‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 30 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Avènement de Philippe le Bon. — Son alliance avec les Anglais. — 1*" de Troyes, — Convention commerciale entre les Bmgeois et les nais. — Les Castillans à Bruges. — Kcilations des Flamands avec Al( drie. — Leurs rapports avec les Florentins. — Continuation de la ga< État de Paris. — Affaiblissement des monnaies. — Inondations. — B».i de MoDS en Yimcu. — Disputes commerciales entre les Yprois et les < tois. — Canalisation de la Dyle. — L'Université de Louvain. — Né^ tions entre les Bourguignons et les Dauphinois. — Un épisode de Yhàsi de Tournai. — Jacqueline de Bavière. — Guerre en Hainaut tteal lande. — Déclin de la Hanse flamande.

Philippe (le Charolais, tils et héritier de Jean sans Vev résidait paisiblement à Gand, lorsqu'un message du sire < Neufchàtel rinforma de la triste issue des conférences deMo^ tereau. Impatient de venger son père, le jeune prince Ql aussi^ des démarches auprès des principales villes du comté, alla d'^ obtenir des subsides pour taire la guerre aux partisans é dauphin. Les Flamands, tout en témoignant leur indigoatii du crime commis sur la personne du duc de Bourgogne, dés raient cependant rester étrangers aux querelles de leurs chef et accueillirent ces demandes avec froideur. Les Bourguignoi se décidèrent alors à traiter avec Henri V, en répétant coma les Parisiens : « Mieux valent encore les Anglais que les Ann gnacs ! »

Le roi d'Angleterre, s'empressant de profiter d'une circo

stance aussi favorable, leur fit bientôt connaître ses préten* tioTis. Il offrait d'épouser Catherine de France, sans imposer auoune charge au royaume, réclamait la régence durant la vie de Charles VI, et la succession de ce monarque à la mort de celui-ci. I^ Fra nce et laGrande-Bretagne, réunies sous un seul sceptre, devaient suivre désormais les mêmes destinées.

Le duc Philippe, tout entier à la haine qu'il avait vouée aux

ennemis de sa famille, souscrivit sans hésiter à ces propositions,

et promit de les faire agréer à Paris. Il y réussit en effet, tant

était grande la surexcitation populaire et, le 2 juin 1420,

Henri V recevait la main de la princesse française, après avoir

^^U ratifier à Troyes, par l'infortuné Charles VI lui-même,

ï*arrêt de déchéance de la dynastie royale.

Pendant que ces scènes affligeantes se passaient par delà les entières belges, les habitants de la Flandre, assez heureux pour pouvoir se livrer encore à leurs laborieuses occupations, étendaient de plus en plus leurs relations commerciales avec Je midi de l'Europe. Sanderus nous apprend que les Brugepis inclurent un accord avec les Aragonais, en 1419 (1), et le roi *e Castille désigna leur ville aux marchands de la Hanse — ^uels il avait défendu l'entrée de ses États — comme le lieu où ils devaient échanger leurs produits contre ceux d'Espagne, fltfy amenaient les Castillans (2). Emmanuel Piloti, de Crête, <pii écrivait vers 1420, rendant compte des différentes nations. *om on voyait des représentants dans la ville d'Alexandrie, cite les Flamands, qui y importaient, dit-il, des étoffes de l*ine(3). Les Vénitiens leur servaient souvent d'intermédiaires, ^8e chargeaient du placement des draps* d'argent, des cristett, de l'ambre et de l'étain qu'ils recevaient de nos négo- «Mttits (4).

En 1421, les Florentins ayant acheté aux Génois, menacés

(*) Voy. Fland. tHuMr., l. II, p. 6.

^% Ânderson, Hiat. of commerce, t. I, p. 433.

9 Dans son ouvrage • De modo progressu et wdine in passagio chrisUanorum

vcosfUMta lerrœ sanclœ. ■

'^) Le doge MoDcenigo, dans un discours prononcé en \ïU, en présence ambassadeurs florentins, évaluait la circulation générale du commerce '«Disc à dix millions de seqoins. Mar. Sanuto, viledéduchidi Venezia.

iA^roâlUS DU COMMERCE

^.•tu. e port de Livourne (1), commencère

. ..ui- iesi flottes dans les contrées les i

rOccident visitait la Barbarie inférieu

!i..wiMue« et se rendait de là en Flandre et

. . V >ou retour, elle relâchait au port de Pise, a

•il ^rand commerce (2). Il fut défendu aux n

^ u4ioiiau\ d'expédier par une autre marine que c

..»ii*«.t: it^ marchandises destinées pour les places oi

...:,. U4. t> galères, sous peine d'une amende de 8 p. c.

. .^-.i io;> pi'oduits exportés. Tout ce qui concernait Ynr

.,.i. .1 ^^quipiMnent des navires, ainsi que les tarifs des n<

.,,.; t>;lo ^KU* la république; le commandement de la fl

vi «vient était remis à un amiral, qui s'embarquait ordins

..ciit c*n septembre.

Les Florentins n'obtinrent pas cependant la concession i •oii aussi important que celui de Livourne, sans souscri (iiolquos conditions onéreuses. Ils abandojinèrent à la ma :;ciioise le transport de toutes les cargaisons de laines dosaient être débarquées sur les côtes liguriennes. Beauc d'onvois se faisaient cependant par terre , et traversa Bruxelles, Paris, Avignon, pour être dirigés ensuite, soit Mai-seiile et Aigues-Mortes, soit vers la Lombardie. Lésante italiens rapportent que Tapprét des draps constituait, h c époque, une industrie particulière fi Florence. Plusieurs n( ciants florentins les faisaient fabriquer en Flandre, pour teindre et les préparer dans leurs entrepôts particuliers.

Revenons au duc de Bourgogne, qui, non content d'à obtenu rexhérédalion du dauphin, se montrait l'allié fidèl roi d'Angleterre, qu'il accompagna au siège de Sens. Les ce dérés ne lardèrent pas a se rendre maîtres de cette cité, s*er rèrent de Monlereau et de Villeneuve-le-Roi, puis investi Nelun, dont ils ne prirent possession qu'après avoir épn des pertes considérables. L'approche de l'iiiver les ramena ( à Paris, au bout d'une campagne de quelques mois. Cette heureuse ville, ruinée par la guerre, présentait le table!

\\) Slip. Amiralo, Sturia tli Firrnzr, lib. Wlll.

lii Pagnini. DeUa dccima, clr., scct. II el lll. >ol. 11.

plus navrant. Le pain y devenait plus rare chaque jour; il fallait se lever la nuit pour aller faire foule à la porte des boulangers, et encore en revenait-on souvent les mains vides. On voyait de pauvres enfants mourir de faim dans les rues, tandis que les loups,se montrant dans les cimetières et jusque dans les quartiers éloignés, n'y trouvaient que trop souvent des cadavres auxquels on n'avait point même donné la sépulture (1). I^arini tous les dommages qu'avait souffert la chose publique, ^^ des plus grands était l'affaiblissement des monnaies. Le ''^arcd'or, qui, sous le règne de Charles V, valait 63 livres, ^"^ s. 6 d., était maintenant de 171 liv., 1^5 s. Le mprc d*argent ^vait été porté de 5 liv. 16 s. à 28 liv. Le commerce avait été troublé. Les débiteurs et les fermiers s'étaient acquittés au S^nd détriment de leurs créanciers et de leurs propriétaires. " n'y avait qu'un cri contre tous ces désordres (2).

Les alliés n'en furent pas moins bien reçus par les Parisiens. Henri V, rappelé en Angleterre par des affaires pressanles, ne ût pas un long séjour parmi eux, et son départ détermina celui du duc de Bourgogne, qui reprit là route de Flandre.

Là, comme à Paris, il lui était réservé de recevoir de tristes ^W)uvelles. La mer envahit une partie du littoral, le 19 novembre 1421, et causa de grands ravages, surtout dans le nord des ^ys-Bas, où toute la contrée entre Dort et Gertrudemberg fut submergée. Soixante douze villages furent couverts par les eaux, et plus de cent mille personnes périrent victimes de cette catastrophe (3).

Les princes avaient h peine quitté la France, que déjà les troupes du dauphin rentraient à Villeneuvc-le-Roi, et ravageaient le Valois, le Beauvoisis, le Vermandois et jusqu'au Cambrésis. Le duc de Clarence leur ayant offert le combat près

U) DeBarante, Bist. îles ducs de Bourgogne, t. I, p. 414. (2i DeBarante, déjà cité, 1. 1, p. 414. Le gouvernement anglais défendit, If 23, d'exporter de for et de l'argent monnayés, d'Angleterre en Flandre, k>rdeaux, etc.

I) G*est à cette époque que se forma le Biesbosch ; quelques-uns des vil- « engloutis furent réédiflés après la retraite partielle des flots, mais t-el-un d^entrc eux restèrent sous les eaux. Voy. Leroy, Grand théâtre i» Brabant, p. 39; Anderson, déjà cité, t. I, p. 433, etc.

HISTOIKI-

i.RCE

par le duc de Milan, le p* envoyer à leur tour ■!• lointaines. Celle il'(»'' Mayorque, Mi non] i' Angleterre. A son • le centre d'un *.r'"' cbands nalinnr^ de Florcncr '' riMiiiaii^ni li*la valeur •' nionl ot •'•* l'îail ri'"'

(1 on- ■

plante, et périt durant la

:. K-rre à repasser le détroit

.i|iliitiois mettaient le siège

i Ml leurs courses jusqu*aux

: iiourj;<»gnc, convoguant ses

i-M-tl rarniée britannique jusqu'à

l'icîii'die, se porta en personne au

t iuM)ntra à Mons-en-Vinieu, non loin

\ lut vaillannnent disputée pendant

- tlle resta entin aux Bourguignons. Leur

du plus brillant courage, et partagea les

:ice avec un jeune chevalier flaniand, le

:a terrible liache de guerre renversait tous

licapable de résister aux forces combinées qui

. . ^ 3<vs perdit successivement Saint-Riquier, l>i eux,

Ht\»ux, et se vit forcé de se retirer vers Bourges,

»i>iH* par les Anglais. Il songeait déjii, en cas de

,..v.> revers, h quitter le Berri, lorsqu'il apprit tout à

,s .lOii de Tun de ses rivaux, Henri V, qui venait de suc-

\. ( \iueennes, laissant un tils encore en bas âge, sur le

.,.s4ae» allait reposer le poids de deux couronnes.

c ■> ,ec^ entrefaites, des troubles assez sérieux éclataient eu

. .^v. Les habitants d'Ypres, désespérant de ressaisir la su-

.i::ak v industrielle dont ils jouissaient autrefois, travaillaient

. . ii:enl à se créer de nouvelles ressources. Déjà, à diverses

.... v.'>. ds avaient approfondi l'Yperlée, alin de la rendre

...» ^.il'le jusqu'à Dixmude , doii iLs pouvaient se rendre à

;"..cs el à Damme, en se servant d'un canal dont les eaux

^^-..j vi'.niquaient avec celles d'une petite rivière, au nord de

>^ ;'sdale. Ils s'aflranchissaient de cette façon des ineonvé-

. ^- :s d'une traversée maritime assez périlleuse, de Nieuporl

, >,;'rà rKcluse, et réassuraient le eonnneree de transit entre

kî-.Vri^^s, Aire et Saint-Omer.

I (»s bateliers gantois, craignant une telle concurrence, n*so- ; .;vnt ify mettre bon ordre, et se rassemblèrent à Damme pour ^Vpposer par la force au départ des barques yproises. Ils aivlaraienl hautement, au nom de tous leui*s concitoyens.

i|u'ils périraient plutôt dans la lutte que de permettre* qu'on t rr»nsformât en voies commerciales d'obscurs ruisseaux, des- 1 M ; ./S h se perdre dans les sables. « La ville de Gand, disaientilr^, a re^'u de la nature le monopole du commerce intérieur; eUe exerce un droit d'étape sur les blés de l'Artois et de la Picardie, au même titre que Bruges, par sa position maritime, réclame les laines d'Angleterre, d'Ecosse ou d'Espagne. Permettre aux Yprois de transporter à Damme les céréales exposées en vente au marché de Warneton, et d'en ramener des vins de la Rochelle pour les diriger vers Lille et Béthune, c'est condamner la population gantoise à une décadence inévitable. »

Le duc de Bourgogne, accueillant leurs réclamations, restreignit la navigation de l*Yperlée aux besoins de la ville d'Ypres. Les habitants de cette cité, ne se tenant point pour battus, priîCBt un parti extrême et, déclinant la compétence du duc Philippe, auquel ils contestaient le droit de prononcer une sentence ®û opposition avec leurs privilèges, en appelèrent au Parlement ^ Paris. Quelques échevins , chargés de poursuivre cette ^aire, arrivèrent à Lille, et, ayant été reçus par le duc, lui ^went un langage si rude et si menaçant, que celui-ci les fit ^ler au sortir de l'audience par le sire de Roubaix. A cette nouvelle, les députés de Bruges et du Franc s'émurent à leur tour, et firent observer que les bourgeois du comté ne pouvaient être emprisonnés et jugés que par leurs propres magistrats. Il fallut relâcher les prisonniers, et les Yprois, mettant leur projet à exécution, se rendirent à'Paris, où des négociations furent entamées pour régler ce différend. Plusieurs mois s'écoulèrent néanmoins avant la réouverture des cours de justice à Ypres, où, selon fancien usage, les droits du prince avaient été suspendus au moment où ceux de /la commune éiaient devenus douteux.

La ville de Louvain sollicita vers la même époque, du duc Jean IV, fils et successeur d'Antoine de Bourgogne , la permission de canaliser la Dyle. Le duc lui accorda cette demande, le 13 octobre 1421, à charge de faire les écluses et les ponts nécessaires. Les travaux furent commencés immédiatement, derrière la rue des Marais, dans une prairie nommée het Roosenmarey-

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