H HISTOIRE DU COMMERCE
La politique du monarque changeait avec les circonstances ; et Marseille , objet précédemment des jalouses susceptibilités du pouvoir, allait participer aux mêmes prérogatives que Montpellier. Marseille allait jouir d'une fortune plus enviable encore : nos rois ayant un égal intérêt à protéger dorénavant les deux villes , elle devait, par le seul privilège de son exceptionnelle supériorité , l'emporter invinciblement sur sa rivale.
Le prince que de nouvelles exigences entraînaient dans cette nouvelle voie , avait plus d'un titre à la gratitude de nos marchands. Non content d'avoir , au commencement de son règne , adouci en leur faveur la dangereuse concurrence du commerce marseillais, par une notable élévation de droits sur les denrées dont il se constituait l'introducteur, il avait promulgué, à leur avantage, d'utiles règlements, relatifs à la vente des grains^ el à la fabrication des draps*. Ces statuts
» espices, sucres et drogueries. » Arcli. mun.de Montp., Gr. Tktd,^ loi. 354 vo. — p. J., ccxi.
' LeUres do Louis XI du mois de mai 4466, Arch. muo. de MoDlp.» Gr. Thal.f fol. 480 ro, et Arch. du greffe de la maison consulaire, Arro. A, Liasse 45. Cf. Ordonn. de$ rois de France, XVI, 485.
^ Lettres de Louis XI du 23 janvier 4475-76, Arch. muo. de Montp., Gr. Thd.^ fol. 478 ro. — P. J., ccxn. — Nous ne parlons pas de rétablissement à poste fixe de la Cour des aides à Montpellier en 4467. (Ordonn. des rois de France, XVIl, 40.) Ce bienfait de Louis XI envers notre ville appartient à an antre ordre d*idées.
étaient particulièremeut de nature à rendre à Montpellier les plus grands services ; car, en y remettant sur un pied considérable une branche d'industrie capable d'occuper nombre de bras, ils pouvaient remédier en partie à l'effrayante dépopulation qui y régnait. Louis XI constate , le 23 janvier 1475 ( 1476) , que la moitié des maisons demeurait chez nous inhabitée , et que la désertion s'étendait de jour en jour à vue d'œil. L'appauvrissement marchait de pair, et le roi se trouva contraint d'accorder à nos bourgeois, le 9 mars 1481 (1482), un dégrèvement d'impôt de deux mille cinq cents livres tournois. L'émigration était alors presque totalement accomplie ; et ceux des négociants étrangers qui n'avaient pas pris leur essor vers la Provence, achevaient de s'établir à Lyon , où les attirait la perspective de foires importantes * .
La ville de Montpellier, jadis si splendide , apparaissait donc maintenant misérable et délaissée. Tous les fléaux semblaient avoir fondu sur elle à la fois, comme s'ils se fussent concertés pour sa perte. Outre le contrecoup des calamités publiques , épidémies , disettes , invasions, ravages des pirates et des gens.de guerre, absence de culture et de sécurité , qui avaient , à tant de reprises et sous tant de formes , battu en brèche son commerce , un incendie y avait , l'année précédente ,
I Lettres de Louis XI du 9 mars 44S4-82, Arch. roun. de MoDtp., Ann. G, Cass. VI, N» 50. — P. J., ccxiv.
détruit en quelques heures vingt ou vingt-cinq maisons ; et les débordements du Lez et du Verdanson avaient encore accru le mal *. La pauvre ville s'en allait progressivement , et se sentait menacée de ne plus conserver bientôt , avec ses écoles , amoindries ellesmêmes par rinfortune des temps, que le souvenir glorieux de son antique supériorité.
Le gouvernement de Charles VIII essaya, conmie celui de Louis XI , tout ce qui lui était possible pour parer à cette affligeante décadence. 11 couvrit de sa protection , à peine installé , et exempta de tout impôt les étrangers ou les sujets français , non originaires du Languedoc , qui viendraient , avec leur famille et leurs biens, élire domicile à Montpellier. Ils n'y devraient contribution que pour les immeubles précédemment taxés dont ils se feraient acquéreurs , et n'auraient rien à y redouter pour leurs héritiers des rigueurs du droit d'aubaine, désormais complètement suspendu à leur égard V Aux yeux de quiconque apprécie les funestes conséquences de ce droit à demi barbare et l'étendue des exigences fiscales alors déployées sur le commerce , ces concessions renferment un immense bienfait. Le gouvernement de Charles VIIl ne s'en tint
1 Lcllres de Louis XI du 9 mars 1484-82 , déjà citées.
'^ FiCUrcs de Charles VIII du dernier jour de février 4483-84, Arcli. inun. de Monlp., Arm. F, Cass. V, N*» 46, Arra. G, Cass. VI, N" 74, et Gr. ThaL, fol. 195 v<'. Cf. Ordonn. des rois de France, XIX , iTô,
pas là. Par de nouvelles lettres du 20 mars 1485 ( 1 486 ) , il proclama de plus fort , au profit des étrangers qui fixeraient ou auraient déjà fixé leur résidence à Montpellier , le privilège de ne pouvoir être atteints par aucunes« marques, contre-marques ou représailles» y et annula certaine procédure, entreprise sous ce prétexte par la cour du sénéchal de Beaucaire , contre un marchand barcelonais , Jacques Vernegail , récemment établi dans notre ville*. Le pouvoir royal, afin d'y rappeler le commerce avec plus d'efficacité encore , y créa, en mars 1488, deux foires annuelles, de huit jours chacune , qui s'ouvriraient le 26 avril et le 1*' octobre *. Il fallut une grande fermeté de résolution pour obtenir quelques fruits de ce bienfait ; car les habitants de Pézenas et de Montagnac, depuis longtemps en possession de foires analogues ' , s'efforcèrent de le neutraliser, en alléguant l'impossibilité à laquelle s'était de lui-même condamné le roi de France , de créer aucunes nouvelles foires en deçà
* Arch. oiun. de Montp. , Arm. C, Cass. XX, No 43. Cf. Arm. G, Cass. VI, No 71, et Gr. ThaL, fol. 196 vo. — P. J.,