I. Fondation des colonies commerciales
où Jean l'Ange y remplissait les fonctions de gouverneur au nom de l'empereur grec, et de sa continuation sous les despotes indépendants Michel Ier (f 1214), Manuel (f 1241) et Michel II (f 1271). Tous ces princes ont donné des encouragements au commerce de Raguse, en lui accordant des privilèges que nous possédons sauf un, le plus ancien;1 nous n'avons d'ailleurs point à nous en occuper autrement, car ceci na rien à voir avec le commerce du Levant proprement dit. Nous avons seulement voulu démontrer qu'en revenant sous le sceptre de Venise, Raguse lui avait apporté un notable accroissement de force par l'adjonction de sa marine marchande, car, si cette marine n'était pas aussi nombreuse que celle de la grande République, elle était assez puissante pour oser se risquer dans des entreprises à peu près aussi lointaines. Pour terminer, nous dirons encore un mot des ports de la Dalmatie, Zara, Traù, Spalatro, habités par une population de marins énergiques, spécialement adonnés au trafic avec la Syrie et Chypre;8 ces villes étaient, il est vrai, à l'égard de Venise dans un état de dépendance bien plus étroite que Raguse, et leurs marines pouvaient, en somme, être considérées comme parties intégrantes de la marine vénitienne, tandis que Raguse avait conservé encore assez d'indépendance pour se permettre de conclure des traités de commerce pour son propre compte; mais ce n'était pourtant au fond qu'une demi-république, et aussi longtemps qu'elle eut à sa téte un comte vénitien, on peut dire que sa marine, si considérable qu'elle fût, ne constituait en quelque sorte qu'une fraction de la colossale puissance maritime de Venise. Cest une preuve de plus à l'appui de ce que nous avons dit de l'énorme prépondérance acquise par Venise pendant la période que nous étudions.