IV. Les états croisés de Syrie
Renoart,1 seigneur de Nefin, ville situé à quelques lieues au sud de Tripoli8 et débloquèrent Gibelet, en ce moment serrée de près par les infidèles.8 A ces services le comte de Malte avait joint un subside fort opportun de 2000 besants en argent: en témoignage de sa reconnaissance, Bohémond donna, en faveur du comte de Malte et de tous ses compatriotes les Génois, un diplôme analogue à celui qu'ils avaient obtenu deux ans auparavant*
Les Pisans étaient loin d'avoir avec les comtes de Tripoli des rapports aussi agréables. La brouille eut pour origine une contestation avec l'évêque de Tripoli; celui-ci avait droit à un tiers des revenus des douanes; or les Pisans avaient obtenu, en 1187, l'exemption complète de droits; l'évêque niait la valeur de l'exemption en ce qui concernait son tiers et les Pisans de leur côté refusaient de payer. Us en appelèrent à Bohémond IV: le prince consentit provisoirement, en attendant la décision des tribunaux, à ne pas mettre les biens des Pisans sous séquestre en garantie des réclamations de l'évêque, mais il ajouta que si l'évêque lui donnait des motife suffisants, il pourrait bien lui donner raison; c'est en effet ce qui semble être arrivé. De là un conflit très grave. Enfin, en 1199, les Pisans se décidèrent à payer comme indemnité, pour les dommages commis par eux, 5000 besants au comte et 3000 à ses sujets (burgenses): en outre, ils s'engagèrent à payer peu à peu un supplément de 4000 besants au moyen d'une taxe à imposer sur les marchandises; de son côté, le comte leur rendit leurs maisons, leur tribunal et leurs franchises; seulement, il déclara que si les Pisans établis hors de Tripoli venaient à commettre des actes d'hostilité au détriment du comté, il se réservait à l'égard de ceux de Tripoli le droit, non pas de les arrêter et de confisquer leurs biens, mais de les expulser du pays dans un délai de trois mois. Il ne paraît pas que les choses en soient venues là. La colonie continua de subsister et même, en 1233, le comte Bohémond V lui accorda un diplôme portant confirmation des deux privilèges de son aïeul Raimond IIL5
seigneur de Djebel -Akkar; c'est pour ce motif que Djebel -Akkar partagea le sort de Nefin. 1
1 Ducauge, Familles d' Outremer, p. 414.
1 Sanuto, Secr. fidelium crucis p. 85, 245, compte cinq milles; Brejdenbach (Reyssbuch des heil. Landes p. 65, 6) et Burchard (éd. Laurent, 1. c. p. 28) n'en admettent que deux.
' Les Annal. Jan. L c relatent seules ce détail; d'après elles, Renoart avait appelé les infidèles à sou aide, mais ils
n'arrivèrent qu'après la chute de Nefin et mirent alors le siège devant Gibelet, où commandait un beau -frère du comte de Tripoli. Peut-être faut-il admettre que l'auteur, trompé par la ressemblance des noms de Gibelet et de Djebel-Akkar a fait une confusion, et qu'en réalité les Sarrasins n'attaquèrent pas Gibelet, mais tentèrent de reprendre Djebel-Akkar au comte de Tripoli.
* Lib. Jur. I, 522 et s.
5 Tout ce paragraphe est puisé dans
324 Deuxième période. — T. Fondation des colonies commerciales.
Le nombre des colonies établies à Tripoli s'accrut encore, par la suite, d'une colonie de marchands de Montpellier; en 1243, le comte BohémondV leur assigna un quartier dans la ville et une maison pour leur consul. Celuici était autorisé à juger les contestations entre colons de Montpellier ou entre eux et des colons génois ou pisans. Bohémond n'accorda pas à ces colons l'exemption complète des taxes sur les ventes, les achats et le transit, mais il les réduisit en leur faveur au tiers du montant ordinaire. Cependant, toutes ces faveurs étaient conditionnelles; pour continuer à en jouir, Montpellier devait expédier, chaque année, à Tripoli un vaisseau monté par un équipage de quarante matelots au moins et portant un chargement d'au moins 800 tonnes de marchandises.1 En 1251, un bourgeois influent de Montpellier, Petrus de Terico,2 obtint de nouveaux avantages pour ses compatriotes, ce qui nous donne à supposer que le trafic était très actif entre les deux villes vers le milieu du XIIIe siècle, et peutêtre jusqu'à la prise de Tripoli par les Sarrasins.
La principauté à'Antioche avait eu beaucoup plus à souffrir des expéditions de Saladin que le comté de Tripoli; en dehors de leur capitale, les princes ne possédaient plus que quelques châteaux forts. Même après la mort de Saladin, il ne leur fut pas possible de réparer leurs pertes, car leurs voisins, les belliqueux sultans d'Alep, fils et successeurs de Saladin, ne leur laissaient pas un moment de repos. Ainsi, les deux ports de Gibel et de Laodicée et tout le territoire intermédiaire conquis par Saladin en 11 88 8 restèrent au pouvoir des Sarrasins, sauf de courts intervalles, et la seule voie par laquelle l'unique débris restant de la principauté d'Antioche pût communiquer avec la mer était celle de Soueidièh (port S* Siméon). Resserrée entre l'Arménie chrétienne et la Syrie musulmane, la petite principauté devait être écrasée infailliblement par ses voisines. Cependant, les Génois et les Pisans conservèrent encore longtemps leurs établissements d'Antioche avec leurs vicomtes,4 et il existe un document qui démontre qu'en 1264 les Génois possédaient encore l'église de S* Jean et le quartier environnant, qui leur avaient été cédés aussitôt après la conquête par
les trois diplômes des Doc. sulle relax, tosc. p. 65. 79, 99.
1 Germain, Hist. de la commune de Montpellier II, 513 et s. Quand dom Vaissette publia pour la première fois ce diplôme dans son Flistoirc de Languedoc (ancienne édition, III, 531), il n'avait eu sous les yeux qu'une mauvaise copie, dans laquelle figure, comme auteur du diplôme, Charles prince d'Antioche et seigneur de Constant inople, fils de Bohémond; le co-
piste avait évidemment pris le mot Triple pour l'abréviation usuelle de Constantinople, Cple; il est plus difficile de dire comment il avait pu arriver à remplacer le nom de Bohémond par celui de Charles.
• Germain, Hist. du commerce de Montpellier I, 214 et as.
3 Itinerar. R. Ricardi p. 26; WeiL, Qesch. d. Chalif. III, 407 et s.
* lAb. jur. I, 577: Doc. nulle relax, tosc. p. 90.