c.. p. 13 etc. etc
L’ Allemagne.
les Bulgares ou les Hongi'ois aient servi d’intermédiaires entre Constantinople et le bassin moyen du Danube. Mais, dira-t-on, quelque obscurité qui règne sur la nationalité des agents de transmission, il n’en est pas moins certain que, pendant le dernier quart du XII* siècle, il passait par la douane de Stein, ville située sur le Danube en amont de Vienne, des marchandises d’origine asiatique incontestable, telles que le j)oi\Te, la noix muscade, le clou de girofle, le gingembre, la galanga.' Je ne nie nullement le fait, mais je dis, avec M. Hüllmann, que “rien ne prouve que les marchandises de cette sorte qui passaient par Stein eus.sent remonté le cours du Danube." De très bonne heure, des marchands italiens s’étaient fixés à Ratisbonne; les marchands de Ratisbonne eux -mêmes avaient commencé très tôt k faire le voyage de Venise; ne serait -il pas plausible de supposer qu’ils recevaient précisément les épices de Venise et que c’était eux qui les portaient en Autriche, en descendant le cours du Danube? On admet, il est vrai, généralement, que, ju.squ’au commencement du XIII* siècle, les épices arrivaient de Constantinople en Allemagne par le Danube, et que ce trafic ne commença k pa.s.ser par l’Italie qu’à partir de la prise de Constantinople par les Latins;* mais cette hypothèse n’est pas fondée sur des bases si solides qu’on ne puis.se la discuter. Elle tient trop peu de compte de l’état où végétaient encore, au XII® siècle, les populations inhospitalières et batailleuses des pays situés entre l’empire grec et la Hongrie: des armées croisées pouvaient s’y ouvrir un passage les armes à la main, on sait à quel prix, mais on ne s’y figure pas aisément un trafic de caravanes régulièrement organisé. Non, il faut admettre qu’avant le XIII* siècle déjà, les Italiens étaient les principaux agents de transmission des produits de l’Orient en Allemagne: pour qu’il en remontât quelque peu de C/onstantinople par la Hongrie, il fallait un concours de circonstances particulièrement favorables. En tout cas, à partir du XHI® siècle, il serait superflu de chercher s’il existait ou non des relations directes entre Constantinople et l’Allemagne: à cette époque, nous constaterons l’existence, à Venise, d’un fondaco dei Tedeschi en pleine prospérité, et nous verrons les Italiens parcourir eux -mêmes le bassin du Danube.®
' Pour le détail, je dois me contenter de renvoyer à l’ouvrage de M. Httllmann, fleseh. rie» byxant. Haiidels, p. 100 -106; on y trouvera des extraits de deux tarifs de la douane de Stein, relatifs à cet objet spécial.
* Falke. Geneh. de» rienisrhen ffmidei».
1, H5 et s.. 78 et ss., loti et ss.
’ Leur présence est constatée à Wiener- N'eustadt en 1244 (Arehiv fürKunde oeslerr. Oesehirhtsquellen, X, 130) A partir de cette époque, la Hongrie recevait les épices par l’intermédiaire de marchands vénitiens et ragusans. On cite bien, postérieurement A cette date, des exemples d’habitants de Vienne, de Prague ou de Breslau allant
730 Siipflf'mefit JI. — Ln dietUflc du romuiercc du TAratit.
Si, pour ce qui concerne les relations des Allemands avec Constantinople, il est sage de rester sur la réserve, il en est tout autrement pour leurs relations avec la Russie: ici, les preuves abondent Au XII* siècle déjii, les marchands de Ratisbonnc,' au Mil* ceux de Breslau, visitaient le marché de Kiev:’ le but principal du voyage était, il est vrai, l’achat d’articles du Nord (les pelleteries); néanmoins, ils en rapportaient aussi, sans doute, des articles de la Grèce (des soieries), car ces derniers s’y trouvaient abondamment représentés. Plus tard, quand les Italiens créèrent à Tana et à Caffa des entrepôts pour les produits de l’Orient et du Nord, il s’établit un certain trafic entre ces villes et l’Allemagne; mais ce trafic ne passait pas par le comptoir hanséatique de Novgorod, comme on pourrait le croire: les marchandises destinées à l’Allemagne ne passèrent jamais en transit par cette ville;’ elles suivaient la route commerciale de Tana (et de Cafia) à Lemberg, la même que prenaient parfois les coun iers, les mercenaires on les fonctionnaires coloniaux génois pour gagner Cafia, quand, sur mer, la route était barrée par les Turcs.* A propos de Lemberg ( ciutat de Léo ), la célèbre carte Catalane, œuvre du XIV” siècle, contient une note disant qu’il y venait quelques marchands de l’Orient et qu’ils continuaient, de là, leur voyage vers la hlandre, par la mer Baltique.’ Vers la même époque, les marchands
ü'ftprovisiouner d’épices en Hongrie (Hormayr, Jf'iewi fJesch., I, Iixxtü; Hallnianu, Stad/eienm rlr» MiHelaUem. I, 355), mais ce n'eat pas un motif pour conclnre de là à l'existence de communications entre la Hongrie et Constantinople par voies de terre.
' Sur ces marchandH, voy. Riezler, fieneh. r. Bayer», I, 778 et s. ; II, 200 et s.
’ Documents de 1190 et de 1193 dans VArehir für Kunde cetterr. Geseh., X, 93 et 88.; Cad. Irad. S. Emmerami, dans Pez, Thés, aueed., I, 3“ part, p. 173; Vila beali Mariant, Aeta SS. Bail. U férr., p. 369; Jean du Plan de Carpin, éd. d’Avezac, p. 772.
' Sartorius-Lappenberg, (ieseh. des Vrspr. der dcuischen Hansa, p. 154; Rieseukampfl, Der deulsehe Hof Xoicgorod, p. 122 et 88.
• ,l«i délia Soe. lig., VII, 720, 723, 728, 737.
‘ Carte catalane, éd. Bucliou et Tastu, p. 19. Le Vénitien Âloigi Roncinotto rapporte dans les termes suivants ce qu'il
avait entendu dire dans le port de Kasra eu 1533: “già ciuquanta anni tutte le specie, che venivano in dette porto, audavano verso il flume Tauai ad una città detta la Tana nel mar maggiore ed ivi li Veneziani e Genoesi venivano cou le lor galee e navi a levar le 8]>etie, e al tempo antico tutte le spetie venivano condotte quà (à Basra) e non audavano nel mar rosso, e di qui erano condotte. a Citracau città posta nel mare Caspio et in una altra città detta Verbet (Derbent) pur nel dette mare e di H renicano in l’olonin (Lemberg était une vUle de la Pologne) e poi in Alemagna e a quelli tempi ritalia couveniva a fomirsi per via di terra todesca (cela n'a jamais été vrail; ma li popoli di Tartaria .... hanno rotto questo traflico*; (Viaggi alla Tana, p. 107). Il semble qu’au milieu d’idées fausses en fait d’histoire du commerce, ou trouve dans cette tradition un souvenir de l’époque où une route commerciale traversait Lemberg.
TJ AlletHogne.
de Nuremberg recevaient aussi des marchandises de Tana par Lemberg. Dans le carnet où Ulman Stromer inscrivait sa généalogie et ses aventures, entre 1360 et 1407, nous trouvons une note intéressante au point de vue du commerce:* “Daz Gewicht tu der Latana ist ain Kantar, daz macht tu der Leynburk 4 */< stain, so wirt ti4 Nürenberg aus dem Kantar 1 centner minus 4*/, pfund.“ Je traduis: “A Tana l’unité du poids est le cantar, qui vaut à Lemberg 4 ‘/4 stain, de sorte qu’en poids de Nuremberg, le cantar vaut 1 quintal moins 4*/, livres." On aimerait à connaître les stations intermédiaires de cette route de Tana à Lemberg: en tout cas, il est probable qu’elle était en partie maritime, que de Tana on faisait voile directement sur Akjerman, où l’on débarquait, et que, de là, on gagnait Lemberg par Suczawa (Moldavie).*
La grande majorité des produits de l’Orient qui entraient en Allemagne avaient d’abord été impoidés en Italie par les flottes de commerce italiennes: une fois arrivés là, tantôt des marchands allemands allaient les chercher et les ramenaient par terre, tantôt on les réexpédiait par mer, et aloi's ils entraient par le nord de l’Allemagne, après un long voyage de circumnavigation. Le trafic par les voies de terre n’était point l’affaire des Italiens; ils s’en occupaient rarement. Ce n’est pas qu’ils ne missent jamais le pied en Allemagne; ils traversaient au contraire volontiers soit les Alpes suisses, soit les Alpes Tyroliennes. Les villes commerçantes du lac de Constance, du bassin du Rhin, de celui du Danube, recevaient la visite de marchands vénitiens, génois, milanais, florentins; quelques-uns même y restaient à demeure.* Mais, généralement, ces visiteurs n’étaient que des hôtes de passage; leur but était la Flandre. Arrivés par Bâle ou par Nuremberg, ils descendaient
' Chroniken dtr lieuturlieti Stacllr:
Xümberg, I (1860), p. 103. Des raarchaads de Breslau traversaient aussi Leniberg pour aller "ad partes gentilium Tartarorum seu Walachorum": Doc. de 1417, dans lAinig’s Heichsarehir , part, spéc., 4® suite, 2® part, p. 315. Ijes Polonais prenaient aussi parfois la route de Lemberg, qu'ils désignaient sous le nom de "via tartarica", en dépit des difficultés que leur suscitaient de temps à autre les marchands de la ville: Mon. Ilung. küt., Acta extera, HI, 314 et s., 407 et s.
* J’ai été amené à cette opinion par la lecture de l’article “ OsieuropaUeher Handel im 15. Jahrh.“, publ. par M. Steiih. Koczynski dans les Jahrb. für Xattonai-
okonomie loul Statistik, XXXIV (1879), p. 498 et SS. Les Juifs de l’Europe centrale traversaient les mêmes étapes eu sens inverse, en allant à Jérusalem; seulement, à Akjerman ils s’embarquaient pour Samsoun : voy. Tucher, dans le Jleygsbuch de» M. Landes (1684), fol. 362, a; Sebald Rieter, dans Rmbricht et Meisner, Deutsche PUgerreism, p. 112 et s.
’ Voy. p. ex. l’art de M. Meiller, dans l'Archic fiir iisterr. Gesch., X, 130; Schunk, Beitr. x,ur Mainxer Gesch., I, 73 et ss.; Sebannat, Hisl. IVorm. dipl., p. 117. Sous le règne de Charles IV les Génois et les Vénitiens se fixaient surtout volontiers en Bohême: Hübsch, Gesch. de» biihm.
Handel», p. 187, 191, 221.
732 Siipplntictif II. — L/t rlvftt'ele du commerce du L>;rant.
le Rhin et cherchaient à perdre le moins de temps possible en route;* ils se firent d’ailleurs de plus en plus i-ares k partir du moment où l’on eut organisé des services réguliers de navigation pour la Flandre. En somme, on voyait beaucoup moins de marchands italiens en Allemagne que de marchands allemands en Italie. L’endi-oit où le commerce d’échanges entre les deux pays se faisait avec le plus d’activité était le fondaco dei Tedeschi à Venise.* La République avait mis à la disposition du commerce allemand et de .ses agents de vastes locaux, renfei-mant des logements pour les gens et des magasins pour les marchandises, et les marchands de Ratisbonne, de Nui-emberg, d’Augsbourg, d’Ulm, de Constance etc. et même d’Autriche et des provinces rhénanes en profitaient largement. Ils apportaient les produits de l'industrie, des mines et encore d’antres articles de leur pays et les vendaient à Venise, soit pour être consommés sur place, soit pour être chai-gés sur des navires qui cherchaient du fret à leur départ pour le Levant; en échange, ils achetaient volontiers soit les produits de l’industrie vénitienne, soit les épices, les aromates, les matières tinctoriales, les soieries rapportées d’Orient par les galères vénitiennes. De la cour du fondaco dei Tedeschi partait pour l’Allemagne un nombre incalculable de ballots remplis d’articles orientaux. Les marchands de Nuremberg avaient la spécialité du commerce des épices en gros et en détail pour tout le pays.* Cependant, Venise n’était pas la seule place favorisée de la clientèle allemande; Gênes en avait sa bonne part C’était le port par lequel les marchands souabes trafiquaient avec l’Espagne,* et ceux de Nuremberg y allaient de leur côté chercher des épices, de Pencens, des perles etc.* En 1398, un certain Jean Breitfeld demanda au gouvernement génois la suppression de droits par trop lourds, au nom d’une collectivité composée des villes de la Souabe, de la Franconie, de la Bavière et d’autres provinces encore;
' Art. de M. Moue, dans la Xeitsehr.
fur die Gearh. dex Oherrheim , V, 20 et 8., 41.
’ Erdmanusdœrfer, De miumercio, qiuxl Inter Vrnetos et Grrnianite riritatex tero iiiedio inlerce.axit. Lips. 1858; Mone, Der xtiddeulxrlir Handel mit Vrnedig, dans la Zrilachr., 1. c., p. 1 et 88.; Capifular dex deuisehen Haii.vx in Venedig, publ. |>ar M. Thomas, Berl. 1874; Heyd, étude sur la Maison des Allemauds à V'enise, dans la .Sybels hixi. Zeilxehr.. 1874; Enneti, die tHadi Kohl und dos Kaufhaus der üetdxchen in Venedig, dans la première année de la .Uonntsxchr. für rheinisch- lecxtphSl. Gt-
xehichtxforseh. nnd Allerthum.xk., p.l05 et .ss.
‘ Roth, Qexeh. dex NUrnherger Handelx, I, 61 et SS., 105 et sa., 118 et sa.; Boader. .Xnmbergs Handel im Mittelaller, dans le ,HS. .lahresberieht dex Hisl. Vereinx fiir Mittelfranken (1871 — 1872), p. 98 et s.
* Mone, Zeilxehr.. 1. c. , IV, 42 et S8. Je me suis longuement étendu sur ce point dans mou étude sur les relations commerciales des villes impériales de la Haute -Souabe avec l'Italie et l'Espagne au Moyen -.4ge (n'ürll. Vierteljahrxhefte, 1880, p. 141—161).
‘ Ulman Stromer, 1. c., p. 100 et s.; Roth, 1. c., I, 111.
V Allemagne.
on lui accorda libéralement toutes ses demandes.' Quand Sigismond, roi de Hongrie, ceignit la couronne impériale d’Allemagne (1410), il était en brouille avec Venise et il profita de son élévation pour satisfaire sa rancune en l’attaquant sur le terrain du commerce. 11 commença par travailler à persuader aux villes de la Haute-Allemagne de supprimer leur trafic avec la ville des lagunes:’ mais il dut s’y reprendre k plusieurs fois (1415, 1418, 1420). Pour remplacer ce débouché, il leur indiquait la route de l’est par la Hongrie," et, d’autre part, il leui’ recommandait de cultiver avec plus de soin leui-s relations avec Gênes.' Pour mieux arriver à ses fins, il chargea un bourgeois de la ville de Constance de négocier une convention avec la République génoise, et il obtint des conditions favorables pour le commerce alleman<l Les Génois, de leur côté, pour attirer les Allemands, leui* présentaient un tableau séduisant de ce qui les attendait chez eux: d’abord, un marché plus abondamment fourni que celui de leurs rivaux, par la raison que leurs grands transports contenaient beaucoup plus que les galères vénitiennes; en second lieu, des droits plus modérés; enfin, une toute autre liberté d’allures qu’à Venise: ils garantissaient aux marchands allemands qu’ils ne seraient jamais exposés, chez eux, aux mesures vexatoires dont ils se plaignaient à bon droit à Venise, comme par exemple, d’être enfermés pendant la nuit dans le fondaco, d’être contraints de vendre leurs marchandises dans un délai donné et d’en réemployer le prix en achats en nature, de n’être pas admis avec leui' argent et leurs marchandises sur les navires en partance de Venise poui' l’Orient’ Pour compléter ces offres, le duc de Milan promettait aux marchands allemands qui voudraient aller traiter personnellement leurs affaires à Gênes, le traitement le plus favorable au point de vue des droits de transit à l’aller et au retour." L’empereur Sigismond
' Houe, Ztüêehr., IV, 3S et s.; voy.
nu8<ti Bitader, I. c., p. 106 et s,
’ Deutsche Reirhstagsaden , VH, 279,
" Ibid. p. 363 et s.
' Ibid. p. 369 et g«., 364 , 416 et 8. L’empereur eut la pensée qu’il serait possible d’établir des relations par voie de terre entre les villes commerçantes de la Prusse et Caffa: il émit cette idée à Panâg et une diète des villes de Prusse, réunie à Marienbourg le 4 nov. 1420, étudia la question : voy. Acten der Stadteiage Preussens unier der Herrschafl des deulsclieii Orilens, publ. p. M. Tüppeu, I, 368.
‘ Ces faits se trouvent confirmés dans un document découvert par Kiefbaber aux archives de Nuremberg; en parcourant un rouleau de parchemin, il reconnut qu’il contenait un résumé sommaire des sujets de plainte des marchands allemands au sujet des traitements qu’on leur faisait .subir i Venise. Kiefhaber a publié cette pièce dans la Xeitschrifl fur Baiern und die anqranxtnden Liinder, 8® année, 9® livrais. (1817). H. Flegler en a donné une meilleure édition dans für Ktmde
d. d. Vorx., 1867, p. 330.
“ Ce qui précède est emprunté k une lettre d’un ambassadeur des gouvernements
734 Supplément II. — Lu clientèle du commerce du Levant.
pensa que ces conventions gai-uiitissaieiit suËHsamment les intérêts des villes qui jusqu’alors avaient été en relations suivies avec Venise; en conséquence, il mit Venise en interdit et, comme il entendait faire exécuter cette mesure dans toute sa rigueur, il établit, à partir de 1418, des postes dans les montagnes, à tous les passages qui menaient à Venise. En outre, il autorisa les habitants à s’emparer de toutes les marchandises dirigées sur cette ville ou revenant de cette direction, et même à se saisir de la personne des marchands.' En 1420, il convoqua à Ulm une diète des villes: dans la lettre de convocation (20 janvier), il Insistait encore sur Futilité d’une rupture complète avec Venise; cet appel ne fiit pas sans résultat La ville de Nuremberg avait des marchands à Venise: elle les rappela (4 mars 1420);* mais, à l’automne, enconragée par les résultats négatifs de la diète, elle fit des démarches auprès de Sigismond, dans le but d’obtenir le rappel d’une mesure qu’elle tenait pour intolérable.* Entre autres motifs, elle alléguait que la prohibition n’était pourtant pas respectée par tout le monde. A cela, on eût pu lui répondre que ses marchands étaient les premiers à donner le mauvais exemple et qu’un grand nombre avaient encouru des peines pour s’être fait prendre en contravention.' H arrivait parfois que certains marchands, arrêtés pai' les postes préposés à la garde des routes, employaient la force ouverte pour passer outre.* Néanmoins, Sigismond tint bon, et, si lourdement que cette prohibition pesât sur le commerce allemand, il la renouvela en 1426.* C’était un encouragement officiel pour les châtelains, qui recommencèrent â piller les citadins quand ils les trouvaient â leur portée. Un fait de ce genre qui se passa précisément cette même année’ peut servir à démontrer que les épices occupaient le premier rang parmi les articles achetés à Venise par les marchands de Nuremberg. A la mort de Sigismond, sinon même auparavant, les routes redevinrent libres, Venise retrouva sa clientèle allemande et Gênes fut reléguée de nouveau au second rang.*
génois et milanais (antérieure au l^oct 1417?), pubL dans les Deutsche Reiehstagsaeten, VU, 869 — 861.
’ Deutsche Seichstagsacten, II, 863 et ss.
’ Ibid. II, 416—417. La viUe d’Ulm interdit également & ses marchands la route de Venise: Jfiger, Oeseh. Vlms, p. 702.
’ Deutsche Reichstagsactae, II, 418 et s.
* Roth, Oeseh. des Nümb. Handels, I, 112 et 8.
‘ Voy. le document LV, dans Stetten,
Oeseh. der Augshurger Oesehieehter , p.
400 et s.
‘ Âscbbach, K. Sigmund, II, 409; III, 408 et s.; JSger, Oeseh. Ulms, p. 702.
' Baader, 1. c., p. 108 et ss.
* AuXVesiécle, les AUemandsn'avaient pas encore renoncé à leur trafic avec Oénes: je l'ai prouvé dans mon étude sur Le trafie des tilles de V Allemagne du sud aree Oênes au moyen âge (Forsehungen xur deutsehen Oesehiehte, XXTV, 216 et ss.); pour Ulm en particulier, le fait est démontré par le lArre des dépenses de Hans
L' Allemagne.
Ainsi donc, pour revenir à la question que nous posions au début, on voit que, dans la i-echerche des chemins* par lesquels passaient les produits de l’Orient pour pénétrer en Allemagne, la première chose à faire est de prendre Venise pour point de départ. De cette tête de ligne, une première route partant vers l’est traversait le Frioul, la Carinthie et pénétrait jusqu’au cœur de l’Autriche; mais la route la plus suivie par le trafic commercial était celle qui traversait l’Ampezzo, et suivait ensuite le Pusterthal jusqu’au col du Brenner; avant d’atteindre ce col, elle se confondait avec une autre route également fréquentée par le commerce et qui courait à travers la Valsugana et la vallée de l’Adige; la route par Vérone, Roveredo, et Ti'cnte, qui de nos jours est devenue la plus importante, était alors assez peu connue. A partir du point de jonction, les routes confondues en une seule traversaient le col du Brenner et atteignaient Inusbrück. De ce dernier point, elles se dispersaient de nouveau en éventail. Les marchands de Ratisbonne prenaient à l’est, en suivant le cours de l’Inn; ceux d’Augsbourg et probablement aussi ceux de Nuremberg rentraient dans les montagnes à partir de Zirl, traversaient le col de Schamitz, passaient par Mittenwald,’ Partenkirchen, Oberammergau etc.; enfin, ceux d’Ulm faisaient l’ascension du col de Fern et regagnaient leur pays par Fussen et Kcmpten. Les villes que nous venons d’énumérer, Ratisbonne, Augsbourg, Nuremberg et Ulm, étaient les principales clientes de Venise dans l’Allemagne du sud et toutes se reliaient à elle par le col du Brenner. En appuyant à l’ouest, vers les Alpes Suisses, nous trouvons encore divei-ses routes qui toutes étaient utilisées pour le transit des produits de l’Orient,® mais à un degré moindre que les précédentes; citons la route du Septimer et celle du Splügen, avec leur prolongement sur Coire et le lac de Constance; la route du S. Gothard débouchant sur Lucerne; les routes du Simplon, du Montemoro et du grand S. Bernard, ouvrant des communications avec Genève, Berne et Bâle, et audelà, avec les villes allemandes du bassin moyen du Rhin.
KelUr (Tiibing. Zeittehr. für Staalstriêii.,
1881, p. 831 et SS.). En 1601, quatre compagnies allemandes, entre autres la maison Fugger, avaient des comptoirs à Oênes; Sanut, Diar., IV, 28.
‘ La meilleure source à consulter sur cette question est; Oehlmann, Die Âlpenpasse im Mittelalter dans le Jahrbuch für Sehieeixergeschichte, 3s et d** années. J'ai publié une petite étude sur les passages des Alpes suisses en particulier, dans VAtuUtnd. 1882, n“ 24.
’ L’importance de cette localité comme place de transit, même au point de vue des produits du Levant, est excellemment exposée dans Baader, Ckronik des Markts Mittenaald, 1880.
’ Voy. p. a.. Arehiv für schteeixerische Oeschiehte, XVIU, 227; XX, 143, 182; Mémoires et documents de la- Suisse romande, XXX, 204 et SS.; cf. 414 et ss.
Supplément IL — Ln clientèle du commerce du Levant.
Jusqu’ici nous ne uous sommes occupé que des routes de terre par où l’Italie déversait les épices en Allemagne. Mais, nous l’avous déjà dit> les produits de l’Orient entraient aussi en Allemagne par la mer du Nord. Les galères vénitiennes et génoises les portaient sur les marchés de Bruges ou d’Anvers, fréquentés par des marchands allemands venant en majorité des grandes villes hanséatiques de l’.\llemagne du noi-d; les tarifs des douanes et les taxes de courtage qui leui- étaient appliqués à Bruges et dans d’autres villes des Pays-Bas * nous montrent clairement qu’ils achetaient, entre autres choses, les produits de l'Orient importés par les Italiens.* En résumé, nous imuvons diviser l’Allemagne, au point de vue des articles du Levant, en deux régions; l’une au nord, approvisionnée par la Hanse, l’autie au sud, approvisionnée par les villes commerçantes de la Bavière, de la Souabe, de la Franconie et du bassin moyen du Rhin, et, comme les deux régions se rejoignent au centre, on peut affirmer que toutes les parties du pays en recevaient leur part. A la fin du Moyen-Age, quelques maisons allemandes entreprirent de nouer des relations directes avec l’Inde, et, à cet efiet, prirent des intérêts dans les expéditions portugaises, mais la majorité continuait de faire venir le poivre et les autres épices par les Paj's-Bas, avec cette différence qu'ils n’adressaient plus leure commandes aux Italiens, mais aux Portugais.
La Scandinavie et la Russie.
La région de la mer Baltique n’a jamais été très fréquentée par les Italiens: ils abandonnaient ce terrain à la Hanse: c’était-elle qui prenait les produits de l’Orient sur les marchés des Pays-Bas et les répandait dans la Scandinavie et dans la Russie; l’organisation de ses comptoirs dans les villes du nord de l’Europe lui donnait toutes facilités à cet égard.* Les Russes auraient pu se procurer ces aiticles par une autre voie, en organisant un trafic direct avec Tana et Caflfa; mais, entre eux et la région de la mer Noire, les Tatai’s occupaient une large bande de territoire, et, comme les deux peuples étaient pi-esque continuellement en guerre, l’empire tatar constituait une bairière à peu
' Sortoritu Lappenberg, Urkundliche Oeseh. des Ursprungs der deutschen Hansa. I, 271; II, 80—90, 488—471.
’ Le fait est démontré avec exemples à l'appui, pour les marchands de Danzig en particulier, par M. Th. Hirsch, üan-
itoa Handets - und Geirerbe - Gesehiehte. p. 124.
' Sartorius Lappenberg, 1. c., I, 190, noL 211. Voy. aussi Hirsch. 1. c..
p. 152 et s„ 185.
La Scandinane et la Russie.
près infranchissable. Quant aux Scandinaves, nous avons vu que, dans les temps anciens, ils travemient toute la Russie pour aller à Constantinople; l’extension des Tatars leur barra le chemin comme aux Russes; d’ailleurs, l’apparition d’un de leurs navires marchands en Remanie, en Syrie ou en Egj’pte avait toujours été un fait exceptionnel, et les décrets des papes portant prohibition de tontes relations commerciales avec les Sarrasins, promulgués dans leur pays comme dans le reste de l’Europe, ne fuient nulle part mieux respectés.
Index.
N. B. Les chiffres I et II iiuliqueut le I®' et le II® volumes; cette indication n’est donnée qu'une fois, tous les chiffres suivants renvoyant h des pages du même volume. Les chriffres eu italiqius indiquent un article des suppléments.
Abaka, Khan de Perse, IT. 69. 76. BÜ.
Abbas, prince Ziride, vizir d’Égypte, I, 89^ m, 326.
Abbate del popolo, k Péra, I, 458.
Abdallah, lieutenant de Mohammed ibn Ahmed, I, 22.
Abdallah-Khodja, II, 123 et s.
.4.bd el Moumcn, I, 398.
Abderrazzak, II. 502.
Abeskoun, I, 42.
Abou £ekr ben Sâad, 135.
Abmtcheher, U, 649.
Abou Garat Talaîa, I. 392. not. ^
Abou Jacoub Yousouf, Almohade, L 32S.
Aboul Faradj, II, 66.
Aboul Kassim Issa el Falz Binaçrillahi, v. El Faïz.
Aboul Mansour Ismaïl elDh&fir,
Abou Saïd, khan de Perse, II, 78, 119. 126 et 8.. 128. 129. 130.
Abou Yaya Abou Bekr, II, 195.
Abydos. I. 120. 234. 237. 242, 243. —
II, 166. Détroit d’ — , I, 114. 617. v. Dardannelles.
Alyaainie, U, 440, 442. 443. 609. 652.
Acciajuoli, I, 526. — n, 1^ not., 270. Antonio — , II, 971 et 8., 301. Francesco II —, n. 323. Nerio — . U. 271.