‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 33 sur 74 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Traité de Delft. — Privilège accordé aux Montois. — Leur oonui Latte entre les Dauphinois et les Anglais. — Jeanne d'Aro. — siège d'Orléans. — Gontinnation delà goerre. — - Négoeiatiosu am de Bourgogne. — Couronnement de Charles Vil. ^- Bégeno Philippe. — Une ambassade belge en Portugal. — Jean Van 1^ la peinture sur verre en Belgique. — La plus ancienne gravme — Vojage maritime de madame Isabelle de P<^ugal. -* MariiQ de Bourgogne. — La Toison d'or. — Les ouvriers lainlen. — L Ues de Louvain. — Une sédition à Grammont. — Siège de Conp Le duo Philippe hérite du Brabant. «^ Lee négociants tente rÉeluse. — Ordonnance sur la monnaie d'or et d'aigent. — 1 quelques villes belges. — Entrevue de Nevers. — Le duo de Bm Paris. — Paix avec la France. — Ses Conséquences commereiales

Jacqueline de Bavière, délaissée par les Anglais^ tro pour continuer à défendre la Hollande contre le duc d gogne, se soumit enfin à la 'nécessité, et signa un trai l'ennemi. Elle accepta la sentence papale rendue à soi dice, reconnut le duc Philippe en qualité d'héritier des t seigneuries de Hainaut, de Hollande, de Zélande, et abandonna l'administration. Elle s'engagea en outre k se remarier, à moins d'avoir obtenu le consentemen mère, du duc de Bourgogne et des trois États du pays, qués à cette occasion (1).

Cette princesse, dont les malheurs faisaient oubi défauts, eut au moins la consolation de ne pas se retir

(1) Groot charterbook van HoUand, IV, 917-922.

obtenir quelques témoignages de sympathie de la part de ses sujets. Elle reçut de riches présents au nom de plusieurs communes du Hainaut, entre autres du maire et des échevins de la petite ville de Saint*Ghislain, qui lui envoyèrent un cheval gris, d'une grande beauté. Il coûtait aux bourgeois 38 couronnes de France, de 46 sols chacune, soit 87 livres 8 sols, ce qui était alors une somme considérable. Elle accorda à son tour quelques privilèges aux Montois, et réduisit le droit de mouture qo*ils avaient à payer en portant leurs blés aux moulins sei- SQeuriaux, à une redevance fixe de huit deniers la rasiëre. Il y *vait, à cette époque, deux moulins à Mons; le Moulin-au- Pont, situé rue de Bertaimont, et le Moulin-Jumeau, qui s'éle- ^it dans la rue des Chartriers.

le Houlin-au-Pont existait dès 1275, ainsi qu'il résulte de certaines lettres de la comtesse Marguerite, par lesquelles celle-ci ^fenne en arrentement perpétuel « au profit de Jean Preud- '^onme, bourgeois de Mons, une pièce de terre, au pont de la Wiiiiie, du côté de Bertaimont, où il pourra faire bâtir une ^'^ison et un tonnaus pour esmuirre taillars (moulin à aigui- ^r), où Ton pourra moudre bled, seigle, avoine, pois, orge et *^tres grains, à charge de payer pour ledit Jean et ses hoirs, ^Ux comtes de Hainaut, 60 sols en deux paiements (1). »

Ces moulins, comme nous venons de le voir, étaient situés

sur la Trouille. Cette rivière, alors navigable du pont de Thôpi-

W royal à Mons jusqu'à Jemmapes (2), servait au transport

^tin assez grand nombre de marchandises, bien que la circula-

^ny fut moins active que celle qui avait lieu sur la Haine, de

lions à Ck)ndé. En effet, la découverte de gisements carboni-

t^ dans le bassin du Couchant de Mons, à Boussu et au

flénu, avait donné une grande importance à cette dernière

"^galion. Le charbon, en sortant de la mine, était porté à

^WdTïomme jusqu'à la rivière, puis chargé à bord des querques^

f\) Saint-Génois, Monuments anciens, 1. 1, partie II, p. 469 ; Hachez, Notice **tori^fur la navigation de Mons à l'Escaut, broch. in-8*. Bruxelles, 1850.

(S) On déchargeaU les marchandises, arrivant par ce convoi d'eau, devant ^Okonastèredu Val desrÉcoliers, aujourd'hui Thôpilal civil, où il existait un ^i à cet effet.

petits bateaux d*une contenance d'environ quatre-vingts muids. Ce commerce prit surtout de l'extension à partir du xiv* siècle, lorsque la Flandre, ayant pu apprécier la valeur des houilles, commença à en faire une consommation plus abondante. De nouvelles fosses furent ouvertes ; plusieurs centaines d'embarcations furent employées à ces transports, et des charrettes, ou barotSy remplacèrent les hottes à l'aide desquelles on avait d'abord amené le charbon jusqu'aux navires.

Pendant que tout contribuait h augmenter la puissance et la richesse du duc de Bourgogne, la France était tombée dans la dernière détresse, et la cause du roi Charles semblait désespérée. Toutes les villes et forteresses de la Beauce s'étaient rendues successivement aux Anglais qui, vers la fin de septembre 1428, vinrent mettre le siège devant Orléans. Les habitants acceptèrent la lutte, brûlèrent les faubourgs qui entouraient leur cité pour les empêcher de tomber entre les mains de l'ennemi, et arrêtèrent celui-ci au pied de leurs murailles durant tout l'hiver. Ils s'attendaient à être secourus au commencement de l'année 1429, lorsqu'ils apprirent que le comte de Clermont, battu à Rouvrai, n'avait pu arrêter un convoi de vivres que le duc de Bedford envoyait aux assiégeants, que leur victoire rendait plus redoutables que jamais.

Réduits à Textrémité, les bourgeois d'Orléans envoyèrent^ une ambassade au duc Philippe, qui venait de prendre posses — sion du comté de Namur (1), et offrirent à ce prince de luP remettre leur ville en dépôt, tant que leur seigneur, prisonnier en Angleterre, n'obtiendrait point sa mise en liberté. L»-. duc accepta cette proposition, et se rendit à Paris afin d'e^^ conférer avec les chefs anglais, qui la repoussèrent ai dédain. « Nous n'avons pas battu les buissons, fit observer duc de Bedford, pour qu'un autre prit les oiseaux. » Les d( alliés se séparèrent assez brusquement, et les Bourguignoi qui combattaient encore à Orléans reçurent l'ordre de retor ner dans leurs foyers.

(1) H l*avait acheté au comte Jean, le dernier descendant des comtes Namur de la maison de Flandre, le ^7 mars 1421, et il entra en Jouissance * la mort do ce dernier, le 1" mars 1429. De Marne, îlist.ducomtéde Samur.

La nationalité française, entratnée dans la ruine de la monarcbie^ paraissait ne plus devoir se relever. Les rudes yeomen anglais parcouraient librement le pays, se frayant un chemin jusqu'au cœur de la France, pillant les châteaux, ravageant les campagnes, foulant et détruisant les serfs et les manants. La not>lesse vaincue et dispersée, n*opposait plus qu'une faible résistance; les bourgeois, dont la guerre dévorait les dernières ressources, cherchaient à traiter avec ceux qui pouvaient lui readre la paix, lorsqu'une violente réaction, partie des rangs da peuple, releva tout à coup la fortune publique.

L.es gens de la Glèbe avaient tant soufiTerts, l'oppression qu'ils avaient subie était telle, qu'un cri s'échappa enfin de leur poitrine, cri de douleur et d'exaltation, qui vola de clocher en clocher, grossi par les clameurs de toute une nation : « vive le Tol ! Sus aux Anglais î »

La fille d'un pauvre paysan de Domrémy, Jeanne d'Arc,

donna le signal de cet élan de patriotisme. Simple et pieuse, elle

^^t entendre des voix secrètes qui lui commandaient de quitter

^n village, d'aller délivrer Orléans, et de faire couronner le

'^î Charles à Reims. Obéissant à une impulsion irrésistible ,

®Ue va trouver le sire de Baudricourt, se fait conduire à Chinon,

^^ jette aux pieds du monarque, qui, ébranlé par son langage

^ïcquent et ferme, cède à ses conseils et se décide à envoyer

^^ convoi de vivres vers Orléans. Dès lors tout change de face,

^ï Jeanne avait foi en sa destinée et inspire la même confiance

* lous ceux qui l'entourent. Montée sur un cheval de guerre,

^*^ée de toutes pièces, elle se faisait précéder par un éten-

*^rd de couleur blanche, semé de fleurs de lis, et par des prê-

^^^ en habits sacerdotaux , qui chantaient le Veni Creator et

**^utres hymnes sacrées. Elle réussit bientôt à ravitailler la

^lle assiégée, la dégagea peu à peu, repoussa les Anglais en

filles les rencontres, reçut une blessure en conduisant l'assaut

^Wré par les bourgeois à la bastille des Tournelles, et eut enfin

W joie d'assister à la retraite du comte de Sufiblk, du lord

ïilbot et des autres chefs étrangers, qui renonçaient à une

entreprise désormais impossible.

Jeanne d'Arc, dont ces victoires inespérées avait augmenté *^ prestige, revint bientôt auprès du roi et le conjura avec

92 HISTOIRE DU <X>1IMER<S

instance d'aller se faire couronner à Reims. <c Je ne doreni qu*un an, ou guère plus, disait*elle, il me faut donc bifli employer. » Ce projet paraissait presque insensé, car renom disposait encore de forces considérables, et on bésitattà Tadopter. On se décida néanmoins à poursuivre vigoureoi»» ment la guerre, en enlevant aux troupes de Henri VI les vilkl dont elles s'éiaient emparées entre la Loire et la Seine, sur kl routes d*Orléans à Paris. Cette campagne fut aussi beureoe^ que la précédente, et les royalistes, après s*être emparés di Jargeau et de Beaugency, attaquèrent leurs adversaires tt bataille rangée à Patai, et les mirent en pleine déroute.

Les Anglais complètement désorganisés, ne revenaient poôt: de leur surprise, et ne pouvaient déguiser les inquiétudes doM ils étaient assaillis. Une lettre du duc de Bedford, adressée pff lui au gouvernement britannique, nous présente un curieUi tableau des sentiments qu'ils éprouvaient en ce momeaL. (c Toutes choses ont prospéré ici, écrit-il, jusqu'au temps M siège d'Orléans, entrepris Dieu sait par quels conseils. Après h mort de mon cousin Salisbury, nos troupes, qui étaient fli. grand nombre à ce siège, ont regu un terrible échec. Ceiaat arrivé en partie, comme nous nous le persuadons, par il confiance que les ennemis ont eue en une femme née du liiM de l'enfer, et disciple de Satan, qu'ils appellent la Pucelle^ laquelle s*est servie d'enchantements et de sortilèges. CeUl : défaite a non seulement diminué le nombre de nos troupes, mais en même temps a fait perdre courage à celles qui resleali d'une manière étonnante (1).

Le régent n'avait qu'un moyen de conjurer tant de périls, celoi de resserrer son alliance avec le duc de Bourgogne. Ce dernier, dont l'amitié était recjierchée par les deux factions, quitta sel Étals après avoir reçu les ambassadeurs du roi Henri VI, et vint à Paris. Sa présence y était nécessaire, car les Françaisse rapprochaient de plus en plus de la capitale. Nous les retrwh vons d'abord à Troyes, puis à Chûlons, et, peu de temps aprèl la prise de cette ville, Charles Vil faisait son entrée à Reims, où il fut sacré le 10 juillet, après avoir été fait chevalier par 11

[\) De Barante, Eist. des ducs de Bourgogne, 1. 1, p. 487.

duc d^Aleoçon. Durant la cérémonie, Jeanne d'Arc se tenait au

^ de TauieU un étendard à la main, image vivante de la

Initie armée. Triste et accablée au sein de ces fêtes royales»

eUe conservait encore l'ardent enthousiasme qui Tavait soule-

aaeîusqu*en ce moment, mais elle sentait que sa mission étaii

dormais remplie. Elle voulait retourner à sa vie obscurci,

^s on crut encore avoir besoin de ses services, et elle coo-

^tii à rester. Le roi Charles, dont Tautorité venait de recevoir

^^ sanction nouvelle, marcha bientôt sur Paris, tout en conli-

^^nt à négocier avec le duc de Bourgogne. Repoussé sous les

fleurs de cette ville, il se replia vers le centre de la France,

tandis que le duc de Bedfbrd cédait la régence au duc Phi-

Uppe, et se contentait du titre de gouverneur de la Normandie.

Les Parisiens, en passant sous Tadministration du duc de

Bourgogne, ne virent point s'améliorer Fétat de leurs aflaires.

^ prince, qui avait eu à se plaindre des Anglais , était pressé

^ retourner en Flandre. Déjà veuf de Michelle de France et de

^one d*Artois, il avait fait demander la main de Madame

'^^lle, fille de Jean P% roi de Portugal, et l'attendait inces-

^tnment à l'Écluse. L'ambassade envoyée à cette occasion k

^^^bonnese composait du sire de Roubaix, de messire Baudouin

*^ knnoy, dit le Bègue, d'André de Thoulonjon, écuyer, et de

*^* Gilles d'Escornaix, docteur en décrets et prévôt de Harle-

*^^cque (1). Parmi les personnes de leur suite était Jean Van

^•irck, « varlet de chambre de Monseigneur de Bourgoiiigne, et

^^cellent maistre en art de painture, chargé de paindre au vif

*^ figure de l'infante Isabelle. »

Jean Van Eyck, dont la popularité devait éclipser plus tard

^^lle des grands seigneurs qu'il accompagnait , eut la gloire,

^Oxnme on le sait, de découvrir l'usage d^ la peinture à l'huile.

C^tte invention lui a été contestée, il est vrai, mais la tradition

^ attaché jusqu'à nos jours le nom de notre compatriote à ce

^rfectionnement, et les titres qu'on a fait valoir contre lui ne

^^'ïiWent pas assez concluants pour qu'on lui enlève cet hon-

^^r. La Belgique a également des droits fondés à la création

*^lai peinture sur verre; ou du moins — Vasari en fait l'aveu

<1) Gachard, CoUecUon de documents inédits, II, p. 61-91.

9^ ■VrOIRE DU COmiEBCI

— à l'emploi de Ftan de ses procédés les [dos ingénieux* Hiea aliésâta pes^à lui en accorder rentière possession (1). Jean Yan ^yiîk» pecatt-ît en fit le premier essai, en remplaçant les vems colorée dans leur masse par des émaux ou verres à deux couobi»(9. Si Ton en croit L. Guicciardini, les Bdges perfectionuAreot la manière d'unir les vitraux à Faide du plomb» et on habîtanl d'Anvers, Ârnould Van der Horst, trouva le moyen de cuire les couleurs appliquées sur le cristal en les rendant inaltérables (3). Ajoutons que la plus ancienne gravure sur bois que l'on connaisse, a été exécutée dans notre pays ; elle porte la date de 1418, et vient de Malines, où son existence fut signalée en 1844. Un recueil périodique anglais, VAthentgitm^ en a donné un fac-similé fort exact (4).

Les ambassadeurs belges s'étaient embarqués k l'Écloae, le 19 octobre 1428, à bord de deux galères vénitiennes. On les accueillit avec de grandes réjouissances en Portugal, et les populations mauresques contribuèrent, de fort bon gré, k an^ monter l'éclat des Têtes qui eurent lieu à Lisbonne à cette oœasion (B). Les envoyés du duc de Bourgogne, après avoir paaaé quelque temps à la cour, firent une excursion en Galice, pois idlèrent visiter les rois de Gastille et de Grenade (8). La princesse partit enfin pour la Flandre, vers la fin de Tannée 1419. Son voyage fut d'abord assez heureux, et elle était arrivée es vue du port de l'Écluse, où l'on s'assemblait déjà pour célébrea sa venue, lorsqu'un violent ouragan éclata tout k coup, ei rejeta son navire bien loin des côtes flamandes. On ftat plusieurs joof^ sans avoir de ses nouvelles, et déjà l'on craignait qu'elle n'eAi fait nauf)rage, lorsqu'on apprit qu'elle avait abordé en Angles terre, où elle reçut un excellent accueil. On lui prêta mena une centaine de livres sterling pour ses dépenses. Elle se

(1) BétgiiaOas, p. 10.

(i) Mémoire mr le eo/mmerce au xv* et ai* xvi* tt^ele, p. Si.

(8) Voyez dans les Novn. mém. de Vacad. de Bruxélie$, t. VII, im aiiiele tif à la peinture sur verre au Pays-Bas, par le baron de Reiffenberg. A du XV* siècle, les vitraux peints devinrent fort communs en Belgique.

(4) Âthmœum journal, 1815, p. 965.

(5) Vnix>ers pittoresque, Portugal^ p. 110.

(6) Messager des sciences et des arts, 1. 111, p. S, ann 1888.

bientôt en mer, fit son entrée à l'Écluse le jour de Noël, et, traversant cette ville, alla loger à Damme. Les noces eurent lieu * Bruges, le 10 janvier 1430, avec un éclat inusité. De riches tepîsseries de Flandre, aux couleurs brillantes et variées, paraient les rues étroites de la cité ; le vin coulait à flots devant le palais, dans les salons duquel se pressaient une foule de grands ^ei^neurs et de gentilshommes, couverts de soie, de velours et de pierreries. Le jour même de son mariage, le duc de Bourgogne, entouré d'une pompe toute royale, voulut rendre homïîiakge à l'industrie et au travail en instituant l'ordre de la Toison (for, dont le collier portait pour devise : Pretium laborum non vSe (1). N'était-ce pas en effet le commerce des laines qui avait enrichi cette antique ville flamande, dont l'animation faisait en ce moment l'orgueil du prince et l'étonnement des étrangers?

M. Gaillard, dans l'intéressant travail qu'il a publié sur les eerporatiohs brugeoises, rapporte quelques détails peu connus sur le salaire que recevaient à cette époque, les ouvriers eoiployés à la fabrication des étoffes de laine. Le foulon avait 4foit à cinq escalins pour la préparation d'une pièce de drap ^\ elle passait ensuite entre les mains du tondeur « droogscheerder » qui avait habituellement deux assistants, payés à 'ïîson de 6 gros par coupon d'étoffe manufacturé par eux. Cette somme variait cependant quelque peu suivant la qualité ^tt drap qu'il s'agissait de mettre en œuvre.

I^ duc de Bourgogne, en accueillant sa jeune femme, lui ^&na un train de maison des plus somptueux. Les comptes des ^^penses faites par les officiers de la duchesse, qui renferment Refoule de renseignements relatifs au commerce belge, nous ''^umissent la preuve que les vins de Louvain étaient encore '"^^ renommés au xv* siècle, et qu'on en faisait une grande ^nsommation à la cour (2). On en recevait de difiTérents crus,

(1) Voy. VHist. de l'ordre de la Toison d'or, par M. le baron de Reiffenberg. ^<>rtre, qui avait pour patron Saint-André, fut d*abord composé de yingt- ^tre chevaliers. Au bout du collier pendait une toison d*or, surmontée ^^ pierre émaillée de bleu, sur laquelle on lisait la devise que nous avons *^ plus haut.

1^) Voy. un manuscrit du xv* siècle, appartenant à la Chambre des

96 HISTOIRE DU COMBIERCE

parmi lesquels on distinguait « le vieux Boesselberg, leBofl^ selberg moyen, le nouveau Roesselberg, le Galvareoberg, le Kesselberg, le Galgenberg, le Hoegeberg, le Hennebèrgetle Schoerberg (1). » Les ducs de Bourgogne en avaient toujounk leur table.

Les sujets belges du duc Philippe, tout en fêtant ce prino^ commençaient néanmoins à se plaindre de son administratiot. Un grand nombre de seigneurs français et bourguignons rei* plissaient des charges publiques en Flandre, c*est à dire ém un pays dont ils ne connaissaient ni la langue, ni les usages,i leur intervention dans les affaires amenaient de fréquents eoi* flits. Les privilèges des communes n'étaient pas toujours tt^ pectés, particulièrement en ce qui concernait la levée destaiHk Une infraction de ce genre fit prendre les armes aux babitarii de Grammont, en mai 1430. Le bailli de cette ville reçut aussilll Tordre de réunir des troupes, et de faire rentrer les révoMl dans le devoir. Ils ne purent résister aux forces qui fiirW envoyées contre eux, cl furent obligés de se soumettre. Le art | de Hallewin fit trancher la tête aux chefs de la sédition, et oUdl^ le bannissement des plus compromis d'entre leurs com|»-; gnons (2).

Vers le même temps, le régent anglais avait obtenu de noBveaux secours du duc de Bourgogne, en lui promettant la Chanh pagne et la Brie, ainsi que de fortes sommes d'argent. Le duc rentra donc en France cl, après avoir remporté divers avantages sur les royalistes, vint mettre le siège devant Gompiègne, quTl fit bloquer étroitement. Jeanne d'Arc, désirant relever leo(* rage de la garnison de celle place, partit de Crespy avec dcn cents soldats italiens, dans l'espoir de pénétrer dans la ville menacée. Elle y réussit en effet, et, à peine arrivée, ordonnt

comptes h Bruxelles, cl un article de M. Schayes, dans le Mesiaftr iê sciences et des arts. Année 1833, p. Î85 et suiv.

(1) D'après un manuscrit de Molanus, cilé par M. Plot, dans son BiAwnà la ville de Louvain. Un ouvrage de Juste-Lipsc, ))ublié au commencemont il xvii* siècle, contient une vue générale de Louvain, qui nous représente Uitti les hauteurs environnant cette ville encore couvertes de vignes.

(2) Archives générales du royaume, compte du bailli d'Alost et de GrUi mont, de l'année 1430.

une sortie par la porte du pont, de l'autre côté de la rivière d'Aisne.

Cette manœuvre, qui devait lui être si fatale, s'accomplit avec courage et décision. Jean de Luxembourg, qui se trouvait en ce moment dans le quartier du sire de Noyelles, reçut le choc <ks assaillants, et courut les plus grands dangers. Il résista ^^8sez longtemps cependant pour permettre aux siens de répan- ^ l'alarme; les Français, accablés par le nombre, furent ^foidés vers leurs murailles, tandis que la Pucelle, se plaçant ûi arrière-garde pour protéger la retraite, s'efforçait d'arrêter l'^nemi. Les Bourguignons, apercevant son étendard, se groupèrent autour d'elle, parvinrent à l'entourer, et un archer picard, la saisissant par les vêtements, la renversa de cheval. file se releva aussitôt, essaya de se frayer un passage parmi la ^le des combattants, fut saisie de nouveau, et tendit enfin ^n épée au bâtard de Vendôme, en se reconnaissant prison-

Les Anglais, en apprenant la capture de celle h laquelle ils attribuaient tous leurs revers, se hâtèrent de la réclamer. Lionel ^ Vendôme venait de la remettre entre les mains du sire de ï*ixembourg, moyennant une forte compensation pécuniaire, et ^ dernier, qui attendait probablement les ordres de son suze- ^n, avait envoyé la malheureuse Jeanne au château île Beau- '©voir, en Picardie. Il eut été généreux de la protéger dans sa détresse, et d'honorer en elle l'esprit d'abnégation et de dévoue- •^nt dont elle était l'expression : on aima mieux la livrer au Bouvemement britannique, moyennant une somme de dix mille frîttics.

Triste et résignée, elle passa de prison en prison, et fut enfin ^•^enée à Rouen, au commencement de l'année 1431. La frayeur Qu'elle avait inspirée à ses ennemis lui avait attiré leur haine, ^ après une procédure inique, on la condamna à monter sur le '^cher, pour désobéissance aux lois de l'Église. Elle périt ^ame elle avait vécu, élevant son âme à Dieu, et se préoccu- ^tde la délivrance de sa patrie. Les Anglais, en la sacrifiant * kurcolère^ commettaient une faute irréparable: ils croyaient étouffer avec elle l'esprit de révolte qui animait les populations, ^t ne faisaient au contraire que prêter une énergie nouvelle

98 HISTOIRE DU GOMMERCB

à leur résistance , en la consacrant par la persécution et le martyr.

Le duc de Bourgogne n*avait pas assisté au dénouement deee drame lugubre. Il se trouvait en ce moment dans les Pays-BM^^ où il s*était rendu pour tâcher de mettre fin aux querelles divisaient les habitants du pays de Liège et les Namurois, qm^relies d'autant plus difficiles à calmer qu*elles avaient pourori-gine de longues rivalités commerciales. Une autre circonstancfl^' beaucoup plus importante, l'avait engagé d'ailleurs à préci] son départ. Le duc de Brabant vejiait de mourir à l'âge de vioffrl six ans, et plusieurs prétendants se disputaient sa successioa. Philippe de Bourgogne parvint à les écarter, fit reconnaître droits par les habitants du duché, et réunit cefief àsesdomaii

Malgré cet accroissement de puissance, le duc se voyait alm j dans une position assez difficile, car ses États étaient ^uii d'hommes et d'argent, et les délapidations commises par queH ques-uns des officiers irritaient le peuple, et causaient de dommages aux industriels et aux marchands. Plusieurs ordOB-' nances, publiées à cette époque, témoignent de ses embarras, efj des moyens auxquels il eut recours pour adoucir le mécontei^^ tement de ses sujets. Il écrivit par exemple, le 27 avril 14St aux fermiers et au geôlier de TÉcluse, leur ordonnant de ùm satisfaction, dans le délai d'un mois, aux négociants appartenant à la Hanse Teutoniquc, qui réclamaient la restitution des sommes excessives, prélevées sur quelques-uns d'entre eux, arrêtés à l'Écluse pour dettes et aqjendes (1). De pareils abus nuisaient considérablement au commerce, en détruisant ce sentiment de sécurité sans lequel son développement devient en quelque sorte impossible.

Une autre ordonnance, rendue à quelque temps de là, excita un grand émoi à Gand, et y occasionna même quelques troubles. Les conseillers du duc avaient résolu d'abaisser la valeur des espèces d'or et d'argent, et firent décréter un nouveau tarit d'après lequel l'ancienne monnaie d'or perdait un tiers de sa

(1) Cet acte, enTrançais, se trouve rapporté dans un vidimus, déUvréfir les bourgmestre, écbevius et conseil de la ville de TÉeluse, en date ia 16 avril 1447, après Pâques. Arch. d'Ypres, armoire, tiroir B, n« 8.

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valeur (1), et la monnaie d'argent un quart. Les Gantois coururent aux armes, et mirent à mort plusieurs de leurs magistrats, parmi lesquels on cite le premier échevin, Daniel van Zevenne et le chef doyen, Jean Boele. Un riche bourgeois, Josse Haesbyt, périt avec eux, tandis que Henri Utenhove et Jean de Grave eurent grand peine à éviter le même sort. Les tisserands s'étaient les premiers mis en grève, et on fut contraint de les contenter: l'ordonnance fut rapportée peu après sa publication. On frappa plus tard des riders d'or de la valeur de quatre livres de gros (2).

Les tentatives faites à diverses époques, par les souverains, pour altérer les monnaies, n'ont eu d'autre origine que l'ignofance complète dans laquelle ils se trouvaient des fonctions belles de ces valeurs. Les anciens eussent pu les guider cepen- ^^m à cet égard, car Aristote en avait déjà dit : « C'est une Marchandise intermédiaire destinée à faciliter l'échange entre ^ I deux autres marchandises. » On se figurait mal h propos que '*uiûté monétaire, en sa qualité de mesure commune, conservait ^Ile-même un prix invariable, et que lorsqu'on payait un produit tantôt plus, tantôt moins, c'était nécessairement l'objet ^^Qdu qui cïiangeait de taux, et non la monnaie. Partant de ^^teidée, les princes se persuadaient imprudemment qu'ils dépendaient d'eux de doubler leurs ressources en déclarant que ^m mille écus valaient six cent mille francs, comme s'ils ne ^^vaient pas être punis le lendemain même de leur fraude, par ^ augmentation du prix de toutes choses, et par la nécessité de doubler les contributions pour y faire face. Aussi a-t-il fallu P'^oclamer le maximum toutes les fois qu'on a voulu obtenir Quelque résultat de ces grandes spoliations. S'ils avaient com- Prts, comme le philosophe grec, que la monnaie elle-même '^^©st qu'une marchandise, qu'on ne cède ou qu'on ne vend qu'en *^hange d'une autre marchandise, égale en valeur à celle qui a *^é livrée, ils se fussent évités de grands mécomptes, et eussent

^^) « ... Dat men in dat goude zoude verliesen den daerden penninc. » ^- «tt ion Mil Diamude, p. 43.

{^) Les Anglais se plaignaient, en 1435, de la grande quantité d'alliage qui *^tait dans les monnaies des Pays-Bas. Naval hi$tory of England, 1. 1, p 61.

iOO HISTOIRE DU COMMBRCB

épargné bien des désastres à leurs sujets. Cette idée, toutt, simple qu'elle paraît d*abord, n*a été admise qu*à la suite longs débats, et on en conçoit si peu Timportance de nos J4 que, bien que l'argent soit de tous les objets eommerçaiksle sûr et le plus commode, les peuples n*ont pu se décider ei à faire choix d'un étalon uniforme, et conservent jusque sent leur monnaie particulière, au grand détriment de Fei communauté.

Après la mort de Jeanne d'Arc, les Anglais se disposèreotl fêler le couronnement du roi Henri, qui fit son entrée à le 2 décembre 1431. Ils espéraient, par cette cérémonie, leurs affaires en France, mais on se fatiguait de plusenplus< leur gouvernement, qui ne se soutenait plus que grke l'influence du duc de Bourgogne. Ce prince lui-même coi çait h se refroidir à leur égard, et le décès de sa soeur, duchesse de Bedford, survenu le 13 novembre 1432, rompit liens étroits qui le rattachait à la maison royale d'Angleterre.] avait déjà reçu, à diverses reprises, des ambassadrars Charles VII, lorsque des complications nouvelles, surgissaiiti Hollande, le forcèrent à porter toute son attention de ce

Jacqueline de Bavière, après avoir vécu quelque temps la retraite, s'était remariée secrètement au sire François Borsselle, gouverneur de la Zélande. Cette union, contractéei mépris des stipulations acceptées précédemment par la cesse, pouvait enlever au duc Philippe un héritage surlequdi avait cru pouvoir compter, et le décida à se rendre aussitâti La Haye. Il se rendit maître du sire de Borsselle, l'envoya chûteau de Bupelmonde, et se préparait à lui faire subirle» nier supplice, lorsque Jacqueline eut recours aux négociatic et parvint à sauver son mari en abandonnant tout droit de veraineté sur les États dont elle avait conservé jusqu'alors gouvernement. Le sire de Borsselle, rentrant en grâce, obtintl titre de comte d'Ostrevant.

Nous avons à mentionner, en 1434, plusieurs faits intérefr] sants relatifs à l'histoire du commerce dans nos contrées. Lttj Génois, qui continuaient à fréquenter la ville de Bruges, s'éwM engagés à payer deux livres de gros par chaque vaisseaa Din*i guant sous leur pavillon, qui arriverait à l'Écluse, reçurcrt'

ET DE hk MARINE EN BELGIQUE. iOi

cette occasion des privilèges assez étendus. Les gens d'Anvers continuaient à lutter contre les prétentions des habitants de Nsàlines, et s'étaient alliés, dans ce but, aux Bruxellois. Les deux partis se firent toutes espèces de vexations, malgré Tinter- Tention du duc de Bourgogne, qui essaya vainement de les pacifier. Ce débat, déjà ancien, ne fut assoupi que quelques années plus tard, à la suite d'un jugement rendu par le prince, le 13 juillet 1441. Il avait déjà été l'objet de deux sentences interlocutoires, portées le 12 janvier 1433 (1). Il s'agissait, comme on le sait, du droit d'étape sur le sel, le poisson, l'avoine et autres denrées, revendiqué par la ville de Malines, contesté à celle-ci par Bruxelles et Anvers. Durant les procédures, on se fit de part et d'autre tout le mal possible. Les Malinois mirent ob^cle à la navigation de la Senne, au moyen d'une chaîne qu'ils tendirent à Heffene ; les Bruxellois défendirent à leur tour Que leurs adversaires pussent recueillir les récoltes des terres ÏUlls possédaient dans le ressort de l'ammanie de Bruxelles. On ^e mit fin à cet état de choses que sur les sollicitations répétées ^U duc, qui cherchait à ménager tous les intérêts.

Xes Anversois tenaient surtout à s'ouvrir des relations

^ïectes avec l'intérieur du pays, depuis que les commerçants

^^Amsterdam et de toute la Hollande avaient établi chez eux leur

Principal marché pour le débit du beurre, du fromage, des œufs,

4es graines de navets, de colza, de moutarde, etc., qui arri-

^^îent de cette contrée (2). Ils se livraient aussi très activement

^ la pêche du hareng, et furent même sur le point de s'attirer,

^U 143B, toute la colère de Philippe de Bourgogne, en refusant

A^acquitter les droits dont ce prince avait frappé cette industrie.

^près avoir consulté les autres villes du Brabant, qui leur

avaient fait espérer des secours, ils s'étaient même emparés

ï'une hulcke ou barque, stationnée à quelque distance de Lillo,

^ ÎK)rd de laquelle se trouvaient les percepteurs de la taxe (3).

Val soutenus par leurs alliés, les Anversois furent obligés

(t) irehives gén. du royaume de Belgique^ 3' registre noir, fol. S13-222.

9l Yoy. les lettres de Louis, comte de Flandre, du là avril 1358, publiées ïcnI te le Codex dipUm.y imprimé à la suile de la Chronique de deKlerk, éditée i^::! l«rX.WiUems,t. II,

()) Cette taxe était de 2 sols 6 deniers par tonneau.

BIT. fiV GOmilACI, T. n. 7

101 HISTOIRE DU COMIIERCB

de se soumettre, en payant une amende de soixante mille rUen, qui allèrent grossir le trésor de leur suzerain.

Les Français, dans l'espoir de détacher le duc Philippe de l'alliance anglaise, employaienttoutesleursressourcesàexécater des courses continuelles dans les États de Boui^pogne, qu'ils ne cessaient de ravager. Cette tactique leur réussit en efli^ car le duc, flatigué de la guerre, et voyant d'ailleurs que les Anglais ne faisaient plus aucun progrès, consentit d'abord à signer une suspension d'armes avec le duc de Bourbon , puis accepta une entrevue avec ce dernier. Elle eut lieu à Nevers, en janvier 4438, avec un grand éclat. Les deux princes, après avoir réglé quelques contestations particulières, qui servaient de prétexte à l'entrevue , et se rapportaient h certaine prestation d'hommage due au duc Philippe, y jetèrent les bases d'un traité plus ^ important. —

Il fut convenu que le roi Charles enverrait des ambassadenm à un endroit désigné à l'avance par les parties intéressées, sMi ferait faire des offres raisonnables au roi d'Angleterre, d'engager ce souverain à conclure la paix. Sur le reflis de le duc de Bourgogne devait séparer sa cause de la sienne reconnaître l'autorité de Charles VIL On lui promettait, prix de sa coopération, les villes, terrés et seigneuries sil sur les deux rives de la Somme, c'est à dire le Ponthieu, Amii Montreuil, Doullens, Saint-Riquier, avec tous les revenus, des domaines que des aides, des tailles et autres red< sauf la souveraineté et les droits qui en dérivent immédiat ment. Les Français se réservaient cependant la faculté racheter ces fiefs, moyennant une somme de quatre cent inlE.1^ écus d'or. On s'obligea en outre, de part et d'autre, à plus tard du mariage de M. de Charolais, fils du duc, avec u^ des filles du roi de France.

Le conseil anglais,^ averti de ce qui venait de se passer ^ Nevers, essaya de parer le coup dont il était menacé, ^^ redoublant de complaisance envers . son puissant allié. Dès ^ 14 février, le roi Henri VI aval t chargé des commissaires spécial'' de s'entendre avec les agents du duc de Bourgogne et des Quatre Membres de Flandre, afin de préparer la réforme, de commit accord avec ceux-ci, de quelques ordonnances relatives ^^

commerce des laines, dont les Flamands réclamaient l'abrogation. Il permit même au cardinal de Winton, son oncle, de Diodifier ces règlements, de manière à donner pleine satisfaction aux négociants de Bruges et de Gand (1).

Le duc Philippe, après avoir pris congé du duc de Bourbon, 8^ rendit à Paris vers la fin de la semaine sainte. Il y fut parfaitenient accueilli, entra aussitôt en conférence avec les chefs du psirti anglais, et, leur représentant les embarras dans lesquels il trouvait et les maux que la guerre occasionnait au royaume, engagea à ne pas prolonger plus longtemps une lutte qui ïï'avait déjà que trop duré. On lui assura qu'on travaillerait activement à rétablir la paix. Le roi d'Angleterre continuait à lui témoigner la plus grande confiance, et le pria même de le repré- ^*^nt€r aux pourparlers d'Arras, qui devaient s'ouvrir en juillet. Celte imposante assemblée, où Ton allait décider du sort d'une vaste monarchie, s'ou\Tit avec pompe, en présence des Régals, qui agissaient en qualité de médiateurs, et de près de cinq cents chevaliers. Il fut bientôt évident, dès les premières ^^nférences, qu'on ne parviendrait pas à s'entendre, car le roi *' Angleterre ne voulait pas renoncer à ses droits sur la cou- '^une de France, et Charles VII ne pouvait traiter avec lui qu'à ^tte condition. Le duc de Bourgogne hésitait à conclure une P^h séparée, malgré les sollicitations du duc de Bourbon et du ^Dile de Richement, qui s'efforçaient de l'entraîner dans le P^rii français , en invoquant ses relations de parenté avec la dynastie royale. Il finit cependant par s'y décider, après avoir ^^tendu les docteurs de la suite des légats, et accepta la réconciliation qui lui était offerte par Charles VII.

Cette nouvelle, reçue en France avec des transports de joie, ^cita des sentiments bien différents de l'autre côté de la Manche. •^ populace de Londres s'en émut, et alla piller les habitations *^ Hollandais, des Bourguignons et des Flamands qui rési- *tient à Londres. Plusieurs de ces derniers, qui n'avaient pas eu «temps de se soustraire à ces violences, furent arrêtés dans ^tité et cruellement mis à mort (2).

(^) tymety Fixdera, conventiones, etc., t. Y. ^) Allen, Hiitory ofLondon, 1. 1, p. 156.

4M mSTOIRE DU OOMUnOB

L'interruption des relations amicales entre rAn^eterre 0 États belges, portait un coup terrible au commerce et à Tini 4rie en Flandre et en Brabant. On peut même dater de c époque la décadence de ces provinces, d*abord lente et prai insensible, puis s'accélérant avec une effrayante rapidité. Q ^oes chiffires, empruntés aux statistiques officielles, nou€ iburniront la démonstration. On comptait k Nivelles, en 1^ lenviron 1,148 maisons : il n'en existait plus que 690 en 11 jdont 21 litaient inhabitées. Louvain possédait 3,S79 maisons' île milieu du xv« siècle, et il ne lui en reste que 3,017 en II Sicbem avait 481 foyers en 1435, et 1K2 seulement dans le si suivant. Bruxelles, portée pour 7,046 foyers dans le dénoml ment de 1435, voit diminuer considérablement sa popula 4iuelques années plus tard (1).

Il n'en fut pas de même dans les autres parties du pays, entretenaient des rapports moins suivis avec les Iles fini niques. Le commerce du charbon de terre, qui rapportait sommes considérables au Hainaut , enrichissait aussi la pri pauté de Liège. D'anciens documents nous témoignent c estait dans cette dernière contrée, dès lexui^ siècle, «ne 4! des «( voirs-jurés du cherbonaige » composée de quatre m bres, choisis par les échevins de Liège parmi les bouilleurs plus expérimentés. Ces délégués, qui ne pouvaient être ii ressés dans aucune entreprise particulière, décidaient en { mier ressort de toutes les causes en matière de mines, lesquelles ils exer(^aient une surveillance active, continuelle immédiate. Ils autorisaient les travaux, les dirigeaient, interdisaient, traçaient aux exploitants les plans qu'il ftl suivre, et cela conformément aux statuts et ordonnances 0 xnestier de cherbonaige ou de hoillerie. »

Leurs sentences écrites se nommaient records. Le nom des exploitations devait être considérable , puisque les ann liégeoises étaient composées en grande partie de bouilleurs, passaient pour les plus habiles mineurs de l'Europe, et les i de France en soudoyaient des compagnies pour les employei

(1) M. E. Marshall et F. Bogaerts, ^t6<. des antiquités BHgiquei, i*'cali Schayes, Us Pays-Bas avant et durant la domination romaine, i. II, p. 118.

siège des places fortes. Avant Tinvention de la poudre, les bouilleurs creusaient des galeries sous les murailles, les étançonnaient, puis les faisaient crouler en y mettant le feu. Ils employèrent les premiers sur le continent le procédé de charger les mines d'explosion avec de la poudre (1).

Le commerce, en se ralentissant à l'Écluse et h Bruges, ne s'écartait point cependant de la Belgique. La ville d'Anvers grandissait à mesure que les cités flamandes, ruinées par la guerre, écrasées d'impôts, se débattaient vaillamment contre leur fatale destinée : c'est là que les marchands de toutes les nations, abandonnant tours anciens comptoirs, allaient bientôt transporter leurs richesses, et, avec elles, les arts et la civilisation.

(t) En 1388, au siège du château de Ravesteyn. Voy. un art. deFerd. Henaux. De la découverte de la houille dans le pays de Lièges Messager des science et de9 flrti, année 1818, p. «58 et suiv.

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