‹ Histoire du commerce et de la marine en BelgiqueChapitre 3 sur 29 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les Anglais en Flandre. — Pillage des villes de Nieuport, d'Ostende et d'Ypres. — Suspension des liostilitOs. — Commerce de Bruges avec l'Irlande. — Canalisation du Dcmer, — Le duc de Bourgogne hérite de la Flandre. — Nouveaux troubles. — La guerre d'Ecosse. — Invasion de l'île de Cadzant. — Expéditions navales des Gantois et des Anglais. Continualiim de la gaerre. — Siège de Damme. — Tn&te ntoation de la Flandie. — Tnité entie le duo de Bourgogne et les Gantois* — Armements nantimea contre l'Angletene. — Bataille navale de Blankenbeiiglie.

— Gnillattme Beukels. — La meunerie en Bdgiqne. — Commerce avec l'Espagne. — Eéfcnne monétaire. — La goene de Gaeldxe. — Affidies de France. — Traité avec les Hanséates. — Valeur de quelques denrées.

— La foire d'Anvers. — Folie de Charles VI. — Les tapisseries de Flan* dre. — Mariage de Bichard II. — Les Belges en Hongrie.

Les discordes civiles, si funestes à la Flandre, continuaient à désoler ce malheureux pays , lorsqu'une grande nouvelle se répandit tout à coup de proche en proche : une année anglaise venant de débarquer sur la côte, avait mis les gens du comte en pleine déroule et se dirigeait sur Dunkerque. Les conseillers de Richard II s*étaient décidés en effet à prêter leur appui aux Gantois, dont cette résolution comblait toutes les espérances.

Tandis que les milices communales, obéissant à l'impulsion qui leur était donnée par Pierre Van den Bossche et Ackerman, se disposaient à opérer leur jonction avec les troupes britanni* ques, oelles-ci traversaient Dunkerque, s'emparaient de Bour-

bourg, de Gassel, de Saint-Venant, et détruisaient de fond en comble la ville de Nieuport, dont les habitants étaient restés fidèles à Louis de Maie. Ostende, qui dépendait de Bruges, avait éprouvé un sort semblable quelque temps auparavant.

.Les Anglais étaient arrivés sous les murs d*Ypres, si renommée à cette époque pour son activité industrielle, lorsqu'un corps de vingt mille Gantois vint à leur rencontre, et commença avec eux le siège de cette riche cité.

La commune d'Ypres, au xiv* siècle, était une véritable place forte, entourée de remparts et de fossés. Deux enceintés la protégeaient contre toute attaque : Tune renfermait la ville actuelle; Tautre servait à couvrir de vastes faubourgs, habitas par la population ouvrière, parmi laquelle on comptait surtout des drapiers , des tisserands et des foulons. Les assiégeants pénétrèrent, le fer à la main, dans la plus étendue de ces lignes de défense, sans pouvoir s'avancer toutefois jusqu'au centre de la cité. La prise des faubourgs s'accomplit néanmoins avec une telle rapidité que les femmes et les enf)ints n'eurent pas même le temps de se retirer, et périrent en foule au sein des ruines de leurs maisons incendiées. Les entrepôts , les métiers à tisser, tout fut détruit par les assaillants, à tel point que la ville d'Ypres, privée de tous les éléments de sa prospérité, ne recouvra jamais son ancienne splendeur. Les princes fhinçais, auxquels Tinaction n'était plus permise, avaient convoqué leurs hommes h Àrras, le 15 août 1383. Ceux-ci se mirent bientôt en mouvement, traversèrent la fh>ntière, et, obligeant les Anglais àlever le siège •d'Ypres, les cernèrent à leur tour dans la ville de Bourbourg.

L'armée britannique luttait péniblement eontre des forces supérieures, lorsque les Gantois, sous la conduite de leur chef Ackerman, réussirent à surprendre Audenarde, dont on avait eu l'imprudence d'affiiiblir la garnison. Cette diversion sauva les troupes anglaises, avec lesquelles on se hâta d'entamer des négociations. Louis de Maie cherchait h amener un rapprocliemeni entre Charles VI et Richard 11, dans l'espoir d'isoler entièrement les communes flamandes. Une trêve lut signée en effet entre les belligérants, mais le comte eut la mortilication d*y voir comprendre les rebelles, qui restèrent en possession de toutes leurs conquêtes. Profondément humilié de la Uédai-

BT DE LA MARll«i£ EN BELGlttUE.

gneuse indïflTérence avec laquelle on avait accueilli ses avis, lè cœur brisé do chagrin, il se relira à SainL-Omer, où il rendit le dernier soupir le 30 janvier 1384.

Nos relations mercantiles, bien que solidement établies» avaient beaucoup soulTert durant ces troubles. Il paraît cependant que les Fîrugeois conclurent un traité de commerce avec les Irlandais en 1383 (1), et que ceux-ci Ibiidèrent un comptoir en Flandre à cette occasion (2). La duchesse de Brabant, veuve de Wenceslas de Luxembourg, lit exécuter vers le même temps quelques travaux afin de faciliter la navigation et l'écoulement des eaux du Démer (3).

Le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, héritier de Louis de Maie, se présenta à ses nouveaux sujets trois mois après la mort de son l)oau-pèrc. 11 n'en lut pas mieux accueilli, et s'en vengea en contisquant tous les biens que les Flamands possédaient dans son duché (4). Richard II, usant de représailles-, défendit à Jean Bourghelier, qu'il avait créé régent de Flandre, de permettre la circulation des monnaies bourguignonnes (5).

La trêve n'était pas encore expirée, lorsqu'un seigneur belge, le sire d'Escornaix, enleva par surprise la ville d'Audenarde aux Gantois. Les deux partis tirent aussitôt leurs prt'paraiils de guerre, principalement les Français, qui voulaient envoyer deux armées contre leurs rivaux d'Angleterre, atin de les attaquer à la fois en Ecosse et sur les limites du Limousin et de l'Auvergne, où le roi Richard avait conservé quehiucs lortcresses.

En attendant le signal des combats, Philippe le Hardi augmentait la puissance de sa maison en mariant ses enfants aux héritiers du duc Albert de Bavière, et leur assurait par cette alliance des droits sur le Hainaut, la Hollande, la Frise et la Zélande. Comme la succession de la duchesse de Brabant était déjà promise à Marguerite de Bourgogne, tout faisait prévoir la

(1) Sanderiis, Fland. lUusir., toni. 11, p. ti.

(i) Chrouyk van Vlaendereu, Uruggc, Audrea» W'ydls, iu-ful., ecrsle deel,

(8) Ces travaux furent repris en 1468, en 1198, ef en 1889. (I) De Baranle, Hùt. i» énad^Bowrfiogne, avec notes par M. Gacbard, 1. 1., p. 84. . ^

(5) Par lettres du 18 déc. 1388. Yoy. Bymer, F<Bd€ra, etc.

UiSTOIRË DU COMMERCE

réunion future, sous un même prince, de la plupaii des grands flefô des Pays-Bas.

On se réjouissait encore à Cambrai, où les fêtes nuptiales avaient été célébrées, que déjà la ville de l*Ëcluse retentissait du bruit des armes. De nombreux navires de guerre, ornés de pavillons éclatants et variés, mettaient à la voile et descendaient lentement le Zwyn : Tamiral Jean de Vienne partait pour l'Écosse, et le plan d*attaque combiné en France recevait un commencement d'exécution (1).

Les Anglais, menacés dans le nord, n'avaient qu'un moyen de déjouer les projets de leurs ennemis, celui de soutenir énergiquement les Flamands révoltés. Us n'y manquèrent pas , unirent leurs forces navales à celles des Gantois et opérèrent une descente dans llle de Gadzant , qui tenait pour le duc de Bourgogne. Ce pays, mal défendu, ftit entièrement pillé, malgré les efibrts des habitants de l'Écluse,* assistés de quelques Normands, qui ne parvinrent à arrêter qu'un seul navire ennemi, dont ils massacrèrent l'équipage. Les confédérés se séparèrent ensuite et tandis que l'escadre britannique se dirigeait vers l'emboucbure de la Somme, les Gantois, qui avaient réuni trente vaisseaux, tentaient de surprendre Anvers. L'expédition ne fut pas heureuse, et le commandant des rebelles, Jacob de Scheutelaere, revint au Sas après avoir perdu la plus grande partie de ses navires et de ses hommes.

Cette défaite rendit le courage à leurs adversaires. Les villes de Bruges, de Bierviiet, de l'Écluse, de Termonde et d'Anvers, qui s'étaient ralliées au duc de Bourgogne, équipèrent aussitôt des vaisseaux, bloquèrent l'embouchure du Hont et se disposèrent à ravager le territoire des Quatre-Hétiers.

Les Anglais, après s'être emparés d'une flotte française chargée de blés el de vins, se liâtèrent de retourner en Flandre et de se joindre :i leurs alliés, qui essayaient de se rendre maîtres de Bierviiet. L'arrivée des Hollandais et des Hennuyers, amenant des renforts aux assiégés, forcèrent les assaillants à se retirer,

( 1) Le sire de Vienne amenait avec lui mille homme d'armes et ÎOOO archers, el soldats, la plupart bourguignons. Yoy. Tyller, fitst. of ScoUand, iom. II p, 348.

ET DB LA MAIUNS SN BELGIQUE

ce qu'ils ne firent pas néanmoins sans avoir rompu les digues et inondé une partie du pays.

François Ackerman, le chef des milices gantoises, coniiiiuait cependant à tenir la campagne. Repoussé devant Ardembourg, il se présenta tout à coup sous les murs de Damme, et réussit à pénétrer dans cette ville. Ce succès, qui mettait h la disposition des révoltés une des meilleures forteresses du pays, provoqua une nouvelle intervention de la part de la France, et le roi Charles VI, à la tète d'une puissante armée, vint camper non loin de Damme. Le siège de la place l'ut long et meurtrier, car Ackerman la défendit avec un courage héroïque. Pendant que les Français étaient ainsi occupés, un complot se formait à l'Écluse pour incendier leur flotte, mais il fut découvert au moment où il allait éclater, et les coupables furent condamnés au dernier supplice.

La position des assiégés devenait extrêmement pré(!aire, lorsque le capitaine gantois, comprenant qu'il ne pouvait résister plus longtemps, feignit une sortie, traversa les lignes ennemies et réussit à s'échapper. La ville de Damme, abandonnée de ses défenseurs, fut aussitôt envahie, complètement saccagée par les gens d'armes du roi et livrée aux flammes (1).

Les populations rurales, succombant sous le fardeau des taxes, soumises h des violences de tous genres, se plaignaient amèrement. Des bandes de paysans, dont la guerre avait anéanti toutes les ressources, quittaient leurs misérables demeures, parcouraient les bois et les champs et dépouillaient indistinctement tous ceux qui tombaient entre leurs mains. La situation des habitants des villes, dont la plupart devaient leur fortune au commerce et à l'industrie, n'était pas meilleure. Tout négoce était rendu impossible, et déjà les Turcs et les Sarrasins s'étonnaient de ne plus voir arriver les vaisseaux de la Flandre. La crise commerciale qui résultait de l'abandon des marchés flamands était telle, qu'on en ressentait les elTets jusque dans les contrées les plus éloignées.

Des murmures éclatèrent enfin de toutes parts, même à Gand, dont la riche bourgeoisie commençait à se lasser de la

(fl) WflMngbam, HtH. bmit, AngUa m.

HISTOIRE DU COMMflliiGK

guerre. Un armateur, Roger Everwin, s'entendit secrèteiiieiil /avec le doyen des bouchers, Jacques Evertberg, et tous deux résolurent de renverser Pierre Van den Bossclie, le représentant des petits métiers, et de rendre la paix au comlc. Le duc de Bourgogne, informé de leurs démarches, consentit à promettre une amnistie générale et s'engagea à respecter les privilèges de la ville.

Les conjurés, comptant sur l'appui de deux puissantes corporaiiuiis, celle des commerçants de mer et celle des bouchers, n'hésitèrent pas ii lever le masque. Ils se rendirent sur la place du Vendredi, en armes, et levèrent tout à coup la bannière nationale, en criant : « Flandre au lion! Le duc donne la paix à la ville et pardonne aux coupables. » Ce cri, qui exprimait un vœu général, fut bientôt répété par la foule, et il ne resta plus h IMei le Van dcn Bossche et h ses adhérents qu'h quitter la ville ou à se soumettre. Le gouverneur anglais se relira le premier, et Pierre Van den Bossche ne tarda pas à suivre son exemple. Au moment d'abandonner pour toujours le sol natal, il engagea Ackerman à raccompagner de l'autre côté du détroit.

— Pourquoi irais-je vivre chez des étrangers, lui dit celui-ci, le duc de Bourgogne n'a-t-il pas tout pardonné?

— Il ne vous sauvera pas contre vos ennemis, répliqua le tribun, adieu !

Ces mots étaient prophétiques, car le vaillant capitaine gantois tombait quelque temps après sous les coups d'un bâtard du sire de Ilerzeele, qui l'attaqua au moment où il traversait, presque seul. Tune des rues de Gand.

La Flandre étant pacifiée , la guerre contre l'Angleterre absorba l'attenlion générale. Le roi et ses chevaliers, dans leur belliqueux enthousiasme, songeaient déjh h débarquer sur le rivage britannique, et h poursuivre leur mnrclic trionq)liale jusqu'à Londres. Une flotte immense stationnait à l'Écluse et à Blankenberghe, ayant à bord une ville en bois, dont toutes les pièces pouvaient s'assembler en peu de temps, et qu'on se proposait d'élever en arrivant sur le sol ennemi. On faisait venir des navires des ports les plus éloignés, d'Espagne, de Prusse, de Hollande , et toutes les ressources navales des côtes de Flandre et de France étaient mises en réquisition. Parmi tant

BT DE LA lU&nŒ EN BELGÎailB. »

de riches nefs, décorées avec un luxe extraordinaire, aucune n'était comparable à celle qui avait été équipée pour le duc de Bourgogne.

Ce magnifique navire, aux flancs d'or et d'azur, portait cinq grandes bannières, aux armes de Bourgogne, de Flandre, d'Artois et de Rhétel; quatre pavillons de mer« à fond d'azur et à queue blanche, et trois mille pennons (1). La devise du duc, qui semblait déjà cacher une aspiration ambitieuse, les mots : « Il me tarde, » brillaient en lettres d'or sur les voiles déployées.

La présence de Charles YI, qui fit son entrée à l'Écluse entouré d'une cour splendide, augmenta .encore l'aspect animé de la ville. Froissart, l'habile historien de tant de batailles, et Eustache Deschamps, le gracieux poète, accompagnaient le monarque et s'apprêtaient à célébrer ses victoires. Deschamps n'attendait pas même le succès pour prendre la plume et, avec plus de zèle que d'inspiration, conjurait le prince, en termes pompeux, à poursuivre son entreprise :

Noble lyon, pourvoie/ vostre gcnt, Vivres, vaisseaux aient sans scrupule :

N'ayez le nom, par le dcfaull d'argent, DTscrevioe qui en alantrecatel

Les derniers ordres étaient donnés, les troupes se trouvaient à bord, et on espérait partir d'un moment à l'autre, mais on avait compté sans le duc de Berri. Ce prince, secrètement opposé à l'expédition , ne quitta Paris qu'au moment où la saison était trop avancée pour qu'on mit à la voile, et fit échouer tous ces projets de conquête. La belle flotte rassemblée à l'Écluse fut dispersée, le roi rentra dans ses États, et cet immense armement ne laissa d'autres traces qu'un mécontentement extrême parmi les populations, accablées d'impôts. Les gens de guerre, durant leur séjour à l'Écluse avaient commis de tels ffl[cès que le duc de Bourgogne s'était cru obligé d'intervenir, en défendant à ses officiers de saisir des marchandises sans indemniser leurs propriétaires (2). On n'entendait dans

fl| De fiaraule, Uist. des ducs de Bourgognet tom. I, p. 97. (S) Archives de Lille, Reg. am Cftorfes, 1898.

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mSfOIRE MI GOmiERCE

toute la Flandre que des doléances, trop justifiées par l'état déplorable des affaires publiques.

Cependant les Anglais continuaient la ip^uerre avec vigueur, l^e duc de Lancaslre, qui avait été chargé de défendre le roi de Portugal contre les Castillans , retournait en Angleterre avec une escadre, lorsqu'on lui lit savoir qu'une Hotte marchande, montée par des Flamands, des Hollandais, des Hanséates, des Hennuyers, des Liégeois et des FraiH'ais se trouvait dans la Manche, revenant de la Rochelle. Elle était chargée de douze à treize cent^ tonneaux de vins de Saintonge ot de Poitou, et commandée par un Belge, messire Jean Buyck, marin habile, et expérimenté.

Jean Buyck, déjà parvenu près de l'embouchure de la Tamise, se croyait h l'abri de tout danger, lorsqu'il fut aperçu par l'ennemi. Il lit aussitôt force de voiles, poursuivi par la division anglaise, et mit le cap sur l'Écluse, où il comptait se réfugier. Un combat étant devenu inévitable, il l'accepta avec intrépidité, et fit face h ses adversaires non loin de Blankenberghe. La lutte fut sanglante, et les Belges y perdirent plus de sept cents des leurs, massacrés durant l'action ou jetés par dessus le bord. Peu de naviies parvinrent à s'échapper : la plus grande partie de la flotte, c'est ;i dire plus de cent vingt-six bâtiments, restèrent au pouvoir du vaiiHjueur.

Quelques transfuges gantois, alliés aux Anglais, engageaient vivement ceux-ci h profiter des circonstances i)our attaquer l'Écluse, dont on se fût peut-être emparé dans le premier moment de confusion. Pierre Van den Bossche, l'ancien tribun, se distinguait entre les plus ardents, et brûlait du désir de descendre h main armée sur la côte. Le comte d'Arundel, chef des forces britanniques, n'osa néanmoins suivre leurs conseils. Il se contenta de réunir ses prises, fit encore quelques courses du côté d'Oosbourg et de Coxie, puis retourna à Londres avec ses captifs. On remarquait parmi ces derniers l'amiral flamand , Jean Buyck, qui mourut eu Angleterre quelques années plus lard.

Au nombre des marins qui avaient pris service sous hi Ijaunière de Bourgogne, se trouvait à celte époque un homme encore obscur, mais dont les humbles travaux devaient enrichir

ET PB Lk MARINE EN BELGIQUE. 31

son pays : nous voulons parler de Guillaume Beukels, le célèbre inventeur du procédé en usage pour saler et encaquer les harengs {!). La pêche des harengs formait une branche d'industrie fort considérable au xiv* siècle, et les bateaux qui y étaient destinés jouissaient du privilège de traverser librement les flottes ennemies, sans être inquiétés.

D'après certains auteurs, Beukels vit le jour à Hughenvliet, petite bourgade dont la situation sur nos côtes n'est pas exactement déterminée. Sanderus nous apprend que ce liiu était compté au nombre des villes en 1309, et que la niei' l'engloutit en 1404; on ignore néanmoins s'il faut le placer dans l'île de Cadzant, entre l'Écluse et l'Escaut, ou à Saint-Pieters-Capelvan-Hunkenvliet, dans la paroisse de Slype, près d'Ostende.

D'autres écrivains, s'appuyant sur des autorités assez concluantes, prétendent que notre marin naquit h Biervliet, et cette opinion nous parait la plus vraisemblable. Un acte passé devant le magistral de Biervliet, en 1312, prouve qu'une famille du nom de Beukels y était connue, et qu'elle occupait même un rang assez distingué parmi les habitants de cette petite ville. Remarquons en outre que la tradition commune, au xvi'' siècle, .lui donnait cette localité pour berceau (2).

Avant de reprendre l'histoire des dernières années du règne de Philippe le Hni di, rappelons que c'est h un autre Flamand, dont le nom est mallieureusement inconnu, qu'on doit le perfectionnement des moulins à vent. Il en rendit le toit mobile, ce qui permit désormais d'en tourner les ailes à volonté. La ville de Spire, voulant élever un moulin en 1393, envoya dans les Pays-Bas aûu d'y faire recruter des ouvriers (3).

(1) Ce procédé consiste, comme on le sajt, à enlever les intestins du Inreng au moment où il vient d^dtre pris, ft le fiiire dégorger dans de Teaii aalée, et à le finira rapaqaer quelques jonrs après dans delà sanmnre sanguinolente.

(2) La date de sa raori est aussi incertaine que celle de sa naissance ; les uns la place en V,\'û, d'autres cinquante ans plus lard. Raepsacl et Smallegange ont cberclié à démontrer que la première date est fausse, et résulte d*irae faute d^impression dans Touvrage de Marchantlus ; Yaemewyck et Oulcbardin fixent tous deux la mori de Beukels en 1897.

(3) Lehmann, Chron. d£r stadl Speyer, Frankf. 1662, in-4*, p. 347; LeIOllg, DeMoophauddva» AmsLgriam. Amst. iltl, % vol. in-8% 1. 11, p. B84.

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