‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 29 sur 74 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

** dac de Bourgogne à Paris. — Traité de Chartres. — Ses suites. — L*hiver

^ 1409. — Béforme législative en Brabant. — Guerre civile. — Les

'"ùlices brageoises. — Luttes entre les Bourguignons et les Armagnacs. —

I^<ea chaperons blancs. — Désordres à Paris. — Le duc retourne en

*Uijdre. — Négociations avec l'Angleterre. — Nouveaux combats. —

^î«e d'Ârras. — Les foires d'Anvers et de Malines. — Débats entre ces

^*^Ux riUes. — Les Hanséates. — Le mot • flamand • synonyme de celui

^e • marcliand. • — Les Belges à Ceuta. — Les Anglais à Harfleur. —

'^^UiUe d'Azincourt. — La France envahie par les Anglais et les Bourgui-

%iioiu. — Conférences entre les princes. — Meurtre du duc de Bourgogne.

Après avoir dompté les communes liégeoises, Jean sans *^^ur, victorieux et triomphant, ne songea plus qu*à reparaître ^^ Îranc6. Ses ennemis, trop faibles pour lui défendre Taccès ^^ la capitale, se réfugièrent à Tours en apprenant sa résolu- ^^fi, entraînant le roi dans leur fuite. Le duc de Bourgogne, y^^jours populaire à Paris, y fît son entrée le 28 novembre 1408, ^3 requête des habitants. Trop habile pour ne pas s'apercevoir que l'appui présumé du souverain donnait une grande *^î*ce aux Orléanais, il trouva prudent de traiter momentanément avec eux. La mort de la duchesse d'Orléans, survenue ^^rs cette époque, facilita les négociations, qui aboutirent à un ^Pprochement entre les partis. Une assemblée générale eut ^^à Chartres, le*^ mars 1409, durant laquelle les princes déclarèrent leur intention de vivre désormais en bonne intellio^nce, sans plus s'occuper du passé.

■iT. M COnUACl, T. u. ^

Le roi» en se retrouvant au milieu des Parisiens, se vit Tob d*une véritable ovation, car chacun saluait son retour comi une garantie de paix. Diverses circonstances ne tardèrent | cependant à dissiper cette illusion, et à donner à TacCé ( venait de se conclure son véritable caractère : celui d*un arm tice entre belligérants. A peine réconciliés, les membres de famille royale ne semblaient en effet avoir qu'une seule peiis< celle de se préparer à d'autres luttes. Le duc de Bourgogi tout en s'occupant de l'organisation des fêtes qui devaient célébrer à Bruxelles à cause du mariage du duc de Braba concluait secrètement un traité d'alliance avec le roi de Navai et s'insinuait dans les bonnes grâces de la reine et du duc Guyenne ; le duc d'Orléans, non moins actif, se créait aussi i relations nouvelles, et épousait Bonne d'Armagnac, flHe comte Bernard d*Armagnac et petite fille du duc de Berri : paix était moins assurée que jamais. Cependant l'hiver de 11 avait été rude aux populations^ particulièrement en Flandre; rasière de blé y valait vingt sous, et un grand nombre de |M sonnes y moururent d'une maladie contagieuse, qui, éclitf d'abord à Gourtrai, avait fait le tour du pays. Lç Brpbant, 9. gré toutes les réjouissances officielles qu'on faisait sur 1 territoire, n'était guère mieux partagé; on y introduisit néi moins, vers ce temps, une réforme dont nous croyons der dire quelques mots, car elle modifia singulièrement la lég lation criminelle jusqu'alors en usage, et exerça une aet puissante sur les mœurs.

Ainsi que dans toutes les contrées soumises à rinfluei germanique, le droit de punir n'était considéré, en BrabM que comme l'exercice du privilège accordé à la personne Ito ou à ses descendants, de se venger d'une attaque injustedroit, dont l'application finit par être confiée h des juges, o's partenaii en réalité qu'au plaignant, dont la volonté seale UH tait en aclion les divers rouages judiciaires ; sans son 9i9ù^ Tofiicier public n'eut osé agir : le criminel échappait à ' répression. On augmenta désormais les attributions du 999^ trat, et celui-ci, chargé de poursuivre d'office toute infraotio à la loi, cessa d'être le dispensateur des vengeances partiec Hères, pour devenir le représentant de la communauté, 1

défenseur des institutions établies. On considérait encore, il e&lvi'ai, toute peine comme une rétaliation, mais on s'initiait (eu it peu à cette théorie plus noble, plus élevée, qui, tout en reconnaissant à la société le droit de frapper ceux qui troublent wu repos, impose cependant à celle-ci le devoir de chercher à les améliorer et à les ramener au bien. 1â guerre civile un moment suspendue, à la suite des conféfenees de Chartres, éclata de nouveau en 1410. Les princes ^Orléans, à la tête de leurs troupes, portant l'écharpe blanche <te Armagnacs, manifestaient Tintention de marcher sur Paris ^Q d'en chasser le duc de Bourgogne, pendant que celui-ci, ^'après le vœu des communes flamandes, se rapprochait de •'Angleterre et traitait avec Henri IV. On prétend qu'il fut non ^ulement question entre eux d'une étroite union commerciale, ^ais aussi de la cession des ports de Flandre, qu'il s'agissait ^c remettre aux Anglais en même temps que l'Aquitaine et la ï^ormandie. Quoi qu'il en soit, il est incontestable que le roi ^enri s'efforçait alors d'augmenter sa popularité auprès des ^hmands, et leur témoignait les plus grands égards. En voici ^^ exemple. Un chevalier, messire Prendegerst, s'était emparé ^ Calais de deux navires de commerce, chargés de marchandises appartenant à trois négociants belges, Jean Dierdolf, ^^ de le Beeke et Pierre Cummebier. Ceux-ci réclamèrent ï^ur propriété, et le monarque écrivit aussitôt au prince de ^^les, lui ordonnant de terminer promptement cette affaire, à ^51 satisfaction des intéressés. Dès les derniers jours du mois ^e novembre 1410, il avait envoyé des députés en Flandre, et ^eçut ceux du duc de Bourgogne dans le courant du mois de Wnner. Les trêves furent renouvelées pour cinq ans entre les ^xpays, et on parla même d'un mariage entre le prince royal ^Tune des filles de Jean sans Peur.

Ea attendant, la France continuait à être ravagée par les Wis de guerre. Après une nouvelle tentative de conciliation, suivie du traité de Bicêtre, les Armagnacs, exécutant la menace Vih avaient faite précédemment, s'avancèrent vers la capi- ^e, tandis que les chefs de la corporation des bouchers, les ^oix, les Saint-Yon et les Thibert, massacraient impitoya- Mement, dans les rues de cette cité, tous ceux qui osaient se

montrer en public sans le chaperon bleu adopté par les Boui guignons. Une belle armée, composé de Flamands, de PFcarci et d'Artésiens se réunit bientôt sous les ordres du duc Jeai qui, allant au devant de ses adversaires, s'empara successivi ment des villes de Ham, de Nesle, de Chauny, de Roye, et U rencontra enfin non loin de Montdidier, prêts à combattre.

On s'observait déjà depuis quelques jours, lorsque les Flî mands, qui craignaient d'être retenus longtemps sous les dn peaux, envoyèrent une députation à leur prince, pour lui dii a qu'ilz ne voloient joquier ne arester sans baptaille, mais pa$ ser oullre supz leurs opposantz, ou sinon qu'ils retourneroîei en Flandre. »

Ce message ayant été communiqué au duc, le remplit d'ir quiétude et de douleur. Les milices flamandes étaient nom breuses, et leur départ lui enlevait tout le fruit d'une pénîbl campagne. Il se mit aussitôt en rapport avec leurs princîpac chefs, exposa h ceux-ci les dangers qui résulteraient inévitabl ment de toute manœuvre imprudente et inconsidérée, et 1 supplia de le servir encore une semaine, s'engageant à 1 ramener dans leur pays après ce délai. Il espérait avoir réus à ébranler leur résolution, lorsqu'on lui apprit, au point jour, que les bonnes gens des communes, ayant attelé leu: charrettes et mis le feu à leur camp, prenaient en toute hât^ route de Flandre. Surpris et troublé, il voulut tenter une d ^ nière démarche, monta à cheval avec son frère le duc de B:i banl, et courut vers eux. Là, ayant ôté son chaperon, il les c<: jura à mains jointes de ne point partir, ajoutant qu'il ne 1^ demandait plus que quatre jours, les appelant ses compagnoi ses frères, les plus fidèles amis qu'il eût au monde, leur pf mettant les plus beaux privilèges et la remise de la taille à te jamais : rien ne put les émouvoir ni vaincre leur volonté.

L'armée bourguignonne, désormais trop peu considérable poi rester aux champs, se retira sur Péronne, et les contingem belges continuèrent leur voyage vers le nord. Le 6 octobre 1-H ^ dans l'après-midi, les Brugeois arrivèrent à trois lieues de leti ville, où chacun s'attendait à les voir faire leur entrée, p* corps de métiers. Tel n'était point cependant leur projet, ain5 qu'ils le déclarèrent eux-mêmes à leurs magistrats.

Nous sommes sous les armes, leur dirent-ils, et nous y resterons aussi longtemps qu'on ne nous aura pas rendu justice. ^n nous a défendu, sous peine capitale et confiscation des **îens, d^apporter les bannières des corporations sur le marché ^vânt qu'on ait déployé le drapeau du prince et celui de la ville ; ^^Ite ordonnance est contraire à nos privilèges, et nous voulons quelle soit rapportée.

Les officiers du duc, après quelques hésitations, se virent obligés d'accéder à ces exigences; l'acte dont les Brugeois ^^lamaient l'abrogation fut remis à leurs délégués, qui le déchirèrent en mille pièces.

Le duc d'Orléans, dont les affaires s'étaient brusquement **©levées, investit Paris en octobre 1411. Il espérait bien triompher de la résistance de ses habitants, lorsque le duc de Bour- Sogne . dont Ténergie semblait redoubler au milieu des revers, accourut à la défense de la capitale avec de nouvelles troupes, Pî^rmi lesquelles on remarquait un corps de douze cents lances anglaises sous le commandement du comte d'Arundel. Dès lors tout changea de face; les Armagnacs, battus à la Chapelle- Saint-Denis, subirent une défaite plus désastreuse encore à Saint-Qoud, puis se retirèrent avec précipitation, après avoir '^ï^ à feu et à sang toute la vallée de Montmorency. Jean sans I*€ur, décidé à ne plus laisser de repos à ses ennemis, se fit délivrer, au nom du roi, des pouvoirs illimités, partagea son ^rmée en plusieurs divisions, et fit ravager impitoyablement les domaines de tous ceux qui avaient combattu contre lui.

Les ennemis du duc de Bourgogne, réduits aux dernières

extrémités, envoyèrent des émissaires au roi Henri IV. Ils s'of-

*Went à lui remettre toutes les villes, châteaux et bailliages

Qu'ils tenaient encore en Guyenne et en Poitou, s'engageant en

^^Ireà faire passer ces deux provinces toutes entières sous son

obéissance, à condition qu'on voulut bien leur envoyer, pour

Prtxdeces avantages, un secours de mille hommes d'armes et

^ trois mille archers.

le roi d'Angleterre, qui commençait à se méfier des Bourguignons, se montra fort empressé de souscrire à des propositions *W8i favorables. Il écrivit en conséquence aux villes de 'l^ndre, leur annonçant qu'il allait s'opposer aux projets de

n HSTOiRs DU coMuraci

conquête daduc Jean — dont les adhérents se dirigeaient dégk ven rA<tuitaine — et priait les communes^ ses anciennes alliées, de lui faire connaître si elles entendaient respecter les trêves conclues précédemment entre eux. Les Flamands lui r^ndirelM aussitôt que telle était leur intention , tout en avertissant leoi prince de la communication qu'ils venaient de recevoir. Gelui-ei n'y vit qu'un motif de plus poui" hâter la ruine de ses rivaux, el comme le roi Charles YI se trouvait alors dans un de ses moments lucides, il lui fit prendre l'oriflamme à Saint^Denis, èl l'entratna au siège de Bourges, où l'héritier du trône, alors dm de Guyenne, l'accompagna également.

A peine arrivés au pied de cette placQ forte, les chefo di l'armée royale sommèrent le duc de Berri d'en apporter les clef! au souverain. Le duc répondit que la ville était ouverte au roi€ au duc de Guyenne, mais qu'ils avaient en leur compagnie de gens qu'il n'y voulait point recevoir, et contre lesquels il oroyai de son devoir de se tenir en garde. II fallut donc recourir à force, et une première attaque fut dirigée contre Tune des por^ de la cité, le 11 juin 1413. Les Armagnacs se défendirent vaiDa^v ment, firent à leur tour une sortie contre leurs adversaires, bientôt des combats journaliers eurent lieu entre les deux armé^

Le duc de Bourgogne, qui avait espéré en finir prompte avec le parti d'Orléans , se vit à son tour dans une position difiicile. Les troupes manquaient de vivres; une maladie épi^ mique régnait dans le camp royal , et le siège de Bourges t:^ nait en longueur. Le duc de Guyenne, fatigué de la guec*^ annonça enfin l'intention de traiter avec le duc de Berri. G^ résolution fut approuvée par le conseil , malgré l'oppositioni Jean sans Peur, qui se vit contraint d'y accéder lui-iftême ^ apiprenant le débarquement des Anglais à la Hogue. Des poO parlers eurent lieu entre les princes, et comme les deux patt^ avaient également soufTert, leurs chefs jurèrent de nouveav d respecter les clauses delà convention do Chartres, s'engagèr<0 à vivre en paix et renoncèrent à toute confédération coniniré à l'alliance qu'ils venaient de contracter.

Cette fois le peuple ne manifesta que du mécontentement, cir l'arrivée des troupes britanniques l'exaspérait contre les Anouh gnacs. Les gentilshommes bourguignons, craignant de perdtû

ET DE LA MARINE EIK ftELSigUE.

I biens qu'ils avaient enli;vés au\ partisans du duc d'Orléans , HfiHienl d'ailleurs, auiani qu'ils le pouvaient , le feu de la dis- Covde. Les Parisiens finirent par se révolter, marchèrent sur la fissiille, puis sa transportèrent de là à l'hôtel du dauphin, et soiamèrent ce prince de leur remettre un certain nombre de **tgneurs, ses conseillers, accusés de trahison envers l'Étal. l£ daupliin, qui commençait à prendre ombrage de la puissance du duc de Bourgogne, ne put dissimuler sa colère et se ïournacl vers celui-ci, alors à ses côtés : — « Beau père, dit-il, COci m'est Tait par vos conseils, et vous ne pouvea vous en justifier, car ce sont des geos de votre hôtel qui sont les principaux; mais comptez qu'une lois vous vous en repentirez, la besogne n'ira pas toujours ainsi ^ voire plaisir. »

Le duc Jean, en se senant des passions populaires pour se

raffermir au pouvoir, emplopit un moyen exlrême, dont il

"l'appréciait point tous les dangers. Peu de temps après la com-

oiotion que nous venons de décrire, vinrent à Paris quelques

tl^ulés gantois, auxquels on lit un excellent accueil, et qui

avaieiil été chargés par leurs compatriotes de porter certain

OQessage au duc de Bourgogne. Les Gantois, excités par le bruit

qui se Riisail autour d'eux, se rappelèrent leurs anciennes

luttes et, tout en fraternisant avec les bourgeois de la capitale.

s« parèrent du chaperon blanc, symbole de liberté et d'alliance

CiUre les villes Ramandes. Chacun les imita, même le dauphin

et les seigneurs du conseil, laissant ceux qui avaient fomenté

l'émeute dans l'impossibilité de la maîtriser.

Taudis que la corporation des bouchers et les gens des pelits niétiers remplissaient Paris deleurs clameurs, persécutant tous ^uxdont ils craignaient l'influence ou l'autorité, les gens riches n iutluents se lassaient peu à peu de tous ces excès, dont ils l^isaiEDt remonter la responsabilité au duc Jean. Les Orléanais, SVK lesquels ils négociaient secrètement, se mirent Ji lever des Iwupes dans les provinces, et la réaction ne tarda pas à faire ^progrès rapides et assurés. Durant toutes ces dissensions, 1* situation politique de la France s'assombrissait de plus en . f^'H; les Anglais armaient activement, et ne cachaient plus 1 «ut% intentions. Ils étaient déjà en Guyenne, lorsqu'on annonça i 1^ lovée d'une taille générale dans tout le royaume, destinée fi

payer les gens de guerre qu*on voulait envoyer contre eux. L parti modéré, qui ne guettait qu*une occasion pour mettre fin i la domination des Legoix et des Saint- Yvon, tendit un piège : ceux-ci et, s*adressant à leurs sentiments de patriotisme » le chargea de présider à la rentrée des taxes. Cette mission s impopulaire les perdit; un brusque revirement se fit dans Topi nion publique, Técharpe blanche remplaça le chaperon , et i duc de Bourgogne fut forcé de quitter Paris en fugitif, sui^ d'un petit nombre de serviteurs, se dirigeant à bride abattu vers la Flandre.

A peine en sûreté dans sa bonne ville de Bruges, il y reçu une ambassade anglaise, et chercha à renouer le mariage de s fille avec le roi d'Angleterre. Henri IV était mort quelque mois auparavant, et le prince de Galles, alors Henri V, venai de monter sur le trône. Ce monarque, qui comprenait combiei les dissensions qui déchiraient alors la France favorisaient s propre cause, ne visait qu'à les prolonger adroitement, c envoyait des négociateurs dans les deux camps. Jean sans Peux après de vaines démarches de ce côté, s'attendait à être attaqu d'un moment à l'autre, lorsqu'on lui remit des lettres par les quelles on le suppliait de se rendre à Paris. Rappelons briève ment ce qui s'était passé dans cette capitale, depuis le dépar du duc de Bourgogne.

Les chefs de la faction d'Armagnac, en reprenant les rêneî du pouvoir, n'avaient d'autre pensée que d'enrichir leurs partisans. Le dauphin, irrité et mécontent du rôle secondain auquel on le condamnait, désirait à son tour participer au gou vernement de l'État. Enfermé au château du Louvre, sani influence dans le conseil, il en vint bientôt à regretter li présence des Bourguignons, et c'était lui qui venait de récla mer leur intervention.

Jean sans Peur, saisissant ce prétexte, se mit aussitôt ei route avec une petite armée, qu'il conduisit jusqu'aux portes Ai Paris. On lui avait fait espérer que le peuple se révolterait i son approche, mais il n'en fut rien, et le dauphin Iui-mém( avait changé d'avis. Les Bourguignons se retirèrent en tout hùte, tandis que leurs ennemis, n'ayant plus aucun «lénage ment à garder envers le duc, faisaient condamner solennelle

ment la thèse soutenue jadis par Jean Petit, et convoquaient le ban et rarrière ban du royaume pour porter un dernier coup à 1^ maison de Bourgogne.

Indépendamment des hommes d'armes français, une foule

d'A^Uemaiids, commandés par le sire de Saarbrûck, répondirent

^ cet appel. Le roi sortit de Paris au commencement du prin-

^naps, s'empara de Compiégne et de Soissons, puis vint inves-

^ï* la ville d'Arras, défendue avec courage par les sires de

^Oumonville, de Craon et de Menou. Le duc Jean — auquel les

Communes flamandes avaient déclaré qu'elles ne prendraient

^ï^cunepart à la lutte — se trouvait dans le plus grand embar-

^s, lorsque le duc de Brabant, la comtesse de Hainaut et les

*-tai8 de Flandre le réconcilièrent avec les princes. Il s'engagea

^ rendre la forteresse du Crotoy, promit de renvoyer tous les

rebelles auxquels il avait donné asile, et ordonna la restitution

^^s terres enlevées aux Armagnacs. On convint, en outre, que le

duc ne reparaîtrait plus à la cour, sans le consentement exprès

^u roi ; qu'il s'abstiendrait de toute alliance avec les Anglais,

Qt se conformerait d'ailleurs, à toutes les clauses du traité de

Chartres.

Le dauphin, profitant de l'impopularité des Armagnacs et ûes Bourguignons, leur succéda au pouvoir. Il ne gouverna P^ avec plus de sagesse que ses prédécesseurs et, après avoir dissipé les trésors que la reine-mère avait déposés chez trois bourgeois de Paris, laissa le royaume plus affaibli que jamais. Le roi d'Angleterre, informé du triste état de la monarchie française, fit enfin une démarche décisive et demanda la main de Madame Catherine, fille de Charles VI, en même temps que Texécution du traité de Brétigny et la cession de la Normandie. Il annonçait, en cas de refus, qu'il soutiendrait ses prétentions par la force des armes.

les populations belges, tout en subissant le contre-coup de

tous ces troubles, continuaient à s'appliquer avec persévérance

au développement de leurs relations commerciales» souvent

jiiterrompues par la guerre, et toujours patiemment renouées.

L'empereur Sigismond, qui avait combattu à Nicopolis avec le

comte de Nevers, accorda à la ville d'Anvers, dont il était

suzerain, le droit d'établir deux foires privilégiées. Tune après

6f MBTOmB DU COmERCC

la Pentecôte, l'autre au mois d*août (1). Il cotiflnna égalemeBt le 31 janvier 1415, les franchises attachées aux foires pério diques de Malines. Nous avons déjà vu que les habitants d cette dernière ville, en réclamant un droit d*étape sur la vent du poisson, du sel et deTavoine, s'étaient attirés de fréquente querelles avec les Anversois. Ces débats, qui se renouvelèreii en 1410, furent sur le point d'amener de sérieuses eomplica tions. Il paraît que les magistrats de ces deux communes, n pouvant tomber d'accord, en appelèrent à e-ette époque à leur seigneurs immédiats, les ducs de Bourgogne et de Brabanl Ceux-ci se réunirent à Malines, mais sans parvenir à s'en tendre, car ils étaient trop intéressés dans la question pou rendre un jugement impartial. Jean sans Peur finit même ps s'emporter contre son frère, auquel il reprocha de prête l'oreille à de mauvais conseillers, et de préférer leur amitié ! la sienne.

— « Monsieur mon frère, lui répondit aussitôt le duc Antoine je vous recongnoy estre mon ainsné, et de tout le service e amour que je sui à vous tenus et astrains, k cause de ainsnéeté je suy prest et appareilliés de le acomplir en tant que vous n me blécherés point en ma jurisdition, car je, comme duc d Brabant et marchis, par nulle manière ne volroie souffrir qu vous, comme conte de Flandre, deussiés mon pays et les wette de ma terre apetichier ou abrevier, èsquelles choses gardei comme il me samble raison l'enseigne, devant tous aultres vou estes tenus de moy assister de ayde (2). »

On se sépara sans rien conclure, mais le duc de Braban décidé à faire respecter les privilèges de la ville d'Anvers, t construire une forteresse à Rumpst, dont il donna le commai dément h Arnoul de Zeveiieberghe, avec ordre d'arrêter toi les bateaux qui se rendraient à Malines (3).

Quant aux Flamands, ils s'imposaient alors les plus gram sacrifices pour retenir les Hanséates, qu'ils indemnisaient (

(1) Par SCS lettres du Vi janvier 1415. Voy. Messager des sciences hisi année 1851, liv. II, p. 193.

(i) Chron. âedeDiiHer, t. 111, liv. VI, chap. LXXIII, p. Ô83. (3) Id.y p. 686.

ioutesles pertes subies durant les troubles (i). Les affaires de la Hanse étaient, à cette époque, dans un état de crise. Le Danemark, la Suède et la Norwége, réunis un instant à la SBite de Tunion de Golmar, sous la main puissante de Marguerite , fille de Waldemar III , roi de Danemark, et veuve de Hikan VII, roi de Norwége, venaient de passer sous le sceptre ffÉric VIL La partialité de ce prince en faveur des Hollandlàs,* établis en Scanie, avait mécontenté vivement les villes de lAbeck, de Hambourg et de Rostock, auxquelles ils faisaient concurrence, et il en résulta une longue guerre, pendant laquelle te c6tes danoises et hollandaises furent ravagées par les Birins hanséatiques (2). Les Belges et les Anglais profitèrent pivstard de ces sanglants démêlés pour augmenter leurs expéditions dans la Baltique, et étendre leurs opérations dans tous te ports de la Moscovie, de la Livonie et de la Prusse. Wisby, h capitale du Gotland, recevait les draps de Poperinghe, dTfppes, de Tournai, de Bruges et des autres cités de Flandre ^de Hollande, alors en possession de la fabrication des tissus do laine. La réputation de nos marchands était si grande vers ^ fin do xv^' siècle, que le mot « flamand » était devenu dans Waines contrées, en Angleterre, par exemple, une expression quasi équivalente à celle de « trafiquant (3). » L'exten- •wi de nos expéditions dans le Nord devait nécessairement

(ij ht lettres du il avril 1415, Albert Happe, marchand allemand, ^tmaU ttoir reçu de Michel de Wuif et de Jacques Peckel, bourgeois ^'TpKê} payant pour compte de ladite ville, et au profit de la généralité des salants de la Hanse Teutonique, trois cents bonnes couronnes d'or (goede gildenen kroenen) monnaie de France. Arch. d'Ypres, i* bureau voûté, Jim. fi, casé 40, n* 16.

(i) Altmeyer, Hist. des relations commerciaks et diplomatiques des Pays-Bas éHk lé nord de VEwrope fendant le xvi' siècle, 1840, un vol. ln-8* p. 7 et suiv. (•) On en trouvera la preuve en ces quelques vers, quf datent de l'époque :

Within the bail, neither rich nor yett poore

Wold do for me ought although I shold dye

''Which seeiog I gat me ont of Ihe doore

"Where flemynges began on me lo cry :

t Marier, what will you copen or by ?

■ F/ne felt haltes, or spectacles io reedn ?

• Lay down your silTeraod herc you may si>eede. »

{Minorpœms of Lydgatc (1490) London, Lackpenny Ed. per. »oe. 1840, p. iU9).

64 HISTOIRE DU COMBŒRCE

donner une impulsion plus vive à nos relations avec les pays méridionaux, dont les produits y trouvaient un placement avantageux, aussi les chroniques locales nous apprennentelles que la république de Gènes fit construire à Bruges, en 1414, un vaste édifice à l'usage de ses citoyens (1). Plusieurs chevaliers belges, parmi lesquels on cite Henri d'Antoing, Philippe de la Chapelle et Jacques de Hennin partirent vers le même temps pour l'Afrique, et contribuèrent à la prise de Ceuta, l'une des villes les plus importantes du Maroc, qui ouvrit ses portes aux Portugais en 1415 (2). Ij^Dans le courant de la même année, le 14 août, les Anglais débarquaient sur la côte de France, et s'emparaient de Harfleur. Trop peu nombreux pour se risquera l'intérieur du pays, ils longèrent ensuite le littoral, dans l'intention de gagner Calais. Hs étaient arrivés en Picardie, non loin du village d'Azincourt, lorsqu'ils apprirent que l'armée française, beaucoup plus considérable que la leur, s'avançait vers eux afin de leur livrer bataille. Le roi d'Angleterre ne pouvait guère compter que sur ses fidèles archers , tandis que ses ennemis lui opposaient une brillante cavalerie, armée de toutes pièces, et dans les rangsde laquelle on voyait étinceler les écussons des plus nobles gentilshommes de France.

Après quelques tentatives de conciliation, rejetées avec dédain, les Anglais commencèrent l'attaque, reçurent à coups de flèches et de pieux ferrés les charges terribles dirigées contre eux, repoussèrent l'avant-garde et, saisissant leurs haches d'armes, se ruèrent sur les Français en poussant d'horribles clameurs. On se battait avec acharnement , lorsqu'un chevalier, suivi d'une douzaine de serviteurs, arriva au galop sur le champ de bataille. Sans prendre le temps de revêtir une armure, -il arracha la bannière d'un de ses trompettes, perça un trou dans le milieu, passa la tête au travers, et s'élança sur les troupes anglaises, la lance au poing, en poussant son cri de guerre : « Brabant! Brabant! » C'était le duc Antoine, qui, n'ayant pu

il) Beaucourt (le Noorlvelde, Tableau fidèle, etc., l. 1, p. 152; Sanderus, l. II, p. 6.

li) Kerv>n do Lcllcnliove, Élude littéraire sur Froissart, l. II, p. 88.

décider les bonnes villes de ses États à lui fournir leur aide, paraissait au dernier moment pour prendre part à la lutte , se plonger au plus épais de la mêlée et y recevoir la mort.

La victoire du roi d'Angleterre fut complète, mais chèrement

achetée, car il y perdit le duc d'York, le comte d'Oxford, et

beaucoup d'autres de ses compagnons d'armes. Les Français,

plus sévèrement éprouvés encore, laissaient plus de huit mille

des leurs dans la plaine: le duc d'Orléans et le comte de Riche-

mond étaient prisonniers (1).

L'inaction du duc de Bourgogne , qui avait offert ses milices Ua France à la condition de les conduire lui-même à l'ennemi, et leur avait défendu de se mettre en mouvement en se voyant refuser cette faveur, devint l'objet des critiques les plus amères. On lui reprochait de s'être rapproché secrètement des Anglais — bien qu'il eut envoyé défier leur souverain en apprenant le trépas du duc de Brabant — et les soupçons dont il était l'objet acquirent une force nouvelle lorsqu'on sut qu'il songeait à • reprendre le pouvoir et à revenir à Paris. Pour ce qui est des Flamands, ils témoignaient ouvertement leurs sympathies envers Henri V, qu'ils renseignaient avec soin sur tous les mouvements de l'armée royale (2).

Quel que fût le rôle politique du ducJean à l'égard des Anglais, on ne resta pas longtemps en doute au sujet de ses projets sur ^France, qu'il envahit à la tête des contingents de Savoie, de Bourgogne et de Lorraine. Il guerroyait contre les Armagnacs, lorsque le dauphin tomba gravement malade, et mourut quel- <pes jours après. Le comte de Ponliiieu, qui devenait par ce décès l'héritier présomptif de la couronne, était alors auprès du oomiede Hainaut, c'est à dire chez l'un des parents du duc de Bourgogne. Ce dernier, après avoir ravagé la Champagne et tenté inutilement de provoquer un soulèvement à Paris, revint

(1) Voy. dans « Die aider excellenste cronykevan Brabant, » Anlw., 1502, "*"fcl. ch. LV, les noms des belges qui moururent à Azincourl ; on pourra ^<^«ller également à ce sujet Lefebvre Sainl-Remy, p. 61 ; Monslrelel, t. I, P- ^W; Pierre de Fenin, an 1415; Journal du bourgeois de Paris, an 1415; la C^ni^iq^ie de de Dinter, t. Ilï, liv. VI, etc.

(*) Voy. la lettre du gouverneur de Calais au duc de Bedford, Rymer, /ûp^era, i. lY, I, 147.

<6 QISTOIRE DU COMMERCE

en Belgique et alla. voir le nouveau dauphin, auquel il s'empressa d'offrir ses services.

Jamais la France ne s'était trouvée dans une situation plus déplorable. Le comte d'Armagnac, sentant la nécessité d( signaler son administration par quelque coup d'éclat, allamettn le siège devant Harfleur, qu'il fit bloquer du côté de la mer pti des vaisseaux génois et castillans. Ceux-ci furent dispersés pti une flotte britannique, et le mauvais succès de cette expéditioi augmenta encore l'anarchie générale. Le duc de Bourgogne, di son côté, se rapprochait de plus en plus de l'Angleterre; dei négociations, ayant pour objet apparent les affaires commer ciales de la Flandre, et pour but réel la conclusion de quelqw convention secrète, se poursuivaient entre les deux cours (1) Le duc fit de fréquents cadeaux en draps d'argent aux envoyé du roi Henri V (2), qu'il vint même visiter à Calais. Il refùsi cependant de souscrire au projet d'alliance qui lui fut préseni par ce monarque, espérant obtenir des conditions plus favorc blés du dauphin, avec lequel il eut une nouvelle conférence, 13 novembre 1417. Jean sans Peur y jura de servir fidèleme= le roi et le jeune prince, et de les défendre contre tous leuB adversaires. Celle promesse fut agréée, et le comte de Hainam garantit à son beau-frère de Bourgogne qu'il ne remettrait dauphin qu'en mains sûres: de plus, il s'engagea à aller trou^ la reine, et à faire en sorle que quinze jours après le duc mandé en France, se réconciliai avec le roi, et fit un bon traii pour le plus grand avantage du royaume.

Les Armagnacs, dont la tyrannie pesait lourdement sur le Parisiens, se voyaient menacés de toutes parts, lorsque lediBphin Jean mourut presque subitement à Compiègne, des suites d'un abcès disaient les uns, tandis que d'autres accusaient ouvertement le roi de Sicile d'avoir fait empoisonner le prince, afin d'assurer le trône au troisième fils du roi, Charles duc de Touraine.

\\) Voy. Rymcr, (œdera, vol. IX, pp. 451, 453, 481, 486, etc.

(i) Voy. les ducs de Bourgogne, V partie t. I, p. 153, n' 190. Ce dn coulait en Flandre, au commencement du xv* siècle, 50 écus d'or la pièei Leb ducs en distribuaient fréquemment à leurs principaux officier Voy. Touvragc cilé, p. 154, n' 495; id. p. 113, n* 443, etc.

ET HE LA MABIItt EN BELGIQUE. 67

duc de Bourgogne, perdant tout espoir d'entrer en arrangement avec ses ennemis, prit aussitôt les armés, après avoir publié, dans un manifeste daté du château d'Hesdin, qu*îl «procéderait par voie de feu et de sang contre tous ceux qui s'opposeraient à son entreprise, soit universités, états, communes, chapitres» collèges, nobles et tous autres de quelque condition qu^ils fussent. »

Ses succès furent rapides, dès son entrée en France, et les

viUes de Reims, de Ghâlons, de Troyes, d'Auxerre se prononcè-

^nten sa faveur. La reine Isabelle de Bavière, mécontente des

\nnagnacs qui l'avaient exilée à Tours, se déclara en faveur du

^^cJean, qui vint la trouver à Chartres. Les chefs du parti

apposé, ayant à combattre en même temps les Anglais et les

^urjuignons, devaient nécessairement succomber dans cette

*^tte inégale. Une troupe d'hommes d'armes, commandés parle

ligueur de FIsle-Adam , pénétra dans Paris dans la nuit du

*8 au 29 mai 1418, aux cris de : « Notre-Dame de la Paix, vive

*^ roi! vive Bourgogne! » Le dauphin Charles, accompagné du

Pï^ôt Tanneguy-Duchâtel , n'eut que le temps de monter à

^eval pour fuir vers Melun, tandis que le comte d*Armagnac,

^rès avoir fait de vains efforts pour rallier les siens, périssait

^us les coups de la populace ameutée.

Jean sans Peur, que cette révolution appelait au gouverne-

^ïl^nt de l'État, ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle n'améliorait

i^ullement sa position. Il ne pouvait, en effet, en qualité de

ïégent du royaume, permettre aux soldats de Henri V — aupara-

Vtot ses plus précieux auxiliaires — de continuer à ravager les

plus belles provinces de la France, et sa victoire lui imposait la

nécessité d'entreprendre de nouvelles guerres, non seulement

contre la faction rivale, encore formidable, mais aussi contre

un ancien allié. Les rôles étaient intervertis, mais le peuple ne

. i'^n trouvait pas plus heureux, et le duc Jean, triomphant en

apparence, ne faisait que succéder aux difficultés qui avaient

causé la ruine de ses adversaires.

Le dauphin, à peine en sûreté, réunit autour de lui tous ceux

qui s'étaient attachés à la fortune des Armagnacs et, rejetant

fâbord tout compromis avec le duc de Bourgogne, envoya des

inbassadeurs à Henri V. Celui-ci, sans consentir à mettre bas

les armes, promit de ne Tournir aucune aide aux Bourguignons. Il eut grand soin cependant de maintenir les conventions coidmerciales qu'il avait contractées précédemment avec la Flandre^ et fit même faire des démarches afin qu'elles fussent respeetées (i).

Il serait superflu de rappeler, dans un travail tout spëciil comme le nôtre, les tristes événements qui remplirent la fin d0 Tan 1418 et le commencement du printemps suivant. La détressa du royaume était telle dans les premiers mois de 1419, que lei princes comprirent qu'il était temps de mettre fin à leurs diV cordes. Rouen venait de tomber entre les mains des Anglais, malgré la défense héroïque opposée par ses habitants, et toise allait bientôt subir le même sort. Le duc de BourgogoSi cédant aux instances de quelques-uns de ses conseillers, coisentit à se rapprocher du dauphin, avec lequel il eut entrevue au Ponceau, près de Melun. Les deux princes finirati par arranger leurs différends, et un traité fut signé entre eux 10 juillet. On se promit de part et d'autre l'oubli du passé, T lition de toutes condamnations et confiscations prononcées k suite de la guerre civile, enfin aide et secours contre les Angl»

Le peuple accueillit cette bonne nouvelle avec des trans de joie. On était si las de vivre dans l'incertitude du lendemaii, que personne ne doutait de la sincérité de l'union qui venailde se conclure. Malheureusement pour le bien public, il existait entre les Bourguignons et les Dauphinois une haine vi>'ace, envenimée par le souvenir des cruautés auxquelles elle avai donné lieu, et qui rendait toute réconciliation impossible, l^urs chefs avaient à peine quitté Mclun, que déjà l'on voyait renaître: dans les deux camps, les mêmes sentiments de méfiance el

(1) \o) . une lollro de Jean, duc de Belford, au comle de Charolais, gouverneur de Flandre, par laqueUc le duc prie ledit comte de Charolais d'oWeiir^ prorogation des trêves marchandes, qui devaient expirer à Pâques. KlleeA. dal(5e de Londres, le 13 mai 1418, et se trouve dans le MS 14,820, BiW. iéél Musée britannique. La Flandre qui traitait avec le roi Henri comme paysiirfé*. pendant, lui envoya cette année une députation, composée de Jacques 48 Lichlervelde, Jean d'Ulkerke, Félix de Sleenhuyze, Jean de Ghi?tene?. Gérard de Maldeghem, Thierry Ghcrbodc, Simon Ulenhovc, Jean IJonin, Jean de Varsenare, etc. Cons. Lefebvre SainhRemy, p. 94.

i^animosité qui les avaient divisés autrefois. Il fallut se résoudre à reprendre les négociations, et le dauphin s'étant avancé jusqu'à Montereau, pria le duc Jean de venir l'y rejoindre, afin d*y compléter, dans une nouvelle conférence, l'œuvre de la pacification générale.

Quelques-uns des conseillers du duc, trop expérimentés pour ^^ faire illusion sur la situation réelle des affaires, le supplièrent ^^ ne pas accepter cette invitation.

— « Monseigneur, lui disaient-ils, tout a été arrangé à Melun, îlne reste plus rien à faire qu'à s'unir pour combattre les jlais. Pourquoi vous exposeriez-vous, sans motifs, à périr "Victime de quelque trahison? »

IfC duc de Bourgogne resta sourd à leurs avis : — « Il est de

ïï^on devoir, leur répondit-il, d'aventurer ma personne pour

^irrîver à un aussi grand bien que la paix. Quoiqu'il arrive, je

ï^'aî point d'autre but. S'ils me tuent, je mourrai martyr. » Il fut

donc convenu que les deux princes se réuniraient au pont de

Montereau, vers le centre duquel on avait construit une espèce

^e loge en charpente, destinée à les recevoir. Le duc y vint en

^ffet, le 10 septembre 1419 , accompagné d'un petit nombre de

^gens, qui n'avaient d'autres armes, ainsi que lui-même, que

^w cotte et leur épée. S'étant rapproché du dauphin, devant

lequel il mit un genou en terre, il se relevait en lui adressant

Vielques paroles, lorsqu'on entendit tout à coup un grand

tumolte, au milieu duquel retentissait les cris : « alarme ! alarme !

tue! tue! »

Leduc de Bourgogne, qui avait armé jadis la main de Raoul

d'Àuquetonville contre le duc d'Orléans, tombait à son tour sous

Jes coups de Tanneguy-Duchâtel et de le Beuteiller ! Victime

d*Uû odieux attentat, il laissait derrière lui, en mourant, les

mots terribles qu'il avait dicté jadis à l'un des siens : « Il est

liàte à chaque sujet, selon la loi naturelle ou divine, d'occire

ou ftîre occire un traître et déloyal tyran. »

Ils allaient désormais , par un triste retour des choses d'icibBS^ servir d'excuse à ses ennemis.

flXST. DO COMMIICI, T. U.

Page 1