HISTOIRE BU COMMERCE
Une coalition contre les Pays-Bas se formait dans le Nord, et on prêtait au roi Christian rintcnlion de s'allier à la France et aux princes protestants. Cliarles-Quint, jusqu'alors assez indifférent aux combinaisons de la régente, se décida enfin à agir, et somma le roi do s'abstenir de toute atteinte aux droits des princesses de Danemark, Le palatin, de son côté, avait recruté un corps de troupes, qu'on embarqua sur des navires de transport rassemblés dans nos provinces.
La situation, 'Je plus en plus tendue, annonçait une crise prochaine. Marie de Hon^Tie soiiL^oait à secourir les chefs militaires de Copenhague, qui .s'étaient rel'usés de souscrire au traité de Hambourg, tandis que le roi Christian excitait le duc de Gueldre à reprendre les armes. Une telle diversion était menaçante pour notre pays, sur le point d'être envahi à cette époque par François I"; aussi la régente se hâta-t-elle d'envoyer le comte de- Buren et Georges Scbenck pour résister aux Gueldrois, tandis qu'elle donnait plein pouvoir au seigneur de Beveren, amiral de la mer, de rassembler une flotte puissante « pour assister le palatin Frederick au secours de la ville de Gopenhaghen, et pour conserver ainsi la succession de sa très chiëre et très amée nîepce. Dame Dorothée, princesse de Dennemarcque. »
La marine militaire était encore presque exclusivement fournie par lés villes maritimes, qui armaient de nombreux vaisseaux de guerre pour la protection de la pèche et de leurs intérêts commerciaux. Quelquefois cependant, comme nous l'avons déjà dit, le gouvernement, en cas de nécessité, Êtisait mettre l'embargo sur les navires marchands qui se trouvaient dans les ports nationaux, les ftiisait armer & ses frais, les remplissait de munitions, sauf à payer plus tard à leurs propriétaires des droits de location et une indemnité en cas de dommages. On eut recours, dans cette circonstance, à ce dernier moyen, et la somme payée de ce chef aux armateurs seleva par mois à 15,900 livres de gros.
De Meckeren nous a laissé des détails assez curieux sur la composition de la flotte rassemblée par les soins d'Adolphe de Beveren, en 1536. Cet armement se composait de trente gros navires, dont quelques-uns avaient quatre cents tonneaux, et de douze bâtiments de moindre dimension, connus sous le nom
ET DE LA MARniE EN BELGiam. S51
• de boyers. Les plus grands étaient montés par 34 officiers et 79 matelots; les plus petits avaient un équipage de 16 officiers et de 18 marins. Parmi les chefs on remarquait Paul Recx, Nicolas Prouck, Lubbert, Henri Roo-Claes, Pierre Geerbi ants, Jacob Geerts, Wolffaert, Guillaume Hooft, Jacob Yisscher, Jean Grubber, Gheert Wouters, qui, chacun avaient le commandement d'une nef. L'ensemble des hommes enrôlés s'élevait à 7,496 personnes, dont 3,000 marins et 4,496 soldats.
Le ravitaillement de ces troupes coûtait par mois, à raison de 2 sols par téte et par jour, 22,300 livres de gros. Toutes les provinces du littoral, le Brabant, la Flandre, la Hollande et la Zélande, avaient contribué à la formation de l'escadre. Les Brugeois lui fournirent de la poudre, les habitants de l'Écluse et de Ter Muyden, des biscuits et de la bière de Delft.
Les gages des officiers étaient par mois, de .19,428 livres ; ceux des matelots de 17,020 livres; la solde des piétons s'élevait, h raison de 3 escalins par tête et par mois à 16,875 livres. Chaque personne recevait par jour, vingt onces de biscuit; un lot de cervoise; trois quarterons do viande salée, le dimanche et le jeudi ; une demi-livre de lard, le mardi et le mercredi ; une demi-livre de poisson et deux harengs aux jours d'abstinence; deux onces de fromage pour le souper du dimanche, du mardi et du jeudi ; un cartille d'huile un jour de la semaine; une demisumbre de vinaigre par jour; enfin, un potage fait de deux sale* miiit's ou picotiiifi de pois et fèves, d'une livre de riz et deux livres de beurre, était distribué le veudreUi et le samedi, entre cinquante Iionnnes.
Les munitions de la Hotte impériale consistaienL en 300 tonneaux de poudre, qui coûtaient 48 livres le tonneau, ensemble 14,400 livres ; 54,000 livres de boulets de trente, à raison de 15 livres de gros le mille, valant 810 livres ; 3,600 boulets, pesant chacun 5 livres. Ces approvisionnements parailrout, de nos jours, bien peu considérables, mais on doit se rappeler qoe l'artillerie navale était encore dans l'enfance à cette époque. Durant un combat qui eut lieu près de l'ile de Wight, en 1545, entre une flotte anglaise, composée de 100 voiles, et une flotte française de 90 voiles, on cite comme un fait extraordinaire que les deux escadres ne se tirèrent pas moins de 300 coups de
53t HISTOIRE DU COMMERCE ET DE LA MARINE Elf BELGIQUE.
canon (1). Les batteries d'un seul de nos navires modernes, engagé dans une action maritime, atteindraient actuellement ce chiffre.
Indépendamment de ces projectiles, les vaisseaux deTamirai de Flandre emportaient des dés de fer, pesant 11,250 livres. Us avaient également h bord 2,650 livres de plomb; 2,200 piques, au prix de huit livres le cent; 5,400 dards et lances, valant 270 livres ; 875 arquebuses à crochets et à queues de fer.
L*escadre était prête h prendre la mer, lorsque le roi Christian, redoublant d'efforts, détacha de son armée 3,000 hommes et les fil partir pour la Frise, avec mission d*y appuyer les opérations des Gueidrois. Schenck se hâta de se porter à leur rencontre et les battit à Heiligerlée, mais déjà il était trop tard : Copenhague, après la plus héroïque défense, ouvrait ses portes aux troupes de Holstein. Le due de Gueldre, serré de près par les Impériaux, se vit contraint de foire des propositions de paix, qui iùrent acceptées vers la fin de l'ann^ 1836^ L'Empereur y gagnait la seigneurie de Gronîngue et la Drenthe. Des négociations s'ouvraient presque simultanément entre Christian et Marie de Hongrie. On se mit enfin d'accord, grâce à la médiation des Hambourgeois, dont le commerce souffrait beaucoup de la mésintelligence qui existait entre les deux cours, et, le 3 mai 1537, la navi^^alion de la Baltique fut de nouveau ouverte à nos marchands. Le rétablissement de la paix ne tarda pas à produire les meilleurs cflels. Le prix du seigle descendit brusquement de 36 à 16 florins; le goudron, la poix, la potasse, les cendres, les sapins et, en général, tous les produits du Nord affluèrent de nouveau dans nos marchés.
Tandis qu'on se réjouissait dans les Pays-Bas, une scène sanglante se passait à Lubeck. Wullenwéver, condamné par le sénat de cette ville, était écartelé sous les yeux de ceux qui avaient jadis applaudi à ses triomphes, et payait de sa vie son ancienne popularité.
(1) Daniel, Histoire de la milice française, tome 11, p. 477.