IV. Les états croises de Syrie. âSl
bien des difficultés à surmonter. Enfin, au mois de janvier 1261 , il réussit à obtenir la comparution des parties adverses devant une assemblée composée des dignitaires ecclésiastiques et laïques du royaume; les premiers entendus furent des délégués des consuls génois de Tyr ; ils adjurèrent le légat de se faire livrer, conformément aux instructions du pape, les châteaux-forts et les tours occupés par les Vénitiens et les Pisans sur le territoire de la Syrie. Le légat accéda à cette demande et adressa sur le champ à Jean Dandolo, baile des Vénitiens, et à Jean Drapperius, consul des Pisans, une invitation à comparaître devant lui et devant les notables, le 13 janvier; en même temps, il leur faisait faire, verbalement et par écrit, sommation de lui remettre au jour dit les places en question. Les deux fonctionnaires répondirent à la convocation, mais ni l'un ni l'autre ne consentit à ce que l'on prétendait exiger d'eux et ils s'arrangèrent pour traîner les choses en longueur sous les plus futiles prétextes.^ En somme, nous ignorons si l'on parvint à faire la paix, mais étant données les mauvaises dispositions des vainqueurs, nous en doutons. Quoi qu'il en soit, la trêve ne fut pas de longue durée: les Génois, mal résignés au sort qui leur était fait en Syrie, s'allièrent avec Michel Paléologue pour renverser l'empire latin; c'était un coup mortel porté à la suprématie des Vénitiens à Gonstantinople et la haine mutuelle des deux rivales n'en devint que plus acerbe. Les vaisseaux vénitiens et génois ne pouvaient plus se rencontrer sur mer sans se livrer combat; les flottes de commerce n'osaient plus sortir de Gênes ou de Pise sans une puissante escorte, faute de quoi elles étaient certaines de devenir la proie des croiseurs ennemis. Les ports fréquentés par les Génois furent tour à tour attaqués, bloqués, incendiés par les Vénitiens et réciproquement
Depuis qu'ils avaient dû abandonner Acre, les Génois avaient établi leur quartier-général à Tyr. Phäippe de Montfort leur avait déjà donné de nombreux témoignages d'amitié ; il prétendit les attacher plus étroitement encore à sa personne et à sa ville par un ti*aité d'alliance offensive et défensive; d'après cette convention, Tyr devait être non-seulement la résidence de leurs consuls-généraux pour la Syrie (capäanei et caput eorum communis), mais encore l'unique entrepôt approvisionné par leurs
On trouve d^antres actes de la même ^ Le document où sont relatées ces
époque, émanés de lui, dans Taf. et Thom. négociations jour par jour a été publié
III, 38; Paoli, Chd. dipL î, 173 et ss.; pour la première fois par Sauli, Colama
Chartes de Notre-Dame de Josaphat, 1. c. dei Qenoveai in Qalata, II, 190—204; et
p. 106 et ss. Il devint plus tard pa- depuis par Taf. et Thom. III, 89—44. triarche de Jérusalem; voy. Ducange, Fa- ^
mules d^ouiremer, p. 731, 788; Mas-Latrie, Hist. de Chypre, I, 447.
352 heuxième période. — /. Fondoition des colonies commerciales.
flottes marchandes en Syiîe. Nous avons indiqué déjà l'énorme extension de compétence que le prince accorda en cette circonstance à leurs tribunaux; ce n'était qu'une partie des avantages qu'il leur fit à titre de réciprocité; non content de leur confirmer le droit à un tiers des reveniLs du port dont ils jouissaient depuis de longues années, il leur concéda encore une partie des taxes levées sur les marchandises qui traversaient Tyr en transit pour être exportées en Occident Les capitaines de navires et même les marchands génois étaient exemptés à l'avenir de toute taxe à acquitter tant à l'arrivée qu'au départ, de tout droit d'accise sur les ventes et les achats; ils ne devaient plus avoir à payer qu'un droit d'une demie carouble^ par besant, ad valorem, sur les marchandises qu'ils feraient entrer dans leurs magasins à Tyr ou qu'ils: réexpédieraient par voie de terre.' Dans ces conditions, Tyr, principal entrepôt du commerce des Génois, résidence d'un prince uni à eux par d'étroits liens d'amitié, était un but d'attaque tout désigné aux flottes vénitiennea En 1264^ André Barocio, amiral vénitien, saisit, en vue de Tyr, un bâtiment génois chargé de coton; les Génois voulaient aller le délivrer, mais Philippe de Montfort lui-même les en dissuada; par contre, il leur promit une indemnité égale au double de leur perte, à prendre sur les propriétés des Vénitiens, tenues par lui sous séquestre, comme nous le savons. En réponse, Barocio procéda à l'investissement de la ville, avec l'aide de troupes auxiliaires envoyées par les Vénitiens d'Acre, mais les habitants, soutenus par la noblesse d'Acre, firent une défense si vigoureuse que l'ennemi jugea prudent de lever le blocus/^ L'hostilité entre Tyr et Venise persista pendant toute la vie de Philippe de Montfort,^ et pendant une grande partie de celle de Jean, son fils et successeur.^ Celui-ci continua le système d'empiétements de son
* Nous avons déjà vu précédemment assassiné (voy. Mas-Latrie, Bist, de Ckyprt, que le besant se divisait en 24 caroubles. I, 461) vers la fin de l'année 1269; les Pour plus de détails sur le système moné- lettres et diplômes signés de lui et contaire des états croisés, voyez l'étude de serves jusqu'à nos jours permettent de M. de Mas-Latrie : iVb^û^«t^r^^onnaieâ suivre les actes de sa vie privée et pud les sceaux des rois de Chypre: Biblioth. blique jusqu'au mois de juillet de cette de V école des Chartes: Série I, V, p. 124, année 1269. Avec le mois de janvier de
* Le document auquel nous avons em- l'année suivante commence déjà la série prunté ces détails abonde en renseigne- des diplômes signés par son fil» Jean: ments: il vient d'être publié dans les Paoli I, 191, 168 et ss. (dans ce demier Arehit, de T Or. lot. H, 2, p. 226— 2d0 document, au lieu de 1260 il faut lire 1270). (daté du 6 Mars 1264). '^ Il régna de 1270 à 1283, année de
' AîmaL Jan. p. 247; Da Oanale, p. sa mort: Sanut p. 229; I^fas-Latrie /. c.
510; Pandolo, p. 571; Sanut. xv. 221; p. 472. Il n'y a pas de raison pour ad-
Contin. de Guill. de Tyr, p. 447. mettre l'existence de deux princes de Tyr
* Annal. Jan. p. 251, 260. D mourut de ce nom, comme le fait Paoli I, 531.