‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 100 sur 251 · III. U Asie-Mineurf turque · texte numérisé non relu

III. U Asie-Mineurf turque

des üsmanlis. Une courte campa^e avait safü au sultan Bajazet (1390) pour réduire les princes de Saroukhan, d’Aïdin et de Mentèchè à n’avoir d’autre alternative que la soumission ou la fuite. Il ne fallut rien moins que l’intervention de Tamerlan pour rendre à ces principautés une existence éphémère; les fils de quelques-uns des princes détrônés, des ambassades envoyées par les seigneurs d’Âltoluogo et de PalaÜa,' étaient allé implorer son aide contre le conquérant. Vainqueur de Bajazet à la grande bataille d’ Angora (1402), Tamerlan rétablit sur leur trône les princes dépossédés par lui.^ Dans le nombre se trouvait Ilyas (Elias) prince de Mentèchè (Carie):** celui-ci eut l’habileté de conserver jusqu’à sa mort (vers 1421), la piincipanté qu’il avait reçue de son père et il la transmit à ses héritiers, mais ces derniers n’en jouirent pas longtemps; en 1426, ils durent céder la place à un lieutenant du sultan des Osmanlis. Jusqu’aux dernières années, la république de Venise maintint ses relations avec cette principauté: elle avait des intérêts engagés suila place de Palatia, où s’était formée une petite colonie sortie de son sein. Nous possédons deux traités des années 1403 et 1414; les parties contractantes sont: d’une part Venise, au nom de laquelle figurent, comme signataires, dans le premier traité. Marco Falier, duc de Crète, représenté pai' Leonardo délia Porta, son ambassadeur, dans le second, l’amiral Pietro Civi'ano; d’autre part, dans les deux traités, l’émir Elias beg (Aliasbeis, Aliesbei). M. de Mas Latrie a publié le pi-emier de ces traités,* mais il ne connaissait pas le second.** Le titre de “dominus Palaiie“, attribué à Elias beg dans la suscription du traité de 1403 n’est pas reproduit dans le contexte: le savant historien a conclu de ce titre, qu’il s’agissait d’un petit prince dont le domaine, resserré entre la seigneurie d’Âltoluogo et la principauté de Mentèchè, devait se borner à la ville de Palatia, avec une étroite bande de territoire le long de la côte.** C’est une erreur: cet Elias beg est le prince de Mentèchè en personne; U régnait sur un vaste pays et la

' ClaTÿo, p. 198.

’ Duos, p. 79 et s.; Laon. Chalcoc.,

’ Sur ce personnage, voyez Ducas, p.

18, 80 et s., 106, 116; sur les derniers temps de sa vie, Hanuner, (faieA. det osman. Reietis, I, 424 et s. Laonicus Cbalcocondylas ne l'appelle pas autrement que MirStnla.;, c'est  dire “Le seigneur de Mentèchè" ; p. 65, 168, 244. M. Hammer le considère à tort comme le dernier des seigneurs de Mentèchè: c’est ce que démontre M. Stanley Lane Poole, dans le

Jowm. of lhe asiatic Society of Qreat Britain and Irtland, N. S. XTV, 4* part, p. 778, 780.

* A la fin de son étude intitulée; Oommerec d'Éphise et de Milet au moyen âge, dans la BMioth. de l'École de» charte», 5» série, T. V (1864), p. 226 et ss.

* Taf. et Thom., inéd.; regeste dans les Comme»!., III, p. 374, n® 205.

“ De Mas Latrie: Commerce d’Éphist et de Milet au moyen -âge, dans la Biblioth. de l'École de» charte», 5® sér., V, 122.

354 Troisième période. Décadence du commerce du I^'onf.

preuve en est qu’il pouvait mettre sur pied six mille hommes armés.’ Le deuxième traité ne laisse subsister aucun doute à cet égard, car Elias beg y est désigné foitnellement, une première fois comme seigneur de Mentèchë et une deuxième fois comme seigneui- de Palatin et de toute la province de Mentèchè. Cette principauté de Mentèchè et les côtes voisines, véritables nids de corsaires, constituaient un danger incessant pour la marine marchande et les possessions coloniales de Venise: la République avait un intérêt de premier ordre à garantir ces dernières contre leurs aggressions. Dans le premier traité, Elias beg donne sur ce point toutes les assurances et toutes les garanties désirables. La colonie de commerce vénitienne qui existait autrefois à Palatia était, parait- il, tombée en décadence, et les maisons précédemment habitées par les marchands vénitiens avaient été occupées par des Turcs; le prince accorde aux Vénitiens l’autorisation de les racheter ou d’en construire de nouvelles sur un terrain qu’il leur concédera gratuitement; en outre, il leur promet de nouveau la jouissance de l’église de St Nicolas, dont les traités précédents leur avaient assuré la propriété. La colonie sera administrée par un consul k la nomination du duc de Crète. Pour les marchandises importées ou exportées par les Vénitiens, le taux légal des droits de douane est fixé à 2 %: les savons, les draps, la cire, les pelleteries et l’alun en sont entièrement exempts. C’étaient là de très bonnes conditions: le traité de 1414 n’y ajoute rien d’essentiel. H est d’ailleurs peu probable que ces conventions aient été respectées quand la principauté Ait passée au pouvoir des Osmanlis. Ilyas lui-même n’en tenait compte qu’autant qu’il lui plaisait, et cela ne l’empêchait pas d’envoyer ses corsaires attaquer les Vénitiens, à Candie, à Modon et à Coron: pour les refouler, la République n’avait d’autre moyen que de faire faire de fréquentes croisières par ses naviies de guerre sur les côtes de la principauté.* Â ce point de vue, le seigneur d’Altoluogo ne lestait pas en arrière de celui de Mentèchë et il s’attira les mêmes mesures de répression.

L’histoire de la principauté de Tekkè se termine comme celle de la principauté de Mentèchë. Nous avons vu qu’après avoir perdu Satalia, sa résidence, le prince de Tekkè l’avait reconquise au bout de douze années sur le roi de Chypre (1373). Mais cette restauration n’eut qu’une durée éphémère: un adversaire plus dangereux ne tarda pas à surgir parmi ses propres coreligionnaires. Redoutant l’effet des menaces de Mourad I", sultan des Osmanlis, le prince jugea prudent de lui abandonner tout le pays, sauf les villes de Satalia et d’Istenos

' Ducaa, p. 81. ’ Sathas, Doc. inéd., II, 946 et s.;

Jdonum. star, mrrtdion.. XII. 199.

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