‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 213 sur 251 · III. Produits fabriqués. — Tissms · texte numérisé non relu

III. Produits fabriqués. — Tissms

On fabriquait en Occident un article qui n’avait avec celui-là de commun que le nom: c’était une cotonnade du genre de la futaine.‘

Bucherame: étoffe très communément employée en Orient pour le vêtement:* son nom était sans doute dérivé de celui de Bokliara.-'* Noua pouvons citer, comme lieux de fabrication: en Arménie, Erzinghian;^ dans le Kurdistan, Mouch et Mardin;^ en Perse, Ispahan;” dans l’Inde, le district de Telingana (Moutflli); sur la côte orientale, le pays de Malabar, les villes de Tannah et de Cambaye; en Afrique, le pays de Habech;* enfin, l’île de Chypre.* Les poils d’où cette étoffe partait pouil’Occident étaient, d’après les sources, Constantinople, Satalia, Acre et Famagouste.* Il est difficile de définir exactement le genre de tissu qui se vendait sous ce nom. En tout cas, il est certain qu’au Moyen- Age il ne désignait pas l’étoffe grossière connue dans les temps modernes sous celui de bougran. En effet. Marco Polo parle à plusieurs i-eprises de sa finesse: quand ce nom se rencontre dans les romans de chevalerie français, il s’agit toujours d’une étoffe riche et d’un prix élevé. Mais, sur la matière première employée pour la fabriquer, et c’est là le jioint important, l’incertitude est complète: suivant les uns, c’était le lin, suivant les autres, le coton. Le dernier savant qui se soit occui>é de ces questions, M. Victor 6ay, arrive à conclure que c’était une fine toile de lin.‘®

Camelotto. La signification du mot arabe Khaud, Khandah d’où ce nom est dérivé, démontre déjà qu’il s’agit d’une étoffe à longs poils, du genre de la peluche." C’est le caractère commun à tons les camelots. Ils pouvaient d’ailleui's être faits de matières diverses. Les uns étaient en poil de chameau: c’est une matière dont on fait encore des étoffes à l’éporjue actuelle.'* Le poil des chameaux blancs du nord-ouest de la Chine fournissait une matière première excellente, dont les habitants tiraient parti, et les étoffes fabriquées par eux s’écoulaient jusque dans

‘ Gay, Olos»., I, 181 et s.; Toy. en outre, Schultz, Dag hofuehe Lebm, I, S68.

’ Job. de Plan. Carp., p. 614; Marco Polo, éd. Yule, p. 89.

’ Joh. de Plan. Carp. Introd. par d’Avezac, p. 694.

* Marco Polo, p. 38; Pegol., p. 18, 212; Bonaini, Stat. Pis., III, 693 (au lien de “boccarare da ringa“, il faut lire “boccarame d’Aninga").

‘ Marco Polo, cf. Yule, I, p. cxivii, not., 67, 69.

‘ “Sepbeii" (var. Sevabem); Zamcke,

Der Priester Johannes, 2® part., p. 58; cf. 41 (deuxième charte, de 1221).

’ Marco Polo, p. 631, 663, 663, 666, 702. ' Pegol., p. 18, 212; Bonaini, 1. c. ; Boccaccio, Decamerone, giom., VIII, uov.

10; Assises de Jérus., H, 361, 362, 366. ’ Pegol., p. 18, 29, 43, 49, 65.

Voy. Francisque Michel, II, 29—34; Yule, Marco Polo, I, 46— 48; II. 298; d'Avezac, Le.

" Amari, Musulmani di Sicilia, III, 892; Yule, Marco Polo, I, 949.

’’ M. Yates (Tcjctrinum antiquorum. I,

7Ü4 Supplément I. — Articles éC échange entre V Orient et l’Occident.

des pa3Ts très éloignés.' Pour d’autres sortes de camelots, on employait le poil de chèvre.’ Le poil des chèvres de l’Asic-Mineure rivalise, pour la finesse, avec la plus belle soie:’ il avait une réputation universelle; à la fin du Moyen-Age, on commençait à apprécier tout pai ticulièrement le poil des chèvres d’Ângora.' En 1471, au début des ravages exercés .sur les côtes de l’Âsie-Mineure par l’amiral vénitien Pietro Mocenigo, les soldats trouvèrent de ces camelots en poil de chèvre dans les magasins du port de Passagio.’ Mais la fabrication de ce genre de camelots n’était pas uniquement concenti'ée dans l’Asie -Mineure; on en faisait aussi à Alep et dans le Kurdistan, k Seil (Salit).’ Ainsi poui* résumer, en Asie les fabricants de camelots employaient le poil de chameau à l’esi le poil de chèvre k l’ouest. Il a été question de camelots de soie tissés également en Asie, mais les preuves manquent M. 6ay cioit qu’on n’eut l’ecoui's à cette matière qu’en üccideni et qn’on n’y vint à cet expédient qu’à cause de la rareté et du prix élevé du poil de chèvre d’Orient Dans les sources, il est assez ôéquemment question de camelots de soie:’ il ne &ut pas les confondre avec les camelins,^ qui étaient bien positivement des étofies de laine. Mais ces deux ariicles étant d’origine essentiellement occidentale, ce n’est point ici le lieu de nous en occuper: revenons à l’Orient. En Asie -Mineure, Brousse était un

161) cit« des exemples empruntés à des voyageurs modernes.

‘ Marco Polo, p. 806 et s., 818. Le missionnaire Marignola, qui avait été en Chine, vante les qualités du poil de chameau: il dit que, sous le rapport de la finesse, il ne le cède que de fort peu & la soie (p. 100).

’ “Pannus hircinæ lauæ, quem zambilotnm dicunt“; Cepio, De P. Moeeniex gestù, p. 9. “Câpre, le quali ogni anni pelano e di quelle lana fano li ciambelotti": Barbare. Viaggio in Pertia, p. 89, b.

* Cbehaheddin, p. 836.

* Pasi, p. 88, b.

* Cepio. L c.

* Ohistele, p. 898 (cf. p. 314); Barbaro, I. c.

’ Qay, Olo$>., I, 868; Michel, U, 48; Douet d'Arcq, Comptes de l'argetiterie, l*re série, p. zxTÜi; Bourquelot, Foires de Champagne, 1, 863; Clément, Jaegues Oaur, I, 817.

' Oay, Oloss., p. 861 et s.; Michel, U, 60; Bourquelot, 1. c., p. 866 et s.;

Boileau, Livre des métiers, éd. Depping. p. 118 , 893; Komanin, H, 373; Peruzzi, 1. c., p. 341; Del Qiudice, Ood. dijd. di Carlo d' Angiô, U, 8. On sait que, pendant sa première croisade, S. Louis fit acheter cinq pièces de camelin à Tortose, en Syrie; mais ce fait à lui seul ne démontre pas que l’étoffe en question fût une invention des Orientaux. Bien que les Francs eussent l'habitude d'emprunter tant de choses à l'Orient, il n’y aurait rien d’étonnant é ce que, pour cette fois, ils eussent introduit en Syrie une fabrication de leur pays, car il ne faut pas oublier qu’ils étaient établis en Syrie depuis cent quarante ans. Ceci donne lieu é une remarque bien singulière: Pegolotti et Uzzano énumèrent soigneusement les articles que le commerce pouvait trouver dans les diverses échelles du Levant: or, ils ne font jamais mention du camelin. Â une seule exception près, lorsque ce nom vient sous leur plume et qu’ils citent le lieu de fabrication, c'est une ville de France ou de Flandre.

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