‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 2 sur 49 · pp. éd. Dindorf. m. 1. p. 17); Pal- Jotabe · texte numérisé non relu

pp. éd. Dindorf. m. 1. p. 17); Pal- Jotabe

ladius Ep., Eist. Lausiaea dans la Bild. • Johannes Malalas, éd. Bonn. p. 482. tfet. pair, araee. Ia4, (éd. Ducsbus, Par.

1«84, n, p. M7); J^ Arethm d<u» ., ^^f^'^' <'*t%^ (éd.Mommseii),

Boùsoiude, Aneedota grœea, V, 46, où ^'^- ^^- '^*^- ^- '• »• *'•

Bérénice est désignée comme station m»- ' JortUnes Qetie. ibid.

12 Premiere période, — Des grandes invasions aux croisades,

par le sud de la Russie actuelle. Que, plus tard, après Tépoque de Justinien, quand les rapports politiques se furent tendus entre la Sogdiane et la Perse, une partie des marchandises du Levant ait été provisoirement dirigée par cette voie sur l'empire grec, cela est possible; c'est un point sur lequel nous aurons bientôt l'occasion de revenir, en poursuivant l'histoire du commerce de la soie.

Justinien cherchait avant tout à affranchir le commerce de la dépendance des Perses et à faire tomber le monopole qu'ils s'étaient arrogé sur l'article le plus précieux, les soieries de la Chine. Quand il fut démontré que les Éthiopiens n'étaient ni assez forts ni assez entreprenants pour atteindre ce but, le problème parut un instant insoluble. Heureusement l'empereur réussit à se procurer des œufis de vers à soie, rapportés par des moines missionnaires, qui avaient pénétré jusqu'au cœur des pays de production, probablement dans le Ehotan (vers 652). * Cest ainsi que la fabrication de la saie prit naissance dans r empire grec et, dès 568, Justin II, successeur de Justinien, pouvait la montrer en pleine activité à un ambassadeur turc qui se trouvait & sa cour.' Cependant il se passa encore bien des années avant que l'industrie indigène pût produire assez de soie brute pour satisfaire à tous les besoins; pendant longtemps encore elle dut faire venir de Chine la plus grande partie de la matière première et les meilleures qualités de soies et subir les dures exigences des Perses, intermédiaires obligés de ce commerce. Cette ambassade turque de 668 parut précisément une occasion favorable pour arriver pai* une autre voie au but cherché. Mais cette question est intimement liée à des changements dans la situation politique de l'Asie centrale, changements dont il faut parler pour fiiire comprendre la suite des événements.

Justinien était encore sur le trône à l'époque où, au centre de l'Asie, une tribu turque, nommée Toukiou par les Chinois, arrivait à un haut degré de puissance. Des environs du lac Balkhach, où se trouvait la résidence de son grand-khan,» d'un côté elle étendait sa domination sur l'Asie centrale jusqu'à la frontière occidentale et septentrionale de

* Procop. De bello gothieo TV, 17 , Ex- d^abord la description de la route commer> eerpta e Theophcmis historiaf éd. Bonn, ciale du Nord, dans la Relation de Peikiou p. 484. D'après la démonstration que (voy. plus loin) ; puis la BelcUian faite par donne Richthofen, (China 1, 450 et s.), il par le Zemarchos Byzantin sur son ambassade ; raît très probable que le Serinda de Pro- eUe se trouve dans les Exe. e Menandri oope n'est autre chose que le Khotan. kist, p. 881 et ss., enfin la Biographie du

* Theophan. ibid. pèlerin chinois Hiouenthaang par Hoeili ' On peut arriver à déterminer appro- et Tenthsong, publ. p. Stanislas Julien,

ximativement la situation de cette rési- p. 56 et sa. dence au moyen de trois repères, qui sont:

/. — Époque de JusHnien et de ses successeurs. 13

la Chine, pour qui elle devenait an fâcheux et dangereux voisinage; de l'autre côté elle se répandait le long de l'Oxus, soumettait le Tuiv kestan et le Tokharestan, la Boukharie et tout les pays jusqu'à la mer Caspienne et anéantissait l'empire des Huns Ephtalites.^ Au sud-est, la puissante chaîne des monts Hindou-Khouch tat le premier obstacle capable d'arrêter ses progrès.^ Le nouvel empire turc formait donc comme un coin enfoncé entre la Chine et la Perse; toutes les marchandises expédiées de la Chine vers l'Occident devaient forcément voyager sur son territoire pendant un temps plus ou moins long. Nous possédons à cet égard des détails très précis, résultant du rapport adressé par Peikiou, gouverneur de la frontière chinoise, sur l'état des routes commerciales de VAsk centrale au commencement du Vu'' siède.^ n y en avait trois, reliées entre elles par des routes secondaires, de sorte qu'il était facile de passer de l'une à l'autre Toutes partaient de la frontière chinoise et commençaient par la traverées du désert de Gfobi. Le premier point habité qu'atteignait la route du nord était l'oasis de Hami ou Khamil (nommée à cette époque Igou);^ de 1& elle remontait au nord, coupait les montagnes voisines du lac de Barkoul (nommé alors Pouloui),^ traversait la Dzoungarie actuelle, touchait aux environs du lac Balkhach les étar blissements de la tribu ouigourique des Thi&-le/ puis la résidence du grand -khan des Toukious; en se prolongeant vers l'ouest, elle atteignait, le fait est certain bien qu'elle ne soit pas désignée dans le rapport, la ville de Talas, située sur la rivière de même nom, lieu de passage célèbre dans tout le Moyen-Age, où Hiouenthsaiig avait déjà

' Exe. e Menandri hist, p. 364; Theo- Nous n'avons pas à nous occuper des trois

p%an. p. 485. Theophyl. Simoc., p. 288. routes commerciales que décrit, d'après

• Sur Fempire des Toukiou et son ^^ «^^^ beaucoup plus anciennes, Abel extension, voy. Visdelou, Supplément de la ^«^T'' ^TT"^ sur J extension de budwtkèque orientale, p. 40 et s. ; Klaproth, ' ^P^""^ ^**'^- *• *• P* ^^^ "• TaWeotix historiques de VAsie, p.5116 et ss. ; * Vivien de Saint-Martîn , notes à Hi- Stanisl. Julien, Documeuts historiques sur ou^thsangr, Mémoires, H, 268.; Ritter, les Toukiousy dans le Joum, asiat., Série Asien, I, p. 867. VI, t. m On n'a pu bien se rendre compte ' Bitter, Asien, voL I, p. 879. Stade l'extension qu'il avait prise vers l'ouest nisl. Julien^ dans le Joum, asiat,. Série IV. et le sud que depuis qu'on connût la re- Vin, p. 239. Il me paraît un peu halation du voyage de Hiouenthsang (Mém, sardé de ne foire qu'un du lac Pouloui et I, p. 16, 17 et s., 23 ; II, p. 190—196, 478 du lac Lop, comme le prétendent Neumann, et s. ; cf. sa biographie par Hoeili et Yentb- Op. cit., p. 193 et Bichtbofen, China I, 680. song. p. 61). 6 g^ j^ résidences de cette tribu,

' Neumann, Asiatische Studien, I. p. voy. Ritter, Op. cit, p. 346, 441.; Elap>

187 et 88.; Ritter» Asien, V. p. 668 et s. roth, Tabl. hist. de l'Asie, p. 127.

14 Première période. — Des grandes invasions aux croisades,

troavé établis (vers 630) des marchands de différents pays;^ la route traversait ensuite un fleuve coulant vers le nord, qui doit être le Syr- Daria (Plaxarte); à partir de là le rapport ne désigne plus que les points extrêmes, Byzance et la mer de TOuest, expression qui, chez les Chinois, a de nombreuses significations. Tandis que la route du nord passait par les territoires les moins cultivés de l'empire turc, la route du centre traversait les plus riches et les plus cultivés. Elle longeait au sud les monts Thian-Chan, passant pai* Tourfan, Eara - Char, Koutché, districts où Hiouenthsang trouva aussi un certain mouvement commercial et de riches mines en exploitation,^ traversait le col de Térek à l'ouest du Easchgar, puis se dirigeait par les provinces du Ferghâna et de VOsrouchnah sur les anciens marchés de la Sogdiane, Samarkand et Bokhara; de 1& elle s'infléchissait vers le sud-ouest, traversait Merv et atteignait Fempire des Sassanides. ^ Enfin la troisième route traversait la partie méridionale de l'empire turc Le voyageur qui entreprenait de la suivre avait d'abord une longue traite à faire k travers le désert, au sud-ouest du lac Lop, jusqu'aux royaumes de Ehotan et de Yarkand, qui, à cette époque, avaient atteint un haut degré de civilisation: après avoir dépassé ces royaumes, il traversait probablement les haute plateaux du Pamir, les provinces du Badakschan et de Tokharestan, et atteignait enfin l'Inde par les défilés de Bamian et de Gazna (A%hanistan).^

Ainsi, quelle que f&t la direction suivie pour gagner l'occident, la soie et les autres produite de la Chine et de l'Asie orientale en général passaient par le grand empire turc. Nous ignorons dans quelle mesure les Turcs eux-mêmes, peuple de pasteurs et de guerriers encore à demi nomade, servaient d'intermédiaires; mais, sur le territoire conmiandé par eux, il y avait, çà et là, des tribus commerçantes sédentaires. Hiouenthsang traversa le territoire d'une de ces tribus, lorsque, s'écartant de la route du centre, après avoir traversé, au nord de la ville actuelle d'Aksou, le mont Muz-tag et longé le lac Issikoul, il faisait route de ce lac vers Talas. La tribu et la province avaient nom Souli, la ville principale Souche (actuellement Tokmak); il y avait là des marchands de divers

^ Mém. I, p. 14; Bretschneider (No- Elaproth, Magasin asiat. I, 120 et ss.;

tieesofihe mediéBml geography p. 38) et Ritter, Asien, Y, 570 et ss., 650 et ss.;

Biehthofen (China 1, 542 et s.) démontrent Bichthofen, China I, 530. que l'antique Talas devait se trouver soit, * A son retour en Chine , Hiouenth-

sur l'emplacement du fort actuel de Au- sang suivit presque exactement le même

lie^ta, soit dans le voisinage. chemin; en suivant sa relation et s'aidant

* Mém, I, p. 2 — 4 Eist, de la vie de Pezcellent commentaire de Vivien de

de Hiouenthsang p. 47 et s. Saint-Martin, on retrouve presque toutes

' Pour cette route, voir la relation les stations de cette route méridionale,

de voyage de Hiouenthsang, et Abel Bému- Cf. Biehthofen, loc dt sat, Nouv. m&ang. asiat., I, p. 200 et ss.

L — Éqoque de Justinien d de ses successeurs, 15

royaumes. La moitié des habitants du pays était vouée an commerce.^ Dans le Ferghâna aussi il y avait une population commerçante; mais avant tous les autres, c'étaient les habitants des villes de la Sogdiane qui conservaient leur vieille réputation d'adroits commerçants et d'habiles artisans, et si Samarkand concentrait en masse sur son marché les marchandises les plus précieuses des pays étrangers, elle le devait surtout à l'intelligence et à l'activité de ses habitants.^

C'était vers la Sogdiane surtout que confluaient les caravanes chargées de la soie de Chine: de 1& cette marchandise repartait pour la Perse. Mais, depuis que le pays était soumis aux Turcs, le passage n'offinit plus les mêmes facilités qu'autrefois. Les souverains Sassanides redoutaient pour leur puissance le voisinage de ce peuple conquérant Une armée d'invasion turque ne pouvait -elle pas pénétrer avec toute facilité sur le territoire perse à la suite des caravanes Sogdiennes? Us interdirent en conséquence à leurs sujets d'acheter de la soie aux Sogdiens. Sur la demande de ces derniers, un vice-roi, nommé Titheupouli par les Chinois, Dizaboulos ou Sîlziboulos par les Grecs, ^ gouverneur de la partie occidentale de l'empire turc, envoya une ambassade en Perse, pour mettre fin à cette .interruption du commerce. Démarche inutile; le roi de Perse ne voulait admettre aucune soie provenant de l'empire turc; les ambassadeurs lui en avaient apporté, il la pa]^ mais pour la brûler sous leurs yeux. Une deuxième ambassade fut encore plus mal reçue. Les Sogdiens se virent donc obligés de chercher un autre débouché pour l'écoulement de leurs soieries. -Leur chef Maniach persuada au khan des Turcs de lier des relations amicales avec les Byzantins, dans le but de leur vendre directement la soie, dont cette nation £aisait une plus grande consommation que toute autre: l'ambassade se mit en route pour Byzance par le Caucase. Maniach l'accompagna de sa personne, pour inaugurer la nouvelle voie commerciale. L'empereui' Justin II fit bon accueil aux ambassadeurs et envoya de son côté le Zémarque, pour confirmer l'amitié des Turcs et des Byzantins. Cela se passait pendant les années 668 et 669.^ H serait intéressant de connaître la route que les marchands de soie

^ Hiouenthsang, Méni, I, p. 12 et s. de Mcfisc de Chorène dans Saint -Martin,

— Bichthofen {China, I, 641 et as.) a mis Mém. sur rArméme, n, p. 875.

ce passage en lumière beaucoup mieux ' Ne pas confondre avec Mouchan,

que ne Pavait fait Vivien de Saint-Martin grand khan des Turcs à cette époque;

qui, à Tépoque où il écrivait, ne pouvait cf. Neumann, Die Volker des südliehen

paa utiliser les recherches fiûtes de nos Rueslands, p. 113.

jours en Bussie. *• Eceerpta ex Menandr. p. â96 et ss.;

' Und, p. IS et ss.; Abel Bémusat, 880—385; ex Theophan. p. 484 et s.

Nouv. filé/. I, p. 20S, ââS et s. ; Geographie ,

16 VremXkre période. — Des grandes invasions aux croisades.

Sogdiens suivirent à partir de ce moment, pour livrer directement leurs marchandises aux Byzantins, sans toucher le territoire persan. Comme la côte sud-onest de la mer Caspienne était au pouvoir des Perses, ils foisaient sans doute le tour de cette mer par le nord, pour atteindre le territoire byzantin, soit à la sortie de la mer d'Âzow, soit sur la côte au pied du Caucase. Les sources sont absolument muettes à cet égard. Dans le commencement, les nouvelles relations furent poussées avec activité des deux parts. Un ambassadeur après l'autre partait de Constantinople pour l'empire turc: au retour ils ramenaient des caravanes turques tout entières, de sorte qu'en peu de temps le nombre des Turcs fixés à Constantinople sous prétexte de conunerce s'éleva à plusieurs centaines.^ Naturellement le plus grand nombre étaient des indigènes de la Sogdiane, sujets des Turcs et, par suite, qualifiés eux aussi de Turcs; l£ais la bonne entente entre le khan des Turcs et l'empereur grec ne M pas de longue durée. L'ambassadeur Valentin, envoyé par l'empereur Tibère en 679, fiit accueilli par des reproches sur la politique perfide des Grecs, et, à ses instances pour obtenir la prolongation des relations amicales, les Turcs répondirent par l'investissement et la prise de la ville de Bosporus (Eertch).' Pendant la première moitié du VU^» siècle Vempire iure tomba en décadence; au temps de leur puissance les Khans turcs avaient plusieurs fois attaqué la Chine; ils devinrent ses vassaux. ^ Les tribus commerçantes des territoires de l'Oxus et de l'Iaxarte saluèrent avec joie ce changement: désormais les caravanes pouvaient de nouveau leur arriver de la Chine sans obstacle.^ Dès lors aussi, n'ayant plus à craindre les Turcs, les Sassanides cessèrent de s'opposer au passage des caravanes sur leur territoire; le courant commercial reprit donc son ancienne voie; les Grecs n'avaient joui que pendant peu d'années de leur émancipation à l'égard des Perses et n'avaient pas tiré de grands bénéfices de leurs relations directes avec les Turcs; par conti*e ils avaient acquis des notions plus exactes sur les peuples de l'extrême Orient, sur leur civilisation et leurs mœurs, sur leur industrie et leur commerce.^

^ Exe, ex Menamdr, p. 897 e^ as. cee régions (éd. Bonn. p. 283, 286—388).

* M&nanàr, L o. Le pays de Tangas qu^il décrit n'est pas ' Klaproth, TM, kist p. 118 — 120; autre chose que la Chine, et la Tille de

Bichthofen, CMna I, 680. Chabdan (Ehtimdan) située dans ce pays

^ Abel Bémusat, Nowoetmx mélanges est la viUe actuelle de Hsi-ngan-fou , la

(uiat. I, p. 281. Tshang-ngan de Tépoque: depuis les re-

* Le chroniqueur Theophylactus Simo- cherches de Klaproth {Mémoires réUUifs oatta avait tout ce qu'il fallait pour don- à F Asie, m, p. 261—264), de Yule ner des renseignements très détaillés sur la (Oathay and the way tkUher T. I, p. situation de TAsie orientale, et particuli- XLIX— LUI) et de Bichthofen {Okina I, èrement sur la production de la soie dans 661 et s.) cela ne peut plus faire un donte.

/. — Époque de Justinien et de ses successeurs, 17

Jusqu'ici nous n'avons considéré le peuple perse que comme Inter^ médiaire entre l'Asie et Byzance. H faut encore rechercher à quelles quantités pouvait s'élever la consommation des marchandises Jdu Levant dans l'intérieur de la Perse même. En effet, si les Perses tenaient i faire passer par leur pays la soie de Chine, c'était aussi pour assurer à l'industrie indigène les matières premières dont elle avait besoin. Hiouenthsang, qui longea, au commencement du Vu® siècle, là frontière orientale de la Perse, signale l'habileté des artisans de ce pays dans le tissage des étoffes de soie ou de laine et des tapis, et l'estime où les produits de leur travail étaient tenus dans les royaumes voisins.^ Us se recrutaient au moyen d'ouvriers étrangers venus de gré on de force en Perse des pays de l'Asie soumis à Byzance. En adoptant un maladroit système de monopole, ruineux pour les tisserands en soie de son empire, Justinien en réduisit un grand nombre à émigrer en Perse :> d'antres y fuirent amenés de force par le roi Schahpour IL, avec le butin qu'il rapportait de sa campagne victorieuse en Mésopotamie et en Syrie. Après plusieurs générations une tradition persistante faisait encore remonter à ces colonies grecques l'origine de la fabrication de la soie à Toaster, Sous et autres villes de la Perse.' Pour satisfaire le luxe de la cour Sassanide il fallait des quantités d'étoffes de prix. Quand l'armée grecque conduite par l'empereur Héraclins, victorieuse des Perses, s'empara, en 627, du château royal de Dastagerd, elle y trouva beaucoup de soie brute, des tas de vêtements complets en soie, de tapis brodés et d'autres objets de ce genre, n est permis de supposer qu'ils avaient été £abriqué par l'industrie indigène.

Le butin qui fut fait k cette occasion comprenait encore d'autres objets qoi nous intéressent davantage. C'étaient de grandes quantités d'épices, évidemment d'origine indienne, de poivre et de gingembre, d'aloés et de bois d'aloës (Agallochon); elles Airent livrées aux flammes avec le reste, parcequ'on ne pouvait pas songer à tout emporter.^ Ajoutons qu'en 636 — 637 à la prise de Madaïn (Ctésiphon), capitale du royaume des Sassanides, les Arabes y trouvèrent de grands approvisionnements de musc, d'ambre et de bois de santal, et assez de

^ Mémoires II, 179. Vie de Hiouenth- remonte plus haut que la conquête du

sang p. S08. pays par les Arabes ; eUe n^a, cependant,

' Procop. Anee, p. 142. atteint sa plus grande prospérité qu'à

' Maçoudi, Prairies dior II, 186 et s. Tépoque de la domination des Samanides,

Taqont, Dictionnaire géographique de la (vers 900). Voy. Vambéry, Skixxen aua

PersSf éd. Barbier de Meynard, p. 217 et s. Mittelasien^ p. 192 et s., 208 et, du même,

L'influence de la Chine n'a pu s'exercer Geschichte Bochara's oder Transoxaniens

ici, tandis qu'eUe a dû agir dans la Trans- I, 78.

oiiane, où l'industrie de la soie à fiokhara ^ Theophan. I, 494.; Cedienus 1. 782.

18 Treifmifre période. — Des grandes invasions aux croisades.

camphre pour former le chargement complet d'un vaisseau: cette dernière matière est un produit exclusif des îles situées au-delà des Indes ; ils n'en avaient jamais vu, la prirent pour du sel et la mélangèrent à leur pain pour lui donner plus de goût.^ Tout cela nous prouve que le luxe de la cour des Sassanides était une des causes qui attiraient vers la Perse le courant du commerce du Levant.

Après que les Perses avaient levé leurs approvisionnements sur les marchandises en transit, il en restait encore des quantités énormes: elles passaient directement dans Vempire byzantin. Sous le rapport de l'éclat et du luxe la cour de Constantinople ne restait pas en arrière de celle des Sassanides. Les empereurs se plaisaient à s'entourer, dans leurs pompeuses cérémonies, d'une foule de courtisans vêtus de soie et de pourpre; dans leurs fêtes officielles les invités s'asseyaient à des banquets servis dans des salles imprégnées du parfum du bois d'aloës et recevaient de fastueuses distributions de vêtements de soie.* Rien que pour cet objet il fallait beaucoup d'épices, beaucoup de fines étoflfes d'Orient Mais il y avait encore une autre cause à la grande consommation que la nouvelle cour romaine faisait des produits de l'Orient, cause toute politique celle-là: c'est qu'elle tenait à faire montre, aux yeux des barbares du Nord, de ses relations commerciales avec les pays merveilleux de l'Inde et de la Chine; moins on pouvait en imposer par le déploiement de grandes forces, plus on avait besoin de moyens de ce genre pour affirmer la supériorité de l'empire romain. Pour peu qu'un prince barbare eût des relations amicales avec Byzance, on faisait présent à lui ou à ses ambassadeurs d'étoflfes de soie, de pierres précieuses, de poivre et d'autres produits de l'Orient.^ De grandes quantités de soieries allaient aussi en Occident; c'était l'empereur qui en faisait don, soit à des églises ou à leurs dignitaires pour en faire des ornements, soit à des princes pour relever l'éclat de leur cour.

Désireux d'avoir toujours à leur disposition assez d'étoffes pour satisfaire à leurs besoins et pour pouvoir en faire de fastueux cadeaux, les empereurs de Byzance favorisaient de tous leurs efforts le commerce du Levant; daos les négociations avec les princes de Perse ou d'Ethiopie les intérêts du commerce n'étaient jamais oubliés; ils en étaient même,

^ Bitter, Asien, VU, Sect. 1, p. 173; niis aulœ byxantituB, passim.; Theopka-

Weil, Qeachichte der ChaUfm, I, p. ne« eontimuxlua p. 467.

76. Justi, ax^.wir l'édition de Taban • Jfc«^ «: iVw« Ä«tom, p. 171,

par Zotenberg, Sudans VAmlard, 1875 n . ^^. ^ Mena»dr. p. 903; Theophaaea,

16, p.8(». I, p. 429; Theophylact Simoc. p. 294;

* Constantin. Porphyrog., De eerimo- Tkeophane» eontinuatus, p. 843.

J. — Époque de JusHwien et de ses successeurs. 19

souvent, le principal objet ^ Mais les empereurs allaient encore jdus loin; ils prenaient un intérêt direct au commerce et à rindustriej D'après leurs ordonnances, les échanges entre leurs sujets et les Perses devaient s'opérer dans certaines villes frontières: il y avait dans ces villes certains agents impériaux, nommés & l'époque de Justinien cam^ merciarii et avant lui comités commerciorum; leurs fonctions ne se bor- ^ naient pas à celles de percepteurs des douanes; ils étaient en même temps commis aux achats de [soie brute.' Leurs achats étaient en \ grande partie destinés aux gynécées de Gonstantinople, placés sous la haute surveillance du trésorier impérial (cornes largitionum): là, )^j des esclaves, spécialement attachés au service de la cour, travaUlaient | la soie brute, la tissaient, la teignaient et fabriquaient toutes les étoffes /' dont la cour avait besoin: il était même interdit à tout autre de ; fabriquer certaines étoffes précieuses. • Ces ateliers des gynécées îm- ^ périaux faisaient une concurrence dangereuse à l'industrie privée; et ] pourtant, limitée dans ses produits, gênée dans leur écoulement, elle / vivait quand même. Les fonctionnaires des douanes ne livraient pas / à la cour toute la soie brute qu'ils avaient achetée; ils avaient / ordi'e d'en céder une partie, à prix coûtant, à des particuliers, qui l en fidsaient le commerce ou la travaillaient H est très probable \ que cette mesure permettait aux marchands de soie et aux finbricants d'acheter à beaucoup meilleur marché qu'ils ne l'eussent £Bdt en traitant directement avec les Perses, car la concurrence eût nécessairement fait hausser les prix.^ D'ailleurs, par l'effet de l'attitude hostile des Perses \ et des nombreuses interruptions que les guerres apportaient dans les relations, la soie devait nécessairement rester un article d'un prix élevé. # En dehors des gynécées de Gonstantinople, les principaux centresV d'industrie de la soie chez les Grecs se trouvaient en Syrie et parti- A culièrement à Tyr et à Béryte.* La Syrie était, au reste, une desn provinces les plus florissantes de l'empire; parlant d'Antioche, capitale de l ce pays, Procope^ dit que c'est la première des villes romaines d'Orient 1 par sa richesse, son étendue, sa population, sa beauté et ses monuments; s. Antonin Martyr s'étonne du luxe qui règne à Antioche, comme de la

^ Rapprochez des exemples déjà don« * Procop. AneeéL cap. 25 (éd. Dindorf^

nés les ^ceerpto e Menandri kist. p. 361; El, p. 140). Antoninns Martyr trouve

Theophanes I, p. 877. &Tyr, vers 670, „gynascea, publica etolo-

' Zachariœ Eine Verordmmg Jusiini- „sericum et diversa gênera telarum". (De

ans,' L c p. 8 et 88. locis sanctis, éd. Tobler, cap. 2, p. 5 et

\J Pariset, Histoire de la sois, I, p. 161 Tobler et liolinier,iUnera AMroso/ymt^ofia,

et s., donne Pensemble des ordonnances I, p. 92). sur les gynécées. * De hello persieo n, 8.

* Zachariœ, 1. c p. 9 et ss.

20 Premiere période, — Des grandes invasions aux croisades.

splendeur d'Apamée, de Béryte et de Gaza.^ Il est yrai que cet éclat se ternit tant soit peu lorsque l'empereur Justinien eut l'idée de fixer un prix maximum pour les étoffes de soie: il en résulta que ni les marchands ni les ûibricants ne purent plus subsister; les manufactures, frappées de droits ti-ès élevées et gênées par un absurde monopole, furent ruinées et un grand nombre d'ouvriers réduits à émigrer.^ Mais cette situation ne fut que passagère. L'élevage du ver à soie fiit introduit peu de temps après; l'industrie, n'étant plus obligée d'acheter sa matière première & l'étranger k des prix élevés, pouvant la produire elle-même dans le pays & peu de frais, eut encore de beaux jours. On peut se figurer que les fabricants syriens n'avaient pas négligé de couvrir le pays de plantations de mûriers, et Richter a parfaitement raison de üedre remonter au dernier siècle de la domination byzantine en Syrie, l'origine de la. culture de cet arbre aux environs de Beyrouth.^

Les Syriens ne se bornaient pas à la fiäbrication de la soie; c'étaient aussi des comn^erçants entreprenants; avec la soie ils exportaient au loin d'autres produits du Levant^ S. Jérôme en parle déjà comme de marchands avides, courant le monde entier avec leurs marchandises, bravant la misère, la mort, les invasions des barbares, pour aller chercher fortune jusque dans l'empire d'Occident^ Quand la domination des Germains se fiit consolidée sui* le territoire de l'empire, les marchands syriens n'en firent que de plus fréquentes tournées dans les pays romans: beaucoup même s'y fixèrent C'est aioâi que nous trouvons, à l'époque des Mérovingiens, des Sjrriens établis non pas seulement dans les villes commerçantes du midi de la France,, comme Narbonne et Bordeaux, mais au centre même, à Orléans

^ Ed. Tobler et Molinier p. 92, 109, „yersarum partem occupaverunt;" Salyien

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