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ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. i67
montra désireux de resserrer les liens qui l'unissaient au prince Charles. Des pourparlers eurent lieu h Noyon, à la suite desquels on en arriva à un accommodement, qui fut un véritable triomphe pour la diplomatie flamande.
Les deux souverains s'engageaient mutuellement à se prêter secours, non seulement pour la défense de leurs possessions actuelles, mais aussi pour celle de leurs légitimes conquêtes. Pour aplanir les difficultés relatives au royaume de Naples, on convint que Charles épouserait une des filles de François I«', et recevrait en dot tous les droits de celui-ci sur le territoire napolitain. En compensation de cette renonciation, il avait à payer annuellement à son futur beau-père, jusqu'à la conclusion de l'union projetée, une rente de 100,000 écus d*or au soleil. Cette somme devait être réduite ensuite à 50,000 écus, pour cesser d'être perçue à la mort du roi , ou à la naissance d'un enfant, issu des deux époux. Ce traité — comme on le remarqua plus tard — n'offrait aucune garantie h la France, tandis qu'il permettait à Charles de gagner du temps, et de se préparer des forces nouvelles.
Ses conseillers songèrent ensuite à lui procurer des ressources financières. On leva des aides dans chaque province, et la commune d'Anvers s'étant opposée à l'exécution d'un règlement relatif à l'exploitation de la ferme du Poids de la ville, sous prétexte d'illégalité, on la força à prendre en engagère, moyennant 40,000 florins, sa part dans le produit de cette ferme, ainsi que dans celui du Riddertol et du Joktol (1).
L'arrivée de Maximilien dans les Pays-Bas, des désordres en frise et de sanglants démêlés avec le duc de Gueidre, re* tardèrent pendant quelque temps le départ du prince pour l^spagne. Il s'embarqua enfin à Flessingue, à bord d'une flotte composée d'une quarantaine de navires, après avoir confié la régence à un conseil dont l'empereur avait la direction, et choisi le comte de Nassau comme chef et capitaine général de son armée.
Le jeune roi de Castille était accompagné d'une foule de gen-
(\) Riddertol, droil de lonlicu sur les marchandises arrivant par l'Escaut; Jochtol, péage ou droil de passage sur tous les navires.
j68 HISTOIRE DU COMMERCE
tilshommes flamands et wallons, parmi lesquels on distinguait le seigneur de Chiëvres; son neveu, Guillaumade Croy; Jacques de Luxembburg, le sire de Beauraing; Charles de Lannoy; Laurent de Gorrevod; Philippe de Croy; Jean d'Egmont; le vicomte de Hacrlebeke; le sire de Vianen; le sire de Noircarmes; Philippe de Berghes et beaucoup d'autres représentants de la noblesse des Pays-Bas.
L'escadre royale, retenue longtemps par des vents contraires, mit à la voile le 8 septembre 1317, à cinq heures du matin. La navigation fut heureuse, saufen approchant du terme du voyage, une tempête ayant alors causé quelques avaries au convoi (1). Un navire, à bord duquel se trouvaient Montrichard et Henrj'de Bruxelles, tous deux fort aimés à la cour, fut incendié durant la traversée, et périt corps et biens. On arriva enfin en vue des côtes d*Espagne, le 19 septembre, et Charles fit son entrée, quelques heures plus tard, h Villaviciosa.
Ximenës, en apprenant le débarquement du prince, se mil aussitôt en route pour le rejoindre. Son administration avait été aussi brillante que prospère, bien qu'il se fût trouvé en oppo — — sition avec la noblesse castillane — dont il avait diminué le: puissance — et qu il eût eu à défendre la Navarre contre Jeai d'Albret. Une grave maladie l'ayant obligé de s'arrêter à Arands les ministres flamands, qui savaient qu'il avait conseillé à leoK. i* maître de renvoyer tous les étrangers de sa suite, firent tou^:s leurs efl'orts pour rempécher d'en obtenir audience, et décmdèrent le prince h lui écrire une lettre assez froide, p^' laquelle il lui permettait de se retirer à Tolède, pour y achi ver, dans le repos, les restes d'une vie si laborieuse. Ce m( sage accabla Ximcnès, qui ne croyait pas avoir mérité ui»* disgrâce, et expira quelques heures après en avoir acquis ï ^ certitude.
Charles, toujours entouré des compagnons de sa jeunesse, ^ ' fit d'abord reconnaître en Castille, puis se rendit en Aragoc* dont les habitants ne lui accordèrent le titre de roi qu'aRrè^ une vive résistance et de longs délais. Sa prédilection pour s€^ compatriotes irritait les Espagnols, qui se croyaient frustrés d*
(1) Ferreras, Iliat. de Espnna, XII.
is les honneurs conférés aux Flamands. Ceux-ci se montent, d'ailleurs, aussi avides qu*arrogants, et trafiquaient >u» '^rertement des emplois et des bénéfices à la collation du soure^ifain. La nomination de Guillaume de Croy, neveu du seigneur 1^ Chièvres, à Tarchevéché de Tolède, peu après le décès de ti M»enès, excita surtout de violents murmures.
OSes prétentions rivalQ3 firent échouer plus d'une entreprise ttti 1^. La découverte du Yucatan ayant été connue en Espagne -1517, l'amiral de Flandre demanda la concession de cette contrée. Il voulait y envoyer des colons flamands, en se oliargeant des frais de leur premier établissement moyennant une redevance de leur part. Le roi y consentit, et quatre ou cinq ires montés par des ouvriers belges étaient déjà arrivés à Ti Lucar, n'attendant plus que l'ordre de mettre à la voile, lorsque l'opposition décidée des Castillans fit échouer ce projet (1). L'intervention du seigneur de Chièvres et de ses collègues dsins ce gouvernement des colonies, sans remédier beaucoup ^ux abus, contribua à la réparation d'une grande injustice : ils accordèrent leur protection à Diego Colomb, — qui réclamait en ▼aia le prix des services rendus par son père, — et contriï>uèrent à relever sa fortune. Dans une autre circonstance, lorsque Barthélémy de Las Casas, qui s'est immortalisé par son iévouement à la cause des Indiens opprimés, s'en vint proposer te substituer le travail des noirs, — naturellement forts et ^bustes, — à celui des indigènes américains, ce fut encore auprès de nos compatriotes qu il trouva des encouragements et te Tappui. Cette fois cependant leur zèle n était pas tout à fait tesintéressé, car, après avoir aidé Las Casas à faire triompher *^s Vues, ils sollicitèrent le privilège exclusif du transport des ^^laives africains dans les possessions espagnoles, ce qui leur '^t accordé. Ajoutons néanmoins qu'ils n'entreprirent pas eux-
Ul Voici les termes de la requête de l'amiral , qui était alors le marquis
^^rschot : « Suplico'a su Magestad que le hiziese merced de aquclla tierra, o
^ Srande que se avisava que se avia descubicrto, que ya dezian Yucatan,
'^ue se queria disponer en gaslar de su hazienda, para ir, o embiar a
^tk de génie flamenca, y que de la diessen en feudo, reconociendo siempre a su
^«acomo su vassaUo... • Ilerrera, decada II, lib. il, p. â93.
870 HISTOIRE DU COBIMERGB
mêmes l'exploitation de cet odieux monopole , qu'ils cédèrent, moyennant finance, aux armateurs génois.
La nouvelle du débarquement du prince Charles étant arrivée dans les Pays-Bas, de grandes fêtes y furent célébrées en ITionneur du nouveau roi de Castille, de Grenade et de Léon. L'état des affaires y était cependant peu florissant, tant à cause do désordre qui continuait à exister dans l'administration des deniers publics, que des ravages exercés sur les frontières du nord par la fameuse « bande noire, » composée de soldats indis- ^
ciplinés appartenant à tous les partis, et des Gueldrois. Quel-
ques succès militaires, remportés par le duc de Clèves, ainsi ^^ que la soumission de Robert de la Marck, seigneur de Sedan,^^ ^ rendirent un peu de calme aux esprits. Dans l'intervalle, Mar — .-* guérite d'Autriche, profitant de l'absence de ses plus rudesennemis, reprenait peu à peu son ascendant, et, le 24 juil let lois, son neveu lui rendit la signature de tous les actes, l^Mt collation des offices, et la surintendance du Collège des fininrr j^ sans toutefois lui conférer le titre de gouvernante. La viL le d'Ostende obtint, vers cette époque, l'octroi d'une foire, ouver^Ce annuellement le 39 juin ; on construisit en outre un chemin davis les dunes, de l'Écluse à Gravelines, afin de faciliter les coczimunications dans cette partie du comté. L'année 1518 ffcit remarquable par l'abondance de ses récoltes. Dix livres pain, à Anvers, se vendaient au même prix que dix livres loin, c'est à dire à un sol.
La ville de Tournai, en passant sous la domination do Henri VIII, avait perdu une grande partie de sa populaliof*- Benucoup de rentiers, de même que plusieurs des membres do l'ancienne magistrature municipale, avaient abandonné leur» demeures pour se retirer à Gand, à Ypres, à Lille, ou en d'autre» localités. Les uns vendaient leurs biens meubles, d'autres 1^ emportaient avec eux, ou les confiaient aux bateliers pour 1^ conduire îi destination. La peste avait en outre ravagé la vU*^ cl les nombreux impôts levés par les Anglais pour y érî^^ une citadelle en éloignaient les marchands. Cet état dechos^ décida le monarque à restituer cette malheureuse cité à ** France, ce qu'il fit en 1S18, malgré les efforts de l'emperei"" Maximilien et de son fils. François h' la paya 260,000 écu^
t, et ses commissaires signèrent ensuite, h Londres, arrêtant le mariage de la fille du roi d'Angleterre avec in. La consommation de cet acte important était néannvoyé à un temps assez éloigné, les futurs époux étant n bas âge.
X se trouvant momentanément rétablie , le gouvernei Pays-Bas en profita pour opérer quelques réformes, ent dirigées principalement contre l'organisation démodes municipalités flamandes et brabançonnes, sous d'accroître la force de l'autorité souveraine, mais en our substituer la volonté du prince au règne des lois. 3nnance, du 6 mai 1519, enleva aux métiers deMalines dépendance dans le choix des échevins qu'ils étaient ^ élire, et tout contrôle sur le compte financier de la e.
locuments authentiques, conservés aux archives du !, nous fournissent quelques détails sur la situation du 3urg, durant les premières années du xvi« siècle. Elle plus fâcheuses, les principales parties du duché étant )n engagères par de hauts barons , qui dérodaient les élruisaient la valeur du domaine, et guerroyaient même îur suzerain, dont ils allaient jusqu'à contester le droit it. Le produit des aides y était, paraît-il, fort réduit, l'en. retira, du 1" juillet 1520 au 31 décembre 1530, lomme de 38,460 livres. Ce chiffre ne changea guère 1541, car nous voyons, par les comptes des agents de , que les recettes du duché de Luxembourg et du e Chiny ne s'élevèrent pas, cette année, à plus de )rins (1).
juestion financière d'une nature assez délicate faillit en 1519, nos relations commerciales avec le nord de !. Le roi de Danemark, Christiern II, avait vainement jusqu'en ce moment la dot de sa femme, dont une evait lui être payée, comme nous Tavons dit plus haut, oi Charles. Celui-ci, pressé d'acquitter cette dette, y
lis, à la suite de nouveaux dénombrements de feux opérés en 154i t-1558, les revenus publics, dans le Luxembourg, présentèrent une
avait toujours répondu par des moyens dilatoires. Ghristiern sMrrita enfui de tant de délais, et, renouvelant Fancienne alliance qui avait longtemps existé entre les Danois et les Fran çais, fit arrêter tous les navires belges et hollandais qui trouvaient en Danemark, et ferma le Sund à nos marins.
Quatre bâtiments appartenant au port de Nisuport, et commandés par Jehan Baert, Govaertszoon , Clément Oudegod George Mayre furent saisis en celte occasion, et leurs équipag faits prisonniers. Ils reçurent plus tard, à titre d'indemnité, u somme de 2,600 livres.
Dos représailles suivirent immédiatement cet acte de lence. La cour de Bruxelles jugea cependant plus prudent c=:^e traiter avec Chrisliern que de se brouiller avec lui, et lui envo":;yg dans ce but Jean Sucquet, conseiller et maître des ^equétâ^5. Après bien des débats, on se mit d*accord, et une convention fut signée entre les belligérants, le 22 février 1519. Le roi Charles promit de payer, au profit du monarque danois, le 20 janvier 1520, dans la ville d'Amsterdam, la somme de 100,000 florins courant de Brabant, et les 250,000 florins restant par annuités de 50,000 florins. Les aides de la Hollande et de la Frise furent assignés à ces paiements, et plusieurs villes des Pays-Bas délivrèrent à Chrisliern II des lettres de garaniîe- Dordrecht, Harlem, Delft et Leyde s'engagèrent chacune pout
aiiirmonlalion qui disparut durant les dernières guerres de Charles-ftulnt
contre la France. On en jugera par le tableau suivant.
Los revenus du duché furent évalués
Flor.d^or. Gros. Deniert.
Kn «r>U à 9,413 U 4
. iôii 6,767 30 6
.1543 5.093 8 iS
. ir»W 6,427 15 7
♦ «516 7,6» Si II
. 4,W ti,37i ii 3
. iXvl 11,980 15 6
. l.WI 10,730 16 3
. «.Ml 5,377 16 i
. «:vV> 5,367 23 5
rjTui
)0 florins; Amsterdam en promit 6,000; Gouda, 2,000; Mid- )Ourg et Zierikzée, 5,000; Anvers, 8,000; Bruges, 6,000; uport et Mallnes, 3,000 florins. Ces chiffres ont leur intérêt, ils indiquent la prospérité relative de ces localités, qui upent toutes une place considérable dans Thistoire du imerce européen.
'alliance établie entre François I" et Charles de Castille
lit singulièrement relâchée. Des débats relatifs au ressort
fiefs de Boulogne et de Guines, ainsi que les négociations
tantes auxquelles donnait lieu le restitution de la Navarre
d'Albret, avaient déjà failli la rompre, malgré les eff'orts
sires de Chièvres et de Boisy. La mort de l'empereur iMaxi-
ien, survenue le 12 janvier 1519, allait la transformer en
dite ouverte.
•es révolutions dont l'Italie avait été le théâtre, à la suite de pédition de Charles VIII, avaient inspiré une haute idée de lignite impériale. La juridiction du chef de Tempire s'était idue sur plusieurs États dltalie, et constituait même, dans 'iches et populeux districts de ce pays, de véritables droits ouveraineté. Cet accroissement d'influence, stérile pour des ces doués de peu de talents ou d'énergie, pouvait fournir de •sanls moyens d'action à un monarque habile et enlrepret. Maximilien avait montré, peu de temps avant son trépas, frand désir d'avoir pour successeur un prince de la maison ilriche, et ses vœux s'étaient dirigés particulièrement sur le l'Espagne, qu'il avait vivement recommandé aux électeurs, capitaux considérables avaient été distribués dans ce but en oiagne, par l'entremise d'un gentilhomme flamand, Jean de Pteville. François I*' s'en ét^it ému , et se décida à iraverces plans en briguant à son tour la couronne des Césars. lires candidatures se produisirent, entre autres celle de ri VIII et du jeune roi de Hongrie, mais elles furent bientôt *tées.
^ lutte s'ouvrit, ardente et passionnée, entre les deux lUx. Leurs agents répandirent l'or à pleines mains, et Charles 'gagea, vis à vis de ses adhérents, pour une somme de s de 27,000,000 de francs, monnaie actuelle. Les Français •aient valoir les forces militaires de leur maître , l'avantage
27i HISTOIRE DU COMMERCE
d*unir rAIlemap:ne, Tltalie et la France sous un même sceptre pour arrêter, h Taide de leurs armées combinées, les p menaçanls des Turcs. Les partisans du roi de Gastille ra laient que ce prince descendait de la maison d'Autriche, les Étals héréditaires Ibrmaient une barrière naturelle à r< pire contre les entreprises de la puissance ottomane, k laq il avait plus (rinlérôt à s*opposer que tout autre monarque eo péen ; ils s'élevaient avec énergie contre la pensée de placer étranger à la tête des populations germaniques, et faisaii appel à Torgueil national de leurs compatriotes, trop fiers se courber sous le joug d'un souverain ignorant leur la leurs lois, leurs usages.
Quelques élect<iurs s'effrayaient cependant des prétenti des uns et des autres, et craignaient également de donner l voix à François P^ ou à Charles, dont les domaines étaient si étendus. Un troisième parti se forma, secrètement ap par la cour de Rome, et on crut un instant que le duc de allait recueillir la succession de Maximilien. Le roi d'Espa; prévit le péril, et, sous prétexte de défendre la liberté des & teurs contre toute violence de la part de la France, éta autour de Francfort les troupes de la ligne de Souabe, ai nombre de 25,000 hommes. Ce déploiement militaire, dans la moment le plus critique, augmenta le zèle de ses adhérents, cl, le î28 juin 1519, à M heures, il fut proclamé, d'une voii unanime, roi des Romains.
L'annonce de cet événement fut reçue avec joie dans lesPaj* Bas. On y applaudissait comme à un triomphe national, carie nouvel élu n'était-il pas né h Gand, au milieu des Flamands, dont il avait si longtemps parta^jé la vie et les habitudes? Cli(» singulière, en effet, il était réservé aux Belges, après avoir élé des premiers à acclamer la liberté, — qui les avait suivis partoBÏ où s'étendait leur commerce, — de soutenir de leur sang,(k leur or le plus redoutable représentant du principe d'autorité, et de marcher avec lui, sur les débris de leur passé, à II conquête d'une monarchie universelle.
Les Espagnols, prévoyant qu'ils auraient bientôt à subir b gouvernement d'un vice-roi, c'est à dire tous les abus d'una administration souvent tyrannique, ne montrèrent pas des dis*
ET DE Là marine EN BELGIQUE. S75
iitions aussi favorables. Des troubles éclatèrent *dans le
'aume de Valence, où le peuple se rangea sous les bannières
Hie association, distinguée par le nom de Heftnandad ou Fra-
et courut aux armes. La Castille n*était pas plus tran-
cftjftmlle, et si les nobles y défendaient encore les intérêts du
-priince, les communes s'y prononçaient ouvertement en faveur
de^ réformes les plus radicales, et éclataient en murmures.
CSharles, absorbé dans ses rêves d'ambition et de gloire, ne lii^t aucun compte de ces symptômes menaçants. Sa présence étsiit nécessaire en Allemagne, et il était décidé à s'y rendre. Après avoir accepté la couronne impériale, que le comte palatin, à la tête d'une ambassade solennelle, était venu lui offrir, il ordonna à Marguerite d'Autriche, ■— à laquelle il venait de rendre le gouvernement de nos provinces, — de lui envoyer sans délai une flotte des Pays-Bas. Déjà un de nos compatriotes, Jean de Termonde, était arrivé en Espagne avec plusieurs pièces d'artillerie, des boulets, de la poudre, des cancaniers et des pilotes, pour le service du roi des Romains. Celui-ci, laissant à son ancien précepteur, Adrien d'Ulrecht, la Q^ission de le représenter auprès des populations espagnoles, s'embarqua à la Corogne, le 19 mai 1520.
François I", cruellement mortifié de l'échec qu'il venait
^'éprouver en Allemagne, suivait avec inquiétude les mouve-
n^6nts de son rival , dont la puissance croissante menaçait de
PÏus en plus l'équilibre européen. Les causes de discorde se
^ "Multipliaient chaque jour entre les deux souverains, car tandis
Çue les agents de l'un continuaient à réclamer la restitution de
^Navarre aux d'Albret, le royaume de Naples et les droits de
-gj .^ ''izeraineté sur le comté de Flandre , les délégués de l'autre
-^ ■ "^endiquaient , au nom de leur maître, le Milanais et la
^)upgogne.
Malgré tout son désir de vider toutes ces querelles par la
^^ force des armes, François eut recours d'abord aux négocia-
. ^^ î^ns. La France, bien que déjà forte et compacte, était loin de
Wuirà cette époque des ressources qu'elle devait se créer plus
:U à 5 ^' ^"^ ^® possédait, du côté du nord, ni la Flandre ni TAr-
s ^ ^ encore bourguignonnes ; elle n'avait, au levant, ni la Fran-
pe j ^ Comté, ni l'Alsace ; le Roussillon et la Gerdagne avaient été
rendus à Ferdinand le Catholique par Charles VIII. L*État n'avil: point de marine, point d'infanterie nationale : des Suisses, Allemands, des Italiens combattaient pour Thonneur deses peaux. Une alliance offensive et défensive entre la France l'Angleterre, en assurant la prépondérance politique à ces pays, servait admirablement les projets du roi, qui dirigea ses efforts de ce côté.
Ce danger n'échappa point à Charles, qui s'appliqua à le venir. Étant parti, comme nous l'avons déjà dit, du port de Corogne, il fit voile immédiatement pour l'Angleterre, et dé; qua à Douvres au moment où les ambassadeurs français venai de régler les conditions d'une entrevue entre François I* Henri VIII. Ce dernier, ravi d'un événement si flatteur pour vanité, reçut avec empressement un hôte qui lui témoî tant de confiance, et conçut la meilleure opinion de ses in lions. Charles passa fort peu de temps à la cour britannique, mais il lui suffit pour s'y assurer le concours du ca Wolsey, en lui donnant une pension de 7,000 ducats et en promenant la tiare. Il obtint aussi du roi Henri, avant de quitter, l'assurance que ce prince se rendrait dans les Pa}^ aussitôt après avoir visité François I".
L'entrevue projetée entre les rois de France et d'Angleterre cul lieu entre Guines cl Ardres, le 7 juin 'lo20. On y déployade pari et d'autre une grande magnificence, et les merveilles du camp du Drap d'or sont restées longtemps célèbres. Ces luxueuses prodigalités, en fournissant au monarque français uneoco sion d'éclipser celui dont il recherchait l'alliance, uuisireM au succès de sa cause. L'empereur fut plus heureux, oarapnl revu Henri VIII h Gravelines, il y resserra encore les bonnes relations qu'il avait établies précédemment.
Tous c^s pourparlers annonçaient la guerre, c'est à dire II rupture des relations commerciales. De nouveaux subsides furent levés dans les Pays-Bas, et comme ces movens ne sufr saienl pas pour remplir le trésor, le gouvernement se vit bienloi entraîné Ji recourir h des mesures violentes et tyranniques pour se procurer de l'argent. Le 18 octobre 1320 parut un édil rappelant les anciennes ordonnances qui défendaient rétablissement de confréries, de corporations et de communautés ecclé-
astiques ou civiles sans le consentement du souverain. Cet )le amoindrit aussi les fonctions politiques des doyens, enleva IX métiers leurs bannières, et régla la réorganisation des colges des arts mécaniques, à la tête desquels on plaça des lefs. L'augmentation des charges publiques amena Tétablisseent d'impôts excessifs sur la consommation, qui firent renlérir le prix de la main-d'œuvre, et arrêta les progrès de ndustrie.
Charles ne fit pas un long séjour dans nos provinces. Il part bientôt pour Aix-la-Chapelle, accompagné de sa tante et une foule de nobles personnages , parmi lesquels on remaruait le prince d'Orange, les comtes d'Egmoiit et de Bornes, le rince de Chimay, les seigneurs de Chièvres, de Rœulx et de iedekerke. Les fêtes du couronnement furent splendides, et le énie des artistes et des industriels belges contribua beaucoup augmenter leur éclat, car nous voyons, d'après les comptes » revenus et des dépenses de l'Empereur, que celui-ci se sert à cette occasion de la vaisselle de Marguerite d'Autriche, et orner la salle du banquet des riches tapisseries du palais de iines.
BIT. M COaMIKGI, T. 1 1. 18