‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 88 sur 145 · IV. Les étais croisés de Syrie · texte numérisé non relu

IV. Les étais croisés de Syrie

et à cette cause de faiblesse se joignaient d'incessantes rivalités dont le trône était l'enjeu; des empereurs, des rois étrangers prétendaient y avoir des droits et les faire valoir aux dépens de ceux des Lusignans de Chypre ; mais les uns comme les autres se montraient rarement en Syrie et se contentaient d'y envoyer des lieutenants avec de très petites armées. Peu à peu, à la faveur de cette anarchie, les barons du royaume s'adjugèrent une grande partie des attributions de la royauté et, à côté d'eux, les prélats, les ordres de chevalerie, les confréries (dont nous aurons à reparler) et les colonies de commerce jouaient un rôle chaque jour plus important. Mais la population de la Syrie était à peu près constamment déchirée par des dissensions intestines, et les colonies se trouvaient rarement toutes du même côté.1 C'est là encore un des points par où cette période contraste avec la précédente. Autrefois, en dépit de toutes les rivalités de commerce, elles vivaient côte jà côte sans conflit notable; à partir de la seconde période, ce fut une interminable succession de luttes à main armée: tantôt les guerres que faisaient leurs mères- patries en Occident étendaient leurs ramifications jusqu'à elles; tantôt les hostilités éclataient dans les colonies même pour des contestations de limites ou de propriétés, et ces conflits s'aggravaient encore fréquemment par l'effet de la position prise par elles dans chacun des partis en présence.

Ces luttes occasionnaient de temps à autre un arrêt dans le mouve- < ment commercial; pourtant, il ne semble pas qu'il en ait sensiblement * souffert De toutes les classes de la société représentées dans le royaume de Jésusalem, ce fut encore celle des marchands qui répara le plus vite * les désastres causés par Saladin. Les villes maritimes étaient, en somme, ~~ les principaux centres de commerce; les chrétiens les reconquirent une à une dans un délai assez court; leurs bazars se remplirent de nouveau — et le mouvement d'échanges reprit son cours comme autrefois. Seulement, comme l'intérieur du pays restait aux mains des infidèles, les états croisés n'occupaient plus qu'une étroite bande de terrain le long des côtes et il y avait là un grave inconvénient pour le commerce, parce que les convois de marchandises parties des villes chrétiennes quittaient déjà le territoire chrétien et ami à quelques lieues de la côte; en temps de paix, les Musulmans les laissaient passer sans difficulté, mais, en temps de guerre, le trafic vers l'intérieur était exposé à toutes sortes de dangers^

Dans la période qui nous occupe, le trafic se concentre plus que jamais à Acre. Depuis la chute de Jérusalem, cette ville était devenue le centre politique du royaume. C'est là que le roi ou son représentant

1 Voy. p. ex le Contin. de Guill. de Tyr, p. 474 et s.

318 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

avait sa résidence, là que se tenaient les sessions de la haute-cour de justice, là que s'étaient retirés un grand nombre de dignitaires ecclésiastiques expulsés par l'ennemi de leurs sièges épiscopaux, et de chevaliers chassés de leurs châteaux. Cette circonstance devait nécessairement y attirer un concours plus nombreux de marchands occidentaux Les AnconUains, qui jusqu'alors ne visitaient la Syrie qu'en se glissant derrière les Pisans, les Génois ou les Vénitiens, crurent le moment venu de voler de leurs propres ailes. Le pape Innocent IV leur vint puissamment en aide en les recommandant au patriarche de -Jérusalem et à l'évêque d'Acre et en leur accordant l'exemption des droits de douane à Acre et dans la Syrie en général, à l'importation comme à l'exportation.1 Reste à savoir si les barons de Terre -Sainte acceptèrent cette décision et renoncèrent à exiger aucun droit pour les marchandises appartenant à des Anconitains: il est permis d'en douter. Peu de temps après, la colonie anconitaine fonda un établissement indépendant à Acre. Le 10 août 1257, les plénipotentiaires délégués par les autorités d'Ancône concluaient un traité avec Jean d'Ibelin, seigneur d'Arsour, connétable du royaume de Jérusalem : d'après ce document, un terrain était concédé dans l'intérieur d'Acre à la ville d'Ancône, pour y construire une église à l'usage de ses nationaux, un palais destiné aux agents consulaires et enfin des maisons d'habitation et des magasins : la nouvelle commune marchande était autorisée à avoir son administration particulière et son tribunal à elle et, par contre, elle s'obligeait à contribuer à la défense de la place en temps de guerre.2 Dans le nouvel afflux de marchands accourus à Acre, la Toscane était représentée pour une forte part Les Florentins y arrivèrent des premiers avec les Pisans.3 Les marchands Utequois y fondèrent des factoreries.4 La ville de Sienne se fit promettre, en 1268, par Conradin de Souabe, la franchise à l'entrée et à la sortie de la ville d'Acre et la réduction des droits de port à 1 %.5 Le triste sort qui attendait ce malheureux prince ne lui permit pas de tenir sa promesse. Tandis que le nombre des villes d'Italie représentées à Acre dans le commerce des marchandises s'accroissait chaque jour, les sociétés de banque italiennes qui avaient déjà des comptoirs dans toute l'Europe y fondaient des succursales, car la place offrait les conditions les plus favorables à un vaste commerce d'argent. On sait que c'est grâce aux relations qu'elles possédaient à Acre que certaines maisons de banque de Sienne et surtout de Plaisance

1 Berger, Registres d'Innocent IV, I, 3 Contin. de Guill. de Tyr, p. 218. 214 (trois chartes du 28 juill. 1246). 4 Comme preuve voy. une charte citée

* Paoli, Cod. dipi. dell' ord. gerosolim. par Bini, ILucchesi in Venez ia, 1, 113 et s. I, 157—161. 6 Doc. sulle relax, tose. p. 100 et 8.

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