IV. Les états croises de Syrie
Les comtes de Tripoli, suivant l'exemple des rois de Jérusalem, accordèrent l'exemption des droits de douane à l'entrée et à la sortie aux Italiens qui se montraient le plus fréquemment dans le pays, c'est a dire aux Génois, aux Pisans et aux Vénitiens.1 Nous avons vu que, pour les gens de Montpellier, le montant des droits sur les ventes et les achats ainsi que des taxes de transit avait été réduit au tiers du tarif usuel.2
Dans la principauté d'Antioche, les Génois seuls jouissaient depuis les première temps de l'exemption complète des impôts établis sur Le commerce:3 les Vénitiens et les Pisans en pa}Taient quelques uns dont le montant était encore assez élevé; cependant, à force de marchander avec les princes, ils finirent par obtenir d'abord une réduction et enfin la suppression de ces taxes,4 Mais cette exemption perdit toute sa valeur pour les Génois et les Pisans, du jour où le prince Roupen, en 1216, décréta un impôt exceptionellement lourd sur les marchandises importées par ces deux nations dans le port S1 Siméon, celui précisément qui mettait la capitale en relation avec la mer.5 Cette rigueur des princes d'Antioche contribua, sans doute, à rendre plus rares les visites des marchands occidentaux au nord des états croisés.
Nous en avons assez dit sur la situation intérieure des colonies commerçantes; revenons à leur histoire. Au cours de cette deuxième période, l'empereur Frédéric II et le sultan d'Kgypte entretinrent, pendant un certain temps, des relations fondées sur une estime et une amitié réciproques: ce fut, relativement, le moment le plus favorable au commerce; du moins, des deux parts on avait posé les armes et l'empereur s'intéressait particulièrement à ses progrès. Malheureusement, en dehors de ce court répit, les conflits armés avec le puissant souverain de l'Egypte ne furent que trop fréquents, au grand détriment des habitants de la Syrie. De temps à autre, on signalait l'arrivée en Terre -Sainte d'une bande de croisés plus ou moins nombreux; les nouveaux arrivants aspiraient à se signaler par des exploits, et c'était chaque fois le signal d'une rupture de la paix, si indispensable pourtant pour la prolongation de l'existence des états croisés. Ces armées croisées n'avaient ni la force ni le temps de consolider les bases de la domination
et as. En 1157, le comte Amaury d'Ascalon, seigneur de Jaffa, n'avait remis aux Pisans que la moitié des droits qu'ils payaient auparavant.
1 Lib. jur. I, 18 (confirmé en 1205, ibid. 522); Doc. suite relax, fose. p. 25: Rey, Recherches, t. c. p. 42.
* Germain, IJisl. de la commune de Montpellier. II, 513.
s Ughelli, //. sacr. IV, 846 et s.. 847 et s.; Lib. jur. I, 30 et s., 249 et s., 364.
4 Taf. et Thom. I, 133 et ss., 148, 176; Doc. suite relax, tosc. p. 6, 15 et s., 80, 90 et s.
& Lib. jur. I, 577; Doc. suite relax, losc. p. 90 et S.
340 Deuxième période. — I. Fondation des colonies coin merci (des.
des chrétiens en Syrie ; loin de là, chaque jour faisait ressortir davantage sa faiblesse; le terrain se dérobait et personne ne se dissimulait que tût ou tard il faudrait le céder aux infidèles. Les chrétiens eux-mêmes hâtaient la catastrophe par des dissensions intestines auxquelles les communes commerçantes, jalouses d'exercer une influence politique, prenaient une part active.
On sait que la querelle des Guelfes et des Gibelins qui divisait l'Allemagne et l'Italie en deux camps ennemis, avait gagné jusqu'à l'Orient; les communes commerçantes y prirent aussi leur part, suivant l'impulsion donnée par la mère -patrie. Quand Frédéric II arriva en Syrie, au printemps de l'année 1228, ce n'était pas seulement au chef d'une armée croisée que l'on avait affaire, mais en même temps à un prétendant réclamant la reconnaissance de ses droits à la couronne de Jérusalem; aussi fut -il accueilli avec des sentiments très -divers: avec une hostilité non déguisée par les uns, avec une froideur réservée par les autres, avec sympathie et dévoûment par la minorité. Les Pisans, anciens partisans de sa race, tenaient pour lui, malgré l'atteinte portée à leurs droits par son lieutenant , Thomas de Acerra. En récompense de leur fidélité, il leur promit la répression des empiétements que ses agents pourraient se permettre sur leurs droits acquis et il leur accorda en outre l'exemption de tous impôts à Acre et à Jérusalem.1 A cette époque, les Génois étaient aussi Gibelins; seuls, les Véni tiens se montraient hésitants.2 A son départ (mai 1229), Frédéric II laissa comme gouverneur le maréchal Iiiccardo Filangieri: habitué à commander en maître, celui-ci ne tint aucun compte du droit coutumier du royaume; sa tyrannie fit beaucoup de mécontents et la majorité des barons et des bourgeois se groupa autour de Jean d'ibelin, seigneur de Beyrout l'adversaire déclaré du gouverneur; le baile des Vénitiens et les consuls des Génois et des Pisans, unis à quelques autres personnages, firent une tentative d'accommodement;3 elle échoua et la querelle particulière d'ibelin et de Filangieri aboutit à une guerre générale.* Si l'on pouvait être incertain sur le parti que prendraient les Génois, le doute ne fut pas de longue durée. Au mois de février 1231, Frédéric II avait envoyé à son lieutenant l'ordre d'exiger des Génois, à leur débarquement à Acre, le droit de port ( drictum cathaniœ scilicet decenum ). C'était une atteinte directe à leurs droits; ils refusèrent de s'exécuter
1 l)nc. eulU relax, tosc p. 96 — 98, et * Pour l'histoire de cette guerre, nou>
Huillard-Bréholles, Hist. dipl. Frid. II nous contenterons de renvoyer h \'Inln>~
IIT, 131 — 135. duttion de M. Huillard-Bréolles, Ilisi. dipl.
» Chroti. Ursprry. dans Pert*, 88. XXIIT. Frid. Il à il. de Mas-Latrie, Hist. de Chyprr
3«3 ; V« >y. Winkelniaun, Friedrich II 1, 389. I, 254 et s», et à Winkehnann, Friedrich II
' Contin. de Grill, de Tyr. p. 394. I, 4«»1 et ss.