CHAPITRE XVII
^^ndaiitration de Jacques d'Artevelde. — Rivalités commerciales. — Répres- M dtt troubles. Conjuration de Van Steenbeke. — Situation financière ^ la TÎUe de Gand durant les premières années du xnr* siècle. — Réorgauaition politique de la Flandre. — Ypres et Foperingue. — Combat entre Its tisserands et les foidons. — Louis de Nevers à Termonde. — Projets *i>dacieax de d'Artevelde. — Négociations commerciales avec Edouard III. Mnèlés au sujet de la valeur du gros tournois. — Conférences entre dArtevelde et le roi d'Angleterre. — Retour du tribun à Gand. — Sa ■^. — Colère d'Edouard III à cette nouvelle. — Les députés flamands l*nrieiment à le fléchir. — Siège de Termonde. — Règlement sur la fabri- •■^ des draps. — Gruerre entre la France et l'Angleterre. — Bataille de Cïécy. — Mort de Louis de Nevers. — Le premier canon. — Mariage de ^^ de Maie. — Le commerce en Brabant. — L'étape des laines à Calais. — La Peste. — Louis de Maie en Flandre. — Combat naval.
^ Flandre, puissante et respectée sous Tadministration de
Jacques d'Artevelde, présentait, vers le milieu du xiv* siècle, le
tobleau le plus brillant. Ses communes, libres dans leur essor,
fraitaient avec les princes étrangers , faisaient la paix . et la
guerre, et venaient encore d'accroître leurs forces par leur
alliance avec les bonnes villes du Brabant. Le tribun gantois,
honoré des plus illustres amitiés, dut croire un instant à la
stabilité de son œuvre, mais des difficultés inattendues ne
tardèrent pas à lui révéler les périls réels de sa situation.
La bourgeoisie, en l'élevant au pouvoir , n'avait pas compris,
nfT. MI comncB, t. i. 12
319 HISTOIRE DU COMXERCE
en effet, toute la portée de la révolution dont elle était rinstrument. Habile à défendre les intérêts d'une cité , toute notion supérieure, embrassant une sphère plus étendue, lui semblait vague et obscure. Appelée brusquement à gouverner, non plus quelques paroisses, mais de vastes districts, elle ne savait comment concilier les prétentions opposées qu'elle avait à résoudre, et bientôt des tiraillements, des querelles intestines se manifestèrent parmi les vainqueurs.
Une crise industrielle avait préparé la chute de Louis de Nevers, et la même cause amena une réaction en sa faveur.
Depuis un certain temps, le commerce et la fabrication des draps excitaient une rivalité séditieuse entre «les principales villes du comté et celles d'un second ordre. Gand, Bruges et Ypres, ne voulant point de concurrence, prétendaient au monih pôle, et cette exigence répandait l'alarme dans les bourgis voisins. Des troubles ayant éclaté à cette occasion, d'Artevelde en prévit aussitôt les funestes conséquences, et résolut de les faire cesser à tout prix. Il fit prendre les armes à un certain nombre de ses partisans, se rendit d'abord à Eecloo, puis de là à Ârdembourg, où il tua de sa main un des plus riches bourgeois de la ville, Pierre Lammens , accusé d'avoir voulu se mettre à la tète de l'insurrection.
Le tribun, en prenant une part aussi active dans ses démêlés, se suscita beaucoup d'ennemis, sans parvenir à son but. Le parti français, jusqu'alors réduit à se faire oublier, profita des circonstances pour relever la tête, et accuser sourdement le capitaine de St-Jean de tyrannie et de concussion. Jean Van Steenbecke, l'un des meneurs, se fit bientôt l'interprète de toutes ses haines, jeta ouvertement le masque, et provoqua un orage en répétant publiquement ces reproches. *
D'Artevelde, en se voyant attaqué face à face après avoir été acclamé comme un libérateur, ne put contenir son indignation. Il s'adressa au peuple de Gand et, ayant réuni vingt-six bannières, vint mettre le siège devant la maison de son adversaire. Van Steenbecke eut probablement payé sa témérité de sa vie, si les échevins n'étaient accourus durant ce tumulte, défendant de toucher sans jugement au logis d'un bourgeois. Le tribun se retira avec les siens, mais, ne voulant pas rester sous
le coup de ces imputations injurieuses, il ne déposa les armes que pour se constituer prisonnier, en réclamant une enquête. Cette conduite, à la fois noble et ferme, lui rendit toute sa popularité. Il venait à peine d'être enfermé à la Pierre-du- Comte, que déjà une multitude de gens de Bruges, d'Ypres, de Courtrai, d'Audenarde, d'Alost, du pays de Waes et de Dixmude affluaient en ville prêts à lui prêter main forte. On se rappelait avec émotion les services qu'il avait rendus, les dangers qu'il avait conjurés, et sa sortie de prison fut un véritable triomphe. Il suffisait en effet, pour se convaincre de l'injustice des accusations de Van Steenbecke, d'examiner la situation financière de la \-ille de Gand , sous l'administration nouvelle. Le terme moyen des dépenses communales, en temps ordinaire, était de 1,500 à 1,600 livres de gros. Durant la guerre avec la France, te 1328 à 1341, les charges avaient augmenté, il est vrai, mais sans jamais s'élever au delh de 4,528 livres. Ces dépenses étaient couvertes par les rentes perpétuelles , le droit d'issue , et surtout par les produits de l'octroi, ou zoengeld, qui rapportîiit, au xiv« siècle, de 22 à 23 livres de gros par semaine, c'est iiire 1,144 à 1,196 livres de gros par an. En prenant pour l^seun calcul approximatif, fait sur la consommation du pain, te la bière et de quelques autres denrées, on en arrive à la conclusion que Gand devait contenir à cette époque de 80 à 90,000 habitants. Toutes les dépenses communales étaient donc coûtes, en temps de paix, par un impôt de 1/50^ de livre de gros par tête (1).
Artevel^e, en se retrouvant au pouvoir, reprit toute son acti- ^té. Il comprit que les habitants des campagnes, lésés dans leurs intérêts, allaient devenir les alliés naturels du comte Louis, et ne vit qu'un moyen de neutraliser leur action : celui de la subordonner à l'influence des grandes villes. Toute la Flandre, du consentement de celles-ci, fut divisée en trois grandes circonscriptions politiques, dont la direction fut confiée aux communes de Gand , d'Ypres et de Bruges. Cette mesure, que les circonstances rendaient presque nécessaire, n'eut cependant pour effet que de précipiter la crise.
(1) Nouvdles archives hist. phil. et liu., tom. I, p. 139.
IA»i;VAilfi Oi: COMMERCE
-u,i3^noiie entre les cités de premier ordre el
'> uportautes devint plus ardente que jamais.
^ > ui-.ss. s'appuyant sur un privilège du comte Louis,
. .L^. . iciiuU aux habitants de Langemarck, de Pope-
; x> iieux voisins, de renoncer à la rabricatioii de cer-
. ^ aile». ileux-H^i ayant refusé de se soumettre à ces
^.:oii>^ les Yprois, au nombre de 12,000 hommes, mar-
.tiK >ùi l^uperingue, où Ton courut aux armes. L'a combal
.14 <ic oui lieu entre les deux partis, et se termina par la
.uic àos bourgeois de Poperingue, qui laissèrent leur capi-
...ic. Jacob Bets, sur le champ de bataille. Les Yprois ne
MiCiU cependant s'emparer de la ville rebelle, mais se répan-
.Liîviii dans les environs, où ils brisèrent quantité de métiers à
:i>M'r il). Ils saccagèrent peu de jours après, le village de
l.au^omarck, dont cette sauvage agression anéantit la prospé-
riic.
Lkius le courant du mois de mai 1344, une grande émeute s'éleva au sein de la ville de Gand elle-même, sans que d*Arteveide put la prévenir ou Fempécher. Les foulons exigeaient quatre deniers de plus qu'à l'ordinaire par chaque pièce de drap. Les tisserands ne prétendirent point accéder à une telle augmentation de salaire. Ces deux corps de métiers, les plus puissants et les plus nombreux de Gand, descendirent sur la place du Vendredi avec leurs bannières et s'y livrèrent bataille. Gérard Denis, doyen des tisserands, était à la tête de son métier; Jean Baka commandait les foulons. On s'égorgea avec une telle rage que les prêtres accoururent sur la place et y élevèrent le Saint-Sacrement. Leur intervention fut inutile, el on ne cessa la lutte qu'après la défaite totale de Fun des deux partis, celui des foulons. Jean Baka, ses iils, et près de cinq cents de leurs compagnons furent impitoyablement massacrés (â).
Louis de Nevers, appuyé par lo duc de Brabant, dont il était parvenu h se rapprocher, prolita des circonstances pour essayer de rétablir sa fortune. La ville de Tennonde était alors en lutte
1 1 V()> . la Chronique de Despars.
ri; l.'\:rla>. ïlist.dfn comtes lie tlandie, lum. IL p. i*i7.
ET DE Là burine ES BELGIQUE. 545
violente avec Gand, Bruges et Ypres, qui prétendaient y restreindre, comme ailleurs, la liberté des fabricants. Le comte défendit la commune de Termonde, et son intervention lui attira des députations de la part de tous les mécontents, qui rengageaient à venir reprendre la direction des aflfiaires.
D'Artevelde, dont l'influence diminuait rapidement, résolut de la ressaisir en redoublant d'énergie. Déjà les Flamands, adoptant ses conseils, avaient secoué le joug de Philippe de Valois en saluant Edouard du titre de roi de France; il crut pouvoir faire un pas de plus, et les entraîner également à rompre entièrement avec Louis de Nevers.
Tandis qu'il se préparait à cette grave démarche, Edouard III cherchait à le seconder en accordant à ses alliés de nouvelles faveurs commerciales. Le prix des laines, fort différent suivant teurlieu de provenance, fut fixé par lettres patentes (1), et le ïoi entra en négociation avec les Flamands , afin d'établir r«aiformité des monnaies d'or dans les deux pays (2).
létaux variable des monnaies continuait à occasionner, non 86alement en Angleterre mais dans toute la Belgique, les plus paBds embarras. La gêne produite par cet état de choses alla Binie si loin, dans l'une de nos provinces, qu'on fut sur le point de s'y égorger faute de s'entendre sur la valeur du gros toomois. Disons en passant, quelques mots sur ce curieux ^isode de notre histoire commerciale.
le gros tournois, dont le taux avait été fixé, après de longs Wtets, par révêque Hugues de Chalons, était évalué dans tout te pays de Liège, sauf à Huy et dans quelques autres localités pca importantes, à la somme de huit deniers. Les récalcitrants refusaient cependant d'accepter cette décision, et maintenaient ta même monnaie au taux de dix-huit deniers. Ils espéraient, en agissant ainsi, diminuer le poids des contributions qu'ils
<1i Cette ordonnance esl du iO mars 1343; le prix des laines montait de 4 à 14 Marcs d'argent : la moyenne était de 10 marcs environ.
(i) Il avait chargé Guillaume Stury de régler ce point avec les commissaires flamands. Il résulte d'une ordonnance, publiée à Gand, le 3 mars 1337, que les changeurs prélevaient deux mites sur chaque pièce d'or présentée au ebange, quelle qu'en fut la valeur. La livre de gros valait en Flandre 5760 mitet.
34 i HISTOIRE DU COBIMERCF
La rivalilë industrielle entre les cilr- Vor
les villes moins importantes devînt pi Les gens d'Ypres, s'appuyant sur un | ordonnèrent bientôt aux habitants •■ ringue et des lieux voisins, de renor taines étoffes. Ceux-ci ayant ren
injonctions, les Yprois, au noml' ■■• ri.r
chèrent sur Poperingue, où Ton Nrite,
acharné eut lieu entre les de
défaite des bourgeois de Popi i '.irouvons à
taine, Jacob Bets, sur le c' '-^ ^''i conférence
purent cependant s'emparei 'ijaiior celui-ci sur le
dirent dans les environs, *■ » ''^- plusieurs chevaliers
tisser (1). Ils saccagèren . '''^ Wulfart de Ghistelles,
Langemarck, dont cette ■ ^" convint après quelques
rite. >overs à prêter serment au roi
Dans le courant du *^^ • ^*^» s'*' s'y refusait, d'investir
s'éleva au sein de la -^ Flandre, érigé en duché. Le
velde put la préveu ^ , ^ à ^-aincre à tout prix l'oppositioii quatre deniers di . - - '- 5t?uirtraîre le pays à la domination drap. Les tisserai. ^^ ^ J^f Gand afin de mettre ce projet à augmentation de .. ^ »* r««*P'e ^ Bruges et à Ypres, où ses puissants et les •^ "^^^ émotion , et arriva à Gand le
place du VenJ. . *-"^ ^ J^"»'-
Gérard Déni.-. - -« »-*''^ ;?ombre, et le tribun ne tarda pas à métier; Jea». ^^w*» «syeux sur les groupes qu'il renconune telle iv. -s*^*» ^^ *^* ennemis avaient profité de son élevèrent 1 ^ ^ -^^«^ ^ ^^ nouvelles intrigues. Il venait à on ne ce* ,>,^«<l - ^-^ ûi'^^'» •>" proie aux plus tristes pressenpartis, c^'in^- ^"i^**^^^^^ ï>ti loin des rumeurs croissantes, cents «f ii^^^»-* '^ prtMuiers triomphes. Une foule agitée crés ^ Kf^r i****^ ^^ ''we, mais cette fois elle n'apportait
f y**J^\^>.% a ^<>tmlariié, mais le désespoir et la ruine.
1»;! ^^^ T *•*» .vMioui mille voix courroucées, à la mort le
^ ^«i^ .anjJwriler nos princes après avoir volé leur
* ** ' ^,,^%oiàix'à IVlranger!
"^^^ ^..^> .c îtôiol ôtaionl fermées : on s'apprêta à les >t 1' turtoau.
T DE LA MARCiE EN BELGIQUE. 347
•îon était commencée, lorsque d'Arte-
jiie voulez-vous? Qui vous meut?
«MIS avoir nui? Dites-le moi et je \otre volonté.
.'^«)r (le Flandre que vous avez dérobé?
i t Artevelde, je n'ai point pris un denier
: 'Ire. Retirez-vous en vos maisons, je vous
rtez demain au matin; je serai alors en mesure
■ ln' si bon compte que par raison il vous devra
i» s meneurs en avaient décidé autrement, et savaient
■ 'iue la plupart des Gantois eussent défendu, quelques
'iivs plus tard, le chef dont ils ignoraient encore la position
Jii>e>pérée.
A la mort! h la mort! hurlèrent-ils en brandissant des armes.
Artevelde, essayant en vain de dominer ce tumulte, fit une
<ternière tentative :
•^Seigneurs, fit-il, je suis ce que vous m'avez fait. Vous pouvez me tuer, mais avez-vous donc oublié que vous m'avez juré jadis de me défendre envers et contre tous? Avisez, au nom ^leDieu! et rappelez-vous le temps passé. Considérez les grâces et courtoisies que naguère je vous ai faites!
Dn bruit formidable étouffb sa voix; l'hôtel était forcé, et le capitaine de Saint-Jean, en se retirant, se trouva en présence d'une multitude furieuse, qui le perça de coups, foula aux pieds «on cadavre ensanglanté, et ne se sépara qu'au son des cloches de la ville, en apprenant que les métiers accouraient à la défense de leur doyen.
Cette terrible scène, dont les détails se répandirent rapidement dans tout le pays, y excita une profonde stupeur, h laquelle se mêlèrent bientôt les plus vives inquiétudes. On apprit que le roi Edouard, informé de ce qui venait de se passer, avait incontinent fait mettre à la voile, jurant de venger cruellement la mort de son allié. Les craintes se changèrent en certitudes lorsque quelques marchands flamands, qui avaient assisté à Tarrivée du monarque en Angleterre, vinrent annoncer qu'il
^ HÊSmME DU GOmiERCE
..... .1 MjM^ufi a ^tfs^ vicomtes d'appeler sous les armes tDus les
.>s<^;s.ul> ie iefs, de 16 à 60 ans, et qu'il se proposait ^. ^:.vuÀui.i' 5ar le continent à la tête d'une armée consi-
Vu> :oiis>eils^ des bonnes villes s'assemblèrent, et prirent la
«..M/iU^iou d'envoyer une ambassade solennelle au roi Edouard,
iàiii àe le supplier de ne pas rompre les liens qui rattachaient
.^, a Fluudre, et de lui présenter des excuses pour la mort de
:aciiuci^ d'Axtevelde.
Ou tit demander un sauf-conduit, et des députés de Bruges, d'Ypivs, de Courtrai, d'Audenarde et du Franc, vinrent à la fin ùc septembre au palais de Westminster, où ils furent reçus par le i»i. Us lui représentèrent que le meurtre du tribun était Tu'uvi'e d'une faction, dont les projets auraient été déjoués s*ils uvaieut été connus, ce qu'ils n'eurent point de peine à établir. AlKunlant ensuite une question fort délicate, celle de leurs futures relations avec leur comte, ils ne cachèrent point à Edouard III que les Flamands éprouvaient la plus grande répugnance à se soumettre à l'obéissance d'un prince étranger. Un moyen se présentait néanmoins, disaient-ils, de concilier tous les intérêts : le mariage du fils de Louis de Nevers avec la fille puînée du roi , dont ils désiraient vivement la réalisation. Ces paroles adoucirent la colère du monarque, flatté de cette espérance, et qui n'avait d'ailleurs aucun intérêt à s'aliéner les puissantes communes de Flandre.
Dans cet inteiTalle, le comte Louis ne restait pas inactif. Jugeant le moment propice pour reprendre son autorité sur ses sujets, il s'était avancé jusqu'à Termonde, accompagné d« quelques hommes d'armes, et cherchait à s'y fortifier. On ne lui en laissa pas le temps. Les Gantois, excités par d'impru^ dentés provocations, et plus encore par la concurrence commerciale dont les menaçaient leurs voisins, y envoyèrent leurs milices, commandées par Guillaume Van Vaernewyc. Louis de Nevers, trop faible pour leur résister, se replia sur Bruxelles. Les gens de Termonde se défendirent vigoureusement, et le duc de Brabant, arrivant à leur secours, s interposa comme médiateur entre eux et les Gantois. Ceux-ci consentirent à se retirer, h condition toutefois que les assiégés s'engageassent à publiai
un nouveau règlement sur la fabrication des draps, ce qui fut accepté (1).
Cette campagne infructueuse renversait toutes les espérances du comte de Flandre. La mort de d'Artevelde n'avait rien changé ï sa situation : il ne pourrait rentrer dans ses domaines qu*ea acceptant Tallianee anglaise, qu il abhorrait. Résigné désormais ï 8on sort, il vendit la seigneurie de Malines au duc de Brabant, pour la somme de quatre-vingt sept mille cinq cents réaux d*or, et rentra en France, où rappelaient d'ailleurs les périls de la monarchie.
Les trêves entre la France et l'Angleterre étaient expirées, et la guerre se rallumait partout avec fureur. Edouard HT, qui s'était vu obligé d'ajourner son embarquement, en mars 1346, à cause des violentes tempêtes qui régnaient en ce moment dans lao)er de la Manche, où elles causèrent de nombreux sinistres iBaritimes, mit enfin à la voile, dans le courant du mois de juillet, et aborda en Normandie, dans la presqu'île de Gotentin, taudis que les Flamands prenaient Toifensive d'un autre côté. Dn lieutenant du roi, Hugues de Hasting se trouvait au milieu feox.
Us troupes anglaises s'avancèrent vers Harfleur, détruisirent Wccessivement Cherbourg, Carentan, Saint-Malo et venaient de ïWUre le siège devant la ville de Caen, lorsque Philippe de Valois, accompagné du roi de Bohême, du duc de Lorraine, des comtes de Savoie, de Namur, de Flandre, et commandant une armée d'environ cinquante mille hommes, marcha à leur reneofitre.
U roi d'Angleterre, avant de risquer une bataille contre un adversaire dont les forces étaient beaucoup plus considérables que les siennes, rétrograda vers la Flandre, afin de se ménager iîes moyens de retraite en cas de revers. Il était arrivé à Crécy, où il avait pris une excellente position, lorsqu'on lui annonça J'approche de l'ennemi.
(1} n fat permis aux industriels de Termonde de fabriquer des draps de dnq quarts de large, mais ces étoffes devaient avoir un envers. Les Gantois viMiJii«B( se f^errer le monopole de la confection des draps fins. Voy. Meyer, ad ann. 1315.
C'était le 25 août 1346. Les Français arrivaient, en effet, harassés des fatigues d'une longue marche, trempés par la pluie, mourant de faim. Philippe n'avait pas l'intention d*entamer immédiatement la lutte, mais, en apercevant les Anglais, il ne put contenir sa haine, et ordonna aux archers génois qu*il avait avec lui de commencer l'attaque. Ces auxiliaires, accueillis par une grêle de traits, combattaient sans trop d'énei^e, lorsque le comte d'Alençon, indigné de les voir reculer, ordonna à la cavalerie de leur passer sur le corps et de charger les milices britanniques. Il s'ensuivit un affreux désordre, dont les résultats étaient faciles à prévoir. Les hommes d'armes français, malgré tous leurs efforts, vinrent se briser comme à Gourtrai devant les rangs serrés de l'infanterie ennemie. Le comte de Flandre, ayant son jeune fils à ses côtés, combattit longtemps au milieu d'eux, et tomba enfin couvert de blessures. Le ny de Bohême, vieux et aveugle, s'était fait conduire au plus fort de It mêlée par deux de ses écuyers , et subit bientôt le même sort. Philippe de Valois lui-même, après avoir eu deux chevaux tués sous lui, n'y eût peut-être pas échappé, si Jean de Hainaut ne l'avait entraîné, presque de force, loin du champ de bataille.
Le roi Edouard , qui avait suiVi avec anxiété cette scène de carnage — durant laquelle le prince de Galles conquit un premier trophée d'armes'—s'approcha en ce moment avec la réserve, culbuta ceux qui résistaient encore, et acheva de les mettre en fuite en les foudroyant de son artillerie.
Telle fut la bataille de Crécy, remarquable par deux ftdts importants, destinés à faire époque dans les annales militaires de l'Europe : l'intervention prépondérante de l'infanterie, et l'emploi du canon en rase campagne (1).
Différents peuples se sont disputés l'invention de ce terrible agent de destruction. Il est certain que les Hindous avaient des armes à feu dès une époque très reculée, car il en est fait mention dans leurs lois, dont la rédaction se perd dans la nuit des
(1) M. le générai Renard, dans un article fort remarquable pubUé dans le Tréaornational, iom. Il, p. 35, an. 1813, émet cependant des doutes sérieux à ce sujet, et défend son opinion, contraire à celle de la plupart des auteurs, avec beaucoup d'habileté.
ET DE Là marine EN BELGIQUE. 351
temps. On suppose que ces instruments, dont leurs législateurs proscrivirent Tusage, étaient des fusées incendiaires dont la naphteet le soufre formait la base. Roger Bacon, mort en 1293, dans son traité de Openbus secretis artis et îiaturœ, nous fournit des indications plus précises : « On imite par art, écrit-il, les « éclairs et le tonnerre, car le soufre, le nitre et le charbon, « qui séparés ne produisent aucun effet sensible, éclatent avec « un grand bruit lorsqu'on les enferme dans un lieu étroit, et « qu'on y met le feu. » Le philosophe anglais ne semble pas cependant se douter de Timportance de celte découverte, et ne lui attribue d'autre intérêt que celui qui se rattache à un fait bizarre, propre à exciter la curiosité.
On ne tarda pas cependant à appliquer cette force nouvelle. Du auteur italien, dans un poème historique sur la ville de San Geminiano, nous rapporte que les habitants de cette cité, se trouvant en guerre avec ceux de Volterra, vers l'an 1309, ûDployèrent durant la lutte des «canones» remplis de poudre (1). Ces « canons » qui étaient encore de véritables fusées, étaient également connus des bourgeois de Flandre, qui les employèrent, au xiv* siècle, comme moyen de défense contre les pirates qui infestaient leurs côtes. La plupart des historiens attribuent ridée de profiter de la force explosive de la poudre, h un moine allemand, Berthold Schwarz, de Fribourg (2).
Quoi qu'il en soit, cette observation était trop précieuse pour
flc pas être immédiatement approfondie , et les comptes de la
ville de Bruges nous démontrent que cette commune lit usage
d'armes à feu de très bonne heure. Il est prouvé qu'un potier
d'étain, Pierre de Bruges, fabriquait déjà des canons à Tournai
en 1346. Ces canons étaient en fonte, car Pierre de Bruges, en
sa qualité de potier d'étain, n'eut pu en exécuter d'autres sans
enfreindre les privilèges de son métier, qui ne lui accordaient
pas la a franchise du marteau, » c'est h dire le droit de forger le
métal. Il est donc extrêmement probable que les quatre bom-
(1) « ... Et qui canones incluse, pulvere fcrtis. » Matli. Lupus.
(i) L'opinion générale est conOrméc par le passage suivant, extrait d'une ancieone chronique de Flandre: « Item, in diljaer 1313, was aldereerst ghevonden in Duutschlandl hct ghebruuk der bussen van eenen mueninck.
3S8 HISTOIRE DU COMUBRCB
bardes dont Edouard III fit si bon usage contre ses adversaires avaient été faites en Belgique, qui demeure en possession, jjusqu*à preuve du contraire , du triste honneur d*avoir fondu le premier canon (1).
Le désastre de Crécy, fatal à la chevalerie française, annonçait de nouveaux revers. Edouard III, ayant fait réunir des forces navales considérables dans les ports de Fowey, de Yarmoutlî, de Darmouth, de Plymouth et de Londres, vint mettre le siège devant Calais, qui succomba après un long siége^ rendu mémorable par le dévouement héroïque de quelques-uns des bourgeois de cette ville.
Dans Tintervalle, les Flamands accueillaient le fils de leur malheureux comte , victime de son dévouement à la France , et saluaient en Louis de Maie Tespoir d*un meilleur avenir. Le jeune prince, parfaitement reçu dans le pays, promit de conserver les lois, privilèges et coutumes anciennement établis, reçut le serment de fidélité de la noblesse et des villes, et publia divers règlements qui furent admis sans opposition. On lui fit entendre cependant que la prospérité du comté dépendait de son mariage avec une princesse d'Angleterre, et il n'en fallut pas davantage pour réveiller la discorde.
Louis, déjà fiancé à Marguerite, fille du duc de Brabant, se montra peu disposé à accéder au vœu des communes. Celles-ci insistèrent, le forcèrent d'entrer en négociations avec les envoyés du roi Edouard, et l'empêchèrent de s'éloigner du château de Gand , où il avait établi sa résidence. Le comte feignit alors de se laisser convaincre, consentit à se rendre à Bergues-
(1) Dans un compte rendu par Pierre Arenls, receveur de Bornhem, à la comtesse de Bar, nous trouvons le passage suivant, qui nous présente quelques détails sur le prix de la poudre de guerre vers la fln du xiV siècle : « item payet à Henri le Zeelande, par le commandement de Monseigneur le Haze et Messire de Leeuwergliem, souverain bailli de Flandre, poar rachat de XVIH livres de poudre canons qui furent distrybuct à le casteel de Bornehem, 18 fr. soit 20 liv. XIV sous. {Arch. générales du royaume de Beigique^ chambre des comptes, n* 20286.)
On donnait aussi aux canons le nom de « ribaudequins. » Gillis Rypegheerste, capitaine des tisserands de Gand, repoussa à coups de ribaudequins, une armée française devant Cassel. Voy. un art. de M. Lenti, dans le» Arch. hi$l. phil, et littéraires, t. II.
Saint-WÎDOC, et échangea Fanneau des fiançailles avec la prineesse Isabelle, fille du roi, à la grande satisfaction de celui-ci et des Flamands. Il revint ensuite à Gand en attendant le jour fixé pour le mariage et , n'étant plus aussi étroitement gardé, profita d'une partie de chasse pour gagner la campagne, lâcher les rênes à son cheval, et fuir à franc étrier.
Peu de tfflips après il épousait Marguerite de Brabant, et séparait entièrement, par cette alliance, ses intérêts de ceux de son peuple.
Le duc de Brabant, comblé des bienfaits de Philippe de Valois,
«Tait rompu depuis longtemps avec TAngleterre. Ses sujets, qui
ne renonçaient pas sans regrets aux avantages qui leur avaient
été accordés par Edouard III, avaient obtenu, en compensation
te pertes qu'ils éprouvaient de ce côté, d'importants privilèges
du roi de France. Celui-ci avait signé à Saint-Quentin, en 1347,
on traité de commerce qui leur était extrêmement favorable :
c Nous octroyons à tous les subgiés du duc, lisait-on dans ce
^ document, que ils soient quittes et délivres de toutes imposi-
c lions faictes en nostre temps ou à faire en temps advenir,
« eomment que on les puist appeller, et puissent aler, venir et
c demeurer, à tout leurs mainsnies, biens et marchandises, en
« payant les débites et impositions faictes devant nostre temps.
« Item avons ottroyez et ottroyons au dit duc, ses hoirs et suc-
« cesseurs, dus de Brabant, que tous ses subgiés polront et
« peuent à tousjours, perpétuellement, franchement et quitte-
« ment, sans aulcun calenge porter et mener de Brabant en
« nostre réaime, et de nostre réaime hors, en allant vers Bra-
« bant. sans fraulde, toutes manières de deniers ou de mon-
« noyés... »
Celte dernière concession était d'autant plus remarquable, qu'il avait fallu pour l'accorder suspendre l'efifet des ordonaances monétaires de Philippe le Bel et de ses successeurs.
Les villes industrielles du Brabant profitèrent largement de ces faveurs royales, et, à l'industrie des laines, commençaient à se joindre celle des soieries. La soie était encore très rare en France en 1345. Il est marqué en effet dans les comptes du domaine de la sénéchaussée de Beaucaire que le sénéchal, chargé parJeamne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois
HISTOIRE Dr C0>\\'
bardes dont Edouard III fit si boi avaient été faites en Belgique, jusqu'à preuve du contraire, di:
premier canon (4).
Le désastre de Crécy, fatn!
çait de nouveaux revers. ■ forces navales considérn^ moutl), de Darinoutli, <]< le siège devant Calais, > mémorable par le il' ^
bourgeois de cette \ '
Dans rintcrvnllr.
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saluaient en Ldl jeune prince, i»
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juillet 1345 pour les * • sous tournois la livre.
' jous, ce qui fixe le prix ' l'j notre monnaie (1). Les .lisaient beaucoup d'étofl'es uierement de l'espèce dite iiiit^nt fait mention dans les
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r- -*^lement favorisés en Aile- ; :ous les princes de l'empire ^ -^r les sujets du duc Jean III, en . :ii> e Limbourg, Ji moins de déni de- ^^•rniia ou de ses successeurs. Aucuik ..>• .r^cêet détenu pour le fait d'aulruî, .,„ ij alitement à leur liberté était puni ., ;^ir> ior pur, et de la perte de ses hon- ^ , v^ 5 In accord, conclu entre Waleran, .,^Kr iaudouin, archevêque de Trêves; Guil- .. : ..li et^ et le comte de Luxembourg, contrî- . -^>*:^ ic? relations, de ce côté, plus faciles et . ' ^. ..*.t> >e liguèrent, en 1348, pour assurer pro- ^ . iii'.s ec aux pèlerins. Ils s'engageaient réci- Av ',•.'.* aucune vexation sur les voyageurs, et . , ... :Mi:i::vo do ce genre par la force Chaque pays
*. > .V cas 25 lances, et veiller à ce que les
. .^'^ >^: «* Riiin fussent modérés (3). ....X V.V >'';iv.auds, que la retraite de Louis de A'evers ....* Ui ^ oiix-mômes. Depuis la mort de d'Artevelde, ^v .l^ ;i>^ .îominaient dans les villes, et les échevins
^ j. . •* k ■ 1. ^ v«'- W commerce, la fabricalion et l'usage des étoffes de
: M^. . !. p »6. Paris, Crapelol, iSoi.
,... * «ë .lo Oharlos IV fut ronfirnu^c plus lard par rcmpcrcur
. .*. , «■ .^^*:'.ail los iMTots aux. seigucurics de Rhodeii et do Car-
'. '.^ 0 \\. le I juillet lo3o. Ce dernier souverain la diVlara
,. ' ' .L- M.\i-iriihl - disant icclle ville appartenir au duc de
. I XX . i ' t'iiî'e ilhi^toirCy 1. 111, p. îlî), !*• série.
ET DE Là marine EN BELGIQUE. 355
'h'pondance. Le pouvoir, que des factions
Ml! lour il tour, manquait entièrement de force
:!il»ro (les mécontents augmentait, et le malaise
ij s communes continuaient cependant à entre-
• ;>i»ii.< les plus suivis avec Edouard III. Quelques
;:iirii(;aient néanmoins à s'élever entre elles et leur
iiott'cleur. Les tisserands flamands, qui désiraient
inui avoir des laines à bas prix, empêchaient les mar-
' 'l^ lombards d'en acheter à l'étape de Bruges, et nuisaient
''■^' icltc manière aux intérêts de producteurs anglais. Le roi
iiclaiïia contre cesabus et, comme l'affaire traînait en longueur,
se décida à établir un marché aux laines sur ses propres terres,
î» Calais. Cette mesure excita beaucoup de mécontentement en
Flandre, où l'apparition d'un terrible fléau vint encore ajouter
aux souffrances des populations.
Cne maladie épidémique dont les ravages s'étendirent sur la plus grande partie de l'Europe, éclata dans les États belges en 1348, et y causa des maux incalculables. Des milliers de personnes en périrent, et la mortalité était si grande dans cert^es localités que les habitants épouvantés quittaient leurs ^meures, et se jetaient dans les campagnes et dans les bois pour fuir la contagion. La science étant impuissante à découvrir les causes de l'épidémie, l'imagination populaire s'en chargea, et accusa les Juifs d'avoir empoisonné l'air et l'eau. Des fanatiques se mirent aussitôt à parcourir la contrée, massacrant les malheureux Israélites pa-rtout où ils les rencontraient, et les condamnant parfois aux supplices les plus atroces. Ces excès furent portés à un tel point que le roi des Romains se crut enfin oWigé d'intervenir en leur faveur, et de les prendre sous sa protection (1).
Une foule de personnes, persuadées que le genre humain
(IJ Voy. ses lettres à Jean, seigneur de Zu dcr Vels, drossarl, el à Gobeliu de Remicb, prévost de Luxembourg, BuU. de la commission royale d'histoire, l. IV, p. 93%, 1" série. Tant que dura la peste, c'est à dire pendant près de deux ans, on continua dans le Brabant les exécutions des Juifs et des I^reax, auxquels on attribuait ce fléau. Depping, Les Juifs dansle moyen âge p. «70-
Ti5i
HISTOIRE DU COMMi.4
(le lui acheter 12 livres de soie de 1 leurs, fit partir un exprès deNîini porter h Paris, et que cette soio r Le marc d'arjçent ne valait alors de cette matière à environ (k) ;.
villes deBruxelles et de 3faliii.
de soie dès le xiv« siècle, u camelins » dont il est IV documents de l'époque.
Les Brabançons avni
!is <»t ranges prati-
h)us les âges, se
il ut les villes en
jiiiit niutuollement
:;i>{ih' coup Taisait jaillir
pMerins passèrent en
l:i lloii<,nMe, tandis que des
: •'laiulc s embarquaient dans
iiv leurs prières dans l'église
magne. Charles IV H
d'exercer aucime n\\\ Lorraine, en Braban' justice de la part >!
Brabançon ne poii^ et quiconque af d'une amende dr neurs et pré m* archevêque d" laume, mar<; bua beaucoi plus sùre« "^^
::nités, Louis de Maie se hasarda
is ses États. On lui fit bon accueil
^. nais les Gantois ne voulurent pas
^ntit que le seul moyen de les rame-
.ciques concessions, et , pour ôter tout
. .. : prit le parti d'envoyer une députation
*:&. pourparlers s'engagèrent, et le comte
cciver la neutralité, un traité fut bientôt
tection -^
proqiip*.
h ri'iu'»
endil toute son autorité. Les tisserands ^ . t pendant de s'y soustraire, mais ils avaient \ ,A. ïtM-s, les poissonniers et les bateliers, qui i.uos sur la place, les attaquèrent, et leur i» îuonde. Leurs chefs, Gérard Denys et Jean ,. pouvaient parmi les morts.
.^., i\ adoptant la politiqne inaugurée par d'Arte- ..: l's vivux des communes, dont les relations .\.iion( acquis une immense importance. I^a , ...c oialt alors dans toute sa splendeur (1), et des ...xiilorables étaient accumulées dans ses deux ,.:.ii|Mux, Bruges et Londres. Ce fut dans la prevA ullos quon établit, en 1349, la plus ancienne ^ »i.iju*ivi» dont il soit fait mention. Les circonstances ut sa fondation sont assez singulières, et
..ô.,MlM'i
iu' l'apportées.
... i.inv ili»s iV!n»vins d'Vpres, déposée aux archives municipales .. iMi M >\arnka'niî;. Ilist. de Flandres, 1. 11.
-OS, étrangers (1) et nationaux, avaient
ir conclure leurs marchés, sur la
•\r la maison d'un riche trafiquant
■ iirs<\ Celui-ci les invitait parfois, en
i ' r chez lui, et son habitation devint peu
i'iez-vous pour tous les membres du haut
:;U' ayant eu connaissance de ce fait, fit Tachât
. !<■, quil consacra entièrement à l'usage des
Hii lui conserva néanmoins, en souvenir de son
-srs^eur le nom de Beurse, d'où dérive l'appellation
«Il rue de « bourse» aujourd'hui universellement adoptée.
• iustitulion fit le plus grand bien h la cité flamande, aussi
iuuis de Maie avait-il coutume de dire, en y faisant allusion,
'ju'il avait assis la prospérité de la ville sur des piliers d'or.
Ce prince, tout en acceptant l'alliance anglaise pour plaire aux communes, ne la subissait qu'avec répugnance, et ne tarda pas à trahir ses véritables sentiments.
Les Castillans et les Biscaïens, qui possédaient à cette époque une marine considérable, avaient eu de fréquents démêlés avec les Anglais, auxquels ils avaient capturé de nombreux navires. Une flotte espagnole arriva à l'Écluse en 1350, conduisant une vingtaine de prises, et le comte lui permit non seulement de s'y ravitailler, mais lui fournit secrètement d'importants secours. Une foule de marins, d'archers et d'arbalétriers flamands furent
(1) Les villes hanséatiques d'Allemagne avaient fondé un établissement à Bniges en 1340, et les Espagnols avaient suivi leur exemple en 1340. Les tténois y venaient très fréquemment, ainsi qu'on peut s'en convaincre en ptftourant les ordonnances du comité de la navigation de Gênes, et particoliërement ceUes du 13 février, du 23 juin et du 14 juillet 1340. Elles contiennent de nombreuses dispositions relatives aux dimensions et àTéquipcment des vaisseaux légers qui se rendent sur les c<)tes de Flandre et «TAnglelerre ; prescrivent que nul bâtiment ne pourra naviguer seul vers ««contrées ; qu'il devra marcher de conserve avec un autre ; que les matelots devront emporter les armes nécessaires à leur défense, etc. Voy. MonumMta Bistoriœ Patriœ, 1838, i). 1. Uakluyt en parlant des Génois, dit : « And Ibey adventure, asofle itdoth befall into Flanders|\vith such things as they liye : that is their chefe slaple sekerly.... n Six galères génoises, allant en Flâiidre chargées de marchandises, furent brûlées par les Anglais en 1341. Yoy. Naval Hi$tary of Englandy 1. 1, p. 259.
■UT. m eOMMUCK, T. I. 23
mis à bord des vaisseaux étrangers, dans le but avoué d'aller faire la guerre aux sujets d'Edouard III.
Ce prince, en apprenant ces nouvelles, ne put contenir sa colère : « Nous avons manerié les Espaignols de longtemps — (c dit-il à ceux qui l'entouraient — et nous ont fait plusieurs « dépits, et encore ni en viennent-ils à nul amendement, mais « se fortifient contre. Si faut qu'ils soient recueillis au « repasser. »
Et il donna ordre d'armer des navires de guerre, en anoonçant son intention d'en prendre le commandement.
Le roi partit en effet de Londres, dans le courant de Tété» emmenant avec lui le prince de Galles et le comte de Richmood, ses deux fils. Ils étaient accompagnés d'une foule de hauts barons anglais, et de quelques seigneurs belges, parmi lesquels brillaient Gautier de Mauny et Robert de Namur. Ce dernier avait épousé une sœur de la reine d'Angleterre, et s'était fait une grande réputation par ses exploits contre les populations sauvages de la Prusse et de la Lithuanie, et son pèlerinage aux lieux saints. Edouard III confia la direction d'un des plus beaux navires de sa flotte, appelé la Salle du Roi,
On était au mois d'août, et la mer était calme et tranquille. Le monarque anglais, assis sur le pont de son navire « faisoit ses ménestrels corner devant lui une danse d'Allemaigne, que messire Chandos, qui là étoit, avoit nouvellement rapportée, » lorsque la vigie donna l'alarme : une flotte de quarante gros vaisseaux cinglait vers les Anglais, toutes voiles déployées, prête au combat. Les Espagnols s'avançaient en bon ordre « tellement pourvus de toute artillerie que merveille étoit à penser, et aussi de gros barreaux de fer forgé et faits tous faites pour lancer et pour effondrer nefs, en jetant pierres et cailloux sans nombre. »
Le roi Edouard fit aussitôt sonner les trompettes, et lança sa galère sur le premier navire espagnol qui s'offrit à sa vue. Le choc fut terrible, et les mftis se brisèrent, entraînant dans leur chute une foule de marins et d'arbalétriers, qui s'y étaient placés pour lancer des traits sur l'ennemi. Les deux bâtiments, qui avaient également souffert, étaient sur le point de sombrer, lorsque les Anglais aperçurent une autre nef espagnole, l'atta--
quèrent à l'abordage, sous les yeux du roi, et s'en^emparèrent après un combat acharné.
L'action devint bientôt plus confuse, .en se généralisant, et le prince de Galles courut pendant quelque temps les plus imminents dangers. Assailli par un des plus grands vaisseaux emiemis, la quille de son embarcation s'entrouvrit, faisant eau de toutes parts. Ses gens luttaient en désespérés pour prendre possession du pont de la galère espagnole, mais sans y parvenir, lorsque le duc de Lancastre s'aperçut heureusement du péril dans lequel ils se trouvaient, et vint au secours du prince, aux cris mille fois répétés de « Derby à la rescousse ! » Les Castillans reculèrent à leur tour, défendirent pied à pied leur navire, et finirent par périr presque tou» les armes à la main.
Robert de Namur, à bord de la Salle du Roi, se voyait attaqué vers le même temps par une grosse nef d'Espagne, d'un tonnage fort supérieur à la sienne. Les Espagnols, après avoir jeté le Snppin sur le pont du vaisseau anglais, continuèrent leur route, cherchant à entraîner leurs adversaires en pleine mer, espérant ^ors en avoir meilleur marché. Un des hommes d'armes de Robert de Namur, nommé Hanekin, déjoua cependant leur projet, par son audace intrépide. Saisissant son épée, il s'élança brusquement sur le navire étranger, renversa tous ceux qui s'opposaient à son passage, parvint au grand màt et, avant que ceux qui l'entouraient fussent revenus de leur surprise, trancha les câbles qui servaient à manœuvrer la voile.
«Adonc, dit Froissart, s'avancèrent messire Robert de Wamur et ses gens quand ils virent cet avantaige, et saillirent en la nef espaignole de grand'volonté, les épées toutes nues ens es mains, et requirent et envahirent ceux que là dedans ils trouvèrent tellement qu'ils furent tous morts et mis à bord. »
La nuit était arrivée lorsqu'on cessa de combattre : quatorze navires espagnols avaient été coulés bas ou capturés , et les trompettes anglaises annoncèrent au loin le nouveau triomphe do roi Edouard.