‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 81 sur 145 · Vempire latin · texte numérisé non relu

Vempire latin

à un autre expiré depuis peu de temps (a principio nuper transadœ treugce). Dans ce traité de 1219, Lascaris accordait aux marchands vénitiens l'entrée de son empire avec tous les articles qu'il leur plairait d'y importer, ainsi que l'exemption de la visite de la douane et de tous les droits ou taxes quelconques, tandis que ses propres sujets demeuraient astreints à payer à Constantinople et dans le reste de l'empire latin les droits usuels ( comtnerkium) ; de plus, il garantissait comme d'habitude la sauvegarde des biens des Vénitiens naufragés ou décédés dans le pays; enfin, il était convenu que les monnaies frappées pour son compte, hyperpres, manuelates1 ou stamena,* auraient un type différent de celles des Vénitiens de Constantinople et réciproquement. Le marché que cette convention ouvrait ou, pour mieux dire, assurait au commerce vénitien, n'était pas de médiocre importance. Le bas prix des transports maritimes permettait aux produits de l'Occident d'y soutenir la concurrence contre ceux de l'Orient, obligés de traverser tout le territoire des sultans d'Iconium. Les Grecs établis dans le pays employaient pour leurs vêtements deux sortes d'étoffes, les unes fabriquées en Italie, les autres tissées en Perse ou en Mésopotamie avec de la soie de Chine; cependant, cet usage dut cesser brusquement le jour où l'empereur Jean Vatatzès (1222—1255), sous prétexte d'empêcher l'exportation de la monnaie du pays8 et peut-être plus encore pour atteindre dans leurs intérêts les Latins, objet de sa haine, interdit à ses sujets, sous peine d'infamie, l'achat de ces deux articles et prescrivit l'emploi exclusif des produits indigènes. Il est probable que, comme toutes les autres, cette loi somptuaire ne tarda pas à tomber en désuétude; car il est difficile d'en concilier l'observation avec la présence dans l'empire de marchands originaires de Lucques, ville particulièrement renommée pour la qualité de ses tissus: il faut dire qu'on ne connaît les noms que de deux de ces Lucquois, Lanfranchinus et Hdebrandinus, et qu'il n'est pas démontré que ces deux marchands aient importé des soieries et des draps; ils étaient, au contraire, venus avec une grosse somme d'argent pour faire des achats. Un jour, pour une cause quelconque, les autorités locales d'Adramyttium les appréhendèrent au corps et l'empereur Michel Paléo-

1 Cest une monnaie qui porte le nom d'après l'empereur Romain; des Michaelati

de l'empereur Manuel; on la trouve men- (Quill. de Tyr, XI, 11, XIII, 15; Raoul

tionnée dans Taf. et Thom. II, 18, dans de Caen, p. 709 de l'éd. Paris), d'après

les DocumetUi sulle relax, tosc. coll Ori- l'empereur Michel Ducas.

ent. p. 77, 78, et dans Arnold. Lubec, 1 Petite monnaie de cuivre; voy. Taf.

dans Pertz, SS. XXI, 174. Il existait et Thom. I, 108; Paspati, dans la Revue

d'autres monnaies analogues: des Roma- du Syllogos de Constantinople VII, 121.

nati (Anne Comn. I, 175) ainsi nommées 8 Niceph. Gregor. I, 43, éd. Ronn.

306 Deuxième période. — /. Fondation des colonies commerciales.

logue les retint en captivité. Le pape Alexandre IV1 intercéda pour eux et obtint leur mise en liberté, mais, d'après ce que nous lisons dans une seconde supplique adressée en leur faveur à l'empereur par le pape Urbain IV,* l'argent saisi chez Lanfranchinus avait été confisqué et il ne put en obtenir la restitution. Ces faits se passaient peu de temps avant la prise de Constantinople par Michel Paléologue.

Du moment que les marchands de Venise et ceux de Lucques fréquentaient l'empire de Nicée, on ne sera point étonné d'y trouver aussi les Génois. Au commencement, les relations entre l'empire et Gênes n'eurent pas, à vrai dire, le caractère d'intimité quelles prirent plus tard, quand les deux puissances se coalisèrent contre l'empire latin. En 1236, les Génois combattirent encore aux côtés des Vénitiens et des Pisans pour la défense de Constantinople, assiégée à la fois par les Grecs et par les Bulgares,8 ce qui n'empêcha pas les négociations engagées entre les deux puissances depuis 1231, et qui devaient aboutir à l'entente des deux puissances, de suivre leur cours. A cette date, deux ambassadeurs génois s'étaient rendus auprès des deux princes grecs les plus considérables, Jean Vatatzès et Manuel, despote d'Épire, sous prétexte de préparer un traité de paix (pacem et conventionem)* Nous ignorons le véritable but de cette démarche et son résultat En 1239, un autre ambassadeur ramena de Nicée à Gènes un personnage chargé des pleins pouvoirs de Jean Vatatzès, mais les négociations n'aboutirent pas encore cette fois.5 Il est vraisemblable que la question de la chute de l'empire latin avait été dès lors agitée, mais il est aussi plus que probable qu'en préparant un rapprochement avec l'empire de Nicée, Gênes cherchait à obtenir des avantages pour son commerce et qu'elle les obtint

De toutes les îles restées au pouvoir des Grecs c'était assurément celle de Rhodes qui excitait le plus de convoitises chez les Occidentaux, car elle formait une station de premier ordre pour le trafic avec la Syrie et la Petite-Arménie, l'île de Chypre et l'Egypte. Un ancien gouverneur impérial, Léon Gabalas, s'y était taillé une principauté, mais il avait négligé de la faire reconnaître par les empereurs de Nicée. Serré de près par Jean Vatatzès et désespérant de sauver avec ses seules forces son indépendance usurpée, il fit alliance avec la République de Venise, à qui l'empereur faisait aussi, en ce moment, la menace d'enlever l'île de Crète:

1 Lib. jur. I, 1346.

• Ibid. I, 1397 et s.

* Pour les détails et l'indication des sources, voy. Hopf, art. Oriecheniand, dans Ersch et Gruber, LXXXV, 253.

4 Annal. Jan. p. 177.

6 Ibid. p. 190. Si l'objet de ces négo-

ciations était la destruction de l'empire latin, c'était une violation flagrante de l'alliance étroite conclue peu de temps auparavant entre Gênes et Venise; voy.

Taf. et Thom. Il, 341 et ss.; Annal. Jan. p. 189; Lib.ptr. I. 980 et m . 984 et s.

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