U HISTOIRE DU COMMERCE
de marque établi à leur avantage , que de les exposer à mourir de faim \
Rien ne prouve plus manifestement l'importance dont jouissait encore , malgré les obstacles causés par le progrès des infortunes nationales , le commerce de Montpellier, que les soins attentifs auxquels se livraient pour son maintien les divers pouvoirs appelés à régir le pays. Les marchands montpelliérains ayant , au commencement du règne de Charles V, témoigné le désir de voir autoriser dans leur ville deux foires chaque année , à Tinstar de celles de Pézenas , Tune le lendemain de TAscension , l'autre le jour de la Saint- Luc, le monarque prescrivit , le 6 août 1368 , une enquête sur le plus ou moins d'opportunité de la concession ^. 11 en ordonna une seconde , le 1 5 décembre 1 376, au sujet de l'établissement d'un marché aux draps, demandé pour certain jour de chaque semaine , et impliquant fixation d'une marque spéciale , à apposer sur toute pièce sortant d'une fabrique de Montpellier •. L'établissement eut lieu l'année d'après ; mais ce ne fut pas Charles V, ce fut Charles le Mauvais qui le décréta*,
' Lettres du roi Jean du 4 août 4362, Arch. muo. de Monlp., Arm. C, Cass. XX, N® 44. -- P. J., cxlviii.
^ Arch. mun. de Montp., Arm. B, Cass. XII, N» 4. — P. J.,
S Arch. mun. de Montp., Arm. A, Cass, IX, No 47. Cf. Hist. de la Comm. de Montp,, III, 489.
4 Par des lettres données à Olette au mois de mai 4377, et éditées dans notre Histoire de la Commune de Montpellier, 111, 490.
DE MONTPELUER. 45
et la charte renferma , outre l'octroi du marché hebdomadaire sollicité, une sorte de règlement de police industrielle , relatif à la vente et à la fabrication des draps , que devaient surveiller des gardes ou inspecteurs experts , annuellement élus par les cousuls de Tart de la draperie, et fonctionnant, sans acception de personnes , au profit de l'intérêt général ' .
Charles V s'effaçait , en cette occasion , devant les droits seigneuriaux d*un vassal qu'il eût été imprudent de mécontenter. Mais, quoique s'étant par politique dessaisi de la seigneurie de Montpellier en faveur de Charles le Mauvais , dont la présence lui paraissait moins dangereuse sur la Méditerranée qu'au cœur même du royaume de France % il ne laissait pas pour cela refroidir ses sympathies à l'égard des bourgeois de Montpellier, il avait , presque aussitôt après l'échange avec le roi de Navarre , signifié au bailli de Mâcon et aux divers justiciers ou péagers de ses domaines, qu'il n'entendait pas que nos marchands fussent réduits pour
' Arcb. muQ. de Montp., Arm. B, Tiroir IV, No 5. Cf. Hist. de la Comm. de Monip., III y 490. — Charles le Mauvais, avant (TeDCOU rager de la sorte ce genre spécial d^industrie, avait déjà hoooré d^une protection collective tous ceux de nos marchands que leur commerce appellerait, soit dans son royaume de Navarre , soit dans son comté d*Évreux. Voy. aux Pièces justificatives ses lettres du SO juillet 4372.
' Voy., touchant cette politique et cet échange, notre Histoire delà Commune de Montpellier, il, 47S. Cf. Secousse, fftil. de CkarUe U Mauvais.
44 HISTOIRE 00 CiÔllHËttGE
ïéfat éùttmerté à l'état d'éttM^ri , en MéoùliftttiiciAiit ie n'exiger d'eui que les imposittona oti réà&fûMët exigibles^ def tons les sujets français * .
Soû frère , lé duc d'Anjou , représentant du poBftoii' ftyal afi sein de la prôvinise de Languedoc, semble é'Stré conformé à cette manière d'agir. Il accorde , kf 26 octobre 1374, sur la demande des consuls de Montpéilier , un sauf-conduit à ceux de nos commerçants (fUi se pfopoëaient de meiler desf marchandise à ht foire de Pésenas ' ; et il affecte , en outre , le 23^ mai 1977, à la construction d'une hge dans leur tiUe vA dottssième de l'impôt qui se prétèTerait chez eux per^ dàfit deux ans'. Cette loge , que nous appellerions à,JBH jdtli^'bui Bourse et Tribunal de commerce , detait etrcf bâtie sur le place Notre-Dame des Tables , à peu de distance de FHdtel-de-villci d'alors. Elle a subsisté just[u'à une époque voisine de la nôtre , à l'aide de périôdiqueB réparations , mais gardant des traces iKAn^ fiM^ses de sa primitiTC architecture \ La maiëoû qirî lui a succédé paraissait encore presque neuve , quand tout récemment on en a abattu l'angle , pour régula-
^ teUrés du 40 juillet 4366, Arcli. mun. de Mfont(l', Aritt. A, Cass. XVir, No af. — p. J., CLix.
^ Arch. tt)un. de MoDtp., Arm. B, Cdss. XII, fi^e. — F. J.,
CLXzm.
I Arch. muD. de Montp., Arm. E, Cass. Vil, No 37. Cf. ArM. A , Gtes. XVI, No 8, et Arm. Dorée, Liasse 6, No 4. — P. J., cLïxxi.
* Voy., pour plus de détails, le chapitre VIU de cette Histoire.
DE HONTPELLiEH. It
riser les aborde de là nôuVc^He hdie et aligDëi^ là t\H de FAiguillerie.
Venant da duc d'Anjou , une telle faveur étsLit on fté peut plus gracieuse. Qui ne connaît ses impitoyabtéâ habitudes fiscales , et ne se rappelle jusqu'où elles ont porté le mécontentement parmi les populationÉ? L'émeute de Montpellier de 1379 n'est-elle pas gravée dans l'histoire en caractères de sang ^ ?
Le duc d'Anjou , en s'écartant de ses principes éé rigide accaparement, par ses lettres du 29 mai 1377, honorait d'une générosité d'autant plus rare les hsbi* tants de Montpellier. Les traditions monarchiques lui prescrivaient sans doute ce sacrifice ; mais il ne faut pas moins lui savoir gré d'avoir consenti à une dévia^ tion si peu en harmonie avec ses maximes ordinaires^.
Le duc de Berri signala , à son tour, sa lieutenaneié royale dans nos provinces ^ en exemptant, le 20 juin 1386 , les facteurs des marchands de Montpellier du paiement de tout impôt dans les localités où ils s'arrê^ teraient pour leur commerce*. La justice le voulait ainsi , et nos consuls le» lui avaient tes première fait sentir. Mais il régnait tant d'arbitraire au sujet deb droits fiscaux , que , dans certains lieux , à Toulouse
' Voy. Hiit. de la Comm. de Montp.^ Il, 487 sq., et notre Mémoire académique de 4847, iolitulé : Une émeute p^pui^re iouê Ckariee Y.
' Arch. mim. de MoDtp., Arm. E, Gaâs. VII, N« 43. — P. J.,
OJLXXVl.
48 HISTOIRE DU COUMERCE
par exemple et à Narbonne , Tautorité municipale , en quête d'expédients pour se procurer des ressources y imaginait de faire peser les charges publiques jusque sur les étrangers stationnant à raison de leur négoce. Le duc de Berri , docile aux remontrances de nos marchands, réprima cet abus, en décidant que le centre d'un établissement commercial constitue seul la résidence.
Le pouvoir monarchique, exercé directement ou par délégation, apparaissait déjà comme le foyer où venaient converger tous les rayons , et comme le cœur destiné à répandre la vie par tout le corps de la France. Charles VI , sur l'initiative de nos consuls , prescrit , le 16 juin 1394, au bayle de Montpellier de veiller à la réparation des ponts du Lez, qu'un débordement, survenu l'année précédente , à la suite d'une pluie diluvienne, avait rendus impraticables ^ Il réitère ses ordres pour le même objet le 9 septembre 1395, et en transmet encore d'analogues le 31 août 1401, en exigeant , outre le rétablissement des ponts , celui des chemins nécessaires aux besoins du commerce '.
Malgré cette constante assistance du pouvoir, néanmoins , la prospérité commerciale de Montpellier déclinait. Comment n'en eût-il pas été ainsi , avec les malheurs qui depuis un demi-siècle accablaient la France?
> Arch. muD. de MoDtp., Arni. G» Cass. V, N» 41. — P. J., CLixxix. — Cf. Chronique du Petit Thalamus, à Tanuée 4393. ' Arcb. mun. de Monlp.» Arm. G, Gass. XII , No S et 3.~ P. J.,
L'invasion anglaise n'était pas Tunique cause de ruine. Les ravages occasionnés par les courses périodiques des Grandes-compagnies exerçaient une action peutêtre plus meurtrière * ; car ils constituaient un danger toujours présent , qui , en tenant le commerce sans cesse en échec , nuisait non-seulement à son développement , mais à son maintien. Qu'on ajoute à ces motifs généraux de décadence les blessures infligées par un fisc insatiable , les périls résultant de la fréquence des maladies épidémiques , et l'éternelle réapparition de la piraterie , cet autre épouvantail , d'autant plus effrayant qu'il n'épargnait personne et semblait se rire de tous les efforts tentés pour sa répression ; qu'on y ajoute aussi ) comme suite nécessaire , les pertes éprouvées çà et là et le progressif appauvrissement qui en découlait ', et on n'aura nulle peine à s'expliquer la situation amoindrie dont notre ville, naguère si riche et si florissante , offrait le spectacle à la fin du XIV* siècle \
' ns étaient si redoutés, qu'en 4367 et 4 368 il fallut payer des soldats pour (aire la garde autour des vendangeurs. Voy. Pet, TkaLj pag. 384 et 383.
^ Ces diverses causes de ruine sont indiquées dans nombre de documents de Tépoque , et entre autres dans des lettres de Charles YI, du 26 mai 4444, que conservent nos Archives municipales, Arm. E, Cass. VII, Liasse 44. Elles figurent également dans un acte du 34 octobre 4427 et dans les lettres de Charles VII du 47 juillet 4450, qu*on lira parmi nos Pièces justificatives, N« cxcv, cxcix et ccvn.
3 Et même avant; témoin ce préambule du règlement somptuaire