CHAPITRE XIX
Modifications au droit commercial. — R^genoe de Marie de Hongrie. — * Troubles n Liège. — Bèglement concernant le commerce de détail. — Prix des denrées au XV1« siècle. — Traitements et salaires. — Négociations en Italie. — L'autorité papale abolie en Angleterre. — Expédition de Charles- Quint en Afrique. — Part que les Belges y ont prise. — Leiu-s migrations à l'étranger. — Établissements belges dans l'Amérique du Sud. — Reprise des hostilités entre François T*' et Charles-Quint. — Aides votées par les Etats. — La taxe des feux à Namur. — Vaisseaux frétés par les villes de Flandre. — Le vice-amiral Gérard de Meckeren. — Luttes navales. — Règlement sur la pêche. — Démêlés entre les Pays-Bas et les États du Nord de l'Europe. — Armements maritimes dans nos provinces. — Détails sur l'équipemeat «Fmie flotte en 1536. — Traités arec le duo de Gueldre et le rai de DaBenunk.
Le droit commercial subit d'importantes réformes, dans les Pays-Bas, vers la fin de l'année 1531. Il était d'usage, avant cette époque, d'accorder de longs répits aux débiteurs avant de les déclarer en faillite. Ce système avait donné lieu à beaucoup d'abus, et plus d'un négociant déloyal ne demandait un concordat qu'afin de mieux tromper ses créanciers. Pour faire cesser les plaintes qui résultaient de cet état de choses, Charles-Quint prescrivit de ne délivrer de lettres de répit qu'au cas où l'impétrant justifierait de ses pertes, en prouvant qu'elles étaient accidentelles. Il ordonna, en outre, à celui-ci de convoquer ses créanciers dans le délai d'un mois, au Conseil provincial, et d'y présenter sa caution et les actes passés ea sa faveur» —
SOUS peine de nullité. Les créanciers ëtaieiU autorisés h débattre la valeur du cautionnement ofTert, et nul d'entre eux n*était tenu de souscrire aux résolutions de la majorité, pour autant qu'elles tendissent îi une renonciation partielle de la dette, ou à la diminution des garanties dont celle-ci était entourée. Il fut statué, en outre, que les lettres de cession de biens, — ce droit ayant été introduit on Belgique suivant les pratiques romaines, — ne s'obtiendraient qu'avec l'agrément du souverain, et on chercha h accompagner l'exercice de ce privilège de cérémonies humiliantes. Charles-Quint, par l'article VII de l'ordonnance du 7 octobre 1531, s'occupa aussi des banqueroutiers, qu'il traite de « larrons pui)Iics. »
Il prit contre eux les dispositions les plus sévères, et les étendit h leurs complices. Toute personne qui donnait asile à un banqueroutier, consentait h gérer ses aflaires ou faisait valoir, pour le favoriser, de faux titres de créance, partageait son châtiment. Les biens des délinquants étaient immédiatement mis sous séquestre, et pariagés au marc la livre entre les créanciers, nonobstant tout arrêt ou saisie antérieure h la banqueroute. Des poursuites criminelles, dirigées contre les coupables, suivaient celle li(juidation.
Charles-Quint ht lairc souvent des enquêtes concernant les relations mercantiles des Pays-Bas. Ces rapports avaient pour but de faire connaître au prince l'état du commerce et de l'industrie, leurs moments de crise ou de souffrances, les causes probables de telles calamités et les moyens d'y remédier. L'une de ces enquêtes, dirigée par le pouvoir municipal, fut ouverte ù Anvers, en février 1532, au sujet des vexations subies en Angleterre par quelques négociants belges et hollandais.
Marguerite d'Autriche étant morte en 4530, l'administration de nos provinces avait été confiée à Marie de Hongrie, veuve de Louis II et sœur de l'Empereur. Tandis qu'on se préparait à réunir les États pour leur notifier le changement de gouvernement, de sanglants démêlés, résultant d'une nouvelle rupture avec le Nord h la suite des armements de Christiern II en Hollande, agitaient la principauté de Liège. La cherté des grains y était telle que le setier de froment s'y éleva jusqu'à 40 aidants ou liards, tandis que le salaire d'un manœuvre n'y était que
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d'un aidant par jour (1). On se hâta d'interdire l'exportation des céréales; mais les spéculateurs, d'accord avec ceux qui étaient chargés de surveiller leurs opérations, éludèrent cette défense. Les grains expédiés l\ rexléricur du pays y étaient renvoyés par petites quantités et vendus à des prix exorbitants. Des murmures s'étant fait entendre, les marchanils désertèrent les halles, et la famine menaça bientôt la population. Les riverains de la Meuse, ou rivageois , ayant épuisé leurs ressources, se réunirent au nombre de 3,000 hommes et marchèrent sur Liège, tambours battants et enseignes déployées. On ne parvint à empêcher le [)illa;;e de cette ville qu'en faisant des concessions aux insurgés. Plusieurs d'entre leurs chefs périrent plus tard sous le glaive du bourreau, d'autres se réfugièrent en France.
Le commerce de détail était assujetti, dans les Pays-Bas, à diverses mesures de police, adoptées dans l'intérêt des consommateurs. Des amendes assez considérables étaient infligées aux cabaretiers et aux marchands qui se servaient de fausses mesures; aux boulangers dont le pain n'avait pas le poids prescrit par les règlements; aux épiciers qui falsifiaient les denrées qu'ils exposaient en vente. Un orfèvre de Bruxelles, convaincu d'avoir trompé ses chalands sur la qualité de ses marchandises, fut attaché au pilori par un anneau qui lui traversait l'oreille, et y resta jusqu'à ee qu'il s'en fut arraché. Des pénalités frappaient également le Irolateur devin, le boucher ou le poissonnier qui apportait au marché des denrées gâtées ou avariées, le charlatan qui « débitait faux unguements et drogues. »
Quelques exemples, empruntés à YHistoire du règne de Cluuies-Quint en Belgique, de M. A. Henné, nous permettrons d'apprécier la valeur des denrées à cette époque.
Le beurre coûtait, en 1520- lo21, 1 s. 1 d. 1 mite la livre, et en looO-lâSl, 1 s. 6 à 8 d. (1); le fromage de Tirlemoat
(1) Le florin de Liège valait '6 patards ou 20 aidants; Taidanl sooz. Le son de Liège égalait 19 deniers. M. F. Henaux, Cwp d^œR sur VkisMre moné- UUre du pap iê Uiige,
(3) Ces comptes sont établis en livres de gros de Biabsnt, valant qaatre
florins. Dp liU9à V'rXO, le lloriiiou livre de îo gros avait une valeur intrinsèque de 4 n-. 61 c. ; de i:i20 à lUoi, 4 fr. 22 c. ; cl de Vilii à 1559, 4 fr. 4 c. Reste à multiplier par 5 pour obleoir la valeur actuelle.
HISTOIRE DU COimBRGB
(1520-1521), 1 s. 8 d. et 2 s. (1550-1551); le fromage de Nivelles,
I s. 1 d. 3 m.; le fromage de brebis, 1 s. la livre, en détail, et environ 6 d., en gros; le fromage d'abbaye, 2 à 3 s. la livre; le fromage de Malines, 6 d. 1 mile, la livre; le fromage dïicavrelet^ 4 11. 10 s. la douzaine; le fromage des Flandres, 7 s. pièce ou environ 2 s. 8 d. la livre; le fromage flamand, 6 d.; le fromage dit boules, boulets, clootkeesen, 1 s. 3 d. à 2 s. pièce, ou 7 d. la livre; le fromage vert, 9 d.; le fromage de Hollande, 4 h 6 d. la livre; le fromage anglais, 1 s. 6 d. la livre ou 6 fl. pièce; la viande, 6 à 7 d. la livre; la viande forte dite rindvleescht 9 d. la livre; un veau gras (1515) 10 fl.; un agneau, 20 s.; un demimouton, 18 s.; le jambon coûtait 1 s. la livre, et 3 fl. 12 s. pièce; un chapon, 2 s. à 8 i/2 s., en 1520-1521, et de 3 s. à. 3 1/2 s., en 1550-1551 ; une oie, 2 s. 6 d., en 1520-1521, et 4 s. 3 d., en 1550-1551 ; le saumon, 7 fl. 5 s. le demi-tonneau, et 20 à 24 s. pièce ; les anguilles, 9 fl. le demi-tonneau ; le cabillaud salé, environ 3 fl. 10 s. le demi-tonneau; Taiglefin, 7 d. pièce; la raie, environ 1 d.; les harengS'2 ou 3 fl. la demi-tonne, et 14 à 16 s. le cent (1) ; les harengs saurs, 16 s. les 25, 5 à 6 fl. le millier, 32 à 38 fl. la tonne; les harengs secs, 4 à 5 fl. le millier; les œufs, 7 s. 4 d. 3 m. le cent ; les pommes, environ 19 s. le sac,
II à 12 s. la rasière ; le sel, 7 à 8 s. la tonne, 4 à 5 fl. le muid ; le poivre, 14 et 14 1/2 s. la livre; les noix muscades, 16 s. la livre en gros, et 32 s. en détail ; le macis, 2 fl. 2 s., et 2 fl. 8 s. la livre, en gros, et 4 fl., en détail; les clous de girofle, 4 fl., en 1520-lo21, 1 fl. 10 s., 1 fl. 16 s., en 1543, et 2 fl. en 1548- 1549 ; le sucre en pain, de 2 à 6 s. la livre; le sucre des Canaries, de 3 à 5 s.; le sucre de Madère, 4 à 5 s.; la cassonade ou sucre en poudre, 1 s. 9 d. à 2 s, 9 d.; le sucre mélis, 3 s. 9 d.; le sucre candi, 9 gros et 5 s. la livre; le miel, environ 9 s. le double pot; la mélasse 7 à 7 1/2 s.; la canelle, 2 fl. la livre, en Io20-lo21 ; 22 s., en 1550-1551 ; le safran, 8 à 9 fl. 12 s. la livre, en détail, et 3 fl. en gros; le gingembre, 9 1/2, 13 et 17 s. la livre; les anis, 4 s. la livre; les câpres, 1 s. 6 d. la livre, et 9 fl. le tonnelet.
(1) Un droit dit BraiU gheîde était payé sar chique UnUMta neuf fabriqué en Belgique et destiné à la caque du hareng.
BT DE lA MARINE EU BELGIQUE.
Les olives se vendaient à 4 s. la gelte (double pol), et 12 fl. le tonnelet; le riz, 93 fl. le tonneau, et 19 à 27 fl. la pipe; les dragées, 4 s. la livre; la gomme, 1 s. la livre; la graine de paradis, 9 s. 6 d. la livre; les pruneaux, 9 d., et 1 s. la livre; les figues de première qualité, 2 fl. le cabas, et les figues de qualité inférieure, 30 à 32 s.; les raisins secs qui, antérieurement h 1528, se vendaient 6 1\ 7 s. la livre, tombèrent alors à 6 d., et ils coûtaient généralement 1 s.; les raisins de Corintbe coûtaient 3 s. la livre; les amandes sèches, 3 et 9 s.; l'huile, 10 s. 3 d. la gelte; rhuile d'olives, 1 fl. le tonnelet; le vinaigre, 3 fl. l'aime, et 2 fl. le tonneau; la graine de moutarde, 10 s. le quart de rasière; le savon blanc, 3 s. 4 d. la pierre (8 livres), et le savon noir, 7 à 9 fl. la tonne; l'huile de colza, 12 fl. l'aime; les chandelles, 9 s. 6 d. à 13 s. la pierre; la cire, 4 1/2 et 6 1/2 s. la livre ; le bois à brûler 7 s. le cent; le charbon de bois, 6 s. 6 d. le sac; le charbon de terre, 48 s. le muid; le charbon de forge, 6 fl. 1/2 le muid, 25 à 30 s. la rasière; le charbon de maréchal» 30 s. la rasière; le charbon dit de chaufùir, 20 à 25 s.; la tourbe, 1 fl. 10 s. le millier.
Le prix de toutes ces denrées, comparé à celui auquel elles seraient vendues de nos jours, paraît très modéré, mais on ne doit pas oublier que les revenus de chaque fhmiUe, au vn^ siècle, étaient infiniment moins considérables qu'ils ne le sont de notre temps. Le traitement annuel du grand chancelier de Bourgogne, en i515, ne montait qu'à 3,000 livres de 40 gros, monnaie de Flandre. Les conseillers de la couronne recevaient de 4 à 500 livres par an ; les mattres des requêtes avaient 20 à 28 sols par jour; le premier secrétaire au conseil privé, 18 sols; ses cinq collègues, 15 sols seulement. La journée d'un ouvrier était fixée, en moyenne, à 1 1/2 s.; celle d'une ouvrière à 1 s. 3 d. On payait environ 9 s. à un maître maçon, et 7 s. 6 d. h ses aides. Le médecin recevait 2 s. par visite; le vétérinaire, 1 s. 6 d.; le barbier ou chirurgien, 9 d. par saignée; le prêtre, 2 s. par messe basse, et 3 s. par messe chantée; le prédicateur, 4 s. par sermon.
Charles-Quint, le monarque de tant de royaumes, ne pouvait s'occuper exclusivement de l'administration des Pays-Bas. Ayant tenu en échec, avec l'aide des princes lulhérieus les troupes de
Soliman II, nous le retrouvons» au commencement de Vannée 1532, en Italie. Il ne s'y arrêta pas longtemps et, après avoir encouragé les £tats italiens à former une ligue pour la défense de leurs territoires respectifs, il s'embarqua pour rSspagne sur les galères de Doria, et arriva sain et sauf à Barcelone.
Clément VU, tout en évitant de se brouiller avec TEmpereur, s*était montré fort mécontent des concessions faites par ce prince aux partisans de la Réforme, et suscitait mille obstacles à la réunion d'un concile général, annoncée à toute l'Allemagne. François I'' résolut de profiter de ces dispositions, et, dans l'espoir de s'attacher le pape, lui fit proposer un mariage entre Henri, duc d'Orléans, et Catherine, fille de Laurent de Médicis. Cette union, qui alliait la fkmille du pontife à l'un des plus nobles sangs de l'Europe, Ait conclue en iS33. Clément VII, que l'infortune avait rendu prudent, craignait, tout en négociant avec François, de s'aliéner Charles-Quint, et le flattait aux dépens de Henri VUl. Celui-ci, ftitigué des délais qu'on opposait à son divorce avec Catherine d'Aragon, prit tout à coup une résolution extrême, et, renonçant à tout espoir d'arrangement, fit rompre ses premiers liens par Cranmer, archevêque de Cantorbéry, déclara l'ilicgi limité de la princesse Marie, et fit proclamer Anna Boleyn. La sentence de l'archevêque ayant été cassée par Clément, le roi y répondit par un nouvel acte d'autorité, réunit le Parlement, en obtint un vote abolissant la juridiction de la cour de Rome, et assuma le titre de chef et de protecteur de l'Église nationale d'Angleterre.
Le dissentiment entre Henri YIII et le pape était désormais irréconciliable. Wolsey, disgracié par son souverain, était mort à York, prisonnier de sir William Kingston. De nouveaux ministres se trouvaient à la tête des affaires, et divers actes législatifs, publiés en 1534, consacrèrent la ruine du catholicisme dans la Grande-Bretagne. Le roi y gagna des sommes immenses, enlevées aux corporations religieuses (1), et son
(1) Il supprima, à différentes époques, 645 monastères, 90 collèges, i,374 chapelles, lio hôpitaux; le revenu de ceo éiablissements s'élevait à 1(1,100 livres sterling.
ET DE LA MARnCB EN BELGIQUE
pouvoir s*en accrut considérablement, ainsi que celui de ses successeurs.
La mort de Clément VII, et rélection d'Alexandre Fârnèse au siège pontifical, suivirent de près ces événements. Tandis que François I*' cherchait à renouer les nég^ociatîons que ce changement de règne venait de briser, une secte nouvelle, celle des anabaptistes , remplissait rÂUemagne de ses doctrines subversives, établissait à Munster le siège d'une éphémère royauté, et enveloppait cette malheureuse ville dans sa ruine.
Les Pays-Bas fUrent appelés à contribuer, en 1535, à une expédition lointaine, pour laquelle Gharles-Quint faisait depuis quelque temps d'immenses préparatifs, et qui devait encore augmenter le prestige de sa puissance. Rappelons en quelques mots l'origine et les causes de cette entreprise, au succès de laquelle nos commerçants étaient vivement intéressés.
Les fils d'un potier de l'Ile de Lesbos, Aroush et Khair-Eddyn, d'abord chefe d'une bande de pirates, s'étaient emparés d'Alger après y avoir détrôné le cheikh arabe Selim-Eutemi, et en avaient fait leur place de guerre. Attaqués par le gouverneur d'Oran, l'un d'eux, Aroush, avait péri au combat de Tlemsen en 1818, mais son frère, Khair-Eddyn, plus connu sous le nom de Barberousse, s'était chargé de le venger. Poursuivant avec la plus grande vigueur ses armements maritimes, il avait causé des pertes immenses au commerce européen. Devenu tributaire de Soliman II, celui-ci l'avait nommé amiral de ses flottes et l'avait aidé à s'emparer de Tuuis. Khair-Eddyn s*y était fortifié, avait transformé cette ancienne ville de négoce en arsenal militaire, et s'y était rendu formidable. Ses vaisseaux, bravant les galères chrétiennes parcouraient librement la Méditerranée, y commettaient mille déprédations, et allaient se réfugier, chargés de butin, sous le canon du fort de la Goulette.
Tel était l'ennemi contre lequel Gharies-Quint allait diriger ses armes. Il mit à la voile à Barcelone, vers le milieu du mois de mai 1535, et se rendit à Gagliari, oîi Doria devait venir le rejoindre. Sa flotte, composée de près de cinq cents navires, présentait l'aspect le plus animé. L'art de la construction navale avait Ml de grands progrès au vif siècle, et tandis que les bâtiments du siècle précédent portaient à peine un ou deux
m&TOiRB DU COMMERCS
canons, on voyait alors ondoyer la bannière impériale sur de magnifiques vaisseaux de haut bord, portant jusqu'à cent pièces d'artillerie (1). Une des quadrirèmes de l'escadre destinée à Charles-Quint était ornée avec un luxe extraordinaire, et portait, indépendamment d'innombrables pennons « une voile entretissue de drap d'or et de velours cramoisi, estant les rameurs fort bien accoustrez de hoquetons de soye. » 25 à 30 grosses hulques des Pays-Bas, chargées de troupes, faisaient partie de cet armement. Depuis plusieurs mois on avait fait arrêter en Belgique tous les mendiants valides, tous les vagabonds pour les diriger sur Anvers, d'où ils avaient été «envoyés veraSaMajesté, en son voyaige de Thunis. » On remarquait une foule de gentilshommes belges dans l'entourage de Charles, parmi lesquels nous mentionnerons le sire de Boussu, Charles de Lannoy, le comte de Lalaing, le sire de Praet, le comte de Rœulx et Charles de Trazegnies. Un gracieux poète, Jean Second, qui mourut quelques mois plus tard à Tournai, à peine âgé de ^ ans, après avoir manié avec une égale habileté la plume, le pinceau et le burin, suivait également l'Empereur. Celui-ci avait encore amené le musicien Jean Fuismer, le peintre Vermeyen, et leurs compatriotes Van Maele et Van denEsse, auxquels on doit des détails sur cette campagne. Un autre Belge, Jean Taisnier, également attaché h rexpédilion, nous a laissé des renseignements curieux au sujet d'une expérience à laquelle il assista à Tolède. Il raconte qu'il y vit deux Grecs se faire descendre dans l'eau, en présence du souverain et de plusieurs milliers de spectateurs, dans une grande cloche retournée, ayant une lampe allumée
(1) Ces pièces étaient, en général, de très pélit calibre, et les plas larges envoyaient un boulet fort médiocre. Remorquons on passant qu'on ne mesurait pas, à celle époque, le calibre d'un canon par rorificc de la pièce ou la pesanteur du boulet, maisd'aprfts la quantité de poudre employée pour la charge. 11 paraît cependant que la proportion de la poudre au poids du boulet était alors de f ft t : ainsi imi boulet de 8 Uvres eiigeati quatre livres dépendre. On employait encore, en 158S, des projectiles de pierre. Dons un compte de J. Corte, de cette année, H est question de 552 pieds de pierre bleue de Namur (Namensche steen) : Waer van gmœht werdm klooun of kogeh mn C, 7, 8 d 9 duimen. Les canons employés dans la marine n'avaient pas d'alIQls, mais étaient attachés à des poutres, à bord des vaisseaux.
BT DB LA VABIMB BR BBLGIQUB.
avec eux, et sortir sans qu'elle fût éteinte et les vêtements secs. C'est la plus ancienne information que nous ayons au sujet de la cloche à plongeur (1).
Les relations si étendues de Gharles-Quint, ses nombreux voyages, favorisaient beaucoup les migrations des Belges à l'étranger. Nous retrouvons partout, à cette époque, des traces de leur industrie et de leur activité. Robert de Keysere dirigeait alors à Paris l'imprimerie césarienne, dont les bailleurs de fonds étaient Josse Badius, d*Assche, et son associé Jean Petit (2) ; Albert de Brule, d'Anvers, exécutait à Venise la superbe boiserie du chœur de l'Oise Saint-Georges-le-flfa]eur ; Daniel Romberg se rendait célèbre dans la mémo ville» par ses publications hëbràîcpies de la bible et des rabbins. Un professeur à l'université de liOuvain, Nicolas Qeynaerts, fit un voyage en Afrique pour y poursuivre ses études philologiques, n visita Budée à Paris, accompagné de Jean Vas, de Bruges, et arriva à Fez, le 4 mai 1540. Il avait commencé une traduction du Coran, dont il se proposait de faire une réfutation en arabe, lorsqu'il mourut à Grenade en 1542 (3).
A ces noms connus ajoutons celui de Georges de Bruges, reçu . dans l'une des corporations de Londres en 1534, et celui d'Ulrich Sclimidt, qui partit d'Anvers en lo35 pour l'Espagne, d'où il se rendit dans l'Amérique du sud, où il rencontra plusieurs Belges. Étant arrivé h Saint-Vincent, le 13 juillet 15S3, il y vit un navire chargé de sucre, de bois du Brésil et de coton, appartenant h un Anversois, Erasme Schetz. Ce négociant avait pour facteur à Lisbonne un de ses compatriotes, Jean Van Hulst, tandis que Pierre Rossel était son représentant à Saint-Vin-
(1) Yoy. It relatiai de Taisnier dans Schott, Techniea ewriota, lib. YI, chap. n, p. 89S.
(%) Messager des Betewes histwiqwt, \M, pp. 875-876. Ce fut Josse Badins
qui, 1p premier, y substitua aux caractères gothiques l'usage des caractères romains. H était professeur de belles-lettres à Lyon, et publia 1p Navicvla stuUarum virginum. Son fils, Conrad, se fit connaître par une traduction française de VAlcoran des Cordeliers, d'Erasme Albcr, et les Vertus de notre maître Nottradmui, en rimes.
(8) Il avait de nombreuses relaUons en Espagne. Le pelit-flls de Cliristophe Colomb était venu ie oonsnller, en Belgique, sur le cbolx des livres destinés à former la célèbre baiiotbèqae d*Aleala.
su HISTOIRB DU COniBRCB
cent. Van Hulst et Schctz possédaient plusieurs villages dans TAmérique du sud, et y avaient établi de florissantes sucreries (1).
Ce fut sur l'un des vaisseaux de Schetz qu'Ulrich Schmidt prit passage, quelques années plus tard, pour retourner en Europe. Le bâtiment qui le portait se trouvait en vue de Cadix, lorsque quelques feux allumés sur le rivage, — et qu'on prit pour des signaux, — occasionnèrent de fausses manœuvres, qui se ter- . minèrent par un naufrage. Vingt-deux personnes périrent dans les flots, et le reste de l'équipage n'échappa à la mort qu'en s*accrochant aux débris flottants du navire. Schmidt, qui avait perdu tous ses bagages, reparut à Anvers le 26 janvier 1554.
Revenons à l'expédition de Charles-Quint, dont le plus heureux résultat Ait la délivrance de 18,000 à 20,000 esclaves chrétiens, ramenés dans leur patrie à ses frais. Nous n'en rapporterons pas toutes les péripéties, étrangères à notre sujet. Rappelons cépendant que Fun des seigneurs que nous avons cités plus haut, le sire de Boussu, bien que déjà blessé au combat de la Goulette, porta le grand étendard du Christ à la bataille de Tunis (2).
L'Empereur, en quittant les plages brûlantes des États barbaresques, retrouva l'Europe à la veille d'une nouvelle et terrible guerre. François P% jaloux des succès de son rival, lui suscitait des embarras en Allemagne en négociant avec les princes proicsLaïUs qui ne voulurent point cependant s'allier avec un prince qui condamnait leurs coreligionnaires au supplice,— et le menaçait ca Italie, en entretenant des intelligences avec le duc du iMilan. Une armée française, placée sous le commandement de l'amiral de Brion, s'était même avancée eu Sali) Van dcr Aa, voyagien. La famille de Schetz, originaire de Slaestricht, était établie à Anvers depuis de longues années. Elle devait une grande partie de sa fortune à Texploitation des mines de calamine du Llmbourg. Enrichis par le commerce, quelques-uns de ses membres forent appelés par la suite & remplir des emplois importants. Gaspar Schetz, seigneur de Grobhendoncq, était trésorier général en 157S. Nowmu Mim. â» VAcad, ds Bd^ gl^, tome VII.
(2) LeMayeur, les Belges, notes. Le gouvernemeat fit exécuter à firuxellea des tapisseries représentant la prise de Tunis.
ET D£ LA MARINE EN BELGIQUE
voie, el y avait ravagé les possessions du duc Charles, en se préparant à marcher vers Milan. La mort de Sforce, survenue à cette époque, réveillait tous les anciens débats relatifs k la su- , zeraineté de cette ville, réclamée à la fois par François et Gharles-Quint. Ce dernier, tout en temporisant avec les Français, prenait secrètement les mesures les plus efficaces pour combattre leurs prétentions. Ayant réuni une armée considérable, il leva tout à coup le masque, prononça à Borne un discours véhément contre le roi, en présence du pape et des cardinaux, et, se mettant à la tête de quarante mille hommes dïn&nterie et de dix mille chevaux, força l'ennemi à la retraite et envahit le midi de la F^nee^ L'Angleterre restait simple spectatrice de la lutte. Anna Boleyn venait d'y mourir, passant du trône à l'échaflaud, et l'influence de la belle Jeanne Seymour, qui lui succédait dans les affections de Henri VIII, était acquise au parti impérial.
Cette expédition ne fut pas heureuse. Le maréchal Montmorency, évitant soigneusement toute action décisive, fortement retranché sous les murs d*Avignoji, fit dévaster tout le pays, depuis les Alpes jusqu'à Marseille, laissant aux troupes de Charles-Quint des plaines arides et dépouillées, qu'elles se virent bientôt obligées d'abandonner, après avoir vainement tenté de s'emparer de Marseille. Décimées par la famine et les maladies, leur retour fut désastreux, et l'Empereur repassa les frontières du Milanais avec riiumiliation d'un revers. Il donna le gouvernement de ce duché au marquis du Guast, et se rendit aussitôt h Gênes, d'où il s'embarqua pour l'Espagne.
Tandis qu'on se battait en Provence, une armée flamande pénétrait, sans y faire de conquêtes importantes, en Picardie. Tous les Français voyageant dans les Pays-Bas avaient reçu l'ordre d'en sortir, dans un court délai, et les exportations d'armes, de chevaux, de harnais, d'or, d'argent avaient été sévèrement défendues aux habitants de nos provinces (1). De
(1) Unédit du 1** Jain 183f,'prls en représattles des mesures analogues arrêtées en France, commina la confiscation de corps et de biens contre quiconque enfreindrait les placards publiés à ce sujeC et déclara nuls tous les
HISTOIRE DU COMMERCB
nouvelles aides avaient été votées par les États, non sans de vives remontranoes de la part des populations, déjà écrasées d'impôts. La taxe des (énx, jusqu'alors temporaire dans le comté deNamur, y devint permanente à la suite de ces lourdes charges. Cette taxe fixée à 20 patards par chef, de fignille et destinée à couvrir le prix des logements des gens de guerre, n'était exigée que des campagnards. Les bourgeois des villes, de même que les ecclésiastiques et les nobles, en étaient exempts (1).
Les luttes maritimes, durant ces troubles, étaient fréquentes entre les deux nations. Quatre beaux vaisseaux, le Loup de mer, la Marie, YEsprit volant et le Léopard français avaient été équipés par les villes de Flandre pour la protection des côtes (2). Ces navires portaient, indépendamment du drapeau impérial, quatre bannières carrées aux armes de Gand, d*Ypres, du Flranc et de Bruges. Leur commandement avait été confié à Gérard de Meckeren, vice-amiral de Flandre, dont le nom remplit une place importante dans nos annales maritimes. On possède peu de renseignements sur l'origine de sa carrière. Né à Bergues- Saint-Winoc, petite ville flamande située à deux lieues du rivage de rOcéan, il est probable qu'il avait embrassé de bonne heure la profession dans laquelle il devait s'illustrer un jour. Capitaine de la flotte flamande en 4528, il avait remporté de nombreux, succès sur les marins anglais et français, et leur avait pris plusieurs bâtiments (3). Rentré dans ses foyers après la trêve de Hampton-Gourt, ses concitoyens Favaient chargé, en qualité de poorttnestre ou de de la commune, de présider le Magistrat, de 1532 à i533. Rappelé au service actif pour conduire à Copenhague Maurice d'Oldenbourg et Walexem de
marchés conclus autérieuremenl avec des étrangers, pour livraison des ol^eU dont il vient d'être question. Pfaw. dê fUmdn, tomo I, f liv. p. 71 A. U) Lacroix, Min, ktsi, eoneenuM Pandeiau UffiMM du HaiMiU m maHèn
d^impôts.
{% Reg. Sfi,107, Ciiambre des comptes, fol. XUI, Areh, du royaume de
Belgique.
(3) M. Debaecker, dans une élude biographique sur Gérard de Meckeren, pnliiie un saof-eondntt donné par ce dernier à Colart Boucart, da port de Honllevr, après ravoir admis à rançon. Voy. ImMin delà tocSM dfdiMiÊtbm, Bruges, 1848, r série, tome VI, p. 888.
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ET DË LA XARDIB EN BELGIQUE. »S
Hoplincourt, ambassadeurs de Charles-Quint, il rejoignait ses vaisseaux le 14 août 1533, et abordait à Copenhague le 28 septembre suivant.
Les Français avaient pris l'offensive sur mer, au moment oii Charles-Quint envahissait la Provence. Pendant que les corsaires gueldrois infestaient le Zuiderzée, leurs flottes bloquaient les ports de la Hollande, de la Zélande et de la Flandre. Leur triomphe fut, néanmoins, de courte durée. Marie de Hongrie, après avoir ordonné la saisie des navires français en relâche dans les Pays-Bas, autorisa les marins de ces provinces à armer en course, et si les Hollandais, raûs par un sentiment de jalousie (1), se bornèrent à repousser les tentatives dirigées spécialement contre eux-mêmes, les Flamands, sous la conduite de Gérard de Meckeren, allèrent ravager les côtes de la Noraiandie. La capture, faite par eux, d*un riche galion des Indes Occidentales, stimula cependant les Zélandais; leurs corsaires entrèrent alors en lice et enlevèrent un grand nombre de bâtiments flrancais. Ces hostilités causaient un tel préjudice au commerce des deux États, qu'on reconnut» de part et d'autre, la nécessité d'y mettre un terme. On convint d'abord d'assimiler aux neutres les vaisseaux employés à la pèche du hareng, et cette mesure fut suivie d'une « trêve marchande et de communication. »
Nos pêcheurs, dont la triste situation venait d'être enfin prise en considération, étaient rudement éprouvés depuis quelques années. Plus de quarante de leurs barques, appartenant au port d*Anvers, avaient péri corps et Irîens, en 1834, durant une tempête (2) . La rivalité qui existait entre eux était telle, que Charles^ • Quint, sur l'avis de l'amiral de Flandre, s'était vu obligé, en 153S, de leur prescrire diverses mesures de précaution, tendant à diminuer les occasions de conflit. H leur ordonna d'allumer des feux h l'endroit où ils jetaient leurs filets, leur prescrivit de placer des lanternes aux mâts de leurs embarcations, et
(1) Ils préférèrent rester dans leurs porls que de recevoir des commissions du vice-amiral flamaad. Henné, Règne de Charks-QuiiU en Bdgiqm, tome VI, p. 125.
(2) Ckr. vanAntwerpenf 35.
SM
HISTOIRB DU COmiEBCE
leur défendit de s'approprier les engins de péclie abandonnés en mer (1).
Les relations commerciales des Pays-Bas, rétablies monicii- ' tanément avec le 3Iidi, étaient soumises h de nouVelles perturbations dans le Nord. Résumons rapidement la cause de ces débats.
Le roi Christiern II, après avoir fait de vaines tentatives pour rentrer ea possession de ses États, usurpés par Frédéric de Holstein, avait été fait prisonnier en 1532, et enfermé au château de Sonderbourg, dans Tlle d*Alsen. On pensait d'abord qu*il serait secouru par l'Empereur, mais celui-ci craignait une alliance entre Frédéric P"" et les Lubeckois , et ne voulait point exposer les Hollandais et les Belges à des hostilités dans la Bal> tique. Il écrivît donc au roi Frédéric qu'il n'avait pris aucune part à la malheureuse entreprise de Cairistiern n.
Cette concession n'améliora point la situation.f Les Danois consentaient à ouvrir leurs ports aux Brabançons, aux Flamands et aux Zélandais, mais se montraient disposés à punir la Hollande d'avoir fourni des secours au roi déchu, en leur relUsant la liberté de commerce. La régente rejeta ces propositions, et défendit aux États provinciaux de les accepter, les intérêts des Hollandais étant inséparables de ceux des autres liabitants des Pays-Bas.
Une rupture devenant imminente, Marie de Hongrie eut recours h des mesures aussi promptes qu'énergiques. Afin de mettre en sûreté cinquante vaisseaux marchands qui étaient h l'ancre près de Dantzig, elle fit saisir toutes les marchandises lianséatiques qui se trouvaient dans nos entrepôts, et les Lubeckois furent arrêtés simultanément h Bruges et h Anvers. On se préparait à la guerre, lorsque la nouvelle de la mort de Frédéric, survenue le 10 avril 1533, fit espérer une solution plus pacifique.
Les États de Danemark s étaient engagés à donner îa couronne à l'un des fils de Frédéric, et Christian, l'aîné, eût été (ilu sans opposition, si sou attachement au protestantisme ne . lui avait aliéné les évéques catholiques.
(1) Plac, de Flandre, lome I, 1" parlie.
ET DE LA MARINE EU BELtil^liE.
Lès Lubeckois se hâtèrent de profiter de linterrègne, et envoyèrent une députation au sénat danois, quMls sommèrent d'intelrdire la navigation delà Baltique aux marchands belges et hollandais. Les députés avaient à leur tête Georges WuUenwéver, tribun hardi et remuant, chef du parti démocratique à Lubeck.
Cette demande ayant été repoussée, le négociateur lubeckois 86 tourna, sans plus de succès, vers le roi de Suède, dont il chercha à éveiller l'ambition , puis s^adressa à Christian de Holstein, en lui offrant d*appuyer ses prétentions de toutes les forces de la Hanse, à la condition de s'unir avec elle contre les habitants des Pays-Bas. Christian, qui croyait pouvoir compter sur les sympathies de la noblesse danoise, refusa les secouts qu'on lui ofli^it, ajoutant qu'il ne lui ehalait d'attendre, et que jamais il ne sacrifierait le salut de TÉtat à ses intérêts particuliers.
Wullenwéver, dont le crédit sur ses concitoyens augmentait saus cesse, ne se découragea pas malgré tant d'échecs. Ne pouvaht décider les Danois à adopter ses vues politiques, il songea k se mettre en possession de leur pays et à les leur imposer. Dans ce but, il s'appliqua à les isoler de leurs alliés, et il y réussit complètement. Il endormit la vigilance de François I** en 8*engageant secrètement à transférer aux sujets de celui-ci les bénéfices de Immense commerce qui se faisait alors entre le Nord et les Pays-Bas, promit le Danemark à Henri VIII, et conclut une trêve avec Marie de Hongrie, en faisant pressentir à cette princesse qu*il allait travailler à la restauration du roi détrôné, Chrisiiern II.
Les Lubeckois, en faisant ces concessions, comptaient bien les retirer après la guerre, pour laquelle ils prirent aussitôt leurs dispositions. Ils engagèrent h leur service le comte Christophe d'Oldenbourg, — un vrai chevalier allemand, plein d'audace et d'esprit d'aventure, — qui, h la tête de 4,000 hommes, ftranchit l'Elbe, cl ordonna impérieusement au lils de Frédéric I" de mettre Cliristiern II en liberté. Sur le refus du duc, le comte d'Oldenbourg se jeta sur le liolslein, pcMidant que la flotte lubcckoise s'emparait de Copenhague et de Mahnoe, où Wullenwéver avait de nombreux partisans. Les évêques et les nobles danois, mettant fin à leurs débats en présence des dangers qui menaçaient leur patrie, se retirèrent dans la partie
BIST. DU COMHSRCB, T. It. Il
septentrionale du Jutland et proclamèrent aussitôt le duc Christian de Holstein.
Tel était letiit des affaires vers le milieu de l'année 1334. Le devoir du gouvcrnemcnL des Pays-Bas, dans ces circonstances, était clairement trace. Il devait observer les traités, soutenir Christian de Holstein, se l'attacher en lui rendant des services, et s'assurer ainsi des privilèges commerciaux qu'il ne pouvait espérer des alliés des Lubeckois.
Marie de Hongrie ne se rangea pas à cet avis. Un ancien secrétaire de Cliristiern II, Étienne Hopfensteiner, l'avait engagée à s entendre avec Christophe d'Oldenbourg etLubeck, pour placer le comte palatin Frédéric sur le trône de Danemark. D'après ce projet, auquel la régente s'arrêta, Frédéric s'obligeait à reconnaître la suzeraineté de Charles-Quint, et s'alliait à la famille impériale en épousant la princesse Dorothée, fille du prisonnier de Sonderbourg.
Tandis qu'on célébrait ce mariage, Christian III prenait les armes, et arrivait à marches forcées sous les murs de Lubeck, qu*il investit, pour contraindre les habitants de cette ville à rappeler les troupes quMls avaient alors en Danemark. Il était sar le point de la réduire par la famine, lorsque des aventuriers, commandés par le pirate Clément, se jetèrent sur le Jutland, que Christian ne pouvait laisser sans secours. Il leva aussitôt le siège de Lubeck, et alla combattre Clément, qui fut décapité à Kolding. Les hostilités, interrompues par l'hiver et par quelques vaines tentatives d'accommodement, furent reprises avec fureur dès le retour du printemps de 1S88. Redoublant d'efforts, les Lubeckois renforcèrent leurs flottes, qui bloquèrent le Sund, et levèrent de nouvelles troupes dont ils remirent le commandement au duc Albert de Hecklembourg.
Les Pays-Bas ressentirent le contre-coup de ces événements. Au mois de mai i53S, les Lubeckois capturèrent une flotte marchande de ces provinces, l'obligèrent à payer une somme considérable, et la livrèrent ensuite au pillage. Ces ressources les mettaient en état de prolonger encore cette lutte sanglante.
Dans l'intervalle, Christian, proiitant des dissentiments qui existaient entre le comte Christophe et Albert de Mecklembourg,
ET DË LA MARLNE EN BELGIQUE.
faisait reconnaître son autorité en Fionie, s'emparait de Warberg, et venait établir son quartier général au pied des remparts de Copenhague, qu'il attaqua avec vigueur. Marie de Hongrie cùl désiré intervenir en Danemark, mais les États ne se montraient nullement disposés à la seconder. Nos négociants, plutôt que de se soumettre à de nouveaux sacrifices, préféraient embarquer leurs marchandises à bord des vaisseaux de Hambourg, de Brème et de la Gueldre, dont le pavillon était encore respecté.
LesLubeckois commençaient cependant h désespérer de leur cause. Une réaction éclata contre Wullenwéver et ses adhérents, le 23 août lo3y, et leur défaite changea la direction des affaires. Deux lettres d'Hopfensteiner annoncèrent bientôt à l'Empereur qu'il avait fait des démarches auprès des bourgeois influents de la ville, et que ceux-ci désiraient vivement entrer en relations avec Sa Majesté. Déjà quelques mois auparavant, Herman de Wéda, archevêque de Cologne, avait proposé une alliance fédérative entre les Pays-Bas et le Rhin, tandis qu'on avait discuté, à la diète deLunebour^s les conditions d'un pacte héréditaire dans la maison du comte palatin Frédéric, entre le Danemark, les villes hanséatiques et nos provinces.
Ces projets, reçus avec enthousiasme en Hollande et en Belgique, étaient de nature à éblouir la régente. Nos relations avec le Nord, désormais consolidées, n'avaient plus d'entraves; nos produits bruts et manufacturés, qui pouvaient se débiter à très bon compte dans toute l'étendue de la Baltique, obtenaient de nouveaux débouchés ; Bruges et Anvers s'enrichissaient de toutes les dépouilles de la Hanse : c'était une ère de prospérité et de grandeur qui s'ouvrait pour les Pays-Bas.
Ces ouvertures, trop brillantes pour être sincères, eussent dû être reçues avec d'autant plus do méfiance, qu'il était peu probable que les Hanséates poussassent l'aveuglement jusqu'à employer leurs flottes et leurs troupes à la consommation de leur propre ruine. Elles n'avaient été faites, en elfet, que pour cacher d'autres menées diplomatiques, et, tandis que l'empereur espérait voir le Sund au pouvoir d'un prince allié et feudataire, les Lubeckois signaient un traité de paix avec le roi GbristiaQ» qui leur engageait l'île de Boroholm pour 50 ans.