III. Produits fabriqués. — Tissus
centre de fabrication du camelot:' à Lajazzo, la colonie vénitienne exploitait la même branche d’industrie. En S3rrie, nous avons nommé Âlep, mais on y faisait encore d’autres étoffes, tandis qu’& Tripoli, c’était une spécialité.* Mms le pays qui méritait entre tous le titre de centre de fabrication des camelots était Hle de Chypre,* et, dans nie même, les deux villes de Famagouste et de Nicosie en produisaient à elles seules plus que tout le reste.' L’île de Chypre expédiait des camelots même en Asie-Mineure (à Satalia), en Égypte et en Syrie.* Nous connaissons par les sources les noms de diverses échelles du Levant où l’on pouvait se procurer chaque espèce de tissu d’origine orientalé; on peut dire qu’aucun n’était représenté sur autant de marchés que le camelot: nous pourrions en nommer quatre en Syrie, deux en Asie-Mineure, un en Égypte (Alexandrie), un dans l’empire grec (Constantinople), sans en compter deux autres, situés loin de la mer, Tauris et Damas.*
Il existait encore d’autres sortes d’étoffes qui sont moins souvent citées par les auteurs: je les passe sous silence: pour quelques-unes, d’ailleurs, j’en ai dit déjà suffisamment dans les notes du texte de l’Histoire du commerce. Ce qui a été dit plus haut à propos des soieries s’applique également aux autres étoffes. L’Ehirope s’approvisionnait, autant que possible, sur les marchés asiatiques les plus rapprochés de la Méditerranée et ne passait outre qu’en cas de nécessité; mais ces marchés s’approvisionnaient enx-mémes en Chine, dans l’Inde et dans la Perse. On sait, par exemple, que les Indiens fabriquaient dans le Bengale et à Cambaye, avec le coton indigène, des tissus d’une extrême finesse; ’ ces étoffes étaient en grande faveur chez les Arabes, les Persans et les Ég3rptiens, et l’Inde leur en expédiait des chargements de navires entiers, soit par Aden et La Mecque, soit par Ormouz.* Peut-on admettre qu’il n’en arrivât rien jusqu’en Europe?
Jusqu’ici, nous ne nous sommes guère occupé que des ëtofiês pour
' Har#, p. 208.
’ Paai, p. 90, b ; Doe. tulle relax, toee., p. 960; Bonaini, Sial. Pis., III, 104; Michel, II, 176, 249 , 461; Buichardiu, éd. Laurent, p. 26; Oay, Olots., I, 964.
' Paai, p. 88, b; Uhiatele, p. 264; Tafur, p. 88; Mas Latrie, Hitl. de Chypre, U, 448 , 461; UI, 497 , 635; Michel, H, 44; BMiothèque de V École des ehartee, 6« série, I, 348.
* Mas Latrie, lU, 244, 497, 686, 776, 777; Uumppenber^, p. 244; Le voyage de la tainete eyté de Hieruealem (1480), éd. Schefer, p. 106; Machairas (dans la Biblio-
thique de Sathas), p. 986: on trouve, dans oe passasse, la forme (grecque r^aïuXXoxla. ‘ Püoti, p. 868, 376 ; Mas Latrie, UI, 76. * PegoL, p. 8, 98, 42, 44, 49, 69, 77, 78, 79; üiz., p. 113.
' C'était ce que nous appelons de bi mousseline. Du temps de Marco Polo, oe qu'on appelait “mosolins‘‘ était un brocart d’or fabriqué à Mossoul: Marco Polo, p. 46; cf. Yule, Mareo Polo, I, 69.
■ Varthema, p. 161, 167, a, b, 166, a; Sotnmario, p. 328, a; Barbosa, p. 297, b; 992, a, 294, a, 316, b; JËmpoli, p. 80; Massari, p. 28; Uubematis, p. 169.
706 Supplément I. — Articles (Têchange entre l’Orient et VOcciâent.
vêtements. Mais la renommée des tapis d’Orient n’était pas moins grande au Moyen-Age que de nos jours. Le mot tapis (tappdo) est déjà d’origine orientale: c’est le nom d’un quartier de Bagdad, Attafcya.* Attabi en arabe est le nom d’un lourd satin rayé;’ comme cette étoffe était d’un bon usage poui' couvrir le sol dans les chambres d’apparat, le nom de l’étoffe passa à l’objet d’ameublement fait avec elle et s’appliqua dorénavant à tous les tapis sans distinction, qu’ils fussent faits de soie ou de laine. Les Grecs et les Arméniens dont se composait la population sédentaire des villes de l’Asie-Mineure tnrque étaient passés mmtres dans l’ail de tisser les tapis,” et les pi-oduits de leurs métiers s’exportaient en Europe: nous n’en voulons pour preuve que les douze tapis de peluche du “pays des Turcs” achetés en 1398 par le duc Louis d’Orléans.^ Dans les inventaires des trésors d’églises ” ou de maisons princiëres,” rien n’est plus fréquent que la mention de tapis d’outre -mer, sans autre indication d’origine.
Le courant qui amenait les tissus d’Orient en Occident subsista pendant tout le Moyen-Age. Mais il existait un courant en sens contraire, bien nettement marqué. La laine des moutons, particulièrement fine et abondante en Angleterre, fournissait à l’Europe la matière première de toute une industrie poui' laquelle elle n’avait pas besoin de foire appel à l’étranger. Les fabricants de draps européens en produisaient plus que suffisamment pour subvenir à tous les besoins de leurs pays respectifs, et le surplus s’en allait en Orient Les draps d’Angleterre, de Flandre, de iYance et d’Italie affinaient à Venise,’ pour y être chargés sur les galères du commerce qui les emportaient vers les échelles du Levant Vers 1420, les Florentins, chez qui l’art d’apprêter et de teindie le drap avait atteint un haut degré de perfection,”
' Ibn Djobair, pubL par Defrémery, daua le Joum. asiai., 6” série, XVI, 94.
’ Kremer, CuUurgescJiichte des Orients,
I, 887; Defrémery, 1. c.
* Marco Polo, p. 37; Aboulf. , Qiogr.,
II, 2, p. 134, 187; Cepio, De P. Moeeniei gestis, p. 9, 19; Selon, Obserrations, p. 338.
' Laborde, Les ducs de Bottrgogne,