‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 2 sur 145 · I. — Époque de Jusfinien et de ses successeurs. S · texte numérisé non relu

I. — Époque de Jusfinien et de ses successeurs. S

en nombre suffisant pour tracer un tableau complet de la situation de l'Orient â cette époque, au point de vue commercial Le plus lointain des pays, avec lesquels les Grecs de Byzance entretenaient un trafic suivi, était aussi celui qui fournissait les produits les plus précieux et les plus recherchés. Depuis des siècles l'industrie de la soie (c'est d'elle que nous voulons parler) était florissante en Chine, mais le secret en était si bien gardé que les étrangers n'avaient jamais pu en apprendre les procédés de fabrication. Enfin arriva un moment où un autre pays put exploiter à son tour cette branche importante de l'industrie. C'est à un petit royaume du centre de l'Asie, le Khotan, qu'échut cette bonne fortune, par suite du mariage de son roi avec une princesse chinoise: celle-ci, dit-on, traîtresse à son pays, sut tromper la surveillance des douaniers et emporta dans sa nouvelle patrie des œufs de vers à soie, des vers et des semences de mûrier.1 On ne saurait dire avec certitude si, au VI0 siècle, la production de la soie avait accentué son mouvement de l'Orient vers l'Occident et dépassé les frontières du Khotan, mais on peut admettre que la plus grande partie des soieries que recevaient alors les marchands occidentaux leur arrivait encore de la Chine. Les Chinois exportaient eux-mêmes leurs produits ; mais, à cette époque, à de rai es exceptions près, leurs vaisseaux ne les transportaient que jusqu'à Ceylan,2 et les caravanes ne dépassaient pas les frontières du Turkestan. A partir de là c'étaient d'autres peuples qui se chargeaient d'écouler vers l'ouest ces précieuses marchandises; mais il est difficile de faire la distinction, car les écrivains de l'antiquité classique et, après eux, ceux de l'époque byzantine8 donnaient le nom de Sères non seulement aux producteurs de la soie, mais aussi aux divers peuples qui se chargeaient de la répandre. Parmi ces peuplades spécialement adonnées au commerce de la soie, nous pouvons citer les habitants de la Sogdiane, dans les steppes de la Boukharie, connus de toute antiquité par leurs aptitudes et leur habileté commerciales.* La soie leur était apportée de la Chine par

1 A bel Rémusat, Histoire de Kholen p. 34 et s. ; 63 et s. Hiouentsang, Mémoires sur Us contrées occidentales, trad. p. Stanislas Julien, II, p. 238 et 8.

* Noua empruntons ce renseignement relatif aux relations maritimes entre la Chine et Ceylan, à Cosmas Indicopleustes (dans Montfaucon, Coller tio-,nor a patrum II, 337) : il est encore affirmé par le pèlerin chinois Fahsien (Fahian) qui voyageait au commencement du V° siècle ; partant de Ceylan pour rentrer dans sa patrie, il put

faire la traversée sur deux grands navires marchands, dont l'un le mena jusqu'à Java et l'autre jusqu'en Chine; voy. Foe-Koueki, trad. et commenté par Abel Rémusat. Paris 1836, p. 359 et s. V. aussi Richthofen, China I, 520.

3 VoyazRitter, Erdk. VIII, 693 et ss. et Richthofen, China, l, 474 et ss.

4 Sseraataien, trad. p. Brosset, dans le Xoureau joum. asiat. U, 425. Saint Martin, Mém. sur l'Arménie II, 374. Abel Rémusat Nouv. mél asiat. I, 229.

4 Première période. — Des grandes invasions au* croisades.

des caravanes et ils la transportaient à leur tour soit sur les marchés du nord de l'Iran, soit sur ceux du sud de la mer Caspienne. Les sources ne le disent pas d'une manière positive, il est vrai; dans sa chronique le byzantin Théophane rapporte que les marchés et les ports fréquentés par les marchands de soieries1 ont, en peu de temps, changé trois fois de maîtres: après avoir été possédés à l'origine par les Perses, ils leur ont été enlevés par les Huns dits Ephtalites (les Yue-thsi des Chinois), et, finalement, ont été occupés par les Turcs. Les peuplades, désignées dans ce passage sous le nom de Sères, sont, à mon avis, les habitants de la Sogdiane; la suite de l'histoire du commerce de la soie le démontrera: mais où étaient situés leurs ports? Assurément ce n'était pas aux bouches de l'Indus, bien qu'elles fussent reliées à la Chine par une route commerciale passant par l'Asie centrale et les cols de l'Hindou -Kouch: si les Perses et les Huns Ephtalites ont tour à tour dominé pendant un certain temps dans cette partie de l'Inde,* la puissance des Turcs (Toukiou) ne s'est jamais étendue jusque là. Il faut donc chercher dans une autre mer. Suivant Théophane la perte de ces marchés fut, pour les Perses, la conséquence immédiate de la défaite de leur roi Perozès par le khan des Ephtalites (457). 8 La bataille décisive fut livrée près de la frontière qui séparait, au nord, l'empire des Sassanides des territoires occupés par les Ephtalites, maîtres des basses plaines de l'Oxus et de lTaxarte, non loin de la ville perse de Gorgo 4 (Gourghân) nommée plus tard par les Arabes Djordjân, et située à l'extrémité méridionale de la mer Caspienne.5 N'est-il pas tout indiqué de chercher également sur la mer Caspienne les ports des Sères, que les Perses perdirent précisément après cette bataille contre les Huns? A ce propos il nous revient en mémoire que, dans l'Antiquité, il existait une route suivie habituellement par les marchandises du Levant, des pays de l'Oxus à la mer Caspienne; là elles étaient embarquées, passaient la mer, remontaient l'Araxe, puis descendaient le Phase et enfin traversaient la mer Noire.6 A la suite des événements que nous avons mentionnés, cette voie fut reprise de nouveau (peut-être, n'avait -elle jamais été abandonnée?), seulement elle se prolongea dès lors en remontant l'Araxe pour gagner l'Asie - Mineure par Artaxate. En outre, la route des

1 uTà tt S ij^iwr tu7in\>ta xot toi-> Xi- /tSraç." Excerpta e Theophanis historia, éd. Bonn. p. 484 et s.

* Sur les Huns, voy. Cosmos 338 et s.

* Àgathias, éd. Bonn. p. 966; Procop.

De bello pers. 1, 8, 4 ; Theophan. 1, 188—190.

* Procop. 1, c: cf. encore Excerpta ex Prisco, éd. Boun. p. 221.

■ Ne pas confondre avec Ourgendj, capitale du Khowaresm, dont il sera parlé plus loin ; voy. Vivien de Saint-Martin, Sur les Huns blancs ou Epthalitcs, dans les Nouv. annal, des voy. 1849. m, p. 9 et s. not. Spiegel, Eran p. 123. 125.

« Plin., Hist. nal. VI, 17.

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