III. L empire latin
fut que, dans son propre intérêt, Raguse devait rester subordonnée à Venise, et, à trois reprises, en 1232, 1236 et 1252, cette conviction s'affirma par des actes de soumission.1 Dans des actes de cette importance, les questions commerciales ne pouvaient pas être oubliées; même sous ce rapport, les habitants de Raguse ne pouvaient pas prétendre à l'égalité avec les bourgeois de Venise; ils consentaient à payer un droit à Venise pour l'importation des marchandises étrangères. Ces documents nous font connaître les pays dont Raguse importait les produits: c'étaient la Romanie (c. à d. l'empire latin et ses dépendances), la Syrie (mercibus tdtramarinis), PÉgypte, Tunis et la Barbarie, la Sicile et la Pouille: on voit qu'elle avait de vastes relations. Dans l'empire grec, elle jouissait de franchises qui dataient probablement déjà du temps des Comnènes et particulièrement de Manuel, car les efforts de cet empereur tendaient à favoriser les ports de la Dalmatie pour faire échec à Venise; ces franchises furent confirmées par les premiers empereurs latins Baudouin et Henri. Il paraît qu'elle avait également obtenu des privilèges des empereurs de Nicée et de Trébizonde et du czar bulgare Johannitius (Kalojan) (1197 — 1207), mais ils ne sont pas arrivés jusqu'à nous.* En ce qui concerne l'Égypte, il est constant que les marchands de Raguse fréquentaient le marché cosmopolite d'Alexandrie : nous avons à cet égard le témoignage de Benjamin de Tudèle, s'il est vrai qu'à la place du mot "Rakuphia", qui se trouve dans sa relation de voyage, il faille lire "Ragusa".3
Du moment que les marchands de Raguse entreprenaient couramment de si lointains voyages, on peut bien penser qu'ils visitaient encore plus fréquemment, d'un côté les côtes orientales d'Italie, puisqu'ils n'avaient, pour cela, qu'à traverser la mer Adriatique4, et de l'autre l'Épire et les pays slaves du midi avec lesquels ils communiquaient directement par terre. On peut, effectivement, établir des preuves de l'existence de leur trafic avec l'Épire antérieurement à la quatrième croisade, à l'époque
1 Taf. et Thom. II, 307 et ss., 328 et as., 464 et sa. ; le premier de cea actes se trouve aussi dans Eugel, Qesch. des Freistaats Ragusa, p. 289 et ss. et dans YArchiv. stor. «ta/., App.. IX, 382 et ss. cf. Dandolo, p. 347, 360.
" Taf. et Thom. Orieeh. Orig.-Urk.
xur Qesch. des Freistaales Ragusa, dans les Sitxungsberichte der Wiener Akad.
philos, hisi. Cl. VI, 511; ils ont emprunté ces renseignements à Luccari, Ristretto degli annali di Rama, p. 38.
3 En 1224, Venise avait mis l'Égypte
en interdit; un habitant de Raguse qui se proposait d'entreprendre un voyage dut, avant de partir, affirmer sous serment devant le doge qu'il n'avait pas l'intention de toucher en Egypte: Mon. slav. merid. I, 33.
4 Dès 1148, Raguse concluait un traité de commerce avec Molfetta; postérieurement à 1240 elle en fit encore une série avec Recanati, Fermo, Rimini, Ravenne, Ferrare, Barletta: Engel, Gtseh. des Fretstaats Ragusa, p. 83, 106 et s., 112.
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