‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 101 sur 145 · I. Fondation des colonies commerciales · texte numérisé non relu

I. Fondation des colonies commerciales

guerre; les Génois eurent le dessous ; un de leurs consuls même y perdit la vie. A la fin, Jean d'ibelin, seigneur d'Arsour, bailli du roi de Chypre, s'entremit entre les combattants et obtint la conclusion d'une trêve dont la durée était fixée à trois années.1 Cette rivalité n?était d'ailleurs pas la seule qui ensanglantât les rues d'Acre: vers le milieu du XIII0 siècle, les marchands de Montpellier curent, avec les colons marseillais, des querelles qui, par la suite, mirent la division jusqu'entre les deux villes elles-mêmes.2

Au point de vue du nombre des combattants, de l'acharnement et de la durée de la lutte et de la gravité des résultats, tous les démêlés que nous venons de relater n'étaient rien à côté de la grande guerre coloniale qui commença en 1255 et étendit ses fureurs pendant plusieurs années sur la Syrie tout entière. Venise et Gênes avaient longtemps vécu en paix; en 1251, les deux républiques avaient encore renouvelé pour une durée de huit années un traité d'amitié dont l'objet était la solution pacifique des griefs mutuels.3 En Syrie, la bonne harmonie avait existé entre leurs colonies, tant qu'elles travaillaient en commun à l'abaissement de l'influence des Hohcnstaufen. Ce but atteint, la jalousie qui sommeillait seulement dans les cœurs se réveilla. Pendant que Simone Malocello remplissait les fonctions" de consul de Gênes à Acre,4 un Génois y fut assassiné par un Vénitien; ivres de vengeance, ses compatriotes coururent aux armes, envahirent le quartier vénitien et en maltraitèrent les habitants. Depuis cette époque, disent les Annales génoises, les Vénitiens nourrissaient une haine profonde contre les Génois, et il suffisait de la moindre des choses pour froisser leur susceptibilité toujours en éveil.5 Une pareille situation devait aboutir à une guerre, mais les autres sources lui assignent une cause différente. Les terri-

1 Contin. de Guill. de Tyr, p. 437; 8BBVt Secr. fidel. crue. p. 218; BpÙL Odonis, dans d'Achery, Spicilcn. m, 627; Guill. de Nangis, dans le Recueil des hist. de France, XX, 368. Le motif pour lequel les derniers chroniqueurs rapportent ce détail, c'est qu'à cette époque, Saint Louis se trouvait à Chypre, occupé des préparatifs de sou expédition en Égypte, et qu'ayant besoin de vaisseaux il en fit demander à Acre; mais il ne put en avoir, en partie précisément à cause de la querelle qui se s'y débattait. Le silence des chroniques génoises sur cette grave affaire s'explique facilement par ce fait que les Génois y avaient eu le dessous.

5 Vie et Vaissette, Hist. de Languedoc, éd. du Mège, VI, 514 et ss.; voy. Germain, Hist. du commerce de Montpellier I, 222.

3 Annal. Jan. p. 238; Lib. jur. I, 1090 et ss., 1099 et s.

' Le nom de son collègue est illisible dans le manuscrit des Annules que Perte avait sous les yeux (p. 238); Malocello fut deux fois consul: une première fois en 1249, avec Giov. di Bolgaro, et une seconde fois en 1250 avec Ogerio Ricci (Areli. de l'Or. loi. II, 2, p. 215, 222): c'est la raison pour laquelle la date de ce meurtre n'est pas absolument certaine.

4 Annal. Jan. p. 238.

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