeceatz nottreê, e per extirpar peccatz et oster materia de desplazes de Nostre Senher, e per lo ben et profich comun de la villa e dels habitems de la villa de Montpellier, volem, ordenam et establem, etc. » Pei, Thal.^ pag. 464.

* Arch. mun. de Montp., Arm, D, Cass. XIV, No 46.

nos bourgeois; et rien n'établit mieux avec quelle triste vitesse décroissait la prospérité de notre ville , que la décroissance même de ce chiffre. Il était encore de 4,520 feux en 1367, soit pour l'enceinte , soit pour les faubourgs de Montpellier*. En 1370, il n'est déjà plus que de 4,421 feux*. En 1373, il est de 2,300 feux»; en 1379 de 1,000 feux'. 11 descend à 800 feux en 1390', et tombe jusqu'à 334 feux en 1412* : preuve irrécusable , sinon de la dépopulation de notre ville , du moins de l'affaiblissement graduel de sa richesse et de sa prospérité marchande.

Ce serait donc vers la limite chronologiquement indiquée par la fin du second tiers du XI Y* siècle et le commencement du W^ qu'il conviendrait de placer la crise à l'issue de laquelle , sous la délétère influence des malheurs publics , s'est arrêtée la période ascendante de la vie commerciale de Montpellier. Elle ne fit que décliner 'de plus en plus , à partir de là. Les

> Arcb. inun. de Montp., Arm. D, Cass. XIV, N» 4. — II avait plus anciennement dépassé 40,000 feux. Voy. HUt. de la Comm. de Montp., II, 327.

* Bist. gén, de Long., IV, Pr. 303.

> Arch. mun. de Montp., Arm. D, Cass. XIV, No 2 , et Gr, ThaL, fol. 88.

4 Arch. mun. de Montp., Arm. D, Cass. XIV, N» 1 1 , et Gr, Thaï.,

fol. 405.

* Arch. mun. de Montp., Arm. 0, Cass. XIV, N© 43.

« Arch. mun. de Montp., Arm. A, Cass. XIV, No 26. Cf. Hi$(. de la Comm, de Montp., II, 328.

causes qui en avaient suspendu le développement subsistant, rien ne pouvait conjurer la décadence ^ Nos monarques interposèrent en vain leur action réparatrice, dure ou mitigeante. Charles VI , entre autres, eut beau , le 5 avril 1410, accorder en faveur de nos marchands la contrainte par corps , à défaut du paiement régulier des lettres de change ' ; et Charles Vil eut beau leur octroyer, à son tour, le 18 août 1428 , avec une tolérance exceptionnelle touchant Tusage des monnaies , la rémission des peines déjà encourues pour désobéissance à ses prescriptions monétaires *. Le commerce n'en continua pas moins de décroître. Puis il changea de théâtre , marquant sa retraite , dans la direction de Marseille, par de successives étapes à Avignon , à Beaucaire, à Arles et ailleurs \ L'émigration fut activée par la réunion de la Provence au domaine

' Pas même les efforts que tentèrent nos consuls pour attirer les étrangers y en exemptant de toute contribution aux charges publiques durant six ans ceux d^entre eux qui éliraient domicile à Montpellier. Voy., parmi nos Pièces justificatives, la déclaration officielle du 6 septembre 4 432 , No cci.

^ Biblioth. de la Fac. de méd. de Montp., manuscr. H, 449, et Arch. du greffe de la maison consul, de Montp., Arm. A, Liasse 15.

Page 1