‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 24 sur 49 · IV. Les äats croisés de Syrie · texte numérisé non relu

IV. Les äats croisés de Syrie

En quittant Beyrout pour se diriger vers le nord, on atteignait d'abord la frontière du royaume de Jérusalem à Tembouchure du Nahrel-Eelb; à quelques milles au-delà de cette rivière on trouvait la première ville du territoire de Tripoli, Oibelet. La famille des Embriad en avait repris possession depuis 1193; les Génois trouvaient en eux des compatriotes et des protecteurs; le port leur était ouvert en toute franchise; aussi le fréquentaient-ils avec prédilection.^ Les Vénitiens ne jouissaient pas des mêmes faveurs; jusqu'en 1217, ils payaient 478% de la valeur; ce n'est qu'à partir de cette époque qu'ils obtinrent une réduction de moitié;^ mais la peine qu'ils se donnèrent pour y arriver prouve qu'ils tenaient à ne pas abandonner cette place.

En suivant toujours la côte entre Gibelet et Nefln, à quatre lieues et demie de Tripoli,« on rencontrait la petite ville de Batroun. Délivrée des mains des Musulmans, elle était retournée à son ancien seigneur après un court interrègne. Il se nommait Plebanus^ et appartenait à une riche famille originaire de Pise, fixée à Tripoli. Il était redevable de sa seigneurie à l'habileté d'un de ses ondes: la descendance masculine des barons de Batroun étant venue à s'éteindre dans la personne de Guillaume Dorel, Cécile, sa fille et son héritière, ne pouvait se marier qu'avec l'autorisation du comte de Tripoli, qui disposait de sa main en sa qualité de seigneur suzerain, et il l'avait déjà promise à un chevalier nommé Gérard de Ridefort; mais une somme de 10,000 besants glissée sous main par le riche Pisan le décida à préférer le vilain au chevalier: Plebanus épousa l'héritière et devint seigneur de Batroun.^ Ceci se passait plusieurs années avant l'invasion de Saladin; la victoire du sultan coûta à Plebanus sa seigneurie et sa liberté,® mais il les recouvra toutes deux au bout de quelques années. En 1202, il accorda aux marchands de sa patrie d'origine l'exemption des droits de douane à l'entrée et à la sortie:^ la certitude de trouver un bon accueil sur une place

" Diplôme de 1168, dans le Lib. jur, Strehlke, p. 18, 35; Hopf, dans la Berne

I, 230. critique et littéraire 1« déc. 1871, p. 236.

' Taf: et Thom. II, 196 et s. '^ Armai. Jan. p. 62; Contin. de Gum.

" Wilbrand ab Oldenburg, dans Lan- de Tyr, p. 51, Lignages d' Outremer j éd.

rent, Peregrinatores, p. 168; Jacq. de Vitry, Beugnot, p. 468.

p. 1072; Sanut. p. 245; Edrisî, I, 356; * Contin. de GuiU. de Tyr, p. 66 D.

Ghistele, p. 263; Ritter, Asien XVII, 1, ^ Doc. suUe relax, tosc. p. 83 et s.

p. 584 — 588; voy. aussi p. 37. Cette exemption ne devait pas s'étendre

* On trouve son nom dans des chartes aux Pisans établis à Tripoli, ni au sigets

de la Terre sainte, entre les années 1181 de Plebanus dans sa ville. Était aussi

et 1209; voy. Paoli, Cod. dipl. I, 70, 103, maintenu le droit d'un Marxapanus par

218, 252, 283; Doc. suUe relax, tosc. p. 65, bateau apportant à Batroun un charge-

79; Lib. jur. I, 523; Tab. ord. teuton., éd. ment de blé pour l'y vendre.

32ä Detixième période. — /. Fondation des colonies commerciales.

dont le seigneur était leur compatriote, attira dès lors les Pisans à Batroun, comme elle poussait les Génois vers Gibelet. Malheureusement, Plebanus n'eut pas d'héritiers mâles et, après lui, son héritage passa à des mains étrangères; ses successeurs appartenaient à la f&mille des princes d'Ântioche;^ nous ignorons s'ils furent aussi favorables aux Pisans que leur prédécesseur.

De Gibelet et de Batroun, simples baronnies, passons à la résidence de leur suzerain le comte de Tripoli. Le moment est venu d'étudier l'attitude de ces princes à l'égard des nations commerçantes pendant la deuxième période de l'histoire des états croisés. Pour les Vénitiens, il n'existe qu'une seule charte en leur faveur remontant à cette période; elle est datée du 1®' juin 1297 et signée par le comte Bohémond VIE;' elle constate seulement qu'ils possédaient dans la capitale du comté un entrepôt, un bain et un four. Les Génois auraient dû, dès l'origine, recevoir un tiers de la ville qui leur avait été garanti par les traités; mais ils s'en étaient vu frustrer par la mauvaise foi du comte Bertram. En général, ils trouvèrent les premiers comtes assez mal disposés à tenir compte de leurs désirs. La mort de Raimond lu semble ouvrir une ère plus favorable à leurs intérêts: le comté passait aux mains des princes d'Antioche; or, Bohémond IV avait épousé en premières noces Placentia, alle de Hugues Embriaco, seigneur de Gibelet, une Génoise par conséquent, et son successeur, Bohémond V, était issu de ce mariage. En effet, en 1203, les ambassadeurs génois Lamberto Fomari et Belmusto Lercari obtinrent de Bohémond IV un diplôme qui garantissait à leurs compatriotes la liberté absolue du commerce, l'exemption entière des droits de douane et un tribunal consulaire spécial.^ En 1205, survint un événement qui ne pouvait qu'accroître les bonnes dispositions du prince. Le fameux comte de Malte, dont nous avons déjà parlé, avait expédié dans les eaux de la Bomanie (l'Archipel) une flottille forte de trois vaisseaux et commandée pai* le vicomte Alamannus (Armanus) et Albertus Gallina, avec mission de courir sus aux ennemis de Gênes. Deux de ces vaisseaux poussèrent jusqu'en Syrie; les équipages, forts de 300 hommes, débarquèrent à Tripoli, se mirent à la disposition de Bohémond IV, l'aidèrent à réduire^ un vassal indocile

* Sur ces prÎBces, voyez Ducange, Fa- II, 304 et s.; Olivieri, Carie e cronaehe, milles (T Outremer, éd. Rey, p. 258 (Doc. p. 59.

inéd, sur l'kist. de la France). * Annal. Jan. p. 124 et s. Diaprés

• Rey, Recherches hist. et géogr. sur le Contin. de GuüL de Tyr, p. 316, et Sala domination des Latins en Orient, Paris nuto, p. 205, le crime de Renoart était 1877, p. 42—46. de s^être fiancé sans autorisation du comte

' Canale, Ntiova istoria di Ornora, de Tripoli, son suzerain, à la fille du

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