‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 104 sur 145 · IV. Les états croisés de Syrie · texte numérisé non relu

IV. Les états croisés de Syrie

agents de Syrie en vue des négociations qui allaient s'y ouvrir. Gênes et Venise reçurent des missives analogues.1 Conformément aux instructions du pape, on fit partir deux ambassadeurs vénitiens sur des galères génoises, et deux ambassadeurs génois et pisans sur des galères vénitiennes: ils devaient aller proclamer la paix, mais, dès le début du voyage, à Zara, les galères vénitiennes recevaient la nouvelle que les événements s'étaient précipités en Orient et que tout était terminé.»

Voici ce qui s'était passé: pendant qu'on négociait en Europe, les Vénitiens d'Acre avaient profité de l'arrivée d'une partie de leurs renforts pour s'emparer de ce qui restait encore aux Génois en dehors de leur quartier et pour occuper même le Mont-Musard; leur flotte, nombreuse et en bon état, pouvait tranquillement attendre l'arrivée de celle de Rosso délia Turca: parti de Tyr le 23 Juin 1258, celui-ci fit voile vers Acre, tandis que Philippe de Montfort se dirigeait vers la même destination par voie de terre, avec une nombreuse suite de chevaliers.8 Le 24 Juin,4 la flotte vénitienne, forte de 38 ou 39 galères et commandée par Lorenzo Tiepolo et Andréa Zeno, sortit du port d'Acre pour aller au-devant des Génois. Les Pisans étaient conduits par le comte Guillaume de Capraria,5 et les Provençaux marchaient sous l'étendard vénitien : les Génois se trouvèrent ainsi avoir affaire à des forces bien supérieures. Après une bataille acharnée, ils durent fuir en désordre, laissant aux mains de l'ennemi plus de la moitié de leurs galères ; 6 ils avaient perdu

1 Raynald, Annal, creles. XXÎT, 30 et s. ; Pal Borgo, I)ij>l. pis. p. 184 et ss.; voy. Posse, Analecta ratieana, p. 13.

1 Dandolo, p. 367; Da Canale, p. 478.

8 Annal. Jan. p. 239; Da Canale, p.

p. 464— 4fi8, 472; Sauut. L c. p. 221.

* Cette date se trouve dans l'antique Chronique des Pisans, Murât. L c. p. 221 : "in festivitate S. Joannis Baptiste." Les Annales génoises désignent la veille de la bataille par l'indication "vigilia S. Joannis"; par conséquent la bataille fut donnée le jour de la S. Jean. Dandolo, p. 861, dit qu'en allant à la bataille les Vénitiens invoquaient S. Marc, dont on fêtait ce jour là l'apparition (apparitio). D'après cela, Wilken (Kreuxx. VII, 397, not. 37), prétend que le jour de la S. Marc tombant le 25 avril, Dandolo place la bataille deux mois plus tôt que les autres chroniqueurs. A cela il y a a répondre: d'abord, que toute l'église

catholique fête en effet la commémoration de S. Marc le 25 avril, mais que ce jour est celui de son martyre: en second lieu, qu'autre chose est la fête de son apparition, c'est à dire de l'invention de ses reliques, qui est la fête spécialement célébrée par les Vénitiens et tombe le 25 juin (Dandolo, p. 251; Da Canale, p. 527, 742; Flamin. Cornel. Eccl. Vend. X, 69 et s.; XI, 899; uKal. Venet. stec. XI." éd. Borgia. Rome, 1773, p. 10). Ainsi toute la question se réduit a une différence d'un jour. Wilken ajoute encore que, parmi les chroniqueurs, les uns placent cette bataille dans l'année 1258, les autres dans l'année 1256: c'est à ces derniers qu'il donne raison, en quoi il a la main malheureuse. Dans toute cela il n'y a rien de fondé; tous indiquent de la manière la plus positive l'année 1258.

' Chron. Pis. dans Murât. /. e.

0 La flotte génoise comptait (y compris

350 Deuxième période. — /. Fondation des colonies commerciales.

plus de 1700 hommes tués ou prisonniers1 et leur désastre eût été encore plus complet si leur fuite n'avait été favorisée par un bon vent.

Tandis que la flotte combattait sur mer, le baile vénitien repoussait victorieusement dans Acre une attaque des Génois. Quand ceux-ci, du haut de leur tour," virent la déroute de leur flotte, ils comprirent que leur situation était désespérée, d'autant plus que leur allié, Philippe de Montfort s'était arrêté et avait repris le chemin de Tyr.2 En conséquence, les Génois se décidèrent à renoncer complètement à leur établissement d'Acre8 et à le transférer à Tyr ainsi que leur consulat. En pariant ils abandonnèrent leur quartier et la tour fortifiée qu'ils avaient bâtie sur la colline de Montjoie à leurs ennemis les Vénitiens et les Pisans; ceux-ci rasèrent la tour, démolirent les maisons,4 puis partagèrent le terrain entre eux, à ce qu'il semble.5 Vainqueurs, ils voulurent bien admettre que le trafic ne fut pas interdit complètement à leurs adversaires dans le port d'Acre, mais, quand un vaisseau génois y entrait, il ne lui était pas permis d'arborer son pavillon: on conçoit que, dans ces conditions, les Génois ne durent le visiter que le moins possible.

La victoire décisive des Vénitiens ne laissait provisoirement aucune chance de succès à l'intervention du pape.fi Les Vénitiens arrêtèrent, il est vrai, les envois de renforts destinés â l'Orient, mais c'était moins par égard pour le souverain pontife que pareequ'ils étaient devenus inutiles; cependant, sur la demande du pape, ils rendirent la liberté aux Génois faits prisonniers à la bataille d'Acre.7 Moins que jamais ils n'étaient disposés à négocier et à faire des concessions. Malgré tout, le pape ne renonça l>as à envoyer un légat en Syrie: en 1259, Thomas Agni de Lentino. moine dominicain et évêque titulaire de Bethléem, se présenta en cette qualité à Acre;8 mais, pour accomplir son œuvre de pacification, il eut

le renfort venu de Tyr) environ 44 à 48 galères; l'ennemi en captura de 24 à 26: Da Canale, p. 468, 470; Dand. p. 366 et s.; Sanut p. 221; Annal. Jan. p. 240; Jac de Voragine, dans Murât. IX, 149; Contin. de Guill. de Tyr. p. 557.

1 Contin. de Guill. de Tyr, op. cit.; Sanuto, op. cit. ; Mart. da Canale est celui qui donne les chiffres les plus précis.

* Da Canale, 470, 472.

s Annal. Jan. p. 240; Dandolo, p. 367 et Sanuto disent qu'à partir de ce moment les Génois n'eurent plus à Acre ni Curie (tribunal) ni Prwco. Le Contin. de Guill. de Tyr exprime le même fait, p. 443, en ces termes: Mue avoir ne «>rt ne bastou:"

au lieu du pneco il nomme le bâton, insigne de l'autorité consulaire.

* Les matériaux furent employés en partie à la construction de maisons dan* les quartiers pisan et véuitien (Contin. de Guill. de Tyr, p. 443): une partie fut expédiée à Venise (Annal. Jan. p. 240), où l'on en trouve encore des restes: voy. le résultat des recherches de Weber dans l'étude sur les colonnes Acritaines. daus Cicogna, Imc. vene%. I, 371—390, 251.

* Voy. plus loin le traité de 1288.

■ Dandolo, L c: nregme <>b hoc totaliter cesaafce sunt."

1 Dandolo, 1. c; Da Canale, p. 474, 47ȕ. H Contin. de Guill. de Tyr. p. 444 et

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