M HISTOIRE DU COMM£RCB
les armes, promit de ne fournir aucune aide aux Bourguignons. Il eut grand soin cependant de maintenir les conventions corn* merciales qu'il avait contractées précédemment avee la Flandre, et fit même foire des démarches afin qu'elles fttssent respectées (1).
Il serait superflu de rappeler, dans un travail tout spécial comme le nôtre, les tristes événements qui remplirent la fin de l'an 1418 et le commencement du printemps suivant. La détresse du royaume était telle dans les premiers mois de 1419, que les
princes comprirent qu'il était temps de mettre fin à leurs dis« cordes. Rouen venait de tomber entre les mains des Anglais , malgré la défense héroïque opposée par ses habitants, et Pon-
toise allait bientôt subir le même sort. Le duc de Bourgogne, cédant aux instances de quelques-uns de ses conseillers, consentit h se rapprocher du dauphin, avec lequel il eut une entrevue au Ponceau, près de Mclun. Les deux princes finirent par arranger leurs diiïérends, et un traité fut signé entre eux le 10 juillet. On se promit de part et d'autre l'oubli du passé, l'abolition de toutes condamnations et confiscations prononcées ii la suite de la guerre civile, enfin aide et secours contre les Anglais.
Le peuple accueillit cette bonne nouvelle avec des transports de joie. On était si las de vivre dans l'incertitude du lendemain, que personne ne doutait de la sincérité de l'union qui venait de se conclure. Malheureusement pour le bien public, il existait entre les Bour^^uignons et les Daupiiinois une haine vivace, envenimée par le souvenir des cruautés auxquelles elle avait donné lieu, et qui rendait toute réconciliation impossible. Leurs chefs avaient à peine (piitté Melun, que déjà l'on voyait renaître dans les deux camps, les mêmes sentiments de méfiance et
(1) Voy. une Ipttro (le Jean, duc de Befford, aucomtf» de Charolais, gouverneur de Flandre, pur laquelle le due prie ledit comte de Charolais d'obtenir prorogation des trêves marchandes, qui devaient eipirer à PfKiucs. Elle e.sl datée de Londres, le 13 mai 1418, et se trouve dans le M8 14,8^0, Bibl. adéit. Mutée MuiMii^. La Flandre qui traitait avec le roi Henri comme pays indé» pendant, lui envoya cette année une députalion, composée de Jacques de LIchtervelde, Jean dTlkerke, Félix de Steenlmyzc , Jean de rilii-lelles, Gérard de Maidegheni, Thierry Gherbode, Simon Utenhove, Jean Konin, Jean de Yarsenare, etc. Cens. Ufebwe SmnhBmy, p. 9t.
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BT DB LA MABIHE EN BELGlQinS. '
d'animosité qui les avaient divisés autrefois. Il fallut se résoudre h reprendre les négociations, et le dauphin s'étant avancé jusqu'à iMonlereau, pria le duc Jean devenir l'y rejoindre, afin d*y compléier, dans une nouvelle conférence, l'œuvre de la pacification générale.
Quelques-uns des conseillers du duc, trop expérimentés pouf se faire illusion sur la situation réelle des afiaires, le supplièrent de ne pas accepter celte invitation.
— c( Monseigneur, lui disaient-ils, tout a été arrangé à Mel un, et il ne reste plus rien à faire qu'à s'unir pour combattre les Anglais. Pourquoi vous exposeriez-vous, sans motifs, à périr victime de quelque trahison? »
Le duc de Bourgoj^jne resta sourd à leurs avis : — « Il est de mon devoir, leur répondit-il, d'aventurer ma personne pour arriver h un aussi grand bien que la paix. Quoiqu'il arrive, je n'ai point d'autre but. S'ils me tuent, je mourrai martyr.» Il fut donc convenu que les deux princes se réuniraient au pont de Montereau, vers le centre duquel on avait construit une espèce de loge en charpente, destinée à les recevoir. Le duc y vint en effet, le 10 seplcmltre 1H9, accompagné d'un petit nombre de ses gens, qui n'avaient d'autres armes, ainsi que lui-même, que leur cotte et leur épée. S'étant rapproché du dauphin, devant lequel il mit un genou en terre, il se relevait en lui adressant quelques paroles, lorsqu'on entendit tout à coup un grand tumulte, au milieu duquel retentissaitlescris: «alarme! alarme! tue ! tue ! »
Le duc de Bourgogne, qui avait armé jadis la main de Raoul d'Auquetonville contre le duc d'Orléans, tombait à son toursous les coups de Tanneguy-Duchâtel et de le Bouteiller! Victime d'un odieux attentat, il laissait derrière lui, en mourant, les mots terribles qu'il avait dicté jadis à l'un des siens : « Il est licite h chaque sujet, selon la loi naturelle ou divine, d'occire ou faire occire un traître et déloyal tyran. »
Ils allaient désormais, par un triste retour des choses d'icibas, servir d'excuse à ses ennemis.
■MT. on COSHSBCl, T. 11.