‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 20 sur 145 · IV · texte numérisé non relu

IV

• D'un autre côté, Willibald, évêque d'Eicnstadt, dont le pèlerinage à Jérusalem est célèbre, vit, en 722, dans le port de Naples, un vaisseau veuu d'Égypte; voyez

Hodrrporicum S. WtUibaldi, éd. Tobler et Molinier, L c, I, 266.

4 Chron. Salent., loc. cit., p. 528, et Araari, Sloria dei Musulmani di Sicilia, I, 883 et ss.

* De Blasio, Série* principwn Lwigob.

Salent. Append. p. cxxxvii, et •.

100 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.

même temps, tout marchand d'Amalfi pouvait parcourir V empire grec dans toute son étendue sans rencontrer de barrière. C'est que, si cette ville n'avait pas dans ses murs un gouverneur nommé par Byzance, si même elle élisait ses chefs (qui reçurent à la fin le titre de doges) parmi les vieilles familles de la ville, elle reconnaissait l'empereur grec pour son suzerain et cet état de choses dura jusqu'en 1073. 1 II est vrai que l'influence de l'empereur se bornait à décerner des titres grecs, purement honorifiques d'ailleurs, aux principaux personnages de la ville. Si relâchée que fût sa dépendance politique à l'égard de l'empire grec, elle avait cependant pour conséquence de permettre à un grand nombre d'Amalfitains de prendre du service dans l'armée impériale.8 De plus, beaucoup de leurs compatriotes étaient fixés à Constantinople en qualité de marchands; ils y avaient des magasins à eux et formaient une communauté religieuse à part, comme nous le verrons. Us importaient en Occident les produits grecs concurremment avec les Vénitiens, et savaient se procurer et mettre dans le commerce les étoffes de pourpre dont la sortie était particulièrement prohibée.3 Pendant les quarante dernières années qui précèdent les croisades, tout ce que nous savons des relations d'Amalfi avec Constantinople, de même qu'avec la Syrie et l'Egypte, se groupe autour de l'histoire d'une seule famille qui doit avoir été l'une des plus riches et des plus nobles de la ville.4 Elle faisait remonter son origine à un certain comte Mauro. Au point de vue de notre étude, deux membres de cette famille surtout ont joué un rôle important: Mourus et son fils aîné Pantaléon. Tous deux avaient une grande situation à Constantinople; ils y possédaient une maison magnifiquement meublée;5 les historiens, les inscriptions accoUent toujours au nom de Pantaléon les titres de patrice et de consul (hypatos),6 que lui avaient probablement conférés des empereurs. D'ailleurs, il mettait son influence à leur service; il

1 Ver» le milieu du XI0 siècle, un doge d'Amalfi, chassé par un soulèvement, s'adressa à l'empereur Constantin II Monomaque, et, avec son aide, obtint sa restauration. Caméra, Memorie di Amalfi, I, 243, 250 et s.

* Liutpr. légat. Cpol., dans Pertz, SS. m, 867.

3 Liutpr. ibid. p. 359.

4 J'ai déjà publié une étude sur cette famille et sur son importance, spécialement au point de vue de l'histoire de l'Art, dans le Deutsche Kunstblatt, IX (1858) p. 233 et h. ; Strehlke en a également parlé, avec beaucoup plus de détails, d'abord dans la Zeit-

schrift fur christ liche Archàologie de Quast et Otto, n (1858), 100 et ss., et en second lieu dans divers chapitres des DenkmcOer dcr Kunst des Mittelaltcrs in Unteritalien, de H. W. Schulz, I, 242 et ss., n, 115 et ss., 235 et ss.

6 Aimé, L'ystoire de li NormatU, publ.

p. Champollion-Figeac, p. 231.

* Dans les passages dont j'extrais ce qui suit', Benzo lui donne le titre de patrice; Dans l'inscription gravée sur les portes de S1 Paul à Rome, Pantaléon se donne à lui-même celui de Consul; voy.

Schulz, Dtnhnalcr, II, 248.

IL — De V apparition de Mahomet aux croisades. 101

travailla à former une coalition pour la destruction de la suprématie des Normands en Italie: en 1062 et 1068 il multiplia ses efforts, soit par lettres, soit personnellement, pour entraîner l'anti-pape Honorius II (Cadaloûs) et, par lui, la cour allemande (les tuteurs du roi Henri IV) à faire cause commune contre les Normands1 avec l'empereur grec Constantin X Ducas. Celui-ci rassemblait en ce moment des troupes dans la Pouille pour arrêter leurs envahissements;8 Maurus, de son côté, agissait dans le même sens que son fils; il aidait de ses conseils le duc de Salerne, Gisulf, et quand, sous prétexte d'un pèlerinage à Jérusalem, ce prince passa par Constantinople pour tenter d'entraîner l'empereur grec et de l'amener, à déclarer la guerre aux Normands, ce fut encore Maurus qui lui donna l'hospitalité dans la maison de son fils Pantaléon.3 Ces tentatives d'agitation échouèrent; la domination normande continua de s'étendre et de se consolider, et même la ville d'Amalfi y contribua beaucoup, d'abord en faisant volontairement sa soumission à Robert Guiscard (1073), et, en second lieu, en l'aidant à prendre Salerne (1076).* Mais Pantaléon a laissé de lui des souvenirs plus durables et plus méritoires, sur un autre terrain, étranger, celui-là, à la politique. Mu par des sentiments de haute piété, il se plaisait à faire des dons, magnifiques aux églises et aux monastères de l'Italie méridionale; son cadeau préféré consistait en splendides portes de bronze, sortant des ateliers des fondeurs de Constantinople: il en offrit d'abord à la cathédrale de sa ville natale (avant 1066), puis à la célèbre église de S* Paulhors- les -murs à Rome (1070) et, enfin, a l'église du pèlerinage de S1 Michel sur le mont Gargano, près de Manfredonia (1076). Ces chefs- d'oeuvre des artistes byzantins, transportés en Italie et exposés dans des endroits aussi fréquentés, devaient nécessairement y exercer une grande influence sur les progrès de l'art5 A peine les portes de la cathédrale d'Amalfi étaient elles en place, que l'abbé du Mont

1 Benzo, Panegyricus, dans Pertz, SS.

XI, 615, 622, 628, 626 et as. Benzo est certainement peu digne de foi; cependant, à mon avis il est certain qu'il n'a pas inventé les négociations qu'il relate et qu'il n'a fait que surcharger son récit d'ornements de détail : Gieaebrecht va trop loin dans le doute (Annal. Altah. p. 216, not 2) ; il me paraît que Lindner et Hirsch ont replacé les choses à leur point exact (Forschungcn xur deutschen Geschichtc, VI, 614, VH, 30); cf. de Blasiis, Iai in- $itrrex%one Pïtgliese e la conguista Normanna, II, (Nap. 1864), p. 88 et s.

! De Blasiis, op. cit., p. 64 et s., 82 et s.

' Aimé, op. cit., p. 129 et ss., 231. Ce voyage paraît devoir- être placé entre les années 1062 et 1066 ; voyez Giesebrecht, De litierarum studiis apud Italos primis médit avi tcectdis, p. 37 et s.

4 Sur la fixation de ces dates voyez Weinreich, De condilione Italien inferioris Oregorio VU pontifice (Regimont 1864). p. 34 et ss., 89 et ss.

6 Voyez Schulz, et l'article de Unger sur l'art grec au moyen âge dans V Encyclopédie générale de Ersch et Gruber, sect.

lb*2* " "Frehiièrè pèrioâeï' — Des grandes itivasions aux croisades.

Cassin, Désidérius, en faisait prendre une copie et en commandait de pareilles à Constantinople;1 pour les faire il envoya la mesure des portes de la chapelle de son monastère; Maurus, père de Pantaléon prit tous les frais â sa charge.3 A cette époque, les bâtiments primitifs du monastère subsistaient encore; si l'abbé Désidérius jugea néanmoins que, pour l'embellir, il valait la peine de faire appel aux artistes étrangers, on peut se figurer ce qu'il pensa à cet égard lorsqu'il en entreprit la reconstruction dans des proportions grandioses; le travail grossier des Amalfitains et des Lombards devait lui paraître encore plus insuffisant qu'auparavant; aussi fit -il venir de Constantinople et d'Alexandrie des artistes grecs et sarrasins, surtout pour les mosaïques, genre de travail où ils étaient bien supérieurs aux Italiens.3 H est probable que lorsqu'on avait besoin de faire venir ainsi de loin des ouvriers, c'étaient des marchands Amalfitains qui les procuraient. Au reste, quand il voulut avoir des objets destinés au mobilier de l'église, Désidérius envoya à Constantinople avec une samme d'argent un moine de son monastère, muni d'une lettre de recommandation pour l'empereur avec mission de faire fabriquer par les fondeurs, orfèvres, joailliers et peintres grecs les objets qui demandaient un travail d'une finesse à laquelle les ouvriers indigènes, fournisseurs ordinaires du monastère, étaient incapables d'atteindre.*

Mais revenons à Pantaléon. Les titres qu'on lui donne prouvent qu'il occupait une haute situation; cependant il n'est pas possible qu'il ait été à la tête du gouvernemeut d'Amalfi, car on a la liste complète des doges5 de cette ville et on n'y voit figurer aucun personnage de ce nom. Par contre, on peut assez probablement supposer qu'il fut, du moins pendant un certain temps, â la tête de la colonie amalfUaine de Constantinople. 6 Cette colonie existait cer-

I, Vf il. LXXXIV, p. 438 et s. ; on peut croire que ces portes et d'autres semblables, qui furent faites pour diverses églises d'Italie sur le type de celles de Pantaléon, étaient montées en Italie et qu'on y employait des plaques de bronze de fabrication grecque, que des marchands d'Amalfi rapportaient assez souvent sans destination précise.

1 Léo Ostiens. Chron. Casin., dans Pertz, SS. VU, 711.

■ Ce fait ressort de l'inscription qui désigne Maurus comme le donateur, voy.

Schulz, Denkmàler, H, 116 et s.

* Aimé, p. 105. Léo Ostiens. op. rit., p. 717, 718. Id. De eonsccr. eeel. Casin.,

dans Muratori SS. V, 76. Alphani vcrsn* de situ, eonstructione et rénovation? ennobli Casinensis, dans Ozanam, Docum.

inéd. pour servir à l'hist. litt. de l'Italie, p. 365.

4 Léo Ostiens. Chron. op. cit., p. 722 et s.

5 Caméra, Istoria délia città e costiera di Amalfi (Napoli 1836), p. 149 et 8.; du même, Memoric di Amalfi, (Salerno 1876). p. 251 et s.

0 Caravita, / rodici e le arti a Monte Cassitw, I, 194, pense aussi que Pantaléon devait être l'un des "consoli marittimi" de l'une des colonies commerçantes d'Orient

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