‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 99 sur 145 · IV. Les états crois*' s de Syrie · texte numérisé non relu

IV. Les états crois*' s de Syrie

et, comme leur nombre et leur puissance les rendaient redoutables, le gouverneur n'osa pas passer outre.1 Mais cela suffisait pour montrer aux Génois ce qui les attendait le jour où les Hohenstaufcn seraient consolidés sur le trône. A la même époque (1232), à Gènes, un podestat connu pour ses opinions guelfes fut appelé à la tête du gouvernement,2 et les Génois de Syrie reçurent Tordre de prendre ouvertement parti contre le gouverneur; en conséquence, ils envoyèrent des troupes et des vaisseaux à Jean d'ibelin,3 et, le 24 octobre 1233, ils concluaient avec le parti anti-impérial un traité qui fut confirmé à Nicosie le 2 décembre de la même année.4 Les barons y prenaient, pour une durée de cinq années, l'engagement de ne point conclure d'alliance avec les Pisans sans le consentement des Génois, confirmaient les avantages concédés à ces derme» par Jean d'Ibelin, leur chef, dans sa ville de Beyrout, et leur garantissaient des privilèges analogues à Caïfa; ce port, situé au pied du C'armel, avait, on le sait, une certaine importance commerciale résultant du voisinage de Tibériade.5 Le seigneur de cette petite ville, Rohart II," était lui-même un des contractants et, trois mois après (12 janvier 1234), il y accorda pour son propre compte des privilèges aux Génois.7 Ceux-ci récoltaient ainsi les fruits de leur adhésion au parti victorieux, tandis que les Pisans partageaient la mauvaise fortune des impériaux. Les Vénitiens sortirent les derniers de leur attitude exspectante. Si la république de Venise avait peu d'inclination pour l'empereur, il lui répugnait de marcher sous les mêmes drapeaux que Gênes, sa rivale, mais le pape Grégoire IX réussit à faire accepter son entremise et, sous sou influence, les deux villes conclurent, en 1238, un traité d'alliance offensive et défensive spécialement dirigé contre l'empereur.8 A partir de ce moment, Venise prit ouvertement parti contre lui en Occident. Le lieutenant de l'empereur en Syrie avait sa résidence à Tyr; en réponse à cette déclaration de guerre, il y traita les Vénitiens

1 Annal. .Tan. p. 176 et s.

' Ibid. p. 178 et s.; voy. Bahmer, Hcgcsta Friderici II p. 154 et 8.

3 De lias-Latrie, /. e. p. 277, 282, 293, 298; Huillard-Bréhulles, Etat. dipL Frid. II, I, 2, p. 904.

* De Mas-Latrie. /. c. II, 56-58.

» r« traité, conclu le 24 Oct. 1233, est encore inédit ; cependant ou peut se faire une idée de ses principaux points d'après les indications de M. de Mas-Latrie (Archives des missions scient if. II, 363), Olivieri (Carte et cronacht p. 59 et s. par suite d'une faute d'impression, la date

indiquée est 1253 au lieu de 1233) et ('anale (Xitora hist. di Ocnora II, 291). L'engagement spécial concernant les Pisans fut encore inscrit dans une charte spéciale qui a été publié par M. Grassi, dans le Giorn. lig. 1877, p. 22.

■ DttCange, Familles d'onfrenter, p# 267 et s.

T Lib.jur. I, 941 et s. Dans ce diplôme, il se qualifie de bourgeois de (iènes.

■ Taf. et Thom. II, 341 ; Annal. Jan. p. 189; Winkelmaun, Friedrich II, II, I*"> part., p. 119 et s.

342 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

en ennemis et confisqua leurs biens et leurs revenus, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la ville. En 1243, le baile des Vénitiens, Marsilio Giorgio fit son rapprochement avec les barons et leur représenta le danger qu'il y aurait à laisser aboutir les projets formés par Filangieri sur la place d'Acre, quartier général du parti anti-impérial;1 sur ses instances, on décida d'abord de prendre toutes les mesures nécessaires pour la conservation d'Acre, puis d'enlever Tyr à Filangieri. Eugagés dans cette voie, les barons y firent encore un pas de plus par la reconnaissance des droits d'Alix, reine de Chypre, à la régence du royaume de Jérusalem; ils lui prêtèrent serinent de fidélité ainsi qu'à Raoul de Soissons, son époux en secondes noces. Le premier acte de la régente fut l'organisation d'une expédition pour reprendre Tyr. En retour des promesses les plus formelles pour la garantie des droits et des propriétés des Vénitiens dans le royaume en général et à Tyr en particulier, Marsilio Giorgio mit à sa disposition une galère et prit part en personne à l'expédition avec une troupe de trente hommes. La ville fut bien vite prise, grâce à la complicité des habitants de nationalité vénitienne, et la citadelle capitula au bout de vingt - huit jours: c'était le dernier point d'appui de la puissance des Hohenstaufen en Syrie. Les Vénitiens avaient puissamment contribué au succès, mais, après avoir prodigué les promesses, les barons laissèrent protester leur parole, et leurs alliés furent loin de récupérer ce qu'ils étaient en droit de réclamer.2 Malgré ces revers, les Pisans restèrent fidèles au parti qu'ils avaient embrassé; leur consul ne parut pas à l'assemblée où la reine Alix fut proclamée régente;15 bien plus, alors que l'influence des Hohenstaufen était complètement sur son déclin, les Pisans avaient encore la hardiesse d'arborer leur bannière au mât de leurs vaisseaux en entrant dans le port d'Acre, et de l'y jwrter dans les rues en tête de leurs processions.4

1 Les agents commerciaux de Frédé- * La principale source à consulter sur

rie II trafiquaient d'ailleurs librement à ce point est l'exposé fait par Marsilio

Acre. En 1239, Pua d'eux y vendit des Giorgio an début de sa première relation:

vivres et du vin, et, avec le produit de Taf. et Thom. II, 351 et ss.; mais il faut

la vente il acheta des draps de laine, du le confronter avec le récit de Jean d'Ihe-

bougrau (cotonnade légère), du ceudale lin le jeune, dans les Astisc* de Jèrn.«.

(foulard) et du camelot. Ou acheta égale- éd. Beuguot II, 399 et s. et du (.'ont. de

meut à Acre des balistes pour le compte (Juill. de Tyr, p. 422, 426 et s. de l'empereur: Huillard-Bréholles /. e. V, 3 Nous ne trouvons que les noms des

l, p. 587, V, 2. p. 720 et s., 804. Eu autorités coloniales génoises et vénitienne»;

général il parait avoir existé, À cette époque, Taf. et Thom. II, 355. un trafic très actif entre la Sicile et la 1 Voy. l'extrait d'un bref d'Inimceut IV.

Syrie; ou trouve, par ex., de la laiue de cité par Huillard-Bréholles, hitrrtd. p.

Syrie indiquée parmi les articles d'impor- ccclxviii (Potthast, nu 12942; Berger,

tation en Sicile. Ricc. de S. Germauo, ad. n° 4104). an. 1232, dans Pertz, SS. XIX, 369.

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