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IV. Les états croisés de Syrie

Les Génois étaient au courant des manœuvres de leurs adversaires ; ils n'ignoraient point que, par leurs alliances, les Vénitiens s'assuraient des renforts, tandis qu'eux-mêmes avaient toutes les peines du monde à recruter quelques alliés et encore des alliés plus platoniques qu'effectifs.1 Malgré tout, ils étaient résolus à aller jusqu'au bout. Ils commencèrent par punir les Pisans de leur défaillance en démolissant leur vieille tour (quelques-uns disent deux tours). Cela fait, ils prirent leurs dispositions pour résister à la flotte de guerre vénitienne dont on attendait l'arrivée.' Vains efforts! L'amiral Lorenzo Tiepolo lança ses vaisseaux à toute vitesse sur la chaîne du port qui se brisa sous le choc, pénétra dans le port où l'attendaient les vaisseaux génois, s'en empara et y mit le feu, puis il débarqua ses troupes, enleva l'ouvrage fortifié construit par les Génois en avant de l'église de S1 Sabas et le livra également aux flammes. Le lendemain, renforcé par les Vénitiens d'Acre que lui avait amenés le baile Marco Giustiniani, il continua l'attaque du quartier génois et s'empara d'une rue couverte prise par les Génois aux Vénitiens au commencement de la guerre.3 Maître du quartier génois, il étendit encore sa conquête jusqu'au Mont-Musard,4 c'est-à dire sur une grande partie de la ville; il est très - probable qu'il avait trouvé dans les rangs de ses adversaires beaucoup d'habitants de la ville et qu'il s'agissait de les punir. Arrivé là, il s'arrêta et accorda à l'ennemi un armistice de quelques jours. La flotte génoise profita de ce moment de répit pour se concentrer à Tyr sous le commandement de Pasquetto Mallone; à l'expiration de l'armistice, Tiepolo se mit à sa poursuite, l'attaqua en vue de Tyr et prit le vaisseau amiral et trois galères; l'amiral génois était son prisonnier; pendant ce temps, k Acre, les Vénitiens donnaient l'assaut à une tour fortifiée défendue par les Génois et s'en rendaient maîtres.5

marchandes et des grands maîtres des ordres de chevalerie (Assis. II, 414, 415, 41»; Contin. de tiuill. de Tyr, p. 391, 395, 475). Dans la langue du pays, qui était la langue française, elles étaient désignées sous le nom de frairies, fraeries, fraries (dans une charte latine citée dans les Arch. de l'Or. lai. II, 2, p. 227, les confréries de Tyr sont appelées frareriae). Ne serait-il pas très indiqué de faire au passage qui nous occupe la petite correction que voici: "Provinciales omnes et frarie de terra," c. à d. toutes les confréries d'Acre?

1 Armai. Jan. p. 240.

'■ Ibid. p. 239; Daudolo, p. 365 et s.; Da l'anale, p. 454, 456.

8 Da l'anale, 1. c; Dand. 1. c Annal. Jan. p. 238.

* Da Canale, p. 456; Dandolo, p. 366.

Le Moutmusart était une faubourg de la ville (suburbium, burgum); voyez le plan d'Acre dans Sauuto, les chartes dans Paoli, Cod. dipl. I, 254 et dans Strehlke, Tab. ord. teuton, p. 73, 83, 117, enfin les passages correspondante de la Contin. de Guill. de Tyr, p. 438 et de la Vie de S. Louis par le confesseur de la Reine Marguerite, dans les lice, des ht nt. de France, XX, 68, 103,

' Da Canale, p. 456-460; Dand. p. 366.

348 Deuxième période. — /. Fondation des colonies commerciales.

Pour réparer ces échecs, Gênes résolut de tenter un vigoureux effort et fit partir une flotte puissante sous les ordres de Rosso délia Turca.1 Venise, de son côté, avait envoyé à la sienne de nombreux renforts. Le récit de ces événements nous a amenés à l'année 1258; la guerre durait depuis trois ans et menaçait de prendre des proportions de plus en plus vastes. La ville d'Acre avait déjà énormément souffert ; en effet, sans compter les maisons brûlées en dehors des quai tien marchands, les belligérants avaient monté de 50 à 60 machines de guerre avec lesquelles ils avaient détruit la plus grande partie des tours et un grand nombre de maisons, en les écrasant sous une grêle d'énormes pierres; on comptait qu'il n'avait pas péri moins de 20,000 hommes dans la ville.2 L'opinion commençait à s'inquiéter ; on redoutait que la prolongation de cette situation ne devînt un danger pour l'existence de toutes les colonies chrétiennes de Syrie. Sous cette impression, certains grands personnages du pays, ecclésiastiques et laïques, s'adressèrent au pape Alexandre IV, le suppliant d'imposer sa médiation pour amener la paix.3 Alexandre convoqua à Viterbe des députés des trois nations belligérantes et, le 3 Juillet 1258, on rédigeait un document qui semblait devoir être le prélude d'une solution favorable. Chacune des nations contractantes prenait, par l'intermédiaire de son député, l'engagement de remettre entre les mains d'un délégué du pape, jusqu'au jour on celui-ci aurait trouvé le moyen d'aplanir toutes les difficultés, les tours et les citadelles qu'elle possédait à Acre, sans exception, d'attendre la décision du Souverain Pontife et de l'accepter avec une soumission absolue.4 Immédiatement après la signature de cette convention, Le pape envoya à Pise l'archevêque de Messine, porteur d'un bref par lequel il adjurait les autorités de faire cesser sur le champ les hostilités contre Gênes et d'annoncer, au plus tard par le prochain convoi d'août (passagium Augnsti), à leurs consuls et amiraux et à tous les Pisan> établis en Syrie, la suspension des hostilités et l'arrivée prochaine d'un légat du pape chargé de régler les conditions définitives de la paix. Dans le but de hâter les choses, le pape priait, par la même occasion, le gouvernement de Pise d'envoyer, sans tarder, ses instructions à ses

1 A h >,»!. Jan. p. 239; Da C'auale, p. Ctiria de cette abbaye se trouvait dans le

462; Dandolo, p. 366 (ce dernier attribue voisinage de la "ruga Januensiuiu": foj.

faussement à l'amiral génois le prénom de Charte» de Xotrc Dame de Jona/dat. dans

citer celles que possédait à Acre l'ab- Le.; Da Canale, p. 476; Dandolo, p. o67. baye de Notre Dame de Josapbat: la

la Biblioth. des écoles franç. d'Athènes f. Home. faac. 19. p. 106, 109.

3 Annal. Jan. p. 238.

4 I.ib.jur. I, 1271 et m. \ Annal. Jm

' Annal. Jan. p. 239; ("on tin. de lîuill. de Tyr, p. 635. Entre autres propriétés qui eurent à souffrir de ce conflit, il faut

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