‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 1 sur 49 · PARIS, EMILE LECHEVAUER, 39 QUAI DES GRANDS AUQÜST1NS · texte numérisé non relu

PARIS, EMILE LECHEVAUER, 39 QUAI DES GRANDS AUQÜST1NS

Table des matières,

contenues dans le premier volume.

Page

Avis du traducteur IH— IV

PréÊEU^ de l^édîtiou allemande V— VIII

Remarques préliminaires au siyet des sources et des abréviations adoptées

dans les notes IX— XVm

Première période.

Les Débuts. Depuis les grandes invasions jusqu'aux Croisades.

I. Époque de Tempereur Justinien et de ses successeurs 1 — 24

II. Depuis Tapparition de Mahomet jusqu^au commencement des croisades 24—128

10 Les Arabes et les routes commerciales sur leur territoire . . . 24—51

2° Les Grecs 52—66

30 La Russie et la Scandinavie 57—74

a. Trafic avec les Arabes 57—68

b. Trafic avec Byzance 68—74

4P L'Allemagne 76—86

50 La Grande-Bretagne 87—88

60 La France 88—93

70 L'ItaHe 93—125

Les Juil's 126—128

Deuxième période.

Le Développement,

L Fondation des colonies commerciales sur les côtes du Levant (Époque

des croisades) 129—426

lo Les états croisés de Syrie pendant le premier siècle de leur existence 129—190

a. Les colonies commerciales dans les états croisés .... 129—163

b. Les états croisés considérés au point de vue du commerce

du Levant 163—190

VI Table des matières.

Page

2^ Byzance sous les dynasties des Comnènes et des Auges . . . 190—264

30 L'empire latin 264— 310

40 Les états croisés de Syrie au 2^™« siècle de leur existence . . 310 — 359 o^ L'île de Chypre, considérée au point de vue de sa situation en

avant des états croisés 359—365

6» La Petite -Arménie, considérée au point de vue de ses relations

de voisinage et d'amitié avec les états croisés 365—372

7» La Syrie musulmane, considérée au point de vue de sa situation

en arrière des états croisés 372 — 378

80 L'Egypte 378—426

II. Développement du commerce du Levant par suite de l'ouverture du continent asiatique (depuis la fin du XIII^ siècle jusque vers la fin

du XIV») 427-554

Première zone.

A. Marchés les plus rapprochés du commerce du Levant . . . 427 — 554 10 L'empire grec sous les Paléologues et les principautés

frauques de Grèce jusqu'au traité de Turin en 1381 . 427—527

20 La Bulgarie 528—534

30 L'Asie-Mineure turque 534 — 554

'Sjs^^

JSom ne posmlons d'autres ouvrages écrits en notre langue, sur le commerce du Levant au Moyen- Age, que V étude, aujourd'hui surannée, de Depping, et, pour une époque plus récente, H essai de Flachat et quelques notices insérées dans des ouvrages spéciaux, maintenant tombés dans Vouhli,

Il est pourtant peu de sujets aussi dignes de notre intérêt: car, depuis F époque des croisades, la France n'a cessé d'entretenir avec les colonies latines d* Orient , des relations suivies; et, du jour ou les ports franqais de la Méditerranée, relevant de la couronne, fondèrent sur les côtes du Levant des établissements commerciaux, la sollicitude et la protection de nos rois s^est exercée sur ceux-ci, avec un si grand esprit de suite et tant ^efficacité, qu'après plus de quatre siècles, et malgré les fautes et les erreurs de ces derniers temps, la tradition n'a pu encore en disparcâtre entièrement.

En suivant, d ailleurs, F histoire, toujours intéressante, souvent dramatique, des efforts faits par les Latins pour conserver dans le Levant, sous une domination hostile, les comptoirs quHls n'avaient créés qu'au prix si grands de sacrifices, on sera étonné de retrouver, presque à chaque pas, des questions et des situations analogues à celles qui captivent aujourd'hui tattentùm de VEurope,

La politique froidement égoïste de la Venise du Moyen -Age n'a-t-elle pas trouvé à la fin du XIX^ siècle des imitateurs? t Egypte affaiblie des Khédives ne ressemble-t-elle point au malheureux royaume /rampais de Chypre en ses derniers jours?

La Société de VOiient Latin, en prenant sous son patronage la vei^mn que M^ Furcy Raynaud a faite de t étude si consciencieuse du professeur Heyd, a donc pensé faire, au point de vue français, une œuvre d'autant plus utile, que P auteur , désireujc, comme tous les savants de son mérite, de perfectionner sans cesse son travail, a tenu à honneur de fournir au traducteur un livre pour ainsi dire ^nouveau, plein d'aperqus et de renseignements ajoutés par lui à F édition allemande, et dont le public français sera le premier appelé à apprécier Vimportance.

Chailes SCHEFER Comte RIANT

m. de rinstitnt, Vice-préaident de la Société m. de rListiiat, Secrétaire de la Société

do rOrient Latin. do rOriont Latin.

Avis du traducteur.

Dans le rapport lu à la neuvième assemblée générale de la Société de l'Orient latin, le 11 mai 1884, le secrétaire, M. le comte Biant, annonçait en ces tenues la traduction que je livi*e aujourd'hui au public: **Je terminerai en vous soumettant, au nom de votre Comité qui l'a approuvée, une nouvelle demande de patronage que vous adresse notre cM)iifi"ère, M. Furcy Baynaud.

^Vous connaissez tous la Geschichte des Levantehandéls du savant professeui* W. Heyd de Stuttgart; ce livre, capital pour l'histoire de rOrient latin, a paru il y a quelques années seulement et déjà l'auteuia vonhi l'augmenter et le remanier.

•'C'est cette nouvelle édition, encore manuscrite, que M. Furcy Raynaud a ti'aduite avec l'autorisation et sous la direction de M. Heyd, et qu'il vous prie de prendre, aux conditions ordinaires, sous voti'e patronage,"

Il m'eût été impossible de mieux définir le livre qui va parwtre: c'est en réalité une deuxième édition de l'ouvrage paru en 1879. Alors | déjà, l'auteur appelait son livre une troisième édition: ceci serait donc à vmi dire la quatrième. Effectivement, M. Heyd n'a jamais cessé d'amasser des matériaux sur le sujet qu'il traite dans cet ouvrage: c'est ainsi que, le jour où je lui ai demandé l'autorisation de commencer cette traduction, il a pu mettre à ma disposition un travail qui en double la valeur.

Je pourrais, sans hyperbole, joindre au titi-e de l'ouvrage la vieiUe formule: revu, conîgé et considérablement augmenté, cai- il n'est poui* ainsi dire pas une page qui ne porte la ti-ace des corrections ou des additions de l'auteur. Certains chapiti*es ont été entièrement refondus

X Avis du traducteur,

mais le plus grand nombre des renseignements nouveaux est renfermé dans les notes: on peut affiimer hardiment qu'elles sont exactement au coiu-ant des dernières découvertes de la science moderne en ce qui concerne l'objet spécial de cette Histoire.

J'ai donc la ferme confiance de rendre, en la publiant en langue française, un véritable service à toutes les personnes qui ne sont pas en état de lii-e la langue allemande; mais si je puis m'attribuer un mérite, c'est uniquement d'avoir fait de mon mieux pour reproduîi'e fidèlement mon texte.

Non content de me foui'nir le texte et de mettre libéralement à ma disposition les éléments qu'il préparait pour une deuxième édition allemande, M. Heyd a bien voulu revoir mon travail feuille par feuille, de sorte qu'au point de vue de la fidélité de la traduction, j'ai toujoiu-s pu marcher en toute sécuiité. Qu'il me soit permis en terminant de remercier encore M. Ch. Schefer, membre de l'Institut, qui a bien voulu de son côté revoir les épreuves. Grâce à ces bienveillantes collaborations^ mon travail présentera, j'ose l'espérer, sinon toute la perfection que j'am*ais voulu lui donner, du moins toutes les gai*anties d'exactitude désirables.

Luxembourg, 1885.

Fiircy Bayiiaud.

Préface de Fauteur.

Depuis la publication de VHistoire du commerce entre le Levant et VEnrope, de Depping (Paris 1830, 2 vol.), œuvre très-méritoire pour l'époque, ce sujet n'a plus jamais été traité d'une manière spéciale. Mais, depuis ce temps, une foule de documents et de sources historiques, dont Depping ne soupçonnait même pas l'existence, ont été remis en lumière, particulièrement en Italie et en France; une riche moisson est là qui n'attend que celui qui voudra la cueillir: pourquoi tarderait- on davantage? Faut -il attendi'e que l'on ait publié jusqu'au dernier les documents enibuis dans les trésors des archives, travail colossal qui exigera encore, pendant de longues années, les efforts individuels et coUectife des savants? Non assurément; notre génération, si passionnée pour tout ce qui touche à l'histoire d!e la civilisation, sera reconnaissante envers l'écrivain qui osera aller de l'avant et tirer des matériaux, qui déjà aiTivent de toutes pai*ts, une étude d'en- ' semble sur les relations, si fécondes en résultats, qui existèrent, an Moyen-Age, entre l'Occident et l'Orient sur le terrain du commerce. Les grandes guerres, auxquelles on donne communément le nom de ' croisades, sont l'objet d'une recrudescence de recherches plus actives^ que jamais; pourquoi les relations pacifiques, qui naquirent, au milieu des fureurs de la guen'e, de l'échange des produits des deux mondes et qui leur survécurent, n'auraient-elles pas leur annaliste? Et quand les étate croisés, ces fantômes sans consistance, ont une place dans l'histoire, pourquoi les colonies fondées dans tout le Levant pai- les nations commerçantes de l'Occident et dont la prospérité fut autrement durable, n'auraient -elles pas la leur?

XU Préface de Vaideur,

Ces colonies de commerce ont précisément fait depuis longtemps l'objet spécial de mes recherches et voici plus de vingt ans que j'ai publié dans la Bévue de TiMngue^ une série d'études sur les colonies italiennes, de beaucoup les plus importantes de toutes. Quelques savants italiens les avaient remarquées, et quand M. Joseph Müller, alors professeur à l'université de Padoue et passé depuis à l'université de Turin, me demanda l'autorisation de traduire ces esquisses, je fus heureux de la lui accorder. Il m'eût été impossible de trouver quelqu'un qui apportât à ce genre d'études un intérêt personnel plus vif, un entendement plus complet; d'un autre côté, c'était une occasion d'encadrer dans la traduction les résultats de nouvelles recherches et de refondre entièrement certaines parties. Telle fut l'origine de l'ouvrage intitulé: Le colonie commerciali degli Italiani in Oriente nel medio evo, dissertazi^ni dél prof. GugL Heyd, recata in italiuno dal prof GHus, Müller, Venezia e Torino, 1866 — 1868. La recommandation bienveillante de M. le sénateur Fedele Lampertico (de Vicence) le fit admettre dans l'estimable collection connue sous le nom de: Nuava coUezione di opère storkhe, publiée sous la direction de l'historien vénitien Rinaldo Fulin; il en forme les volumes VI et XIII. Il n'existait pas encore en italien de résumé historique de cette espèce et, grâce à cette circonstance, l'œuvi'c d'un étranger reçut au-delà des Alpes l'accueil le plus flatteur. Cette publication me procura l'honneur d'être admis comme membre de deux sociétés savantes, la Società ligure di storia patria, de Gênes, et la Deputazione veneta di storia patria, de Venise, dont les publications sont dès à présent et promettent de devenir de plus en plus des mines de l'enseignements d'une richesse inappréciable pour l'histoii-e du commerce. Je trouvai dans toutes deux des amis et des collaborateurs qui avaient, comme moi, pour règle de conduite, de revenir aux sources historiques a thentiques, pures de toute altération, et travaillaient avec un zèle admirable à enrichir le trésor des documents publiés: ce fut pour moi une double bonne fortune, mais ce n'était pas tout. Je ne tardai pas à apprendre que, sous cette nouvelle forme, mon travail avait tix)uvé des lecteurs dans le Levant même, en Grèce et à Constantinople; d'un autre côté, sous la première il avait déjà pénétré dans le midi de la

' Tübinger Zeitschrift für die gesummte Staatswissenschaft, 1858—1864.

Préface de Tatdeut. Xtit

Bossie et donné à M. le professem* Bruun, d'Odessa, ridée de faire de nouvelles recherches sur les colonies du Pont.

A la suite de ce succès, le pensée me vint de présenter aussi mon œuvre aux savants allemands sous une forme nouvelle: personne n'en sera surpris. En tournant et retournant ce projet dans mon esprit, je finis par me décider à sortir des bornes que je m'étais d'abord imposées, et à écrire, non plus une histoire des colonies de commerce italiennes, mais une histoire des relations commerciales du monde romano-germanique !! avec le Levant pendant la période du Moyen -Age. Dans ce nouveau '' cadre, les Italiens restaient quand même au premier plan, car ils ont de tout temps joué un rôle prépondérant dans le Levant, mais d'autres nations commerçantes venaient y figurer à côté d'eux. D'autre part» il aT" été impossible de restreindi*e la place donnée à l'histoire des colonies, car c'est par elles que le commerce a été alimenté et entretenu; leur prospérité et leur décadence ont toujoui^ correspondu à la prospérité et à la décadence du commerce. Mais, à côté de cela, il a £el11u étudier les mouvements du trafic, l'organisation de la navigation, le réseau des routes commerciales du continent, le régime des douanes et des impôts etc.; et comme nos connaissances k l'égard des articles de commerce au Moyen-Age sont encore très-bornées, j'ai dû m'étendre sur les épices, les aromates, les matières tinctoriales, les plantes médicinales de l'Orient et sur la manière dont elles se répandaient dans l'Occident, sur les matières premières que l'Occident tirait de l'Orient, sur les produits de l'industrie orientale en tant qu'articles d'exportation, en me bornant, bien entendu, aux articles les plus répandus dans le commerce de l'époque.

Le travail que je livre aujourd'hui à la publicité est donc, en quelque sorte, une troisième édition des études parues dans la Revue de Tubingue; mais, comme il m'a fallu en refondre entièrement le plan, y multiplier les additions et les corrections, il ne reste en somme presque plus rien du texte primitif. Cependant une partie, mais une seule, a subi une réduction: je n'ai, aujourd'hui, compris le Nord de l'Afrique dans le cercle de mon étude, qu'au point de vue du transit des produits de rOrîent, tandis que, primitivement, j'avais consacré tout un supplément à la section comprise enti'e Tripoli et le Maroc

Le lecteur trouvera, soit dans les observations préliminaires, soit dans les notes, l'indication des sources auxquelles j'ai puisé. Un ancien

XiV Préface de taute^tr.

et fidèle ami qui a toujours prodigué ses encouragements à mes travaux, M. le professeur G. M. Thomas, de Munich, m'a fourni de nombreux matériaux inédits, extraits des Ai*chiyes de Venise. Avec sa libéralité accoutumée, M. Cesare Guasti, directeur général des archives de Toscane à Florence, a mis à ma disposition, avant sa publication, un volume rempli de documents pisans et florentins. Mes amis et collègues à la SodetJi ligure de Gênes, MM. C. Desimoni et L. T. Belgrano n'ont pas cessé de m'ouvrir avec une complaisance infatigable les trésors de leur vaste érudition et de leui-s collections de documents. M. G. Berchet, de Venise, m'a fait l'aimable sui*piîse de m'envoyer un dossier de rapports du plus haut intérêt relatif au commerce, rapports rédigés par des Italiens du Portugal et dont il possédait des copies. Les relations que j'ai nouées avec MM. les professeurs Phil. Bruun d'Odessa et Fr. Flflckinger de Strasbourg, ont tourné au profit de mon travail, en même temps qu'elles ont été poui* moi personnellement un stimulant et un encouragement Enfin, MM. les conservateui's des bibliothèques de Berlin et de Munich, ont bien voulu mettre à ma disposition des livres rares: à tous j'adresse ici, en terminant, mes plus chaleureux remcrcîments.

Stuttgart, novembre 1878.

W. Heyd.

Observations préliminaires

sur les ouvrages consultés et les abréviations adoptées pour les citations.

i^ Recueils de documents.

a) Venise. Urkunden zur älteren Handels- und Staaisgesehichte der Republik Venedig mit besonderer Beziehung aufByxanx und die Levante vom 9. bis xum Ausgang des 15. Jahrh, herausg. vo7i G. L. Fr. Tafel und G. M. Thomas. 1*" partie (814—1205), 2« partie (1206—1266), 3« partie (1256-1299) = Fontes rerum austriararum. 2« 8ect. vol. 12—14, Vienne 1866—57. Abréviation adoptée pour les citations: pTaf. et Thom.'* C'est une œuvre capitale: la Deputazione veneta di storia patria a fourni à Tauteur survivant le moyen d'en poursuivre l'achèvement, en adoptant, dans la série des Monumenti storici qui se publient sous ses auspices, le Diplomatarium Veneto-Levantinum de M. G. M. Thomas (1880): ce recueil embrasse la période comprise entre 1300 et 1360 et fait directement suite au troisième volume de celui de MM. Tafel et Thomas : ce motif m'a déterminé a adopter pour les citations extraites de cet ouvragée l'abréviation „Taf. et Thom. IV." C^iercheur infatigable, M. le professeur Thomas a amassé encore une quantité de documents qui n'ont pn trouver place dans ce quatrième volume, et il a bien voulu me permettre d'y puiser; les citations prises dans ces documents seront reconnaissables à cette désignation : „Taf. et Thom. inéd/ Pour les parties les plus anciennes de leur œuvre, les auteurs se sont principalement basés sur le lÂber albus composé par le doge André Dandolo et les Libri Paetorum; pour les suivantes, ils ont particulièrement puisé dans les collections con-w nues sous le nom de Omimemoriali et de Misti Senate, Depuis lors, la Deputazione a commencé la publication, sous forme de regestes, de tous les volumes des Comme* ntoriali: (il y en a 33: le 1«' a paru en 1876, le 2« en 1878, le 3« en 1884). Quant aux Misti, VArchivio Vencto a publié au moins les rubriques des volumes perdus. Pour terminer, mentionnons le Liber Plegiorum, qui a été publié en supplément par VArchivio Vendo: on y trouve quelques renseignements utiles.

b) Gènes. L'abréviation ^'Lib, jur,'* indique la collection officielle de documents génois intitulée: Liber jurium reipublieœ Oenuensis, publiée en 1864 et 1867 par if. Ercole Ricottî, dans les 7« et 9« volumes des Historite patriœ motiumenta. — Quelques diplômes génois dont on possède encore le texte original ou une copie ont été insérés sans ordre dans le premier et le deuxième volume des Charta» : publiés en 1836 et 1853, ces deux volumes forment le premier et le sixième de l'œuvre mo-

xvî observations préliminaires.

numentale entreprise à Turin. — La Società Ligure di storia patria a commencé la publication d'un recueil de documents spécialement relatifs aux colonies génoises d'Orient : De 1868 à 1879 elle a donné, en deux volumes, formant le sixième et le septième de ses Atti, le Codice diplomatico dette colofiic tauro-liguri, durante la signoria deW uffieto di S. Oiorgio (1453—1475) ordinato ed iUustrato dal P. Aviedeo Vigna T. I et II. Des Stttdj et dociéinenti stUla colonia Oenovese di Pera, destinés par M. Belgrano h cette collection, il n'a malheureusement paru encore que la partie des documents (Âtti délia Soc. Lig., T. XIII, fasc. 2). Enfin, la publication des Trattati di Genova coW impero grecoy préparée pour les Attij n'est pas même entamée de sorte que nous en sommes toujours réduits à nous contenter en partie de l'ouvrage de Sauli, Délia colonia dei Genovesi in Oalata (Torino, 1831, 2 vol.).

c) Pise et Florence. Jusque dans les derniers temps, pour tout ce qui concernait l'histoire de Pise et même celle de ses relations avec le Levant, on en était à peu près réduit à une seule source, l'ouvrage de Flaminio dal Borgo, RaceoUa di scelti diplomi pisani; Pisa 1785 in 4^ (cit. Dal Borgo, Dipl. Pis.). Depuis quelques années, ces études ont été singulièrement facilitées, tant pour Pise que pour Florence, grâce à la publication d'un recueil qui fait partie de la collection des Documcfiti degli archivi toscani: ce recueil est intitulé; Documenti sulle relaxioni délie città toscane coli' Oriente cristiano et coi Turchi fino all* anno 1531, raccolte ed annotate da Oius. Müller. Firenze, 1879. (Cit.: Doc. suite relax, tosc.i

d) Amalfi. Pour cette ville nous possédons les ouvrages de M. Matteo Camera, à la fois historiographe et collectionneur de documents. Il avait publié une fois le résultat de ses recherches dans son htoria délia città e costiera di Amalfi, Nap. 1863; mais, depuis cette époque, sa collection s'est considérablement enrichie et il la met à la disposition de public sous ce titre: Metnorie storico ^ diplomatiche delV antica cutà e dueato di Amalfi. T. I, II, Salemo, 1876—81.

\ e) Montpellier n'est pas moins bien partagée: il n'est besoin que de nommer

Xles deux ouvrages de M. Alex. Germain: Histoire de la commune de Montpellier, montp. 1863, 3 vol., et Histoire du commerce de Montpellier. Montp. 1861. 2 vol. Aies documents originaux y abondent.

f) Pour Marseille U n'existait, jusqu'ici, rien de satisfaisant: faute de mieux on devait s'en tenir à l'ouvrage de MM. Méry et Guindon, Histoire des actes et des délibérations du corps et du conseil de la municipalité de Marseille. Mars. 1841 et suiv., 8 voL II y a lieu d'espérer que les choses ont changé depuis la publication de Tonvrage de M. L. Blancard, Documents inédits sur le commerce de Marseille au Moyen-Age^ mais je n'ai puis que l'indiquer, n'ayant pas encore eu l'occasion de le lire.

g) Pour Barcelone l'ouvrage de fonds est et reste celui d'Ant de Capmany y deMontpalau, Memorias kistoricas sobre la marina com^ercio y artes de là cmtiqua ciudad de BareelUma. Madrid 1779—92, 4 vol. (cit. : (/apmany, Mem.).

Toutes les collections que nous venons d'émunérer renferment une quantité de diplômes signés pas des souverains du Levant et d'actes de toutes sortes datées de localités situées dans le Levant: celles qui vont suivre sont composées spécialement en vue de certains pays de l'Orient:

Franc. Miklosich et Jos. Muller, Acta et diplomata graea medii œvi sacra ei profana, vol. I— IV. Vindob. 1860—71 (documents relatifs à l'empire byzantin, aux possessions turques en Europe et en Asie-Mineure, à la côte méridionale de la Crimée, etc.).

Sebast. Paoli, Codice diplomatico del sagro militare ordine gerosolimitano, oggi di Malta. Lucca, 1733, 2 vol. (^contient, pour l'époque du Moyen-Age, des documents relatifs à l'île de Rhodes et quelques uns relatifs à l'Asie -Mineure et \ la Syrie).

Observations préliminaires. xvii

Vict Langloîs, Le trésor des chartes d'Arménie, au OartiUadre de la ekaneellerie royale des Roupéniens. Venise, 1863.

EdDulaurier, Documents arméniens, T. L Paris 1869 (forme un volume du Recueil des historiens des croisades).

Louis de Mas Latrie, Histoire de l'île de Chypre sous le rèyne des princes de la maison de lAisignan, 3 vol. L'auteur publie dans la Bibliothèque de l'école de Chartes, sous le titre de Nouvelles preuves de l'histoire de Chypre, une série de documents qui font suite à ceux du deuxième et du troisième volumes (Paris 1852, 1855).

Louis de Mas Latrie, Traités de paix et de commerce et documents divers contenant les relations des chrétiens avec les Arabes de l'Afrique septentrionale au Moyen -Age. Paris 1866. Suppl. ibid. 1872. Pour Thistoire du commerce du Levant, cet ouvrage n'a que des documents relatif^ à l'Egypte. (Cit. Mas Latrie, Traités).

estons enfin les Archives de l'Orient latin, T. I, 1881, T. H, 1884, publiées par M. le comte Kiant: c'est une véritable mine, où abondent les documents; l'histoire du commerce du Levant peut y trouver sa part.

2® Manuels et Guides commerciaux.

a) La pratica délia mercaiura seritta da Francesco Baldueci Pegolotti. Publié I>ar Pagnini dans son ouvrage: Délia décima e délie aUre gravexxe, délia moneta e délia mercatura de* Fiorentini fine al secolo XVI, T. m, Lisbona e Luca, 1766.

Cet ouvrage a une importance de premier ordre pour l'histoire du commerce du Levant; aussi n'est- il pas inutile d'en dire quelques mots. Le nom de l'auteur apparaît pour la première fois, autant du moins que mes recherches m'ont permis de l'établir, dans un document du mois d'août 1811; c'est un traité conclu par lui, en qualité d'ambassadeur de Florence, sa patrie, et par lequel il obtenait de la ville de Sienne, pour ses compatriotes et leurs marchandises, le libre accès du port de Talamone et le libre parcours de la route qui partait de ce port et traversait le territoire de Sienne.' Peu de temps après, nous le trouvons au service de la Compagnie des Bardi, grande maison de commerce, qui avait des comptoirs et des agents à elle sur toutes les places importantes de l'Occident et de l'Orient, et qui, à côté du commerce proprement dit, faisait de la banque sur une vaste échelle. Comme la Compagnie des Peruzzi, sa rivale, elle concluait pour son propre compte des traités de commerce. Pegolotti négocia des traités en son nom, d'abord avec le duc de Brabant, puis avec les rois de Chypre et d'Arménie, et il obtint de ces princes des réductions de droits de douane, tant pour la société qu'il représentait que pour la commune de Florence, n résulte de la lecture de l'ouvrage dont nous avons donné le titre au commencement de ce paragraphe, qu'il se trouvait dans les Pays-Bas en 1816, qu'il partit de là pour l'Angleterre au printemps de l'an 1317* et qu'il séjourna dans ce dernier pays au moins jusqu'au printemps de l'année 1320. Ce dernier détail ressort d'ordres de paiement donnés par le roi d'Angleterre Edouard II à son trésorier, au cours des onzième, douzième et treizième années de son règne, pour divers sommes à remettre à Francesco Baldueci et consorts, qui tous sont désignés comme '^Mercatores de sodetate Bardorum de Florentia.' Du printemps de 1324 à l'été de 1327, puis de

* Archiv, stor. itah, 3« Sorio, T. XII, publiés par M. Edw. Bond dans VArehao- 2« part (I87Q), p. 70, 74. lopa, organe do la Société des Antiquaires

* Fraiica délia mereatura, p. 256 et s. do Londres, vol. XXVllI (1840), p. 307 ■ Voy. loa extraits des Liberate Rolls, —810.

XVIII Observations préliminaires,

nouveau en 1335, nous retrouvons Pegolotti en qualité d'Agent de la société à Chypre.' Beste à savoir s*U a connu et jusqu'à quel point il a connu par lui-même d'autres places commerciales d'Orient; il est certain que, de Chypre, il alla visiter la Petite-Arménie; mais il est difficile d'admettre qu'il ait parcouru en personne la route d'Arménie à Tauris et surtout celle de Tana en Chine. Il trace de ces deux routes des descriptions pleines d'intérêt' qu'il s'est, sans doute, contenté d'emprunter aux relations d'autres marchands. Au reste, le but qu'il se propose an cours de cet ouvrage n'est pas tant de décrire les routes commerciales, que de fournir à ses confiréres tous les renseignements qui peuvent leur être utiles pour fadMter leurs relations avec les principaux marchés. Il décrit les poids, les mesures, les monnaies en usage dans chaque pays, il les compare avec ceux d'autres pays; il indique les droits de douane et taxes de toutes sortes auxquelles le marchand est soumis, il énumére une foule d'articles de commerce; il va même plus loin, il en fait une description minutieuse, de telle sorte que chacun puisse, son manuel en main, distinguer les marchandises falsifiées des produits authentiques, les premières qualités des qualités inférieures; entre autres renseignements utiles, on voit encore dans son manuel quelles sont les marchandises, quelles sont les qualités de ces marchandises recherchées sur telle ou telle place, les coutumes de tel ou tel marché pour les ventes et les achats, enfin l'explicatiott de certains mots étrangers usités dans le commerce, des indications sur la manière de calculer le temps, etc. Sur tous les points Pegolotti se montre bien informé. Chypre était parfaitement située pour la préparation d'un pareil travau; on pouvait y recueillir des renseignements sur une grande partie des pays orientaux, de la bouche d'indigènes ou de marchands occidentaux, on pouvait y apprendre à connaître de visu la plupart des produits de l'Orient D'un autre côté, l'auteur avait mis à profit son séjour en Angleterre pour étudier les conditions du commerce en Occident. Ses tableaux comparatifs des poids, mesures et monnaies embrassent tous les pays depuis les côtes occidentales de l'Europe et de l'AMque d'un côté, jusqu'à Tana, Tauris, Alep, Damas et le Caire, de l'autre.

b) Praiiea délia mereatura aerUta da Oiav. da Uzzano nd 1442 (à la fin on trouve la date 1440).

Ce livre forme le quatrième volume de la collection de Pagnini (DéUa deeima, etc.); il débute par des tarifs des droits imposés sur les marchandises à l'entrée et à la sortie dans les vüles de Florence, de Pise, de Sienne et dans le port de Talamone; puis vient un tableau comparatif des monnaies, poids et mesures usités sur les diverses places commerciales d'Europe, d'Asie et d'Afrique, dans le genre de ceux de Pegolotti; après cela, l'auteur donne la description de certaines marchandises et il s'attache plus que Pegolotti aux questions de prix; enfin, dans la deuxième partie, il donne un portulan de ]& Méditerranée; nous en reparlerons plus loin. Il était fils d'un riche marchand de Pise, Bernard Uzzano, qui finit par faire banqueroute. Comme il n'avait que dl ans à l'époque où il écrivait son livre, Pagnini croit, non sans raison

^ Praiiea, p. 45,. 71, 318. Pegolotti re- tions municipales auxquelles il arait été ap-

vint de Chypre à Florence et commença alors pelé par le choix de ses concitoyens: yoy.

à écrire son livre; c'était très probablement Marchionne di Coppo-Stefani , Ittoria ßorm-

pea après 1385, en tont cas ayant 1348, tinuy T. VI, p. S44, T. VII, p. 16, 127.

pent-être avant 1389: yoy. les obsenrations (11 avait déjà occupé une de ces fonctions

de Pagnini, II, 76 et s. Il passa les der- en 1831, ibid. T. VI, p. 148.) nières années de sa vie à Florence: nous l'y * Pratiea, 1 et ss., 9 et ss.

trouvons de 1389 à 1346 occupant des fonc-

Observations prüiminaires. xix

(n, 78), qu^il n^a été qn^un copiste ou qa*il n*a fedt tout au plus que réunir en un ▼olume des notes préparées par un autre.

c lÂbro di mercantie et uaanxs cfe' paest [aut Giorgio Chiarini]. Firenze, 1481. C'est une description comparatiye des monnaies, poids et mesures en usage sur diverses places commerciales réparties sur un vaste espace, et une énumération der marchandises que Ton y trouve. Elorence et Venise sont les deux principaux points de comparaiBon.

d. Tarifa de pest e mesure eorrespondenti dai Levante al P&nente (composta per Bartholomeo di Pasi di Venetia), Venet 1521. Très analogue au précédent, mais le catalogue des marchandises est plus complet. La première édition de cet ouvrage, que, d'ailleurs, je n'ai pu me procurer, est de 1603; il rentre donc dans les limites de cette étude.

3* Ouvrages géographiques et relations de voyages du Moyen -Age.

Comme il m^arrivera à chaque instant d'avoir à citer Tun des ouvrages de cette catégorie, je me contenterai, en général, d'indiquer le nom de Pauteur et le numéro de la page où la citation est prise; c'est pourquoi je donne ci-dessous, à côté des noms d'auteurs, les titres complets des éditions consultées.^ H existe quelques relations de voyage que je n'ai pu me procurer, à cause de la rareté des exemplaires; d'autres relations bien connues ne contenaient aucun renseignement utile à mon point de vue spécial ou en contenaient si peu que je n'ai eu occasion de les dter qu'une ou deux fois; dans ce cas, j'ai indiqué le nom et le titre au complet.

Adorno (Ans.), Sire de Corthuy (1470). Bineraritém hierosolymüamim et sinaicum conseripsù Joamn, Adumus fil,; inédit: M. E. de la Ooste en donne un extrait dans son livre intitulé: Anselme Adomcj Sire de Oorthuy, Brux. 1865. — Alvarez (Pedro), (1600—1601): Nopigatione da Lisbona a Galiotä, publié dans Bamnsio, Navigationi e viaggi, T. I (1563), p. 121 et ss. — Anglolello (Gio. Maria), DeUa vita e fatti cP Ussuneassan re di Persia, Und. U, 06 et ss. — Anglure (Ogier Vm, seigneur d') (1396—1896): Le sadnt voyage de Jhirusalem, publié par Fr. Bonnardot et Aug. Longnon, Paris 1878.

BalU, Viaggio deW Indie orientali (1679 — 1688). Venet 1690. — Barbaro (Giosafatte): 1« Viaggio alla Tana (1436 et ss.): S» Viaggio in Persia (1478 et ss.): ces deux relations sont les deux premières du livre intitulé: Viaggi fatti da Vinetia aUa Tana, in Persia, in India et in Constaniinopoli. Vinegia, Aid. 1545. — Barbosa, B libro di Odoardo — Portoghese (1516—1621), dans Bamusb, I, 288 et ss. — Baumgarten auf Breitenbach (Martin von) (1607—1608). La relation de son voyage se trouve dans les deux livres ci-après: l^ Oeorgii Oemnieensis epkemeris peregrinationis transmarinay dans Pez, Thesaur. aneed., T. H, 8« part, p. 465 et ss.: 20 Martini a Baumgarten peregrinatio in JEgyplum, Arahiam, Palestinam et Syriam, éd. Donauer. Norib. 1594. Voyez ma notice sur ces deux relations et les rapports qui existent entre elles, dans le Bibliogr. Anxeiger de Petxholdt, 1873, p. 4—9. — Benjamin de Tudela (1166?— 1173). Binerary transkUed and edited hy A. Asher. VoL I, n, Lond. etBerl 1840—1841. — Boldensele (Wilhelm von) (1330—1333?) Binerarius, publié par M. Grotef end dans la Zeitschrift des hist, Vereins für Nieder-

^ Les dates inscrites à côté d'un nom son Toyage. d'tutenr indiquent Tépoqne et la dures de

XX Observations préliminaires,

Sachsen. Année 1852. (Hanovre 1855) p. 286 et ss. — Breydenbach (Bernhard von) (1483 — 1484): OptM transmarinœ pereffrituUioms. Mogunt 1486. — Bertrandon de la Broquière (1482 — 1433). Voyage d'ouh-emer, abrégé et mis en style moderne, par Legrand d'Aussy, dans les Mémoires de rinstUtU, sciences morales et politiques, T. V. Paris, an XII, p. 422 et ss. — Bu r char du s de Monte Sion (entre 1271 et 1285): Deseriptio terres sanetcs, éd. Laurent dans: Peregrinatores médit aevi qtiattior. Lips. 1864.

Ca' Masser (Leonardo da — ): Belaxione sopra il eommereio dei Portoghesi nell' India (1504—1506), dans Y Archiv, stor. ital. App. T. H, n» 10. p. 1—60. — Casola (Pietro) (1494). Viaggio a Qerusdiemme (éd. Giulio Porro). Milano 1866. — Gaumont, (Nompar II, seigneur de — ), (1418): VoycUge d*oultremcr en Jhérusalem, publ. par le marquis de La Grange. Pçiris 1858. — Clavijo (Buy Gonzalez de — ) (1403 — 1406): Vida del gran TamorUm. 2^» impr., Madrid, 1782 (c'est, on le sait la relation du voyage d'une ambassade). — Conti (Nicolo dei—) (1415 — 1440?): je me suis servi du texte latin original de cette relation de voyage, publié en appendice par M. Kunstmann, dans son livre KentUniss Indiens ini 15. Jahrhundert. München, 1863. — Oontarini (Ambr.) (1474 — 1478): Viaggio neUa Persia: imprimé à la suite de la relation de Gios. Barbaro (v. ce nom), dans les Viaggi alla Tana. — Cor sali (Andrea): Lettere due d. d. Coehin, 6. Jan. 1515 e 18. Sett. 1517, dans Ramusio, I, 177 et ss.

Egen (Lorenz) (1385): relation très brève d'un pèlerinage, publiée par M. Keinz dans V*'Ausland'\ 1865, p. 917 et ss. — Empoli (Giov. da — ) (1503—1518): Vita. Arohiv. stor. ital. Append. m, 28 et ss.: Letfera, ihid. 35 et ss. (Viaggio neu* India, dans Bamusio, I, 145 et ss.) — Este (Niccolo [raarchese] da — ) (1413). Viaggio a Gerttsalemme deseritto da Luchino dal Campo, éd. Giöv. Ghinassi, dans la Oollexione di opère inédite o rare dei primi tre seeoli delta lingua. Vol. I. Torino, 1861.

Pabri (Félix) (1480. 1483—1484): Evagatorium in terra sondes, Arabiœ et Egypti peregrinationem, éd. Hassler; vol. I— ni (Bibliothek des literarischen Vereins in Stuttgart, vol. II — IV). Stuttgart, 1843 — 1849. — Federici (Cesare) (1563—1581): Viaggio nell' India orientale, dans Eamusio, T. m (édit. de 1606). — Frescobaldi (Leonardo) (1384—1385): Viaggi in terra sancta, di L, F. e d^altri del secolo XIV (éd. GargioUL Firenze, 1862 (l'édition du voyage de Frescobaldi publié à part par Gugl. Manzi à Borne, en 1818, est vieillie).

Georgius prior Gemnicensis (1507 — 1508); cf. Baumgarten. — Ghistele (Joos van — ) (1481—1485): Voyage (beschreven door Ambr. Zeebout.) Ghendt, 1572. — Gucci (Giorgio) (1384 — 1385): Viaggio ai luoghi santi. Publié avec Frescobaldi (v. ce nom). — Gumppenberg (Stephan von — ) (1449—1450). Relation de la traversée faite par lui et ses compagnons, dans le Reyssbuch des ht. Landes. Frankf. 1584 Fol. 235 et ss.

Harff (Bitter Arnold von — ) (1496—1499). Die Pilgerfahrt des A. v. K, von Coin durch Italien, Syrien, Aegypten, Arabien, Aethiopien, Nubien, Palästina, die Türkei, Frankreich und Spanien, publ. par le D' E. v. Groote, Coin, 1860.

Johannes de Piano Carpini (Fra Giovanni da Pian de Carpine) (d'après d'Avezac 1245—1246, d'après Liverani 1246—1248): Hisioria Mmgahmm, quos fws Tartaros appeüamu^s, éd. d'Avezac, dans le Recueil de voyages et de mémoires, publ. parjla Soc. de géographie. T. IV (1839). — Jordanus Catalani (entre 1330 et 1336)f Mirabilia, éd. Coquebert de Montbret, dans le Recueil de voyages et de mémoires, publ. par la Société de géographie. T. IV (1839).

Observations préliminaires. xxî

Kiechel (Samuel), Voyages (1585 — 1589). éd. Hassler. Publication du, SMigarter litemr. Verein, vol. LXXXVI (1866).

Langele (Galfr. de — ) (1291 — 1293); I eonti deW ambasciata al Chan di Persia, pubL da C. Desimoni, Mi deUa Soc. Lig., T. XIU (1879). — Lannoy (Guillebert de — ) (était dans Je Levant de 1421 — 1423): Œuvres, publ. par Ch. Potyin (Louvain 1878). Depuis cette publication, Tédition des Voyages et ambassades de L., publiée par Serrure (Mons 1840) est vieillie. — Léman (Ulrich) (1472 — 1478): Beschreibimg seiner Reise nach dem gelobten Lande. Cod. germ. Monac. n9 692. — lAbro del conoscimienlo de todos los rey^ios e tierras e senorios que son por d mundo, escrüo por un franciscano espanol (anon.) â mediados del siglo XIV, éd. M. Jimenez de la Espada. Madrid, 1877 (Boletin de la Soeiedad geografica, T. n, App.). — Lopez (Thomé) (1502), Navigatione verso l'Indie orientali, dans Bamusio, I, 133 et ss. — Ludolphus de Suchem (ou mieux Suthem, Sudheim) (1336 — 1341): De itinere terra sanctœ liber, éd. Deycks, dans la Bibliothek des literar, Vereins, vol. XXV, Stuttg. 1851.

MarignoUi (Giov. dei — ) récollet florentin (1338 — 1358). Relation de voyage, enchâssée dans sa Chronique universelle, dans Dobner, Monum, hist. Boem., XI, 79—282. — Petrus Martyr ab Angleria (1501 — 1502): Legatio babylonica; se trouve à la suite de ses Décades très de rebus Oceanicis et novo orbe. Colon. 1574.

Fra Niccolô da Poggibonsi (1345 et s.): Libro doUramare, publ. da A. Bacchi délia Lega. Bologna, 1881. — Nikitin (Äthan.), de Twer (1466 — 1472). Belation de voyage écrite originairement en russe : j'ai eu sous les yeux la traduction anglaise du comte Wielhorsky, qui se trouve dans B. H. Major, India in the 15^ Century (Hakluyi Society, n« 22). Lond. 1857.

Oderico da Pordenone (1318 — 1330): Peregrinatio , publ. avec traduction et commentaires, par M. Yule, dans Fouvrage intitulé: Cathay and the way ihither. 2 voL, Lond, 1866 (HaUuyt Society, voL XXXVI, XXXVII). Mes citations sont prises dans le texte latin du vol. Il, Append. I, p. i — xlii. — Wilbrand von Oldenburg (1211 — 1212): Peregrinatio, éd. Laurent dans: Peregrinatores medii œvi quatuor. Lips. 1864.

Paschalis, franciscain espagnol du monastère de Vittoria. Lettre, écrite d'Almaligh en 1338, publ. dans Wadding, Annales ordinis Minorum, VU, 256 et s. — Pigafetta (Ant) (1519—1522): Primo viaggio intomo al globo terraqueo, éd. Amorettl Milano, 1800. — Eman. Piloti Cretensis (vers 1440): De tnodo, progressu ac diligenti Providentia habendis in passagio Christianorum pro conquesta terra sancta tractattis: dans la Collection des chroniques belges inédites: Monuments pour servir à l'histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg, pubL par Beiffenberg. T. IV. 1846. — Polo (Marco) (1271 — 1295): les citations sont prises dans: Le livre de M. P., rédigé en français sous sa dictée en 1298, par Eusticien de Pise, publ. avec comment, p. Pauthier. P. 1, 2. Paris, 1865.

Bicoldus de Monte Crucis (fin du Xmo siècle): Liber peregrinationis , éd. Laurent dans les: Peregrinatores medii aevi quatuor. Lips. 1864. — Guillaume de Bubrouck (1253—1255): Itinerarium Willelmi de Rubruek, éd. d'Avezac, dans le Recueil de voyages et de Mémoires, publ. par la Société de géographie. T. IV, 1839.

Santo Stefano (Hieronimo da — ) (dans les dix dernières années du XV® siècle). Lettre en italien, adressée à J. J. May er, à Beyrout, dans Bamusio, I, 345 et s. — Schiltberger (Joh.) 1394—1427): Reisen in Europa, Asien und Afrika, pubL avec comment, par K. Fr. Neumann. München, 1859. — Serano (Juan)

XXII Observerions préliminaires.

(1512): Relation de voyage: se tronve & la suite de Tédition anglaise de Barbose, publ. par la Hakluyt Soeiäy. VoL XXXV. — Sigoli (Simone) 1884—1885): Viaggio ai Mante Sinai. PubL en 1862 avec Frescobaldi (t. ci-dessos). — Symon Simeonis (1325 et ss.): Mneraria Symonis Simeanie et WiUetmi de Worcestre, éd. Jac. Nasmitb. Cantabr. 1778.

Tafur (Pero) (1436 — 1439): Andanças y tnc^ea, éd. M. Jimenez de la Espada. Madrid, 1874. — Tbeodoricus (vers 1172): LibéUue de Iode sanetis, éd. Tobler. S* Gall. 1865. — Tücher (Johann von) (1479 et s.): Beschreibung der Reyss ins M. Land, dans le Reysshuch des hl Landes. Yt]d, 1584. Fol. 349 et ss.

Vartema (Lodov.) (1501—1507): JRinerarto, dans Ramusio, Navigationi e viaggiy I, 147—173. — Vasco de Gama (1497—1499): Roteiro que em descobrimento da India pela cabo da Bon Esperança fex-em 1497, publ. par D. Eopke e An t. da Costa Paiva. Porto, 1838 (il existe une deuxième édition publ. par A. Herculano e Barâo de Castello da Paiva. Lisboa, 1861, mais je n*ai pas pu me la procurer).

4^ Cartes.

Les cartes des premiers temps du Moyen -Age sont grossièrement exécutées; les noms y sont clairsemés; elles ne fournissent aucun renseignement utile pour une histoire du commerce. Par contre, celles des époques postérieures, à partir de Pan 1300 environ, mettent à notre disposition des matériaux abondants : d^une part, on y trouve des notices Qégendes) sur les produits de certains pays, sur les exportations et les importations de certains ports, sur les routes commerciales par terre et par eau, sur la manière de voyager, etc. etc.; d^autre part, on y voit les noms et la position des centres commerciaux de Fépoque. Les cartes les plus intéressantes par leurs légendes sont les suivantes:

La carte des frères Pizigani, de Venise, dressée en 1367 (cf. Zurîa di M. Polo n, 317 et ss.): publiée par Jomard dans sa grande collection de cartes anciennes.

La carte catalane, publiée par Buchen et Tastu (Not. et extr. XIV, 2): on peut affirmer qu'elle a été établie en 1375; (ibid. p. 3, 30 et s.), il ne funt pas s'en rapporter aux dates inscrites dans les légendes et qui pourraient faire croire qu'elle est d'une époque antérieure (Yule, Gathay I, p. ccxxiii et s.).

La carte de Bartolomeo Pareto, de 1455, décrite par Andres dans les Memorie dell' Aceademia Ereolanese di Archeologia. VoL I. (1822); depuis cette époque on a eu le bonheur de la retrouver et M. Amat en a donné une description provisoire dans les Memorie délia Sodetà geografica italiana, 1878, p. 64 et ss.

La carte de Fra Mauro, dressée vers 1459: a été successivement complétée jusqu'en 1470; décrite dans Zu ri a, H mappamondo di Fra Mauro. Venez. 1809: reproduite en fac-similé par M. Münster à Venise en 1870.

Enfin, la carte de Martin Behaim: deux ouvrages ont été écrits sur ce't illustre navigateur: celui de M. Murr, quoique le plus ancien des deux reproduit les légendes plus complètement que celui de M. Ghillany.

Toutes les cartes que je viens d'ênumérer ont aussi une certaine valeur au point de vue de la nomenclature des noms de viUes. Mais, sous ce rapport, il n'y a pas de comparaison à faire entre elles et les cartes côtières dressées d'après les indications des navigateurs et faites pour leur usage. Sur celles^, on voit tous les noms des stations maritimes, des caps, des embouchures de fleuves, des ues, des écneils etc. sur de longues listes spéciales pour la Méditerranée et pour ses annexes, et môme ponr l'Océan : ici, bien entendu, il n'est question que des côtes d'Europe et d'AMque, mais

Observations préliminaires. xxiii

on y trouve les points extrêmes visités habituellement par les navigateurs occidentaux. Souvent les cartes côtiôres étaient remplacées par des livres de loch, contenant des instructions pour la navigation le long des côtes et entre les côtes et les îles. Uszano composa, sous le titre de Compcisso a mostrare a navica/re daW %mo stretto affaUro, un de ces livres de loch pour tout le bassin de la Méditerranée (sauf la mer Noire et bi mer d*Azow) et il Pintercala dans sa Pratica délia mercatura (1442). Ce livre -est rempli de détails (p. 199 -278) et le savant qui voudra un jour prendre la peine de le commenter rendra un grand service à l'étude de la géographie du Moyen-Age. •

Bans l'Atlas joint k sa Géographie du Moyen- Age (1866X M. Lelewel a composé, au moyen d'une combinaison de toutes les cartes du Moyen-Age qu'U avait pu se procurer, un portulan général où la nomenclature extraite de ces cartes se trouve placée vis-à-vis de la nomenclature actuelle. Il nous est impossible de citer toutes les cartes dont il s'est servi, ni celles qui ont été retrouvées depuis cette époque. M. Uzielli a publié une très bonne étude d'ensemble sur tous ces documents, dans les Stv^i bibliografid e biografiei stdla eioria délia geografia in lialia, p. 280 et ss. Ajoutons encore que la Sœietà Ligure de Gênes a publié récemment une précieuse collection de cartes dressées vers l'an 1300, connue sous le nom ^^Aüanle Luxoroy avec sa nomenclature complète et des commentaires de MM. Desimoni et Belgrano (AUi délia Soe. Lig. T. V, p. 1—271); il existe également un facsimile du Portulan du génois Pietro Visconte (1318). Venez. 1875.

A côté du portulan général de M. Lelewel, il en existe de spéciaux pour certaines portions de côtes. Sous ce rapport, la mer Noire et la mer d'Azow sont particulièrement favorisées. Un savant viennois, Gevay, suivant M. Canale, Kopitar suivant M. Bmun, en a composé un dans lequel toutes les côtes de ces deux mers étaient développées sur une feuille en forme de rouleau; ' il est connu sous le nom de Peripluê oetuplus (1836) parcequil contenait un tableau i^ynoptiqne de noms de lieux extraits de huit cartes anciennes de la bibliothèque de Vienne. M. Canale a fait réimprimer ce périple & Gênes, sous le titre de Peph oUuplo del mar nerOf et il y a igouté des notes (1856): M. Tafel l'a également £edt entrer dans le cadre de son grand ouvrage : Constantinus Porphyrogenetus de provmdis regm byxaniini liber 27. Europa. Tubing. 1846 (p. 37—41). Sans avoir eu connaissance de ce travail, M. Elle de la Primaudaie (Éludes sur le commerce au Moyen-Age, Paris 1848, p. 209 et ss.) a composé un périple analogue, accompagné de notes explicatives, au moyen de six cartes qui ont très peu de similitude avec celles qui avaient servi de base i l'ouvrage précédent Enfin, avec huit cartes trouvées à Munich, M. G. M. Thomas a composé un Periplus des Pontus Euœinus auquel il a joint de remarquables commentaires (Abhandlungen der bayer. Akad, Cl, I, VoL X, Sect. 1 p. 223 et ss.). D'après M. de la Primaudaie, les cartes dont il s'est servi auraient été dressées entre 1818 et 1514; d'après l'auteur du Periplus œtuplus, les siennes l'auraient été entre 1318 et 1614, tandis que presque toutes, sinon toutes celles qui ont servi du base au travail de M. Thomas sont du XVI® siècle; les plus modernes de ces cartes reproduisent d'aülenrs encore en entier la nomenclature du Moyen -Age. H existe, à bi fin d'un grand Atlas de la bibliothèque Laurentienne de Florence, une carte de ]& mer Noire, portant la date de 1351, à laquelle le comte Serristori a fait l'honneur d'une monographie intitulée: lUustroMone di una caria del Mar nero del MGOCLL Fir. 1866.

Des périples qui comprennent toute l'étendue de la mer Noire passons aux travaux plus restreints. En 1796, le comte Potocki a relevé sur six cartes du Moyen-Age (trouvées à Vienne et à Wolf enbttttel) la nomenclature des noms de lieux pour la partie

XXIV Observations préliminaires,

de la côte comprise entre Pembouchure du Dniester et Trébizonde (Métnoires sur tm nouveau périple du Pont-Evann 1796; reproduit dans son Voyage dans les steppes d'Astrakhan et du Caucascj éd. Klaproth, T. H, Paris 1829); M. Hammer-Purgstall a extrait de sept cartes de la bibliothèque du palais de Vienne une liste de noms de lieux pour la section comprise entre Akkerman et Taman (Wiener Jahrb., vol. LXV. 1834, p. 6 et ss.); tout récemment, M. F h il. Bruun a pu réunir à Odessa huit cartes qui lui ont servi à déterminer et & expliquer les noms donnés pendant le Mdyen-Age aux localités situées sur les côtes entre Tembouchure du Dniester et celle du Dnieper. (Bulletin de VAcad. de S. Pétersb. T. I. 1860, p. 373 et ss.). Ces mêmes côtes de la Russie méridionale actuelle ont été, de la part de savants voyageurs, tels que Dubois deMontpéreux, Hommaire de Hell et Karl Koch, Tobjet d^études dont le but était de retrouver leur physionomie à Fépoque du Moyen-Age.

A ce point de vue, la côte septentrionale de T Asie-Mineure et la côte occidentale de la mer Noire n'ont pas donné lieu à des études aussi complètes. Cependant, les travaux de M. M. Lelewel, Thomas, Desimoni et Belgrano ont fourni de nombreux éléments à la connaissance des localités de ces parages ; enfin, il est bon de consulter, pour TAsie- Mineure, Vivien de Saint-Martin, Asie mineure (2 vol. Paris 1852) et pour la Bulgarie, Vre tos, La Boidgarie ancienne et moderne (S^ Pétersbourg 1866).

Dans rénumération des plus anciennes cartes du Moyen-Age qui rentrent dans le cadre de notre étude, il ne faut pas oublier les deux cartes côtières de la partie méridionale de PAsie- Mineure et de la Syrie, jointes par Sanuto à ses Sécréta fiddium crucis: dans le texte même on trouve une description des côtes depuis la frontière d'Egypte jusqu'au point de la côte de Syrie qui fait face à Rhodes (p. 88 et ss., 244 et ss.). MM. Tafel et Thomas (I, 375 et ss.; H, 399 et ss.) en ont donné d'excellents commentaires et M. Vivien de S* Martin, dans l'ouvrage cité plus haut, a mis en lumière la valeur de la relation de Sanuto pour ce qui concerne r Asie-Mineure. M. Thomas a composé un Périple de cette partie de la Méditerranée et il l'a publié comme appendice à son périple du Pont-Euxin; il s'est servi pour cela de cartes de XVI® siècle ; on n'a pas encore pu réunir des cartes plus anciennes en nombre suffisant pour en tirer un travail de quelque valeur.

Première période.

Les débuts.

Depuis les grandes invasions jusqu'aux croisades.

Époque de Justinien et de ses successeurs.

Le flot de peuples barbares qui inonda l'empire romain à la fin de son existence apportait avec lui les germes d'une vie nouvelle: quand Borne eut succombé, ces germes commencèrent à se développer sur tous les points de l'Europe: des races jeunes, vigoureuses, mais aussi encore à demi barbares, prirent tout d'un coup une importance de premier ordre: mêlées aux peuples que jusqu'alors Bome avait tenus sous le joug, elles fondèrent de nouvelles nationalités; ce fut une transformation générale dans l'état, dans la société, dans les mœurs. Néanmoins ce bouleversement n'atteignit pas au même degré toutes les conditions de la vie des peuples. Dans le domaine de la vie commerciale, qui fait l'objet spécial de cette étude, nous ne trouvons, au seuil du Moyen-Age, aucun fait dont la portée approche de celle de la découverte de la route des Indes orientales par mer et de la découverte de l'Amérique, événements qui coïncident avec les origines de l'époque moderne et qui ont subitement ouvert au commerce des voies toutes nouvelles. Entre l'antiquité et le Moyen-Age la transition se fit moins brusquement: les voies et les places commerciales restèrent, en général, les mêmes qu'autrefois. Depuis que les conquêtes d'Alexandre avaient mis les peuples civilisés de l'Occident en contact avec les profondeurs de l'Orient, le grand effort du commerce se portait de ce côté, parceque là était la source de production des objets devenus nécessaires aux insatiables maîtres du monde. On tirait des Indes les é^ces que les Grecs et les Bomains mettaient dans leurs aliments pour en relever le goût, la plus gi*ande partie des pacfiuns qu'ils répandaient sui* leurs personnes et dans leurs appartements, l'ivpire dont ils faisaient leurs meubles précieux. La Chine fournissait la gode' dont les femmes et, plus tard, avec l'accroissement du luxe, les hommes même de l'époque impériale aimaient à se vêtir: pour les bijoux, les montagnes de la Perse et des Indes envoyaient leurs pierres précieuses, l'Océan indien ses pgrlfis. Peu k peu ce commerce prit une telle extension, qu'au temps de Pline

i\ : :/ : iiômtetripéiruifie^ ~ Des grandes invasions aux croisades,

l'empire Romain versait chaque année en Asie, en paiement des marchandises qu'il en tirait, cent millions de sesterces, (environ 20 millions de francs), dont l'Inde, à eUe seule, absorbait la moitié.^ Au Moyen-

- Age, le Levant était encore le principal objectif du marchand d'Occident. Les denrées coloniales qu'on a reçues plus tard d'Amérique, telles que le sucre et le coton, on les tirait alors de la Syrie, de l'Asie -Mineure ou de Chypre: les aromates de linde , les épices et surtout le poivre faisaient partie des denrées les plus appréciées à cette époque. Que si l'on cherche l'origine des fines étoffes ou des tapis qui faisaient, au Moyen-Age, l'ornement des demeures de la noblesse ou de la riche bourgeoisie, on aboutit presque toujours à l'Orient; c'est de là que vient en général la matière première, très souvent le tissu ou la broderie, et enfin le nom de l'étoffe. Si le commerce suivait toujours la même direction que dans l'Antiquité, les grandes voies commerciales étaient aussi resté les mêmes. Ne connaissant pas la route du Cap de Bonne Espérance, lés navires marchands, pour aller chercher les produits du Levant, se bornaient à la traversée de la Méditerannée , ou poussaient tout au plus jusque dans les eaux qui communiquent directement avec elle: là, ils étaient certains de trouver, échelonnés sur les côtes, des marchés déjà fameux dans l'Antiquité, Alexandrie, Tyr, Béryte, Antioche, Byzance, Trébizonde: la création d'un marché nouveau est un fait absolument exceptionnel. Les marchandises arrivaient encore du fond de l'Orient jusqu'aux ports de la Méditeiranée ou du Pont, par les voies usitées de toute antiquité, la mer Rouge ou le golfe Persique; celles qui venaient du centre de l'Asie par la voie de terre suivaient encore les routes que nous trouvons déjà citées dans les géographes grecs et romains d'après les i*elations des marchands. Le seul élément qui eût changé dans ce commerce, c'étaient les intermédiaires; les Italiens, les Provençaux et les Catalans avaient pris la place des Grecs et des Bomains. Mais, sous ce rapport même, ne l'oublions pas, la transition entre l'An-

[ tiquité et le Moyen-Age s'est faite sans à coup. En effet, lorsque l'empire s'étai^ divisé en deux, la monarchie byzantine avait, naturellement, . par l'effet de sa situation géographique, hérité du commerce de l'Orient Ayant survécu aux invasions, elle joua dans les relations commerciales entre l'Occident et l'Orient le rôle d'intermédiaire, jusqu'au jour où la bourgeoisie des villes maritimes d'Italie, de France et d'Espagne fut devenue assez forte pour s'en passer.

Nous pouvons maintenant entrer dans le vif de notre étude. Notre point de départ sera le règne de l'empereur Justinien (527 — 566): nous possédons, en effet, sur cette période, des documents

Plin., HÜL nai, VI, 26, XH. 41.

L — Époque de JusHnien d de ses successeurs. 3

en nombre suffisant pour tracer un tableau complet de la situation de l'Orient & cette époque, au point de vue commerciaL Le plus lointain des pays, avec lesquels les Gérées de Byzance entretenaient un trafic suivi, était aussi celui qui fournissait les produits les plus précieux et les plus recherchés. Depuis des siècles l'industrie de la soie (c'est d'elle que nous youlons parler) était florissante en Chine, mais le secret en était si bien gardé que les étrangers n'avaient jamais pu en apprendre les procédés de fabrication. Enfin arriva un moment où un autre pays put exploiter à son tour cette branche importante de l'industrie. Cest à un petit royaume du centre de l'Asie, le Ehotan, qu'échut cette bonne {brtune, par suite du mariage de son roi avec une princesse chinoise: celle-ci, dit-on, traîtresse à son pays, sut tromper la surveillance des douaniers et emporta dans sa nouveUe patrie des œu& de vers à soie, des vers et des semences de mûrier.^ On ne saurait dire avec certitude si, au YI^ siècle, la production de la soie avait accentué son mouvement de l'Orient vers l'Occident et dépassé les frontières du Khotan, mais on peut admettre que la plus grande partie des soieries que recevaient alors les marchands occidentaux leur arrivait encore de la Chine. Les Chinois exportaient eux-mêmes leurs produits; mais, à cette époque, à de rai*es exceptions près, leurs vaisseaux ne les transportaient que jusqu'à Ceylan,' et les caravanes ne dépassaient pas les frontières du Turkestan. Â partir de là c'étaient d'autres peuples qui se chargeaient d'écouler vers l'ouest ces précieuses marchandises; mais il est difficile de faire la distinction, car les écrivains de l'antiquité classique et, après eux, ceux de l'époque byzantine^ donnaient le nom de Sères non seulement aux producteurs de la soie, mais aussi aux divers peuples qui se chargeaient de la répandre. Parmi ces peuplades spécialement adonnées au commerce de la soie, nous pouvons citer les habitants de la Sogdiane, dans les steppes de la Boukharie, connus de toute antiquité par leurs aptitudes et leur habileté commerciales.^ La soie leur était apportée de la Chine par

' Abel Bémusat, Histoire de Khoten faire la traversée sur deux grands navires

p. 34 et s. ; 63 et s. Hiouentsang, Mémoires marchands, dont Tun le mena jusqu'à Java

sur les contrées occidentales, trad. p. Sta- et l'autre jusqu'en Chine; voy. Foe-Koueki,

uislas Jnlien, II, p. 238 et s. trad. et commenté par Abel Bémusat Pa-

' Nous empruntons ce renseignement ris 1836, p. 859 et s. Y. aussi Richthofen,

relatif aux relations maritimes entre la Œina l, 520.

Chine et Ceylan, à Cosmas Indicopleustes ^ Voyft^Bitter, Erdk, Vm, 693 et ss. et

(dans Hontfaucon, Collectio>nava patrtim Bichthofen, China, I, 474et8S.

n, 337) : il est encore affirmé par le pèlerin * Ssematsien, trad. p. Brosset» dans

chinois Fabsien (Fahian) qui voyageait au le Nouveau joum. asiat. Il, 425. Saint

commencement du V® siècle ; partant de Martin, Mém. sur V Arménie H, 374. Abel

Ceylan pour rentrer dans sa patrie, il put Bémusat, Nouv, mél asiat. I, 229.

4 Première période, — Des grandes invasions aux croisades.

des caravanes et ils la transportaient à leur tour soit sur les marchés du nord de l'Iran, soit sur ceux du sud de la mer Caspienne. Les sources ne le disent pas d'une manière positive, il est vrai; dans sa chronique le byzantin Théophane rapporte que les marchés et les ports fréquentés par les marchands de soieries^ ont, en peu de temps, changé trois fois de maîtres: après avoir été possédés à l'origine par les Perses, ils leur ont été enlevés par les Huns dits EphtaUtes (les Tue-thsi des Chinois), et, finalement, ont été occupés par les Turcs. Les peuplades, désignées dans ce passage sous le nom de Sères, sont, à mon avis, les habitants de la Sogdiane; la suite de l'histoire du commei*ce de la soie le démontrera: mais où étaient situés leurs ports? Assurément ce n'était pas aux bouches de l'Indus, bien qu'elles fussent reliées à la Chine par une route commerciale passant par l'Asie centrale et les cols de l'Hindou -Eouch: si les Perses et les Huns Ephtalites ont tour à tour dominé pendant oin certain temps dans cette partie de l'Inde,' la puissance des Turcs (Toukiou) ne s'est jamais étendue jusque là. H faut donc chercher dans une autre mer. Suivant Théophane la perte de ces marchés fut, pour les Perses, la conséquence immédiate de la défaite de leur roi Perozès par le khan des Ephtalites (457). > La bataille décisive fut livrée près de la frontière qui séparait, au nord, l'empire des Sassanides des tenitoires occupés par les Ephtalites, maîtres des basses plaines de l'Oxus et de llaxarte, non loin de la ville perse de Gorgo* (Gourghân) nommée plus tard par les Arabes Djordjân, et située à l'extrémité méridionale de la mer Caspienne.* N'est-il pas tout indiqué de chercher également sur la mer Caspienne lés ports des Sères, que les Perses perdirent précisément après cette bataille contre les Huns? A ce propos il nous revient en mémoire que, dans l'Antiquité, il existait une route suivie habituellement par les marchandises du Levant, des pays de l'Oxus à la mer Caspienne; là elles étaient embarquées, passaient la mer, remontaient l'Araxe, puis descendaient le Phase et enfin traversaient la mer Noire.« A la suite des événements que nous avons mentionnés, cette voie fut reprise de nouveau (peut-être, n'avaît-elie jamais été abandonnée?), seulement elle se prolongea dès lors en remontant l'Araxe pour gagner l'Asie -Mineure par Artaxate. En outre, la route des

1 tt

'Ta « Srj^iüv iftTtrutta xal tovq h- * Ne pas Confondre avec Ourgendj,

fifvaç,** Exeerpta e Theophanis kistorioy éd. capitale du Khowaresm, dont il sera parlé

Bonn. p. 4S4 et s. plus loin ; yoy. Vivien de Saint-Martin, Sur

* Sur les Huns, voy. Cosmas 388 et s. les Huns blancs ou Epthalites, dans les ' Agathias, éd. Bonn. p. 366; Procop. Nouv, annal, des voy, 1849. m, p. 9 et s.

Z>0 Myoper«. 1,8, 4; Theop]ian.I,188->190. not. Spiegel, Eran p. 128. 125.

* Procop. 1, c: cf. encore Exeerpta ex • Plin., Bist nai. VI, 17. Priseo, éd. Bonn. p. 221.

/. — Époque de JuMinien et de ses successeurs. 5

r^*ayanes suivait, comme toujours, la lisière septentrionale de .l'IraiL«^ Que la soie fût transportée par l'une ou l'autre de ces voies, c'étaient toujours les Perses qui la recevaient les premiers et ils veillaient jalou* sèment à ce qu'elle ne parvînt pas aux Bomains d'Orient par un antre chemin que celui qui traversait leur pays et par d'autres mains que les leurs. ^ Le gouvemement de Byzance s'était entendu avec celui « de la Perse pour désigner certaines places' où les marchandises arrivant de Perse devaient être vendues aux Byzantins: il était d'autant plus impossible d'échapper à cette prescription que chacune de ces places était en même temps le siège d'un bureau de douane. > La plus éloignée an nord ^ était Arta£tU$j ^ que nous avons déjà citée; puis venait, au centre, en Mésopotamie, Ni^,^ et enfin au sud, Callinistßn (Bakka sur l'Euphrate).^ Nous avons déjà vu comment la soie arrivait jusqu'à la première de ces villes. Nisibe pouvait d'une part recevoir la soie par des caravanes qui, partant de la Sogdiane, traversaient la Perse dans la direction du sud -ouest; d'autre part, comme le voisinage du Tigre la mettait en communication avec le golfe Persique, elle pouvait être approvisionnée par la mer. Quant à Callinicum, sa situation sur l'Ëuphrate donne à supposer que la plus grande partie ou même la totalité des soieries qui y arrivaient avaient traversé le golfe Persique et remonté l'Ëuphrate. Ceci nous rappelle que la soie pouvait encore suivre une autre route que

* Abel Rémusat, Remarques sur l'ex- Pépoque de Justmien ce décret était tom-

tension de l'empire chinois du côté de bée en désuétude : mais le fait même que

r Occident, dans les Mém. de l'Äcad, des Justinien l'a introduit dans son Code

Liser. ym, (1827) p. 125. prouve qu'il était encore en vigueur; la

' Décret de Tannée 410, dans le Ood. difficulté sera supprimée si l'on admet

Jtésiinien. lib. IV, tit. 63. Exeerpta e l'hypothèse assez plausible de ZacharisB,

Pétri Patrieii kist. éd. Bonn. 135; Ex- (op.cit.,p.5ets.);8'appuyantsurla8ituation

eerpta e Menandri hist. éd. Bonn. p. 361; des deux localités, il pense que les foires

Zachari» , Eine Verordnung Justirdans de la plaine de Doubios ne font qn'un arec

über den Seidenhandel, dans les Mém, de le marché d'Artaxate.

VAßod. de St. Pétersb. Série VH., T. IX. ^ „, .^ . , ,

n. 6 (1865) D 6 Nisibe envoyait sans doute des mar-

' Procope,'(Z)êô.«oper«.n,25.30),nous chandises des Indes et de la Chine aux fait connaître un autre point de k même °«^^^« ^l ^<?*' «^^^^ ^ }'^ ^ansja région où s'échangeaient les marehandises P^J^\d^ ^^'^^^ /°*'f ^if f""' ^'^'" des Indes et de la Perse: c'estlla plaine de P^if te) et Orfa (Édesse ; ^ le passage Doubios dans l'Arménie persane , k huit f '^^".^ d'Ammien MarceU. XIV, 3. Cepenjournées de ThéodosiopoUs (Erzeroum). f^* ^* prospérité de Bato^ ne ftit pas Or, le décret de 410 désigne la ville d'Ar- ^f >^^ ^^'^ ^^ Jf J^' «^« ^* taxate comme l'unique place de commerce ^'^ "^^"^^^ ,f nmg d'obscure bourgade vers ]B. partie septentrionale de la firon- ^^^P" ^ ^^ ^"^ °' litière de l'empire, du côté de ]a Perse: * ^'Oppidum commeroiandi opimitate d'après ce qui précède, il semblerait qu'à ^gratissimum." Amm. MaroelL XXTIT, 8.

6 Première période. — Des grandes invasions at4x croisades.

celle dont nous avons parlé jusqulci. On en expédiait une partie de Chine à Ceylan par mer; là, on la transbordait et elle gagnait le golfe Persique en longeant la côte occidentale de l'Inde et la côte méridionale de la Caramanie. H est évident que, lorsque les marchandises chinoises avaient suivi la voie de mer, elles pouvaient échapper aux Perses; car, de Ceylan il était possible de les diiîger sur le sud de l'Arabie et sur l'Ethiopie.^ Il y avait là, pour leur monopole, un danger que l'empereur Justinien sut mettre à profit En effet, pour les Byzantins, obligés de se procurer cet article, c'était une lourde chaîne que d'être réduits à n'avoir d'autres intermédiaires que les Perses: il n'y avait pas de nation avec qui l'on fût aussi fréquemment en guerre: pouvaitil leur être indifférent de voir leurs propi'es marchands porter à leurs ennemis les énormes sommes destinées & l'achat des soieries? devaientils accepter tranquillement les fréquentes interruptions de trafic, suites de l'état de guerre? Désireux de remédier à ces inconvénients l'empereui* Justinien tenta, en 632, d'ouvrir une route au commerce de la soie par V Ethiopie: les Éthiopiens pourraient, pensait -il, acheter la soie aux Indiens et la revendre aux Byzantins. Leur roi, allié de Byzance et séduit par la perspective d'une gain considérable, entra dans les vues de l'empereur. Mais quand ses sujets arrivèrent dans les ports où les vaisseaux des Indes venaient atterrir,^ ils y trouvèrent les Perses maîtres du marché, en leur double qualité de voisins et d'anciens clients; ils durent repartir les mains vides, et les Perses restèrent sans conteste, jusqu'à nouvel ordre, en possession de leur monopole. '

Les produits que VInde envoyait vers l'Asie occidentale et l'Europe passaient également presque en entier par les mains des Perses, tout au moins quand les caravanes qui les transportaient suivaient la vieille route tracées par la nature elle-même à travers le Pend|jâb et les défilés de l'Hindou-Kouch. Il est difficile de démontrer l'existence de ce commerce par voie de terre entre l'Inde et la Perse à l'époque qui forme la transition entre l'Antiquité et le Moyen-Age. Un voyageur du commencement du Vn® siècle, le pèlerin Hiouenthsang,. trouva sur le territoire de Bamian, qui commandait le principal défilé de la route de l'Inde vers la Bactriane, une population adonnée au commerce, et il désigne en particulier les villes de Eapiça (non loin de Kaboul) et d'Outakanda (Ohind non loin de Peschawer) comme des marchés où affluaient en quantité les marchandises les plus rares et les plus recherchées.^ Mal-

* Ck)8ma8, loc. cit. p. 337. • Procop., /)e beUo persico I, 20.

' Ces ports étaient sans doute situés *• Hiouentsang, Mém. I, 37, 40, 125.

à l'embouchure de Flndus.

/. — Époque de Justinien et de ses successeurs. 7

heureusement il ne dit öen de la direction du trafic II n'est pas douteux que, dans leur mouvement vers l'ouest, les marchandises de l'Inde devaient se réunir, sur un point quelconque, aux provenances de l'Asie centrale et aboutir avec elles sur le territoire byzantin, à Artaxate ou à Nisibe.^ Mais la plus grande partie des produits que l'Inde expédiait vers la Perse suivait les côtes par mer et n'était débarquée qu'après avoir atteint, soit le fond du golfe Persique, soit l'un des points d'atterrissement de l'Euphrate ou du Tigre, dont le cours inférieur est navigable. Le premier entrepôt que rencontraient dans cette région les vaisseaux venant de l'Inde était Apologos, nommée plus tard Obollah: déjà signalé dans le Périple de la mer Bouge comme un des principaux points de débarquement pour les marchandises du Levant, il n'avait rien perdu de cette importance à l'époque des Sassanides.* Si les vaisseaux dépassaient ce port et remontaient' le Tigi*e, ils n'avaient pas à aller bien loin pour rencontrer la capitale des rois de Perse, la brillante Ctésiphon-Madaïn. S'ils remontaient l'Euphrate, ils pouvaient pousser jusqu'à Hira (près de la ville actuelle de Mesched-Ali) sans sortir de l'empire des Sassanides. ' H était bien loin, le temps où la prépondérance politique et commerciale des Bomains se faisait sentir jusqu'au bas Euphrate et même jusqu'au rivage du golfe Peraique; le royaume de Hira, peu étendu mais florissant, était possédé (du milieu du IQ^ siècle jusqu'au commencement du VIE® ) par des princes arabes qui reconnaissaient la suzeraineté des rois de Perse. Les vaisseaux du Sîndh, de linde ou même de la Chine ^ remontaient jusqu'à leur résidence, qu'il est permis jusqu'à un certain point de compter encore au nombre des villes de la Perse, et, de là, leur précieux chargement, repris par les caravanes, se dispersait dans toutes les directions, surtout à l'époque des grandes foires qui se tenaient une fois par an à Hira.^ Il est difftcile de préciser à quelle nationalité appartenaient les vaisseaux, qui au YI*^ siècle, transportaient les produits de l'Inde jusqu'en Mésopotamie. Deux des plus grands orientalistes français, Beinaud et Quatremère, ont exprimé, à cet égard, des opinions différentes. Le premier prétend qu'à F^poque de la domination des Sassanides, les Perses possédaient

* Procop., De beUo pers. H, 26, parle de ' D'après une antique tradition rapmarchandises de Plnde qui arrivaient sur portée par Maçoudi, Prairies d*or pubi. et le marché de la plaine de Doubios ; voy. trad. p. Barbier de Heynard et Payet de plus baut. Courteille, I, p. 216, 219. ; cf. Hamza Is-

• Cf. Qeogr, grœd min. y éd. MuUer pahanensis. éd. Gottwaldt, p. 80, de la I, 285, et Beinaud, Mémoire sur le roy- tr^d-

aume de la Mésène et de la Kharacèney ^ Caussin de Peroeval, Eist, des Ara-

dans les Mém, de VAcad. des inscr., XXÏV. bes II, 616 et ss. n, p. 199, 212, 213. Gildemeister, Script, arab. de reb. ind. loci p. 37 et s.

8 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.

une marine importante, tandis que les Indiens ne se seraient montrés sur les côtes du golfe Persique que pour y commettre des actes de piraterie^; en ce cas, à la question que nous posions tout-à-l'heure il faudrait répondre que les vaisseaux étaient pour la plus gi'ande partie de nationalité perse. Mais de son côté, Quatremère > affirme que jamais les Perses n'ont été une nation maritime; si l'on se range à son avis, il faudrait donc admettre que c'étaient les Indiens qui pourvoyaient eux* mêmes au transport des produits de leur pays vers la Perse. La vérité est probablement entre les deux et nous pensons, pour notre part, que l'un et l'autre de ces deux peuples ont pu prendre une part active à ce commerce maritime. En ce qui concerne les Indiens d'abord, on sait qu'à côté des tribus de féroces pirates qui portaient souvent leui^ déprédations sur les côtes de la Perse, il existait depuis longtemps sur la côte occidentale de l'Inde, surtout dans le Malabar et dans la presqu'île de Goudjerate, une population civilisée '^qui vivait de la mer et allait chercher les marchandises des pays lointains.'^ ^ De plus, en relatant la tentative fedte par Justinien pour arracher aux Perses le monopole de la soie, Procope établit indubitablement que c'étaient en général des vaisseaux indiens qui apportaient aux Perses la soie de Chine. Enfin Cosmas nous apprend que, de son temps, l'île de Ceylan expédiait des vaisseaux vers la Perse. Mais, d'autre part, les Perses n'étaient pas aussi ignorants dans l'art de la navigation que Quatremère veut bien le dire. H y avait, au VI« siècle, à Kaliiana (Kaljani, près de Bombay) sur la côte de Malabar, et dans l'île de Ceylan, des colonies chrétiennes originaires de Perse, dont les prêtres venaient de ce pays; des marchands de chevaux perses et des envoyés des Sassanides visitaient l'île de Ceylan; ces feiits ne suffisent pas, assurément, pour démontrer l'existence d'une marine Perse; cependant il n'est pas probable que tous ces voyageurs ou ces émigrants perses fussent obligés, pour se rendre dans l'Inde, de s'embarquer sur des vaisseaux étrangers. Cosmas dit, et c'est un argument décisif^ qu'il arrivait à Ceylan un grand nombre de vaisseaux ' de Perse. Nous conduerons donc en disant que les Indiens poi*taient en Perse les produits de leur pays sur leurs propres vaisseaux et que les Perses (et peut-être les Arabes de Hira leurs sujets) expédiaient des navires marchands vers l'Inde.^ L'objectif de ces dernier^ était spéciar

* Beinaud, BekUiona des voyages faits *• Cette opinion est confinnée par par les Arabes et les Persans^ I, Introd. la relation de Theophylactus Simocatta; p. zzxTi et s. il dit qu^à Tépoque des Sassanides les

• Dans son étude sur le livre dté ^'^'' ^® ^^"^ acquéraient de grandes ridans la note ci^iessus, Jaum. des Savants ^^f /^ envoyant des vaisseaux mar- 1846 Nov n 681 et s cnands dans la Mer Erythrée; (éd. Bonn.

p. 218. ; la traduction latine fausse le sens ' Hiouentsang, Mém. n, 121, 162, 165. de l'original).

/. — Époque de JtisHnien ä de ses successeurs. 9

lement Ceylon^ où toutes les nations maritimes de l'Océan Indien envoyaient alors leurs vaisseaux faire l'échange de leurs marchandises. Les marchands d'Ocddent y trouvaient, à côté des produits du pays, la soie de Chine, des clous de girofle, du bois d'aloës ou de santal produits de l'Indo-Chine apportés, comme la soie, par des vaisseaux chinois^; en longeant, au retour, la côte du Malabar, ils pouvaient s'y

-^ appriyisionner de poivre, charger & l'embouchure de l'Indus le musc du . Thibet, etc. etc.« V

Si les Perses étaient maîtres du commerce de l'Inde, ce n'est pas qu'ils n'eussent absolument aucun concurrent. Le royaume chrétien d'Éthicpie, expédiait également du port d'Adnlis des navires qui allaient aux Indes vendre les produits de l'Afrique, tels que l'encens, la casse, ^ les émeraudes, l'ivoire, très abondant en ce pays, et prendre comme fret de retour des produits des Indes.' C'était donc une route de plus ouverte au commerce entre l'Occident et l'Orient La communauté d'intérêts religieux et politiques créait entre l'Ethiopie et Byzance une foule de points de contact: une communauté d'intérêts commerciaux en était le corollaire inévitable: les Éthiopiens commandaient au sud la sortie de la mer Rouge, dont l'empire de Byzance possédait la partie septentrionale, et les Grecs préféraient recevoir les marchandises du Levant des mains des Éthiopiens chrétiens, leurs amis, que de celles de leurs ennemis, les Perses, adorateurs du feu. Aussi un grand nombre de marchands des territoires byzantins allaient-ils en Ethiopie, soit par \ Alla (AJkebfth) et le golfe de ce nom, soit par Alexandrie, chercher à la fois les produits de l'Afrique et ceux de l'Inde; quelques-uns même s'y embarquaient pour les Indes sur des vaisseaux éthiopiens.^ Naturellement, en revendant aux Grecs les marchandises des Indes, les Éthiopiens faisaient im bénéfice et ils attachaient beaucoup de prix au maintien

>de ce commerce de transit: aussi, le jour où le roi juif de l'Yémen (au

1 Bichthofen,(Ci&fnaI,oâOet s.) montre ' Les empninl» faits jnsqulci à Gos-

qne les chinois aUaient avec lenis navires mas se trouvent de la p. 887 à la p. 889.

tantôt plus tantôt moins loin vers l'Ouest, 178; cf. Germann, Die Kirehe der Tho-

mais que leurs relations avec Ceylan, dont masckristen p. 184—189. Porigine remonte à l'époque des Tsin, rois . „.^ ,^^ ^^^ ^ ,^ „ ,.

de mt (817-419), étaient, très actives; „ * '^ P- /f • »»»l ^^ ^^^

cel» re«ort également des annales chi- ^ ^«"^^ ^ etBragman^, éd.

noises. Cependant U paraît doutenx que ^'f«"»' J; ^?l ^l»™«»" désigne n^

les Caiinois, après avoir touché à leur point «"^«°»f * *^"^™ (Mangalore), sur la côte

d'attache ordinaire, remontassent avec lenrs *» ^^^: ?'^« ^"* *«» "^^^ "^

propres vaisseaux jusqu'à Hira sur l'Eu- ''^^^ éthiopiens, phrate; ceux qui ont avancé ce &it vivaient * Cosmas, p. 139, 888; Joh. Malalaa,

^naienrs siècles plus taid. Bichthofen éd. Bonn, p. 488. l'admet trop fiwilement

10 Première période, — Des grandes invasions aux croisades.

sud de l'Arabie) Dhou Nowas fit massacrer les marchands grecs qui traversaient son territoire pour gagner l'Ethiopie, le roi de ce pays prit la chose fort mal et lui déclara la guerre (vers 625) ^

Cependant, pour faire yenir les marchandises des Indes par la mer Bouge, les Grecs avaient d'auti*es ressources que les navires éthiopiens.

I Us possédaient au nord de cette mer un port fortifié, nommé Clisma* (Kolzoum, près de Suez); tout le trafic de ce port ne se bornait pas à recevoir des vaisseaux et des marchands étrangers venant des Indes; il y expédiait lui-même des vaisseaux, et l'empereur grec y entretenait un fonctionnaire (Logothète) qui faisait régulièrement le voyage une fois par an, évidemment pour y chercher des marchandises.^ L'auteur auquel nous empruntons ce détail affirme que Clisma était le seul port situé en territoire grec où vinssent atterrir des vaisseaux retour des Indes. Mais un pèlerin chrétien du VP siècle^ vit non seulement à Clisma, mais aussi à Alla, sur le golfe de ce nom, des vaisseaux arrivant des Indes avec des produits de ce pays, et il est de tradition constante chez les Arabes, que, dans les temps antérieurs à l'Islamisme,

[ Alla était une ville commerçante et une station de douane où allaient jeter l'ancre les vaisseaux arrivant de l'Yémen, de l'Inde, de la Chine et d'autres pays.^ De là, des caravanes transportaient leur chargement en Palestine ou en Syrie. Les Grecs avaient encore près de Kle de Jùtabe (aiyourd'hui Tiràn) une station de douane où les vaisseaux qui se dirigeaient sur Clisma devaient s'arrêter au passage pour acquitter les droits frappés sur les produits de l'Inde ^ De Clisma ces marchandises gagnaient la Méditerranée k dos de chameau ou même par eau; car le canal creusé dès la plus haute antiquité pour relier la mer Bouge au Nil,7 achevé sous les Ptolémées et réparé par Trajan, existait encore

* Àssemcmij Bibliotheea arientatîs. T- 1, * Itinerarium Antonini Placentinù éd.

p. d69; Joh. Malalas, loc. cit.; voy. Grätz, Tobler, St. Gall. 1863. p. 42, 44, ou dans

Qesckichte der Judetty V. p. 449 et s. Grätz Tobler et Molinier, Rtnera hierosolymita/na

se refuse à admettre que ce soit le roi beUis saeris anteriora 1, 113, 116. 378 et s.

d^Éthiopie qui ait attaqué, mais Malalas ' Bitter, Erdk^ XIV, p. 51 et ss.

rappeUe roi d^^um, et Axum était la ca. « Theophanes, éd. Bonn. I, 218.; cf.

pitaJe de 1 Ethiopie. ^^^^^^^ ^ ^^^^ ^^^^ p 232 ^^ ^ .

Cest ainsi quil faut écrire et non p^ocop. De heUo pers. I. 19.; Id. Ame-

aysma, comme on le fait généralement; ^^^^ ^d. Isambert, p. 6«4; Bitter, op. cit

voy. Vmen de Saint-Martin, Le Nord de ym 221 XIV 19

rAfriqueyVma 1863, p. 245. xxx, . , .

* Voyez dans Petrus Dîaconus, De ^ Letronne, Recherehes sur le livre

loeis sanctis (éd. Tosti, Storia délia badia De meneura orbis terne par Dieuil, Pro-

di Monte Oassino, H), p. 136 et s., une légomènes p. 9 et ss.; Humboldt, £rti.

intéressante notice sur Clisma à Tépoque Unters, über die hiet. Entw. der geogr.

de la domination byzantine. KentUnisee von der neuen Welt, 1, 416 et s.

L — Époque de JusHnien et de ses successeurs. 11

(du moins jusqu'au commencement du VP siècle); plus tard il s'ensabla: les Arabes le remirent encore une fois en état et l'entretinrent pendant un certain temps. Enfin, outre Glisma et Aïla, le célèbre port deBé-) rénice^ servit au moins jusque pendant le IV® siècle: les marchandises des Indes, débarquées dans ce port, prenaient la voie de terre vers la Thébaïde et de là descendaient le Nil. Les Byzantins i^ecevaient donc par diverses voies les produits de l'Asie orientale et méridionale. Il nous resterait peut-être encore une route commerciale à signaler; c'est celle qui, partant du centi'e de l'Asie, longeait la côte septentrionale de la mer Caspienne et allait aboutir soit à la mer d'Azow soit en Cri- v mée, aux points où les Grecs de Byzance avaient établi comme avant« postes les villes de Bosporus et de Cherson. La question serait de savoir si cette route servait déjà à l'époque de Justinien et si ces viUes durent leur prospérité «incontestable, comme plus tard Tana et Caffa, à cette circonstance que les produits de l'intérieur de l'Asie venaient y aboutii* avant de se répandre en Occident Pour moi, je ne le crois pas. D'abord, en ce qui concerne Bosporus (aujourd'hui Eertch), les sources nous apprennent seulement qu'elle était en relation avec ses voisins les Huns;' mais les Huns de cette région ne faisaient pas le commerce des marchandises du Levant; ils n'apportaient sur le marché que les pelleteries du Nori^ Pour Cherson, c'est autre chose, à ce qu'il semble. Parlant de ce marché, Jordanès ^ dit que les marchands avides y apportent les trésors de l'Asie. Ce qui faisait l'importance de Cherson, c'était surtout qu'elle expédiait aux Grecs les produits des pays septentrionaux et mettait k la disposition des barbares du nord les marchandises qui affluaient dans l'empire grec. Parmi ces marchandises, celles de l'Orient étaient des plus estimées et des plus recherchées par les barbares. Aussi les marchands grecs de Colchide, d'Asie -Mineure, de Byzance, portaient-ils avec empressement sur ce marché les épices et les fines étoffies du Levant: et c'était surtout par l'intermédiaire des habitants de Cherson que les barbares des régions situées au nord du Pont, les Goths, par exemple, compatriotes de Jordanès précisément, achetaient ces articles précieux. Je ne crois pas me tromper en interprétant le passage de Jordanès en ce sens; pour moi il n'y a rien qui puisse signifier que les marchandises du Levant aient suivi une route passant

' Spiphanius, Äch. hareses, cap. 66. ritime, à côté d'ASla, de disma et de

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