LUBECK
Huit cent milliers, à 300 livres le millier, composé de mille huit cent huit douelles, montent cy. . . . . . 240,000 liv.
Total. . . . .. 740,000 liv.
L'auteur du Mémoire ajoute : « On observera 1cy qu'outre le merrain cy-dessus, 1l en vient de la Lorraine à Bordeaux, depuis environ deux ans, qu'on fait descendre par la Meuse et le Rhin jusqu'à Dordrecht, ville de Hollande, d'où on le fait transporter icy. Ce bois est recherché à cause de la longueur de ses douelles, et de celle de ses fonds. Bordeaux en reçoit ordinairement trois cents milliers à barriques, composé le millier de mille deux cent douze douelles et six cent six fonds; les douelles ont trente-six pouces de longueur, de six à huit
pouces de largeur et de trois quarts à un pouce d'épaisseur.
« Estimé le millier à 380 livres, les trois cents milliers font 114,000 livres. »
L'auteur du Mémoire donne ensuite un « compte de cent cinquante ring longaille et soixante-quinze fal, au compte de fonçaille chargés à Lubeck pour Bordeaux ; » et auparavant il fait observer que le merrain ne se vend pas au millier dans cette ville, mais seulement au compte; que le compte contient deux cent quarante pièces, tant pour la longaille que pour la fonçaille, et que ce bois se vend à Bordeaux au millier de dix-huit cent dix-huit pièces, savoir : douze cent douze pièces de longaille, et six cent six de fonçaille.
Si l’on considère l'importance qu'a prise de nos jours le commerce du charbon de terre à Bordeaux, on ne trouvera pas mauvais que nous recherchions à quelle époque il a commencé. Au xiv° siècle, nous voyons un marchand français venant de Newcastle prendre un chargement de charbon en échange d’une cargaison de blé! ; mais l'historien: de cette ville ne nous apprend rien sur la destination de ce combustible. Nous ne sommes pas plus avancé sur la provenance du charbon mentionné dans les comptes de Saint-André, à l’année
1 Rotuli parliamentorum, vol. I, p. 433, col. 2. Petitiones in Parliamento, À. D. 1525, 19 Ed. IF, n° 9. — John Brand (fhe History and Antiquilies of the Town and County of the Town of Newcastle upon Tyne, etc. London, À. D. MDCCLxxX, in-4°, vol. IT, p. 255), analysant la pétition au roi d'Angleterre d'un certain Thomas Rente, « le soen homme lige de Pontise, » rend ce dernier nom par Pontoise : il nous semble qu’il y a là erreur, et qu'il vaudrait mieux le traduire par Ponthieu, cette province de l’ancienne France étant plus
susceptible de fournir des marins que le Vexin français. Cf. ci-dessus, 1. I, p. 256, note 2.
1510, et il nous faut-remonter Jusqu'au commencement du xvur siècle pour rencontrer un arrivage de charbon de terre à Bordeaux.
Le 18 avril 1705, Peter Axen et Samuel Moaxtens et Cie demandaient l'autorisation de faire vendre un tonneau et demi de charbon de terre venu à Bordeaux sur un navire de Bergues, se fondant sur l'ignorance où ils étaient de la prohibition de cette marchandise. Les députés du Conseil de commerce étaient d'avis de refuser la permission demandée, par la raison que les Anglais ne souffraient l'entrée d'aucune marchandise de France en Angleterre; mais attendu la petite quantité de celle dont il s'agissait, 1l parut à l'assemblée que l'objet ne méritait aucune attention, et qu'il ne pouvait tirer à conséquence de laisser la liberté d'en disposer comme on voudrait, sans qu’il fût besoin de donner un ordre particulier À.
Plus tard, la prohibition du charbon de terre anglais fut levée et remplacée par des droits considérables. En 1728, le Conseil refusa de renouveler l'arrêt qui les modérait; les-commissaires pensaient qu'il y avait en France suffisamment de charbon de terre et qu'il fallait en favoriser la consommation. En vain le député de Bordeaux représenta combien 1l serait onéreux pour le commerce que notre ville et la Rochelle fussent obligées de se servir de charbon français, et nuisible à la navigation d'augmen-
4 « Item, xxxvj Aprilis solvi pro duodecim saccis carbonis ct pro portagio, 4 fr. vj ard.
« Item, solvi pro duobus boysellis carbonis de terra, solvendis pro boisello liij solidos torn., xxxij ard. » (Compota S. Andrew, reg. I, ann. 1510.)
? Registre du Conseil de commerce F. 12. 51, folio 327 recto; séance du 43 mai 1705.
ter les droits sur les marchandises étrangères. La Chambre crut devoir intervenir, mais d’abord sans plus de succès : de toutes parts, en Nivernais comme en Languedoc, on ouvrait des mines de houille, et le Conseil voulait donner un débouché aux charbons français !. Cependant nos raffineries se fermaient, et de vingt-deux qui avaient été établies à Bordeaux, douze avaient cessé de fonctionner, au grand dommage des colonies ?. Enfin, de guerre lasse, le Conseil de commerce admit la demande de la Chambre et des raffineurs, qui passa à l'unanimité.
Après avoir parlé du merrain qui sert surtout à faire des barriques, nous ne saurions mieux faire que de dire un mot des bouteilles. Il ne paraît pas qu’elles fussent d'un usage général avant le commencement du xvin® siècle; c'est du moins ce que dit un sieur de Billac, bourgeois de Paris, dans un placet adressé au contrôleur général pour obtenir le privilége d'une verrerie dans un rayon de quinze lieues de Paris. À l'en croire, l'usage des bouteilles de gros verre noir était devenu plus fréquent, depuis que l'on avait trouvé un avantage à tirer des pièces de vin entières en bouteilles, et il avait le secret particulier de faire fabriquer ces sortes de bouteilles, ainsi que des flacons et des carafons, aussi heaux et plus forts que ceux d'Angleterre et de Lorraine, par suite des fréquents voyages qu'il avait faits en Italie, en Allemagne, en Hollande et de l’autre côté de la Manche“.
{ Registre C des délibérations, folios 52 verso, 53 verso et 73 recto.
2 Ibid., folios 74 verso, 75 recto, 76 verso. — Troisième registre des lettres, folio 68 recto et verso. — Troisième registre des mémoires, folio 126 verso.
8 Registre C, folios 84 verso, 85 verso, 86 recto.
# Registre du Conseil de commerce F. 12. 57, folio 34 recto; séance du 8 avril 1712, — Le mois suivant, deux autres industriels présentaient une pé-
Depuis l’année 1711, Bordeaux avait une fabrique de faïence, fondée par Jacques Fautier, qui s’associa ensuite Jacques Hustin, bourgeois et marchand de cette ville‘; mais 1l ne s’y trouvait pas de verrerie, tandis que Bourgsur-Gironde en possédait une, fondée par Balthazar, gentilhomme verrier de Witzbourg, qui s'était associé les sieurs Charancé et Sartres?. Non loin de cette verrerie s’éleva bientôt une concurrence redoutable. Le sieur Mitchel, qui était sûrement Anglais, sollicita d'abord le privilége exclusif de faire fabriquer des verres et bouteilles5, puis
tition semblable, en faisant valoir des considérations analogues. (Folio 46 verso, 27 mai. Cf. folio 44 verso, 142 mai.)
1 Recueil de factums, Bibl. de Bordeaux, Jurispr. n° 3,076, t. III, folio 116.
Cf. ci-dessus, p. 234 et 270. — Il est fait mention de la manufacture de faïence de Bordeaux dans le registre du Conseil de commerce F. 12. 79, p. 206 (séance du 38 février 1732), à propos de la demande de l'abbé de Roquépine, seigneur de la baronnie de Samadet, dans la Chalosse, tendant à obtenir un privilège exclusif pendant vingt ans, pour l'établissement, dans sa terre, d’une manufacture semblable. Cf. p. 229, séance du 6 mars 1732. ° 2 Arrêt qui exempte de la taille cet étranger et ses ouvriers, en conséquence de l’arrèt du 23 janvier 1735. (Registre du Conseil de commerce F. 12. 73, p. 145-147; séance du 7 février 1726.) — Exemption accordée au même du droit de contablie, ou local, sur toutes les marchandises et denrées qu'il fera venir pour sa consommation particulière, et sur les articles destinés à sa manufacture. (Ibid., p. 598; 1er août 1726. Les projets d'arrèts sont p. 527- 929 ; séance du 8 août.) — Délibération sur une requête des sieurs Charancé et Sartres. (Reg. F. 12. 75, p. 232; 11 mars 1728.) |
3 Registre C, folio 99 recto, 17 août 1730. — Le sieur Mitchel fondait sa demande sur les motifs suivants : 1° il avait fait des dépenses considérables pour mettre sa fabrique sur pied; 2 la quantité de verres et de bouteilles qui sortaient de chez lui, en même temps que de l'usine du sieur Fonberg, était supérieure à la consommation de la province ; 3° ce qui se fabriquait à Bordeaux suffisait aux besoins locaux; 4° ces deux fabriques se détruiraient l’une l’autre, à cause de leur proximité et du défaut d'écoulement. Le pétitionnaire concluait en disant que son établissement étant plus ancien, il était juste de le conserver par préférence à celui du sieur Fonberg. Sur quoi la Chambre répondit : 4° que Ja verrerie de Bourg ne coùtait pas moins que celle de Bordeaux; 2 qu'outre leur produit, la province consommait une fois plus de verres et de
il demanda pour sa manufacture et celle du sieur Fonberg, établie à Bourg, l'exclusion de toute autre dans un rayon de dix lieues, et divers autres priviléges!; mais on ne voit pas qu'il ait été traité avec la même faveur que l’étranger qui, le premier, enseigna, chez nous, à couler des glaces ?.
Le Conseil de commerce, appelé à se prononcer sur ces sortes de demandes, avait souvent à donner son avis sur d'autres industries. Ses registres nous apprennent qu'il y avait, à Bordeaux, un inspecteur des manufactures, et, entre autres arrêts, ils en renferment plusieurs concernant une fabrication qui a disparu de nos murs, celle des bas. À la date du 13 décembre 1715, cette fabrication avait été permise ; le 3 septembre de l’année suivante, intervint un arrêt sur un différend qui s'était élevé entre les marchands de Bordeaux et divers artisans de la même ville. Certains de ces derniers, notamment les bonnetiers, les chapeliers et les chaudronniers,
bouteilles, qui venaient de Rouen, Hambourg et autres lieux; 3° que le sieur Mitchel n'avait qu'à fabriquer des verres et des bouteilles supéricurs à ceux de la manufacture de Bourg pour la faire tomber d'elle-même, et que, bien loin de détruire l’une de ces fabriques, il serait à désirer qu’il s'en établit d’autres, parce que l'abondance de la marchandise en abaisserait le prix et en augmenteraïit la consommation.
1 Registre du Conseil de commerce F. 12.85, p. 146; séa e du G mars 1738. — Dans un registre plus récent, la veuve Mitchelt (sic) est représentée demandant mainlevée d’une partie de salicor, ou cendre de varech, qu’elle avait tirée d'Angleterre pour sa verrerie, établie à Bordeaux. (Registre F. 12. 88, p. 88 ; délibération du 7 décembre 1741.)
? « Ce fut à Saint-Germain-en-Laye que l’on commença en France à faire des glaces à la façon de Venise. Teseo Mutio, gentilhomme italien, ayant apporté le secret de cette verrerie ou glace, le roi le naturalisa et l’anoblit en 4561. » (Lebeuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, t. VU, p. 251.)
3 Registre du Conseil de commerce F. 12. 59, folio 8 verso.
s'étaient avisés, contrairement à l’ancien usage, de se faire attribuer le droit d'aller faire des visites domiciliaires chez les principaux bourgeois et marchands de la ville. Appuyés par les directeurs de la Chambre de commerce . de Guienne, les plaignants obtinrent gain de cause. Par un autre arrêt du Conseil d'État, en date du 30 août 1716, il fut permis de faire dans Bordeaux des bas de soie au métier*; toutefois, celui du 3 juillet 1721 défendit la fabrication et la vente des bas à deux fils. Le Conseil rappela plus tard ces arrêts à l'inspecteur des manufactures, et celui-ci répondit en
1 Registre du Conseil de commerce F,. 12. 59, folio 163 recto. Cf. folio 168
verso. — Des visites d’un genre analogue avaient lieu dans d'autres corps d'état; on le voit par un arrêt sur la requête de la communauté des orfévres de Bordeaux au sujet de la perception des droits qu'ils levaient pour visites, brevets d'apprentissage et réception à la maîtrise. (Reg. F. 12. 65, folio 31 verso; séance du jer février 1719.) . 3 Registre B de la Chambre de commerce, folio 41 recto, séance du 6 novembre 1716. Cf. folio 46 verso (2 janvier 1717). — L’intendant ayant fait communiquer à la Chambre de commerce cet arrêt, avec une lettre de M. d'Argenson, pour avoir le sentiment de la compagnie, elle répondit : î° qu'il fallait tenir la main à l'exécution de l’article 4 dudit arrêt, et exiger que les soies préparées pour faire les bas au métier, ne pussent être employées à moins de huit brins, à cause de la finesse et délicatesse de chacun d'eux ; 2 que les soies préparées pour la fabrication des bas noirs ne devaient être teintes qu'après avoir été travaillées et levées de dessus le métier, conformément à l'article 7 dudit règlement; 3 qu’en ce qui concernait la longueur des bas de soie pour homme, il était nécessaire, pour être bons et marchands, qu'ils fussent du poids de sept à huit onces, et non de quatre, selon l’article 3 des statuts accordés à la ville de Lyon, par lettres-patentes du mois de février 4716. (Deuxième registre des parères de la Chambre de commerce de Guienne, folio 32 recto.) — L'année suivante, M. d’'Argenson demandait des renseignements relativement au nombre des brins de fil et au poidà des bas de filoselle, ou fleuret, les bas ne pouvant être bons qu'a la condition d'y employer trois brins de fil et de donner aux bas d'homme le poids de quatre onces et demie, et à ceux de femme celui de deux onces et demie. (Reg. B de la Chambre de commerce, folio 59 recto; séance du 18 novembre.)
3 Registre F. 12. 71; séance du 20 juillet 1724.
dénonçant l'abus qui se pratiquait à Bordeaux et dans l'étendue de son département, où l’on continuait, disaitil, la fabrication et la vente des bas au métier à deux fils. Le Conseil, après avoir délibéré sur cette communication, recommanda aux officiers de police de tenir la main à l'exécution des derniers arrêts rendus sur ce sujet. Il y revint le 4 juillet et le 22 août 1726, sur de nouvelles représentations de l'inspecteur des manufactures des généralités de Bordeaux, d'Auch et du Béarn, puis sur une lettre du sieur Delan, successeur de Collet dans ces fonctions, comme dans la guerre entreprise par celui-ci contre le débit qui se faisait, à Bordeaux, de bas à deux fils. Nous mentionnerons encore une lettre de M. Boucher, intendant à Bordeaux, sur les plaintes portées par les jurés des fabricants de bas de cette ville contre plusieurs de leurs confrères établis en différents lieux de son département, qui, contrairement à l'arrêt du 9 septembre 1716, faisaient des ouvrages défectueux, et, par suite, du tort à leur industrie*; mais depuis longtemps les fabricants de Bordeaux avaient cessé d'alimenter le commerce #.
1 Registre F. 12. 71, p. 195, 126, séance du 9 août 1724.
? Registre F. 12. 73, p. 449 et 570-572.
8 Registre F. 12. 83, p. 521; séance du 30 août 1736.
# « M. l'intendant ayant fait demander à la Chambre, de la part du Conseil de commerce, si la fabrique des bas d’estame et le commerce qui s’y en fait étoient considérables, il a esté répondu que l’un et l’autre estoient de petite conséquence, n’y ayant à Bordeaux que soixante métiers, y compris dix-huit placés dans l'hospital de la manufacture, desquels métiers il y en a à présent quarante occupés seulement à travailler pour les habitans. » (Reg. B des délibérations, folio 426 verso; 31 janvier 1721.)