CHAPITRE XXXVIII
œ.MMEnCE DES II.ES ET DE LAFUigiE.
Commerce de Bordeaux avec rAmôiiiiuc ; uoiulire et espèces de navires que ce porl y expédiait. — Importations et exportulidns. — État des marchandises rapportées des Mes par lesdits 123 vaisseaux armés à Bordeaux en i 720. — Etat des lieux où se débouchent les marchandises cij-dessus. — Commerce de Bordeaux avec la côte tle Guinée.
L'auteur du Mémoire de 1730, abordant l'exposé du commerce de notre port avec le nouveau Monde, s'exprime ainsi : « Bordeaux fait un commerce très-étendu en Amérique, et y envoyé ordinairement cent trente \aisseaux du port de quatre-vingts à trois cents tonneaux. Ceux qu'on arme pour ce pays-là sont quasi tous frégates. On préfère cette espèce de vaisseaux aux autres, parce qu'ils sont meilleurs voiliers, étant plus pinces de l'avanl et de l'arrière; car c'est la promptitude des voyages qui décide ordinairement du succès de ces entreprises. La pluspart des vaisseaux armés dans ce port sont destinés pour la Martinique et Saint-Domingue, et très-peu pour la Guadeloupe. On n'envoyé guères dans les autres isles françoises, par la difficulté des ports et le danger des forbans. C'est ce qui oblige leurs habitans de faire transporter leurs denrées à la Martinique et Saint-Domingue, qu'on peut regarder comme l'entrepôt du commerce des colonies françoises. » L'écrivain nomme ensuite quatre des Antilles qui envoyaient leurs produits à la Martinique : c'étaient Marie-Galante, la Grenade, la Guadeloupe et l'Ilo-à-Vacho, dont il indique
rétenduo. Il ajoute : « On charge pour les Isles des vins, des eaux-de-vie, des farines, du bœuf salé d'Irlande, du lard, et très-peu d'autres marchandises, et on en rapporte des sucres blancs et bruts, des indigos, des cottons et des cuirs. On tiroit autresfois de la Martinique une grande quantité de cacaos, qui faisoient un objet de plus de 3,000,000 de livres pour le commerce de cette isle; mais ce commerce est totalement tombé par la destruction entière des arbres qui produisent ce fruit. On va parler séparément de chacune de ces isles, et faire quelques réflexions sur ce qu'elles ont de relatif au commerce. »
Nous ne nous arrêterons pas à ces détails, quelque intéressants qu'ils puissent paraître : ils ne se rapportent point particulièrement à notre sujet; d'ailleurs, ils ne diffèrent en rien de ceux que l'on trouve dans les Voyages aux Antilles du P. Labat, et dans le Dictionnaire universel du commerce de Savary'. De même, nous nous contenterons de renvoyer à l'ouvrage de Valin, qui a donné les lettres patentes de Louis XY, portant règlement pour le commerce des colonies françaises '\ et nous passerons tout de suite aux denrées que le commerce de Bordeaux y allait chercher.
Un État des marchandises rapportées des Isles par lesdits i2S vaisseaux armés à Bordeaux en il29, nous donne une vue claire des affaires que cette place faisait avec les colonies françaises nommées plus haut : nous ne saurions mieux faire que de le rapporter ici, tel que le donne le Mémoire de 1730.
' Voyez ce qui est dit de l'étendue du commerce que l'on faisiiit dnns ces îles vers l'an ITÔO, dans XKUil i/t'iit'ral, t. I, p. "iOri et suivantes.
- Simveitu C.onniii'iiliiirc xnr rnnloinifiiKC ilr la iiifiriiir. t. !, p. r>!).'i-r>(MI.
De la Mordnifiue.
8,780 barriques de sucre lirut, chaque l»arrique évaluée à 500 livres de poids net, foui 4,390,000 livres, à .23 livres le quiulal. . . 1,009,700
iO,oG6 barriques de sucre ))lanc, fixant cliacuu à 600 livres de poids net, pesant 6,339,600 livres, à 36 livres le quintal 2,28?,2o6
220 barriques d'indigo, pesant sur le pied de 300 livres par barrique, 66,000 livres, à 50 sols la livre 165,000
478 cuirs, à 6 livres 2,988
873 balles de coton, pesant net, à 200 livres par balle, 1,746 quintaux, à 85 livres le quintal 148,410
Total 3,608,354
De Snini-DomiiKjue.
14,530 barriques de sucre lirut, la l)arrique 600 livres de poids net,
pesant 8,718,000 livres, qui font, à 26 livres le quintal. . . 2,266,680
1 ,090 barriques de sucre blanc, pesant 600 livres la l)ar-
rique, poids net 654,000 livres, à 42 livres le quintal. . . . 274,680
1,408 barriques d'indigo, à 300 livres de poids net par
barrique, font 422,400 livres, à 52 sols la livre, monte à. . 1,098,240
4,9.50 cuirs, à 6 livres 29,700
Total 3,669,300
De la Guadeloupe.
593 barriques de sucre brut, pesant la barrique sur le pied de 500 livres de net, font 296,-500 livres, qui montent, à 23 livres le quintal, à la somme de 68,195
975 barriques de sucre blanc, qui font, la barrique à
600 livres de net, .585,000, montant, à 28 livres le quintal. 222,300
7 barriques indigo, pesant net 21 quintaux, à ;{00 livres
la barrique, font, à .50 sols la livre 3,250
92 balles de coton, pesant net chacune 200 livres, font
18,400 livres, à 85 livres le quintal 15,640
Total 311,3813
îllSTdlllI-: DU COMMERCE
ItÉCAl'lTULATION.
La Martinique 3,008,304
Sninl-Doniin-iie 3,C)(19,300
La Guadcloiipe 311,385
Total général des retours des Isles. . . . 7,589,039
Etal tics lii'u.v oit se dcbouchcnt les marchandises c!j-dcsHus.
Sucre lilanr. Sucre l)i'ul.
Hambourg 6,593 barriques. 3,000 barriques.
Hollande 3,050 id. 9,329 id.
Brème 10 id. 923 id.
Espagne 1,741 id. Néant.
Middclbourg 40 id. 400 id.
Genève'. 600 id. Néant.
Flandres 150 id. Néant.
Lnbeek 180 id. 130 id.
Totaux. . . . 121,364 barriques. 13,782 barriques.
A la suite de ce dénombremenl, l'écrivain que nous citons fait observer que le reste des sucres bruts se consomme dans les raffineries de Bordeaux, qui, dit-il, sont au nombre de dix-huit. Quant à l'indigo, il s'employait en Hollande, en Suède, en Danemark, à Hambourg, en Pologne et à Marseille; pour le coton, il allait surtout à Rouen et <à Orléans; on en envoyait fort peu à Hambourg, en échange de ces « toiles platillles » que cette
' Relaliveiiienl aux rapports qui ont pu exister entre Itordeaux et Genève, nous ne connaissons qu'un acte reçu par Denhors, le 17 octobre loCl (liasse IS4-2, folio viij''Lxxj recto) : c'est un transport par un niairliand de notre ville, François de Ma/.ières, a .\rnauid de Gasani)on, niarcliand lialiitant de Genève, d'une somme de (iOO livres tournois, due par un autre Genevois, .\relianiliault de Galiarroche, et a prendre « sur ung deltte de scr Dominique Sa((|ue, inai'ilianrl de Milan. »
ville expédiait à Bordeaux, soit -directement, soit par la voie de Nantes, pour être transi)ortées aux colonies françaises d'Amérique '.
En même temps, il partait aussi de Londres pour notre port des étoffes de laine, dites perpétiiannes; mais la destination n'en était pas la même : Bordeaux expédiait cet article sur la C(Me de Guinée, et c'est ici le lieu de parler, pour n'y plus revenir, des relations commerciales que notre place entretenait avec l'Afrique.
Parmi les minutes du notaire Grégoire, on rencontre, à la date du 9 août de l'année 1700, deux actes relatifs à un chargement de vin par Nicolas Nivelle de la Chaussée, « conseiller du roy, intéressé dans ses fermes, demeurant à Bordeaux, rue du Loup, paroisse Saint-Projet, faisant pour messieurs de la Compagnie royale du Sénégal et cote d'Afrique; » mais ce vin devait aller au Havre pour y être embarqué. Dans la première moitié du siècle dernier, nous ne trouvons que le sieur Marchais, négociant de Bordeaux, qui fît le commerce avec la côte de Guinée. Une fois, il expédie sur ce point une partie de bassins de cuivre et de couteaux flamands; une autre fois, il arme deux navires à destination du même pays, et, entre autres marchandises, il charge quatre cents pièces de perpétuannes, « qu'il a fait venir de Londres pour assortir sa cargaison '^ » Nous n'avons plus à signaler qu'une vente de quatre quintaux quatre livres d'ivoire, par un marchand de Bordeaux, à trois couteliers de cette ville, au prix de 925 livres 9 sous
' Registre du Conseil de coninicrce F. 1-2. 81, p. 9'6i; séance du 50 décenihrc 1751.
- Ihid.. \). niS-n5-2 (Séance du -2ô décembre ITÔi), et 079, 980 (ôO déc.\ II. 19
2<)0 IIISTOIRK DU COMMERCE
t(niniois ' ; mais nous ignorons d'où et par quelle voie l'article était arrivé chez nous.
Nous en dirons autant des toiles peintes ou indiennes, dont le nom indique la provenance primitive. Le 20 juillet 1724, le Conseil supérieur de commerce, délibérant sur un avis donné par l'inspecteur des manufactures du département de Bordeaux, décidait qu'il convenait de mander à l'intendant de la province que l'intention du roi était qu'on apportât une nouvelle attention à empêcher l'abus de l'usage des toiles peintes et étoffes des Indes-.
A la suite des tableaux reproduits plus haut, et des remarques dont il les accompagné, le rédacteur du Mémoire de 1730 présente quelques observations sur les marchandises des Iles, puis il passe aux droits de consommation, dus à la sortie. Nous laisserons de côté ces diverses parties de son travail, et nous aborderons l'énumération des denrées qui constituaient le commerce d'importation de Bordeaux.
' Minutes i\v. Ucnliors, 2i avril loBl ; liasse (.iiij^Mij reeto.
- Reg. du Conseil de coiiimereo F. 12. 71. — L'inspecteur des niiinufaetures écrivait que, malgré les défenses, si souvent renouvelées, contre l'usage des toiles peintes et étoffes des Indes, on recomnienc'ait a en porter publiquement, et que même le bruit se répandait avec affectation que l'usage allait en être pern)is. t Ihid.. p. li'j, 12(>; séance du 0 août 1"2i.)
KT DE LA NAVK.ATlo.N A l$OHI)I-Al"X. 291