‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 49 sur 49 · c, p. 104 et 88.; Taf. et Thom., IV, Batouta, II · texte numérisé non relu

c, p. 104 et 88.; Taf. et Thom., IV, Batouta, II

244 et 88. « Vmani, 1. c, IV, 68—70; Taf. et

• Baynald, Amuxl. ecel. ad an. 384 Thom., IV, 286; Nicéph. Grég., Il, 689; n^ 10; G. ViUani, Cron., éd. Dragomanni, Bosio, Moria délia rdig. di S. Oiovaimi, m, 285; Cron. Delf.y cit. dans Taf. et 2« part., p. 42.

Thom., IV, 247. ' Nicéph. Grég., H, 834 et s.

* Commeni. reg., Il, p. 117 n<> 18,

640 Deuxième période. — IL Dévéloppemeni du commerce du Levant.

présent, on ne peut faire autrement que de se demander si cette longue période, qui va de 1344 à 1402, ne lui procura pas, à ce point de vue, par le fait même de la domination des Occidentaux, une prospérité toute particulière; mais, en y regardant de plus près, on voit que cela n'était pas même possible. La joie du succès ne fut pas de longue durée: la dififtculté de conserver la nouvelle conquête produisit bientôt une telle lassitude que, dès les premières années, pour s'en épargner la peine, les nations alliées songèrent sérieusement à raser la ville; ^ personne ne voulait plus y perdre son argent. Le pape dut faire, à divers reprises, des efforts inouïs pour arracher aux nations alliées de l'argent et des vaisseaux. Si les doges de Venise montraient aussi peu d'entrain, s'il feillait, de la part des papes, adjuration sur a^uration pour obtenir d'eux l'exécution * des engagements toujours renouvelés dans les traités d'union,' c'est une preuve du peu de prix que le commerce en général attachait à la conservation de Smyme. L'étude des sources démontre que l'une des causes des frais énormes que coûtait l'entretien de cette place était la nullité à peu près complète de ses revenus propres.^ Cest encore un argument à l'appui de notre opinion, qu'à cette époque Smyme n'avait aucune importance comme marché.^ Rien que pour les produits du centre de l'Asie -Mineure, il était bien impossible que les arrivages eussent lieu avec quelque régularité, car les Turcs rôdaient autour de la place sans trêve ni répit«

Giose bien singulière, tandis que Smyme, ville chrétienne, ne parvenait pas à prendre rang parmi les marchés recherchés par le commerce du Levant, deux villes turques situées dans le même rayon avaient cette bonne fortune. C'étaient les ports d^AUoluogo'' et de Palatia. L'Altoluogo des Italiens du Moyen -Age n'est autre chose que l'antique ville d'Ephèse.« Mais d'où vient ce nom d'Altoluogo? les Grecs byzantins don-

^ Bosio, n, 60; Bayn. a. a. 1348, nP 27. ^ Dncas, p. 192 et ss.

' Oom?nem, reg. , Il , p. 161 n<> 182, ^ Ludolphi de Suchern, De Uinere ierrœ

p. 184 no 362, p. 261 nP 226. sanettB liber y éd. Deycks, p. 26: "illa ci-

^ Taf. et Thom., IV, B60',,Commem, vitas qu» olim Ephesus dicebatui, nunc

reg. y H, p. 186 no 364, 366, p. 187 Altelot Lcaltuß locus vocatiur." VOrient,

nP 366, p. 217 n» 21, p. 218 n^ 23, p. Relation rhénane de la fin du XTV si-

246 no 163, p. 264 vP 241. ède, publiée dans Orient und Occident,

* Bosio, n, 67. de Benfey, I, 636: **eyne ander Stat» die ' En d^autres temps Michel Paléologue hiesch von Alders Ephesus ind hieacht nu

pouvait dire de Smyme: ''est utiMs ad Alcehot." Bamon Muntaner, éd. Lanz,

usum mercacionum et habet bonum portum p. 371 ; " AltoUoch que daltrament fl^tella

et est affluens bonis omnibus** (traité de laescripturaEpheso.'* Buondebnonti, Z/der

Nymphseum 1261; Lib. jur., I, 1362). instdarum arehipelagiy p. 106: ''Ephesus

* Bosio, n, 67, 71, 79, 80, 90, 96 et s., hodie Alto loco dictus.** Giov. Bembo, 101, 103 et s. Epist. ad Anesirvum, dans les Sitx.'Ber.

A. m. L* Asie-Mineure turque, 541

naient fréquemment à Ephèse le nom du plus illustre de ses habitants, dont elle garde le tombeau,^ aytoç 'lœavvrfç,'^ ou encore, parce que S. Jean fiit, parmi les apôtres, le théologien par excellence, aytoç Sio- Xoyoç.^ Comme, dans le langage populaire de la Qrèce, le mot Sywç se prononce par abréviation aï, ces mots, par une dégénérescence assez facile à concevoir, se transformèrent dans la langue turque en Ayasolouk, dans la langue italienne en Altoluogo> On voit qu'en cherchant l'étymologie du nom Altoluogo, il faut se garder d'attribuer aux syllabes aUo la signification d'élevé et aux syllabes luogo celle de lieu; mais, au Moyen-Age, la masse ignorait ce détail et on s'en tenait à la traduction qui semble la plus naturelle, celle de ^lieu élevé^, et elle paraissait d'autant plus juste que l'Ephèse du Moyen-Age était située non pas sur l'emplacement de celle de l'antiquité, dans la plaine du Eaystros, mais sur une montagne.^ En effet, en vue d'en faciliter la défense, les Turcs avaient bâti la nouvelle ville sur le rocher qui domine le village actuel d'Ayasolouk. Elle s'étendait jusqu'à l'ancienne égUse de S. Jean; dans le chœur de l'église ou montrait encore, moyennant redevance, le tombeau de l'apôtre, mais le reste était tran^ormé en bazar où les Turcs vendaient du coton, de la laine, du blé etc^ Déjà, l'ancienne Ephèse, désormais abandonnée, était à une certaine distance de la mer et l'on avait dû y creuser un port artificiel; la nouvelle en était plus loin encore.^ Notons cependant que,

der Miinehn, Akad., 1861, I, 600: ^'Ephesi ^ Altus locus, quia ad altiorem locum

qu8B nunc a nostris Altologo dicitur.*' .... civitas est translata.^ Ludolph.,

* cf, Procop., De éedif., p. 810; Theo- p. 26.

phanes, Chronogr,, I, 728. ^ C'est ce que rapporte Ludolphe de

' On trouve éi^alement le nom S. Jo- Suthen, tandis qu'un autre voyageur pres^

hannes employé pour Ephesus dans TFi- que son contemporain, le pèlerin Wilhelm

bakU EpisL, éd. Jaffé, Biblioth. rer. ger- von Boldensele (Zeitsehr, des hist, Vereins

man., I, 158; GuilL de Tyr, XVI, 28. fur Niedersaehsen, 1852, p. 240) dit que

' Taf. et Thom., 1, 118; Ludolph., 1. c. : l'église où se trouve le tombeau de S^ Jean

"Ephesus postea Theologos appellata est a été transformée en mosquée. L'auteur

a Orsecis.** De môme Bembo, Le de la Relation rhénane, dans Benfey,

* Et encore *'S.Zuannedell' Alto loco": op. dt, p. 637, confirme le dire de Lu- Sanuto, dans Hopf, p. 145. Dans Taf. et dolphe, mais il est évident qu'il ne Mt Thom., m, 198, on trouve un exemple que le copier. Sur la situation de l'anunique de la locution ''alter locus** ou cienne église 8^ Jean Toy. ArundeU, Dismême ''alius locus**, si la lecture est ex- eoveries in Ana minor , II, 252 et ss. acte. Je me permets de croire que les Odo de Diogilo, dans les Mowum, Germ,, termes **aultres lieux de Turquie** qui se SS. XXVI, 71, dit: **beati Joannis sepultrouyent dans Piloti, p. 867, à côté du durum in quodam terr» tumulo contra nomPalatia, signifient Altoluogo. Froissart paganos muro drcumdatum.**

traduit par: Haulte-Loge (Oeuvres, éd. ^ Sanetmoniaiis Bèydenheimensis vita

Eervyn de Lettenhove, XI, 287, 289, 240, s. hodoeporieon 8. Wibaldi^ dans les M-

248 ; XYI, 40). nera hierasolymitana et deseriptiones terra

642 Deuxième période. — II. Développement du commerce du Levant.

sur remplacement de la Marine, il existait une antre ville, nommée également Altoluogo, fondée an commencement dn XIV® siècle et habitée par des Italiens,^ qui, par des moti& politiques, s'étaient séparés de leur pays d'origine. Le pèlerin Ludolphe reproche à ces Italiens d'avoir fait cause commune avec les Turcs contre les chrétiens: la piraterie constituait probablement leur principal métier. Ludolphe ne dit pas que le commerce y f&t dans un état florissant, et, dans son journal, PegolottI, son contemporain, ne fait aucune mention de cette seconde ville d'Altoluogo. Dès avant le milieu du XIV® siècle, les affaires se traitaient uniquement dans la ville turque, située sur le rocher d'Ayasolouk; suivant Pegolotti, les marchands occidentaux étaient obligés de faire transporter leurs marchandises par axe, de la ville à la côte et réciproquement. Altoluogo n'était pas un marché de premier ordre, mais il avait cependant assez d'importance pour que Pegolotti trouve utile de fournir au commerce italien des renseignements sur la manière dont s'y font les affidres, de décrire les poids et mesures qui y sont en usage, de dresser un tableau comparatif de ces poids et mesures avec ceux de Gênes, de Pise, de Florence, de Constantinople, de Chypre et de Bhodes, enfin^ d'indiquer l'origine, la teinte et la longueur des pièces de drap dont on peut y trouver le placement avec le plus d'avantage. En effet, les marchands occidentaux arrivaient là avec des draps de Narbonne, de Perpignan, de Toulouse, de l'argenterie, du vin, du savon, et ils en remportaient de l'alun originaire de Eoutaièh, capitale de la principauté de £ermian,^ du blé,^ de la cire, du riz et du chanvre non filé. Le droit à la sortie était en général de 47o; pour la cire de 27o; ü û'y avait de droit d'entrée que sur les vins et les savons.^

«an<^&etfû«a«ma»i<ercbro,I,256:*'nayi- ^ "A Ghristianis de Lumbaidia per

gayerunt ad urbem Ephesum (c^était encore difloordiam expulsis:*' Ludolph., p. 25.

rancienne TÜle) secus mare unum millia- Remarquons que, pour Ludolphe, les Qé-

rium, .... inde ambulavenint ad S. Johan- nois et les Pisans sont compris dans Tap-

nem Evangelistam in loco specioso secns pellation générale Lombards (p. 42) et

Ephesom.*" ~ Boldens., 1. c, p. 240: ^Ephe- rappelons encore que le port voisin d*Ania

sus in loco pulchro, forti et fertili coUocata, était un nid de corsaires, génois et pisans

distans a mari ad pauca miUaria.*' — Lu- en majorité,

dolph., p. 24: ''Vera ciritas Ephesi distat ' PegoL, p. 870.

ad quatuor parva miliaria.*' — PegoL, ' En 1355, deux marchands d^Âncdne

p. 41: Dalla citta d'Altoluogo infino alla cherchèrent à en acheter à Altoluogo et

marina 9 miglia per terra." — Portohno à Palatia, mais, le moment n*étant pas

Ms, deUa Oivico-Beriana (à Gènes), cité favorable, ils repartirent sur lest: Oom-

dans les AUi deOa Soeietà Ligure, V, 233: mem, reg., Il, 231 n« 85.

^'Altologo a miglia sei entro terra con * PegoL, p. 40—42, 79 et s., 94. chiesa di S. Giovanni e a un miglio dalla fossa d^Efeso (c. a d. des ruines de Tantique Ephèse).

A. IIL L'Asie-Mineure torque. 643

n est certain que ce coinmei'ce éprouvait de fréquentes interruptions par le fait des expéditions des corsaires: le souverain d'AItoluogo en organisait tout comme son frère de Smyme; mais la guerre faite par la ligue des puissances chrétiennes aux émirs turcomans, guerre que nous avons racontée plus haut, occasionna un arrêt plus prolongé que les autres. Enfin, après la chute de Smyme et de graves défaites sur mer, ayant perdu son frère Omar, mort les armes à la main, Ehidhrbeg, émir d'AItoluogo, se vit réduit à faire la paix avec le légat du pape et le grand -maître des Hospitaliers: il envoya au pape, en sa qualité de chef de la "Sainte Union", une ambassade chargée de le supplier d'accepter les articles du traité avec ou sans corrections. H dut promettre de Mre amener à terre et dégréer tous > les vaisseaux turcs, même ceux de son frère, de les laisser même détruire si le pape l'exigeait Non seulement il s'engagea à ne tolérer ni encourager la piraterie, mais il garantit la sécurité des personnes et des biens aux marchands chrétiens sur le territoire turc, de même qu'aux Turcs qui se rendraient en pays chrétien sur des vaisseaux chrétiens. En outre, il dut encore céder aux puissances unies la moitié du revenu des douanes d'AItoluogo et des autres ports de sa principauté, consentir à l'installation de consuls pour Chypre, Bhodes et Venise, et leur permettre d'exercer la juridiction sur leurs compatriotes.^ Après quelque hésitation, le pape ratifia le traité.^ L'un de ses résultats fat l'érection du consulat vénitien d'AItoluogo: le fiait est confirmé par plusieurs sources différentes.^ Gênes finit également par faire sa paix avec l'émir d'AItoluogo en 1361 et conclut avec lui un traité^ à l'occasion de la guerre qu'elle soutenait dans les eaux de la G^rèce contre les Vénitiens et les Catalans. Dans l'intérêt de leurs colonies et des principautés des îles de l'Archipel qu'elles étaient moralement obligées de protéger, le maintien de l'entente cordiale avec les principautés turques d'Asie-Mineure s'imposait à Gênes et à Venise; aussi Venise renouvela- t-elle souvent ses traités avec les souverains

^ Le texte du traité de paix du 18 ' Commem. reg. , n, 231 n^ 86; J.

août 1848 a été publié deux fois: par Bembo, IJpist ad Andr, Jneainum, 1^86,

M. de lias-Latrie dans la Ooü, des doc. Op. eu., p. 600.

inéd., tnél. hisi., TU, 112 et s., et dans * ILHopf /"uWeeAen/one^ dansErsch et

Taf. et Thom., IV, 818 et bb. Gruber, LXXXV, 447) donne une citation

* Taf. et Thom., IV, 846 et s., 849 de ce traité, qui est encore inédit En

et s. On peut se demander si les codiciUes dépit du traité, la flotte catalano-yénitienne

cgoutés immédiatement après le texte du passa Thiver des 1861—1862 à Altoluogo

traité sont du pape, ou si ce ne sont pas et à Palatia: Matteo Villani, éd. Drago-

plutôt des propositions du doge: Coll. des manni, I, 168. doe. inéd, L c, p. 119 et s.; Taf. et Thom., IV, 818.

544 Deuxième période, — II, Développement du commerce du Levant.

d'Altolaogo^ et, à partir da moment où la paix eut été Mte, elle mit un soin tout particulier à éviter tout ce qui pouvait amener un conflit' Les maîtres d'Altoluogo apportaient moins de conscience à l'observation des traités; ils continuèrent avec une certaine impudence leur métier de corsaires' et se mirent même à frapper des monnaies au type des ducats vénitiens. Cela n'empêchait pas le commerce d'Occident d'y fedre ses affiiires; il semble même qu'il y ait atteint un certain degré de prospérité. En effet, nous lisons dans un ouvrage déjà cité souvent, la Relation rhénane sui* l'Orient, écrite pendant la deuxième moitié du XIV® siècle, qu'il y avait à cette époque, parmi la population de la ville-neuve d'Âltoluogo, créée sur la côte, un grand nombre de riches marchands chrétiens, que cette ville était fréquentée par le commerce de tous les pays et qu'il y arrivait des marchandises du fond de l'Âsiecentrale "von Tartaryen und von andern Landen."* Non loin de cette ville, ajoute la Relation, il y a un grand cours d'eau par lequel arrivent la soie, les soieries et d'autres articles. A première vue on pourrait croire qu'il s'agit ici du Kaystros, puisqu'Altoluogo était située à l'embouchure de ce fleuve; mais, en y regardant de plus près, on voit que la relation donne à ce "grand cours d'eau" la largeur du Bhin et une grande longueur "durch Tartarien und Turkien";^ sa description ne peut donc s'appliquer qu'au Méandre. Ceci nous mène sur un autre terrain, au point de vue géographique comme au point de vue commercial: les produits amenés par le Méandre^ n'étaient point destinés au marché d'Altoluogo, mais à celui de Palatia.

La ville de Palatia (en turc Balat) que l'on trouve indiquée sur plusieurs cartes du Moyen -Age,^ s'élevait sur les ruines de l'ancienne

* A la date du 1^ oct 1870, le duc voy. Mmum. Hung, hdst., Acta extera, H et le conseil de Crète notifient au doge que, n^ 486.

pendant le mois de septembre, Gioy.Moro ' Hopf, Op. cit., p. 449, 466, et le

a conclu un traité avec le seigneur d^Al- texte du traité de 1370, qui prouve ce

toluogo^cumpactisetcapitulisconsuetis:** que nous disons au si^'et des fausses

Taf. etThom., inéd.; Commem. reg., m, monnaies,

p. 96 no 698; cf. n» 696. * Benfey, Orient und Oeeident, I, 637.

* Mas -Latrie, Eist, de Chypre, IH, * Id, Fauteur suit le texte de Ludolphe 763 et s. Voyez Vita S. Pétri ThomasH von Suthen , qui décrit le cours d^eau en dans les Acta SS. BoU., 39 jany., p. 1013; question presqu^en termes identiques, p. 26. Machairas, dans Sathas, Bibl. grœe. med. * Chehabeddin signale des bateaux de €wi, n, 128. Quand le roi Louis de Eermian qui descendent le cours du Mè- Hongrie demanda à Venise de lui fournir andre avec des chargements de marchandes vaisseaux pour faire la guerre aux dises (p. 364).

Turcs (1366), on lui signifia que la Bé- ^ Atlante Luxoro, dans les Atti deiia

publique était liée par un traité à Tégard Soe. Lig., V, 112; Lelewel, Pùrtukai, p. 16. des seigneurs d'Altoluogo et de Palatia:

A. m. UAste-Mineure turque. 646

Mflet près de l'emboachure et sur la rive gauche du Méandre.^ On trouvait sur ce marché divers produits naturels de TAsie-Mineure, tels que le safiran et le sésame, le miel et la cire, la noix de galle, les raisins de Damas, Fàlun de Eoutaièh et certains articles de fabrication comme le maroquin ronge et les tapis. On y vendait aussi des esclaves des deux sexes; le blé s'expédiait de là sur Ehodes et Chypre; les autres articles avaient souvent pour acheteurs des Génois de Ghio qui les expédiaient en Egypte et importaient en échange à Palatia des draps, du savon, de Fétain, du plomb etc^ Palatia Msait partie du territoire des seigneurs de Menteché; après la chute du sultanat d'Iconium, ces petits souverains s'étaient taillé, au sud -ouest de l'Asie -Mineure, un domaine dont l'étendue correspondait & peu près à celle de l'ancienne Carie. Ce n'est point ici le lieu de re&ire l'histoire de cette principauté avant l'époque que nous étudions; il nous sufBra de noter qu'elle prenait sa large part dans les expéditions des corsaires, le fléau des Ues de la Grèce.' Pour mettre ses possessions & l'abri de leurs incui'sions et ouvrir, en même temps, à son commerce un terrain d'un accès si commode et où il pouvait y avoir tant & gagner, la République de Venise ne trouva rien de mieux que nouer des relations avec les mdtres de Palatia par l'entremise de son duc de Crète, Mar rino Morosini. Ces démarches aboutirent & un traité dont nous ne connaissons qu'un détail,^ c'est que les Vénitiens obtinrent & cette occasion la concession d'une église de St Nicolas, située & l'intérieur ou à l'extérieur de Palatia. Peut-être fsiut-il fiûre remonter à ce traité la création du consulat vénitien de Palatia, dont l'existence est constatée d'une manière certaine dès 1366.^ Le traité ne saurait être d'une date bien antérieure à celle-Uu En parcourant la liste des gouverneurs vénitiens en Crète dressée par M. Hopf^* on voit que Marino Morosini a occupé ces fonctions & deux reprises: une première fois, de

* YMenàeBeântMaitm,Asi&^nwiêure, ' Les princes de Eenniiui (capitale

n, 519; Mas -Latrie, Commerce d'Ephèae Eoutaièh), confinés à Pintérieur de TAsie-

et de Milet au Moyen-Age, dans la Bibl, mineure, envoyaient cependant fréqnem-

de VÉeoîe des ehartes, 6^ série. Y, 210. ment des flottes de corsaires par le Mè-

V. aussi Bttondelmonti, Lib. tnsul. archir andre, lavager les fles de TArchipel; les

pd., éd. Sinner, p. 104, 108, S04, 309. princes de Menteché se gardaient hien de

' PegoL, p. 80, 94, 870; Piloti, p. 371, leur barrer le passage; Chehabeddin, p. 364. 376; V. aussi le traité de 1403, Bibl. de *• Ceci est tiré d'un document dont il VÉecle des chartes, L c, p. 299. Les mar- sera parlé plus loin, pubUé par M. de Maschands de Raguse trafiquaient probable- Latrie à la fin de Tétude citée précément aussi avec Palatia: v. Luccari, Rv- demment, p. 229. stretto degli annali di Rama, p. 86, où, * Commsm, reg., TL, p. 231 n^ 86. du reste, Fauteur fût une confusion entre * Orieehenkmd, dans Ersch et Gmber, Palatia et Ephése. LXXXV, 469; LXZXYI, 174 et

646 Deuxième période. — IL Dévdappement du c&mmerce du Levant.

1329 & 1331, et la deiudème, de 1362 à 1366. Nous devons admettre, par analogie avec ce qui se passa & Altoluogo, que c'est pendant la deuxième période que Morosini condut le traité en question, car, en 1360 encore, le souverain de Palatia avait £Bdt contre Smyme des préparati& d'armements qui donnèrent beaucoup de soucis au doge Andrea Dandolo.^ Les Vénitiens ne demandaient qu'à observer fidèlement ce traité et formaient des souhaits pour que leurs amis et leurs alliés s'abstinssent d'attaquer Palatia.' Nous verrons dans la période suivante le développement que prirent les relations entre Venise et ce port; mais, avant de nous éloigna des dix principautés d'Asie-Mineure, il faut dire encore quelques mots de l'influence exercée par le commerce sur leur système monétaire. Nous avons déj& parlé des monnaies frappées & Altoluogo sur le type des ducats de Venise et des protestations de la République à ce sujet; mais ce n'était pas tout Dans le courant du XIV® siècle, il sortait des ateliers de Magnésie sur le Sypilus (appelée par corruption Manglasia)^ de Théologos (Éphèse)^ et de Palatia^ des pièces d'argent avec légendes latines, reproduisant exactem^t le type des Gigliati* frappés & Naples par les princes de la maison d'Anjou, d'où il ressort que les seigneurs de Sarou-£han (Lydie), d'Aïdin (lonie) et de Mentèchè (Carie) fieiisaient frapper des monnaies spéciales pour faciliter les transactions de leurs sujets avec les Italiens.

Passons maintenant à la côte méridionale de l'Asie-Mineure. Nous possédons, pour la section comprise entre Prepia/ et le golfe d'Alexandrette, un guide excellent; c'est Sanudo l'ancien: non-seulement il donne une longue liste de stations de la côte, mais, désireux de rendre service aux navigateurs de son pays, il indique la durée et la direction de la navigation de l'une & l'autre, la nature des lieux d'atterrissement, les écueils et les bas-fonds. Depuis que les Turcs étaient maîtres de cette côte, les étrangers n'y étai^t pas partout également bien accudllia.

^ Lettre de Dandolo à la Commune de 866 et as. : ce dernier attribne à tort ces

Pôronse: Archiv, star. iUU,, XVI, 2^ part, monnaies à Sarou-Ehaa.

p. 686. ' KaralMcek, Op. eu., 9» année (1877),

' On pent le conclure de la lecture de p. SOO et sa.

Mas-Latrie, Hisi. de Chypre, m, 752 et s. * M. Schlumberger (Numüm. de F Or.

et des Mon. Hung. hisL, Acta exterct, m, lot., p. 478 et as.) donne une liste de tontes

n<> 486. les variétés de ces gigliati turcomans trou-

' Finder et Friedlfinder, Beiträge xur yées jusqu'à ce jour.

äUeren Miinxkunde, p. 62 et ss. ^ D'après la description de Sanudo (p.

^ M.Karabacek a donné sur cette ques- 90), ce port, où Ton chargeait des bois

tion, dans la Wiener numiematieehe Zeü- pour l'Egypte, était situé à l'embouchure

êchr., (2« année (1870), p. 626 et ss.), un d'un fleuve profond, qualification qui peut

article préférable à celui de M. Lampros s'appliquer soit au canal de décharge du

dans la Betme de numism. franc., XIV, lac Keuidchès, soit au Doloman-TchaL

Ä. m. Ü Asie-Mineure turque. 647

Sanado ajoate fréquemment une note pour avertir que dans tel ou tel port on peut se fier à la population ou bien qu'il faut se tenir sur ses gardes. La quantité et la prédsion des données accumulées par cet écrivain, données qui ne pouvaient lui avoir été fournies que par des capitaines de navires, prouvent que les risques à courir n'étaient pas un obstacle suffisant pour détourner les Occidentaux de la côte méridionale de TÂsie-Mineure. H est évident que, dans le nombre, il s'en trouve quelques-unes qu'on ne doit accepter qu'avec une extr^e réserve; par exemple, que vers 1300, le '^Porius prodensalium'' (au sud-ouest de Sélefkèh) fût encore le rendez-vous d'un grand nombre de bâtiments provençaux ou que le ''Portus Januensis^ (dans la partie occidentale du golfe de Satalia)^ fût encore une station trés-fréquentée par la marine génoise: il est certain qu'à cette époque ces deux noms n'éveillaient plus qu'un souvenir du passé; il en serait sans doute de même pour les ports amalfltain et anconitain que certaines cartes du Moyen-Age d'une époque postérieure placent sur la côte au nord et en fetce de l'île de Bhode&' Mais les sources contemporaines nous fournissent, par exemple, la preuve que les gens de Négrepont allaient couramment chercher du blé, du vin et autres articles à Makri, dans le golfe de ce nom.' H est établi qu'en 1289, un bâtiment génois fit la traversée d'Alexandrie à Canddare avec un chargement de sucre, de lin et dé poivre;^ qu'en 1332, un autre porta Ibn- Batouta de Laodicée (Syrie) à Alaja;^ ces fûts nous permettent de conclure k l'existence d'un toafic actif entretenu par les Génois entre l'Egypte et la Syrie d'une part et la côte méridionale de l'Asie-Mineure d'autre part; et il faut noter encore que, dans l'un et l'autre des cas que nous venons de citer, le port d'arrivée était le même, car le port nommé Alaja par les Turcs de l'époque comme par ceux de nos jours était désigné, au Moyen-Age, par les Occidentaux sous le nom de Gandelore:^

* Sur le Port provença] nous en ayons * Lelewel, Poriukm, p. 16; Atlante

dit assez dans un chapitre précédent. Son Lnxoro, p. 116; Münchner Karten, Op,

nom subsiste encore dans le langage des cit.; Niccolo da Este, Viaggio a Oerusa-

bateliers. H en est de même pour le ^emm«, p. 114; Lannoy, éd.Potvin, p. 176.

Porto GenoTese: son nom, inscrit dans les Uzz., p. 383, indique un Capo di Malfetam.

portulans(Sanut,p.89;üzz.,p. 284)etsur ' Taf. et Thom., m, 196, 208, 268.

les cartes du Moyen-Age (AÜante Luxoro, ^ Annal, Jan., p. 824

p. 118, 285; Lelewel, 1. c, p. 16; Münehn. '^ Ibn-Batonta, II, 264.

Karten, étudiées par M. Thomas dans les * Sanut,p.89;üzz.,p.284; A^/.Lf«K>ro,

Abh. der Münehn. Akad., cL 1, voL X, p. 114; Münehn, Karten, Op,eü,; Lelewel,

sect. 1, p. 286 et s.) se retrouve encore Le, p. 16. Les Grecs lui donnaient le même

dans kfc bouche des bateliers grecs et turcs nom: voy. Laon. Chalooc., p. 244, 877. Sur

de nos jours. Il était situé au nord du Tidentité de Candelore et d'Al^ja, voy. Le-

cap Chdidonia, non loin du golfe d'Adrat- lewel, L c., et Mas-Latrie, dans la Biblioth,

chan; Toy. Bitter, Kiemaaien, U, 760. de VÉeole des chartes, 2« série, I, 815, et

548 Deuxième période. — IL Bévdoppemmt Au commerce du Levant.

c'était use ville torque trèa-conunerçante, fréquentée par des marchanâs du Caire, d'Alexandrie et de Syrie; c'était là que l'Ég^te s'approyisionnait de bois.^ Naturelleinent, le voisinage de l'île de Chypre donnait lieu & des relations bien plus fréquentes encore; aussi Pegolotti ne manque-t-U pas de dresser, & l'usage des marchands, un tableau comparatif des monnaies, poids et mesures de Gandelore et de Famagouste.' Cependant, Candelore cédait encore le pas à Satàlia, de beaucoup le plus animé des marchés turcs de la côte méridionale. Seul, le port chrétien de Lajazzo pouvait rivaliser avantageusement avec eUe, & cause de sa situation au point de départ des routes de l'Inde et de l'Asie centrale; grande, bien b&tie, entourée de jardins remplis d'arbres fruitiers, Satalia était assise au fond d'un vaste golfe; sa nombreuse population indigène comprenait trois éléments principaux bien distincts, les Sarrasins , les Grecs et les Jui&, vivant chacun dans un quartier spécial entouré de murs. Dans un fieiubourg (Mina)' habitait une population de marchands chrétiens, évidemment d'origine occidentale,^ car on les nomme toujours & part des Grecs; ils étaient obligés de fermer les portes de leur quai^ tier à la tombée de la nuit et à l'heure des prières du vendredi chez les Musulmans. Les bazars, très- beaux et très- bien disposés, étaient dans le quartier turc^

C'était avec l'Egypte que se faisait le commerce le plus acti£ Â cela il y avait diverses raisons; la communauté de religion d'abord, puis la sympathie politique. ObUgés de lutter sans trêve, d'abord contre les Mongols, puis contre les Osmanlis qui continuaient & aller hardiment de l'avant, les princes turcomans sentaient le besoin de s'appuyer sur une alliée forte, tdle que l'Egypte: cette remarque, d'après les sources, s'applique tout particulièrement aux souverains de Satalia et d'Âltga.'

mieiiz encore Houtsma, Étude sur une ' Edrisi (H, 184) le nomme Mma'l —

Chronique turque, L c, p. 14, où il est muta.

démontré que le nom de Gandelore n'est * Cependant Ghistele (p. 829) mentionne

en réalité qn'une cormption du grec xa- anssi parmi les habitants de Satalia des

Xov 0^, et qu'elle porta ce nom à Tori- chrétiens de Féglise arménienne, gine sons les Bjzantins, puis sous les Ar- * Cette description de Satalia est piind-

ménienSi jusqu'au jour où le sultan seid- paiement empruntée à Ibn-Batouta, U, S58

îoucide Alaeddin Kaikobad (après 1220) —260; Ludolf Ton Suthen, p. 85; Benfey,

le lui enleva pour lui imposer celui d'Alaja. Orient und Occidenty I, 686; M. Villani,

M. Bitter admet à tort l'identité de Castello éd. Dragomanni, U, 358. Yoy.

Lombarde, situé plus à l'est, et d'Alaja Aboulf., Oéoffr., U, 2, p. 188, 186. (Kleinasien, II, 888 et s.). ^ Chehabeddin, p. 887, 342, 878. Voy.

' Ibn-Batouta, H, 257; Aboulf éda, Oé- en général p. 875 et s. ogr,, n, 2, p. 185; Chehabeddin, p. 841, 378.

' PegoL, p. 79. Voy. aussi Assiaee de Jéruê., n, 860.

A ni. L'Asie-Mineure turque. 549

De leur côté, les sultans d'Egypte avaient la double satisfaction de voir leur influence progresser en Asie-Mineure et d'obtenir là toutes &cilités pour Mre venir une quantité d'objets indispensables à l'entretien de leur puissance militaire; en effet, les ports de Satalia et de Ganddorej leur expédiaient des esclaves chrétiens et turcs pour le recrutement de leur armée, du bois et de la poix pour leurs constructions maritimes. 1 Sanuto avait donc parfaitement raison, & son point de vue, quand il < écrivait que, pour couper les vivres au sultan d'Egypte, il fisdlait traiter > aussi en ennemis les Turcs d'Asie-Mineure.^ Malheureusement, la chré- 1 tienté n'avait même pas la force d'empêcher ses propres marchands de | £ure la contrebande de guerre entre l'Asie-Mineure et l'Egypte; à plus . forte raison ne pouvait elle pas l'interdire aux Tuix». Ce trafic assurait à Satalia et à Candelore une prospérité croissante et, en échange de leurs envois, eUes tiraient d'Egypte des épices, du lin, du sucre etc.* Ceci pourrait donner lieu à une confusion dont on doit se garder: quand on trouve indiqués, parmi les articles portés sur le marché de Satalia, le poivre et l'indigo, cela ne prouve point du tout qu'il existât entre cette place et l'Inde un trafic par voie de terre, conmie c'était le cas pour Lajazzo; en Mt de produits de l'intérieur, Satalia ne recevait guère directement que ceux de l' Asie -Mineure, tels que la cire, la noix de galle, la gomme adragant et l'alun; ce dernier article provenait de Eoutaièh et il lui fallait quinze jours de route pour arriver à destination.* D'un autre côté, les draps de Chàlons, de Narbonne, de Perpignan, de Lombardie s'écoulaient fieudlement sur ce marché; seulement, il devaient être de couleur voyante et & moitié tondus, car il n'y avait pas de tondeurs de drap à Satalia. On voit que le commerce d'Occident avait là de quoi s'exercer. Il y a lieu de supposer qu'en général, là comme sur les autres marchés, les Génois et les Vénitiens jouaient le premier rôle. Du temps de Pegolotti, la compare florentine des Bardi avait acquis le privilège de ne payer qu'un droit de 2 Vo * l'entrée dans le port de Satalia, et aucun droit à la sortie, tandis que les marchands chypriotes^ payaient pour leurs flls d'or et leurs camelots 2% à l'entrée et autant à la sortie. . Outre le droit de douane, il était d'usage de payer encore une taxe de courtage de Vj Vo-*

Ces tari& de douane n'avaient, que nous sachions, rien d'excessif et pourtant les marchands chrétiens devaient se trouver fréquemment exposés à des vexations sur le marché de Satalia, par ce fait que le

^ Sanut, p. 28 et s. taient fréquemment Satalia: yoy. pour

* Ibid., p. 29. preuve les Aêsts, de Jérus., Il, 860.

' Pegol., p. 42, 870, 376. ^ Ce qui prôoôde est extrait de PegoL,

* Les marchands de cette nation yisi- p. 42 et s.

660 Deuxième période. — IL Dévdoppement du commerce du Levant.

maître du pays était le seigneur de Tekké, un prince turc Leur situation sembla, un moment, promettre de devenir meilleure en 1361. An cours de l'une de ses campagnes contre les Sarrasins, Pierre I^, roi de Chypre, s'était emparé de la ville. Malheureusement, l'occupation chypriote ne dura que douze ans; d'ailleurs, pendant tout le temps, les attaques renouvdées de l'ancien souverain n'avaient pas laissé un moment de répit à la population chrétienne et tout voyage d'afifaires dans l'intérieur était devenu impossible. L'année de la conquête de Satalia avait été signalée par un autre succ^« du roi de Chypre: la prise de possession de la ville de Qorhigos (Corycos) en Arménie: les habitants de la ville, redoutant de succomber sous les attaques du puissant prince de Caraman, voyant leur roi hors d'état de leur envoyer du secours, réduits & leurs propres forces, désespérant de leur salut, s'étaient jetés dans les bras du brave Pierre I^. Toutes les conquêtes de ce prince en terre ferme retombèrent promptement au pouvoir des Musulmans; celle-ci seule fit exception. EUle demeura colonie chypriote jusqu'en 1448 et le commerce put y refleurir d'autant plus vite que les nations commerçantes établies & Chypre ne durent assurément pas négliger une porte commode ouverte sur l' Asie-Mineure et que, pendant toute cette période ou peu s'en fiiut, les princes de Caraman restèrent en paix avec Chypre. Vers 1376, s'il faut en croire le chroniqueur Strambaldi, la douane de Gk)rhigos produisait un revenu de 2 à 3000 ducats, ce qui dénote un trafic considérable.^

Nous avons passé en revue toutes les côtes d'Asie-Mineure depuis le Bosphore jusqu'à la Cillcie au point de vue de leurs relations avec le commerce d'Occident, depuis le jour où elles étaient passées sous le joug turc, n serait parfaitement superflu d'en faire autant pour le centre du pays, car on ne trouve nulle part un seul mot qui donne & supposer que des marchands chrétiens l'aient parcouru et surtout y aient formé des établissements;^ seuls les marchands égyptiens et syriens se risquaient à le traverser, et ils le faisaient, à vrai dii-e, assez fréquemment; débarqués à Satalia ou à Alaja,* ils gagnaient par cette voie les ports du nord, Sinope ou Samsoun, pour s'y rembarquer à destination

^ Sur Satalia et Gorhigos, colonies chy« ' Cependant le génois Domenieo Doria

priotes, Toyez les deuxième et troisième aTait dû parcourir le pays dans tons les

articles de la belle étude de M. de Kas- sens, car il a fourni à Cbehabeddia des

Latrie: Des relations politiques et eom- renseignements sur FAsie- Mineure plus

merciales de V Asie-Mineure a/vee l'île de nombreux et plus exacts que ceux de son

C^typre, BUd. de V École des chartes^ autre garant, un oheik de TAsie-lOneure:

2« série, I et II (il Fa encadrée depuis Chebab.. p. 847 et s., 888. dans son ouvrage: UtU de Chypre. Paris, ' Cbebabeddin, p. 872; Ibn-Batouta,

1879, p. a06 et ss.). H, 257.

A. m. n Asie-Mineure iwrqm. 651

de Sondak, de Gaffist oa de Eertch et aller visiter l'empire des khans tatars.^ Sur les côtes septentrionales, entre l'ancienne Bithynie, occupée par les Osmanlis, et l'empire de Trébizonde, la principauté tnrcomane de Kastemoum formait une vaste enclave: il faut nous y arrêter un moment Les villes maritimes échelonnées le long de cette côte, notamment Samastro (l'ancienne Amastris, aujourd'hui Amasserah), Sinope (Sinoub) et Simisso (l'ancienne Âmisus, ai^jourd'hui Samsoun) étaient bien connues des capitaines marchands d'Occident comme points de relâche sur la route de Trébizonde, de Cafb et de Tana; l'une d'elles en parti- / cnlier, Sinope, avait la réputation d'être un nid de corsaires: commençons | par elle. Sous les derniers sultans diconium, leur ministre tout-puissant, Moin -eddin- Soliman, plus connu par son titre de Pervanèh (mort en 1278), avait reçu là ville de Sinope en fief héréditaire.^ Ses descendants le possédaient encore k l'époque où Aboulféda composa sa géographie, c'est^ dire vers 1320. Le petit-flls de Pervanèh eut déjà maille à partir avec des Occidentaux, probablement à cause de ses actes de piraterie; en 1299, surpris et saisi dans son propre palais par les équipages de deux navires marchands (génois peut-être), il M mené en captivité en Europe et ne put recouvrer la liberté qu'au prix d'une forte rançon.* Un autre descendant de Pervanèh, contemporain d'Aboulféda, était connu pour un corsaire incorrigible:^ c'est probablement le même personnage que nous retrouvons sous le nom de Ghazi-Tchélébi, excellent plongeur qui coulait les vaisseaux grecs en allant, entre deux eaux, ouvrir une voie d'eau dans la cale,^ ou sous celui de ce Zalabi ou Jaalabi qui, en 1313 et 1314, attaqua & plusieurs reprises avec des succès divers, des vaisseaux génois près de GsSSaJ Au moment de la première de ces expéditions, il était l'allié de l'empereur de Trébizonde, ce qui n'empêcha pas, quelques années après (1319), les Turcs de Sinope de faire une descente dans cette ville et de la brûler presque tout entière.^ Enfin, c'est sans doute encore ce même Ghazi-Tchélébi qui, en 1324, ayant donné l'hospitalité à des Génois guelfes, leur tendit traîtreusement le piège dont nous avons parlé en son temps.^ Après la mort de ce

* Ghehabeddia, p. 361, 363, 366 et 8. ; mer, (Oesek. des osm, Beiehs, 1, 37, 39 et 8.) IlnirBatoata. U, 354 et 8. Il s^embarqua commet ime erreur oomjplète quand il à Sinope sur un navire grec qui le dé- dit que ce Ghazi Tchélébi fut le ^'dernier posa à Kertch. regeton*' des Sultans diconium.

* Defirémery, étude sur Ibn-Baiouia, * Traité de 1314 entre Qènes et Trédans les Nouv, annal, des voyag,, 1S51, bi2X>nde, inéd., et Contin. de Jacq, de Fbn, 47; D'Ohflson, Eist, des Mongol», ragine (AOi, X), p. 60fl.

m, 600. ' Chrontçue de Panaräaa, pubL par

' D'Ohsson, Le. M. Eallmerayer, p. 15, 45.

* Aboulféda, Géogr., U, 2, p. 146. * Voy. le Coniin. de Jaeq. de Vora-

* Ibn-Batouta, II, 350 et s.; M. Ham> gine, p. 506, Stella, p. 1051 et s., et Gir

662 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.

brigand, Sînope passa, vers 1330, aux mains de Sofiman, prince de Eastemonni, et resta dans sa famille jusqu'à la fin.^ Les pirateries oontinuërent sons cette dynastie comme par le passé. En 1340, donze galères de Sinope' une vraie flottille, capturèrent plusieurs bâtiments génois, vénitiens et autres; elles étaient encore aux aguets prêtes à se jeter sur un autre convoi attendu de Tana, quand l'amiral génois Simon de Quarto arriva dans la mer Noire avec sept galères chargées de marchandisea Aussitôt entré dans le port de Caffa, il les fit décharger, les arma en guerre et compléta son escadre au moyen de vingt bâtiments plus petits, recrutés à Gaffa même. Ainsi préparé, il se porta à la rencontre des galères turques, en coula dix, leur reprit leur butin et mit tous les équipages à mort Cet exemple démontre que, pas plus dans la mer Noire que dans l'Archipel, les Seldjoucides n'étaient des voisins commodes pour le commerce d'Occident Malgré tout, Sinope jouissait du privilège d'être au nord, comme Altoluogd à l'ouest, à la fois un marché fréquenté par le commerce d'Occident et un nid de corsaires: c'est que son port était si excellent et sa situation si bien choisie pour offrir un refuge aux navires marchands en route pour Trébizonde! et puis l'abondance du poisson le long des côtes, les richesses minières des environs assuraient à qui le voulait un chargement avantageux. Sur la carte de la Laurentiana, de 1361, on voit au-dessus de Sinope un drapeau génois,^ ce qui prouve assurément qu'il y existait déjà à cette époque un consulat de cette nation, quoique le premier document qui témoigne de son existence soit seulement de 1449. Les Vénitiens avaient aussi & Sinope une colonie de commerce administrée par un consul, avec l'assistance de deux conseillers (consejeri) et d'un conseil de douze membres: nous possédons le procèsverbal d'une séance de ce conseil, tenue dans l'église de S^ Marie de Sinope.^

ustiniani, p. lââ. Ces écriTains le nomment U ne se trouve, pendant la période qui

Zalabi ou Zarabi: c'est peut-Ôtre ce qui nous occupe en ce moment, aucun prince

donne occasion au jeu de mots d*Ibn-Ba- nommé soit Soliman, soit Ibrahim, touta, n, 861. * Suivant SteUa, dans Murât, XVII,

^ Ibn-Batouta, n, 843, 849, 860; Che- 1076, ces galères appartenaient à ''Ihalabi

habeddin, p. 840 et s., 861. Ce dernier Teucrornm dominus**. Les sources ocd-

donne au gouverneur nommé à Sinope dentales substituent fréquemment, pour les

par Ibrahim, prince de Kastemouni, fils seigneurs (ou gouverneurs) de Sinope, le

de Soliman, le nom de Ghazi Tchélébi; titre Tchélébi (seigneur) au nom propre:

ce n^est peut-être qu'une confusion de c'est ce que nous avons d^à vu pour les

noms. Sur ce point la plus grande incer- émirs d'Altoluogo. titude règne encore parmi les orientalistes. ' Du moins au témoignage des AiH

Je ferai seulement remarquer que, dans deUa Sœ, Lig., Y, 138. la liste des princes de Eastemouni dressée * Filiasi, Memorie storiehe de' VmeU

par M. Stanley Lane Poole (Journal ofthe primi e seeandi, YI, 2, et Haiin, lY,

B. Asiat. Soe^ n. s., ZIY, 1882, p. 780), 90 et s.

A m. V Asie-Mineure turque, 553

n s'agissait de choisir un cadeau destiné au seigneur de la yille (signer di questo ïuogo); le cadeau devait être porté par un certain QugUelmo de Scarpanto, envoyé en mission auprès du prince à propos d'une affaire quelconque. Comme Sinope n'a eu de souverain particulier qu'à l'époque turque, et comme la valeur du présent est exprimée en ducats turcs, ce document, qui malheureusement n'est pas daté, ne peut pas appartenir à l'époque de la domination grecque, à laquelle Sinope échappa dès 1214;^ il doit être du temps de la domination turcomane. La colonie vénitienne de Sinope doit avoir eu une existence assez longue; c'est du moins ce qui semble ressortir de la lecture même du document en question; le mot console y est précédé du chifS^ 99*: suivant Marin, ce chiffre, inscrit par le consul en fonctions, Grignuolo, serait son numéro d'ordre dans la série des chefs de la colonie de Sinope; mais dans aucun document émanant de consuls on ne trouve ce système de numérotage: nous supposons, quant à nous, que ce signe n'est qu'une abréviation que M. Filiasi à prise pour le chi&e 99; cette observation, du reste, n'a pas pour but de mettre en doute la longue existence de cette colonie.

A l'est de Sinope, le navigateur rencontrait un autre port en relations très actives avec la Crimée et sans doute aussi avec Trébîzonde, l'ancienne Amisus,** désignée à cette époque, chez les Occidentaux, sous le nom de Simisso. En y regardant' de près, on trouve que ce nom s'appliquait collectivement à deux villes voisines, la ville turque de Samsoun, autrefois dépendante du prince turcoman de Eastemouni, puis venue en possession des sultans osmanlis,^ et la ville chrétienne de Simisso. A l'époque où des princes grecs, chassés de Constantinople par les Latins, fondèrent les nouveaux empires de Trébizonde et de Nicée, il y avait, dans la ville chrétienne d'Amisos, un gouverneur qui jouissait, à l'égard de tous deux, d'une indépendance ä peu près entière.* A quelle époque, par quel moyen les Génois finirent-ils par s'en rendre maîtres? s'y substituèrent-ils directement aux Grecs ou aux Turcs? ce sont autant de points sur lesquels règne une obscurité que nous ne pouvons plus percer. On peut démontrer, pièces en main, l'existence du consulat de Simisso à partir de 1317,^ mais sa fondation remonte probablement à une date plus reculée. Sur la

^ Fallmerayer, Oesektchte von Trape- misso, sinon régulièrement, du moins assez

xurd, p. 94 et s. fréquemment: Misti, lib. 7 (1322—1824),

* Ce nombre est ainsi indiqué par M. Fi- dans V Archiv, Vena., JLVlll, 329.

liasi, en chifires arabes: il semble que de- * Hammer, Oesek, des ostnan, Reieha,

puis lui, personne n^a plus eu ce document I, 227, 374.

sous les yeux. ^ Fallmerayer, Oest^, von Trapextmt,

■ Les galères vénitiennes en route pour p. B6— 67.

Trébizonde faisaient aussi relâche à Si- • Off. Oax., p. 866.

554 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.

carte de la Laurentiana, de 1351, cette ville est également sormoatée d'un pavillon génois, et ici l'indication est plus justifiée que pour Sinope; en effet, à Sinope le consul était en territoire étranger, tandis que le poste de Simisso se trouvait en territoire génois. Nous reviendrons sur ce point dans la période suivante, et nous. y parlerons également d'une autre colonie génoise, celle de Samastro.

En continuant à suivre la côte septentrionale de l'Asie -Mineure dans la direction de l'est, nous atteindrions l'empire chrétien de Trébizonde, mais l'histoire de ce pays mérite, comme celle du royaume chrétien d'Arménie, un chapitre spécial Au centre de l'Asie -Müieure, entre l'empire de Trébizonde et l'Arménie, il y avait bien encore une région turque; mais elle n'offire d'intérêt, pour l'étude du trafic entre l'Orient et l'Occident, qu'en ce qu'elle était traversée par la grande route commerciale de l'Asie-Mineure à la Perse: c'est Ut, sur les confins de l'Asie-Mineure, que se trouvait la ville commerçante de Sivas: nous en reparlerons dans un autre chapitre. ^ ^^.

Inprimeàe de L. Reiter, Deaaan.

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