IV. Les Hats croisés de Syrie
purent fournir à saint Louis les resources nécessaires à l'entretien de ses troupes pendant et après sa croisade.1 A côté des marchands italiens, nous trouvons encore à Acre les traces d'une colonie de marchands anglais: ils y étaient probablement arrivés à la suite de la croisade dirigée par Richard Cœur-de-Lion: "le vicus Anglorum" se trouvait sur la colline appelée Mont Musart.* Cependant, après les colonies italiennes, la plus importante était celle des Provençaux; ils avaient, eux aussi, leur quartier3 avec une église dédiée à la Ste Vierge;* mais deux villes fournissaient la majorité des membres de la colonie : Marseille et Montpellier ;m leurs marchands jouissaient de l'exemption des droits d'entrée et de sortie; pour ceux qui s'y établissaient définitivement, il y avait des fonctionnaires coloniaux de leur pays.6
La concurrence de tous ces marchands, italiens, français, anglais, donna une nouvelle impulsion au commerce d'Acre en l'obligeant à étendre de plus en plus ses relations. Nous savons déjà que les Vénitiens et d'autres encore allaient de là visiter Damas; de là encore partaient des commis-voyageurs pour Damiette, Ania en Asie-Mineure et Constantinople.6 4 En visitant le sultanat d'Iconium, le missionnaire Guillaume de Rubrouk trouva le commerce de l'alun monopolisé entre les mains d'un Génois d'Acre et d'un Vénitien; un autre missionaire, Jean du Plan de Carpin rencontra un marchand d'Acre à Kiev.7 L'Orient n'était d'ailleurs
1 Belgrano, Doc. ined. riguard. le due crociate di S. Luigi IX (inachevé); G.
Servois, Emprunts de Saint -Ijouis en Palestine et en Afrique, dans la Bibliothèque de l'école des chartes , Série IV, T. IV, p. 113 et sa.; A. G. Tononi, Documents relatifs aux Plaisançois d' Orient, dans les Arehir. de l'or. lot. II, 2, p. 208
• Charte de 1240, dans les Archiv. de l'Or. loi. H, 2, p. 166; Chart de 1256, dans Paoli, Cod. dipl. I, 261 (reproduite dans les Archiv. de l'Or. lot. I, p. 426); Légende de l'Itinéraire de Paris à Jérusalem, attribué à Mathieu Paris, dans les Itinéraires à Jérusalem et descriptions de la terre sainte, éd. Michelant et Baynaud (Publ. de la Soc. de l'Or, lot., série géogr. m, 1882) p. 135 et s.
3 "Rue des Provençaux." Paoli, I, 265; lias-Latrie, Eist. de Chypre, II, 67; "Ruga Provincialium , M ibid. III, 636:
"Vicus Provincialium." Taf. et Thom.
4 Taf. et Thom. IL, 32; PaoU, I, 264.
5 Voyez pour Marseille : Méry et Guindon, I, 194 et s., 186 , 226: nous y relevons trois chartes dont l'ordre doit être rectifié: celle du roi Guy, de 1190, est la base des autres et devrait ouvrir la série; celle d'Amaury et Isabelle (1197 à 1205) devrait venir en second, car elle ne peut pas être de l'année 1180 comme l'indiquent les éditeurs, mais bien de 1198 (voyez Mas-Latrie, Hist. de Chypre II. 24 et s.), enfin celle du roi Jean, de 1212, termine la série. Pour Montpellier, voyez Germain, Hist. du commerce de Montpellier I, 214 et sa., 243. Pour le consulat, voyez plus loin.
8 Doc. suite relax, tosc. p. 103, 104.
1 Recueil de voyages et de mémoires, publ. par la Société de géographie, IV, 392, 772. Cependant la discussion reste toujours ouverte sur le point de savoir si, dans le dernier passage, les mots "Jacobus Venerius Acre- désignent effectivement un certain Giacomo Venier, de la célèbre famille vénitienne de ce nom, qui était fixé à Acre.
320 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.
pas Tunique objectif du commerce d'Acre; plus d'un marchand retournait en Occident et y visitait les principales places commerciales. Ainsi, vers la lin du XIII0 siècle, on en rencontrait aux glandes foires de Champagne,1 dans l'Italie-méridionale 8 etc.
Au point de vue du commerce, Tyr occupait le second rang ; restés à l'abri des invasions ennemies, les grands quartiers italiens y jouissaient d'une prospérité ininterrompue et il s'y était formé, sous l'appellation commune de Provençaux, une nouvelle colonie composée de bourgeois de Marseille , . de Montpellier , de S* Gilles et de Barcelone.8 Conrad de Montferrat l'avait comblée de biens, de droits et de franchises, de sorte qu'elle n'avait pas grand chose à envier à ses aînées.4 Philippe de Montfort, seigneur de Tyr de 1243 à 1269, y confirma les franchises des Marseillais.5
Au courant de l'automne 1197, les chrétiens reprirent possession de Beyrout, dont le port avait eu quelque importance au temps de l'ancien royaume de Jérusalem ;6 mais c'est à partir de ce moment, et sous l'influence et l'habile direction des princes de la famille d'Ibelin, que furent jetés les fondements d'une prospérité qui devait survivre pendant plusieurs siècles à celle de Tyr et d'Acre. Le premier de ces seigneurs est bien connu, car il est fréquemment désigné dans les Assises de Jérusalem sous le nom de "vieux sire de Baruth"; de 1221 à 1223 il accorda généreusement des droits et des propriétés dans sa ville aux Génois,7 aux Vénitiens,8 aux Marseillais.9 Ses rapports avec les Génois prirent un caractère particulièrement amical pendant l'hiver de 1222 à 1223; ceux-ci avaient vu leurs propriétés d'Acre incendiées par les Pisans, et, furieux de ne pouvoir obtenir les indemnités qu'ils réclamaient ils avaient abandonné cette ville en faveur de Beyrout qui devint leur principal entrepôt10 Nous verrons plus loin par suite de quelles circonstances les liens qui unissaient les Génois aux seigneurs de Beyrout se resserrèrent de plus en plus.
1 Contin. de Guill. de Tyr, p. 195, not 21.
1 Charte de l'an. 1266, dans Del Giudice, Cod. dipl. di Carlo (TAngiô I, 235.
3 II y a, dans une charte publ. par M. Germain (HUt. du commerce de Montpellier I, 180), un passage caractéristique sur l'étendue de la Provence suivant les idées de l'époque: "per omues Provincialium partes a Massilia usque Barchinoniam:" cf. Vie et Vaissette, Huit, de Languedoc, éd. Du Mège, IH, 231, IV, 214.
4 Charte du mois d'octobre 1187, dans Méry et Guindon I, 190.
5 Ruffi, Hist. de Marseille, I, 96.
6 Wilken, Oesch. der. Kreuxx. V, 35
7 Lib. jur. I, 665 et s. 687 et s.
■ Taf. et Thom. H, 230 et ss., 232 et ss.
0 Méry et Guindon I, 287 et s.: à la place de Robert d'Ibelin, il faut lire Jean d'Ibelin.
10 Annal. Jan. p. 150; voir plus loin.