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définitivement de constituer chez nous avec l'industrie Tunique aptitude aux honneurs consulaires ; et rien ne prouve mieux peut-être la stérilité des essais périodiquement tentés par le pouvoir royal pour ranimer notre existence commerciale.
Les troubles occasionnés par l'invasion du Protestantisme avaient d'ailleurs achevé d'anéantir ce qui en restait encore ; et quand la salutaire sagesse de Henri IV eut , par l'édit de Nantes , imposé silence à la fureur des partis, il ne subsistait plus parmi nous assez d'éléments pour recommencer l'œuvre restauratrice de Louis XI et de Charles YIII. Il fallait, avant tout, réorganiser la société et fermer les blessures douloureusement saignantes de la France. Le règne de Henri lY put à peine suffire à cette tâche laborieuse.
Le gouvernement de Louis XIII , malgré les orages d'une régence toujours sur le qui-vive , entreprit de remédier à notre détresse industrielle et commerciale. On le voit, en juillet 161 1, honorer de ses soins notre art de la draperie \ et en juillet 1615, confirmer les privilèges juridictionnels de nos consuls de mer *. Mais les sanglantes perturbations qu'engendra la recrudescence du fanatisme protestant au sein de nos provinces portèrent , en rendant inévitable le siège de
1 Arch. muQ. deHontp., Liasse cotée Lanéfice, — P. J., ccxlvi.
^ Arch. départ, de PHérault, Fonds des consuls de mer do Montpellier, B, 63, et Arch. mun. de Montp., Gr. Thaï,, fol. 350 ro. — P. J., ccxLvni.
DE MONTPEI.LIKH. «ô
Montpellier par Tarmée royale , un coup terriblement décisif aux intérêts de nos marchands; et, lorsque notre ville put enfin se remettre de cette longue série d'épreuves, sa nature panit essentiellement modifiée. A la ville industrielle et commerciale , traditionnellement imbue de démocratie , venait de succéder la ville doctorale et aristocratique, vouée par rôle et par nécessité aux principes du royalisme. La science , la médecine surtout et le droit, qu'avaient comme éclipsée dans Tancien ordre de choses les instincts commerciaux., occupait à l'avenir le premier rang. Le progrès intellectuel du siècle , de la société française en particulier, sur laquelle allait se lever le soleil de Louis XIV, et l'afiluence de plus en plus nombreuse dans nos murs , non-seulemeiit de disciples rajeunis d'Hippocrate , professeurs ou étudiants , mais de fonctionnaires et de magistrats , chez qui le culte des lettres se mariait fructueusement aux études juridiques , membres du présidial , de la cour des aides , de l'université des lois , officiers royaux de divers noms et de divers degrés , tout cela semblait donner à la vieille métropole du commerce un aspect nouveau. A la foule bariolée des hommes de l'Orient ou des deux péninsules d'Italie et d'Espagne , qui se coudoyait naguère dans nos rues, s'était substituée une population plus homogène et plus nationale , moins entassée , parce quelle cherchait davantage ses aises. 'Rivalisant de luxe avec la population marchande d'autrefois , il lui T. H. :i
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fallait , en outre , plus d'air et plus d'espace ; elle aimait les beaux hôtels et affectionnait les vastes résidences. Aussi sera-t-il sérieusement question d'agrandir l'enceinte de Montpellier \ Ce n'est pas que le nombre des habitants se fût beaucoup accru. Il est vraisemblable que , si nous avions des statistiques régulières , les chiffres du XVII® siècle nous apparaîtraient inférieurs à ceux du XIII'. Mais nous trouverions une différence profondément caractérisée dans le personnel. Celui de la haute société avait gagné ce que la société industrielle et marchande avait perdu. Mise en fuite par les désastres du XIV* et du XV® siècle , puis , presque aussitôt après sa reconstitution , chassée de nouveau par l'absence d'affaires et de sécurité que traînait à sa suite la tempête protestante , cette société travailleuse ne se reforma chez nous qu'en tremblant. Indépendamment du souvenir , toujours vivace , des affreuses secousses qu'elle avait tant de fois endurées , beaucoup de ses membres appartenaient au parti calvinien ; et l'autorité lui donnait de tenips à autre d'assez rudes leçons , dont la conséquence naturelle était d'entraver ou dé ralentir son libre développement. Elle avait toutefois, quoique descendue au second rang, repris une certaine importance dès le commencement du ministère de Colbert ; car elle reçut en 1 664 des lettres de Louis XIV, qui la conviaient à participer aux opérations
( Arch. mun. de Montp., Arm. Horée , Liasse DDDD, N» 4 , et Liasse S, N» 40. - P. J., cet.
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de la Compagnie des Indes -Orientales \ Le même monarque lui ouvrit, deux ans après, le port de Cette. Mais ce port fut loin de profiter à Montpellier autant qu'on l'espérait : il exerça sur notre ville une force d'attraction , qui , à l'instar de celle de Marseille , eut plutôt pour effet d'occasionner un nouveau déplacement du commerce. L'influence attractive a grandi progressivement ; et aujourd'hui notre prospérité commerciale n'euste plus guère que dans l'histoire : Marseille et Cette s'en sont partagé les débris. On s'est avisé trop tard de ce qu'il eût fallu faire pour la conserver. ' Divers plans s'élaborent à l'heure qu'il est^, tendant à rappeler dans nos murs la vie qui les a délaissés. Y parviendra-t-on ? Il est permis d'en douter : on voit
1 Lettre du 43 juin 1664, Arch. miin. de Montp., Arm. Dorée, Liasse NNN, N» 10. — P. J., ccli.
^ Nous avons ici particulièrement en vue les projets de MM. Pagezy et de Grave. Le premier, émis en 4846, consisterait à creuser nn canal maritime, qui permettrait aux navires de deux cents tonneaux d'arriver jusque sous les murs de Mont|>ellier. Le second, plus récent, quant à sa dernière formule du moins (4er janvier 4860), serait d'approfondir et d*élargir le canal du T^z, de manière à amener au Port-Juvénal des navires de quinze cents tonneaux et au-delà. 11 ne nous appartient ni de comparer ni de discuter ces deux projets. Ils rendent, comme celui que Gariel (Idée de la ville de Montpellier, 2« part., pag. 79) prétait, il y aura bientôt deux siècles, au pape Urbain V, un imposant hommage à l'ancienne supériorité commerciale dont nous retraçons l'histoire ; et nous sommes heureux de pouvoir applaudir à des pensées de résurrection si noblement conçues.
rarement un fleuve dont le cours a été détourné reprendre son premier lit ; et nous craignons bien qu'en dépit de tant d'efforts il ne reste à notre ville, de l'héritage de son glorieux passé, que la gratfde place qu'elle occupe encore financièrement et que la fortune de ses écoles. Puisse-t-elle , au moins, garder toujours ces dernières , et ne pas éprouver la suprême déception de les contempler allant enrichir , elles aussi , quelque centre plus favorisé !
l^iSTITOTIONS COMMERCULES DE MONTPELLIER. CONSULS DE