CHAPITRE XLVI
LES JLIIS COMMERÇANTS A liOKDEALX.
Ctiniiiicicc des esclaves par les Juifs eu Ai|iiilaiiie. — Acciisaliou pork'e contre les Juifs de Bordeaux d'avoir livre celle ville aux Noniiaiids. — Disposilions Icgislalives couceruaiit les Juifs de l'oiloti et de Gascogne au Xlll' siècle. — Mentions de ceux de Bordeaux dans les rôles gascons, les actes de Uymer et ailleurs ; redevance de poivre imposée aux Juifs de Bordeaux comme à ceux d'Aix en Provence.— Juifs espagnols et portugais étaldis de liomie heure dans notre ville. — Marchand portugais décédé au logis du Cliapcau-Rouge, en 1546. — Émigration des Juifs d'Espagne et de Portugal chassés par l'Inquisition ; ils se réfugient à Bordeaux et en Gascogne. — Activité imprimée au commerce bordelais par ces étrangers ; jalousie qu'ils inspirent. — Hetraite do certains d'entre eux ; édits rendus en faveur des autres par Henri II et Henri 111, en 1550 et (574. — Persistance de l'envie dont les Juifs portugais sont l'objet ; ordonnance du maréchal d'Ornano destinée à les protéger. — AlTIuence des Juifs espagnols à Bordeaux, surtout à l'ciioque des foires; affaire du maître de poste Ponteil. — Dénonciation portée contre tous les Portugais de Borùeaux ; elle n'a pas de suites. — Mesures rigoureuses prises en IC'25 contre les Portugais de la Guienne ; inlenentions des jurais en leur faveur. — Poursuites rigoin-cuses du lise contre eux. — Notables commerçjints juifs de Bordeaux au conunencemcnt du xviii" siècle; fabriques fondées par certains d'entre eux. — Dénonciation des Juifs de Bordeaux par le sieur de Pressigny. — Kequète des Juifs de Bordeaux à l'effet d'étendre leur con.nu rce. — Opposition des marchands de Dijon. — Procès intentés à la famille Médina. — Arrivée des Juifs avignomuiis et allemands en Guienne; arrêt du Conseil prononçant l'expulsion des nouveaux vernis ; seize familles sont obligées de sortir do Bordeaux. — Placct de deux Juifs avignonnais ]our cire rétablis dans leur conniiercc; opposition de la Chambre. — Plaintes contre les Juifs et les marchands forains; la Chambre persiste dans ses idées, et ne se rend (pi' aux ob.scrvalions de M. de Tourny. — Détour d'un certain nombre de Juifs avigiionnais ; ils tournent leur industrie vers la banque et les armements. — Leur jiélition i)our être relevés de l'arrêt de 17.)4 est couronnée de succès. — Nouvelles pétitions des Juifs avignonnais ; elles sont rcpoussccs par les jurais et le Conseil do commerce ; permissions de conniiercer accordées à ces Juifs ; lettres patentes obtenues en 1750 par six familles des leurs. — Arrivée de nouveaux Juifs it Bordeaux ; ils sont encore expulsés. — Limitation de l'antagonisme entre les Juifs portugais et avignonnais. — Voyage de trois Juil's bordelais à Paris pour y faire le connncrcc.
Les Juifs se montrent de bonne heure à Bordeaux; on les y voit, comme dans l'ancienne Rome, faisant le commerce des esclaves. Cette industrie, d'autant plus productive que les guerres cruelles dont l'xVquitaine était altjrs le théâtre devaient l'alimenter sans cesse, était exercée par les Juifs de nos provinces méridionales en
vertu d'un privilège impérial qui leur permettait d'acheter les captifs provenant des pays conquis, de les conduire en Espagne et de les vendre aux musulmans. Le clergé s'éleva enfin contre cet infâme trafic; il parla, par la bouche d'Agobard, à Louis le Débonnaire ', et fit révoquer le rescrit qui autorisait ce commerce, dans un concile tenu à Toulouse fan 829. Adalelme, évêque métropolitain de Bordeaux, assista à l'assemblée synodale pour représenter la Yasconie, dont les intérêts étaient en jeu, à cause du voisinage de cette province avec la Péninsule'^.
Nous ne savons si les Juifs de Bordeaux continuèrent le commerce des esclaves ; mais on peut le croire si l'on ajoute foi à l'accusation portée contre ces Juifs d'avoir, en 848, livré la ville aux Normands^. Ils habitaient déjà ce Mont-Judaïque dont parle la Chronique bordelaise à l'année 12-73, et dont il est fait mention dans l'acte de
* ... « Pwi'dicavimus cliristiiinis, ut niancipia ois (JiuUt'is) christiana non venderent, ut ipsos Judaeos ciinstianos vendere ad Hispanias non pcniiittclent, 1) etc. {Sancli Agobardi, archiepiscopi Lugdimenm, Opéra, éd. Stéphane BaUi/io. Parisiis, m.dc.lxvi., in-8", t. I, p. G2. Cf. Ni>t. ad Agobard., t. II, p. 18, 19.)
^Siaiondc do Sismondi, Histuire des Français, t. II, cli. vi, p. A~'2. — Loubens, Histoire de l'ancienne province de Guscoijne, etc., l. I \^a Paris, 18ô!>, in-H"), p. 177, 178. — Detciievciry, Histoire des Israélites de Bordeaux. Rordeau.v, 18)0, in-8", p. 15, 16. Cf. Pagi, Critica Instorico-cttronologica in universos Annales ecclesiasiicos E. et n. Ca'saris cardinalis Uaronii, l. III, ann. 828 et 8:29, p. ■')57, col. 1, p. 558, col. 1, ^ xi-xiv.
•' Annal. Uert., ap. D. Douquct. {Uec. des hist. des Gantes, otc, t. VII, p. Chi, C.) — Chron. de gesl. Nortmanu., ap, du Ciiosnc, Hist. Franc. Smpt., t. II, p.o25, A. — La ville de Toulouse fut livrée de la niruie manière que liordeaux, et sans doute pour les niènies motifs, aux Sarrasins, en 752, s'il faut en croire Delancrc il' Incrédulité et mescreance du sortilège, etc. Paris, m.oc.xxii., in-i", p. iG4). Il est juste de dire que l'on ne trouve rien de semblable dans VHisloire. générale de Languedoc de DD. de Vie cl Vaissele. Voy. liv. VIII, <b. XXIV, t. I. p. 597, et p. (195. col. 2, note i-xxxni, n" xxi.
ET DE LA NAVIGATION A BOllDEAUX. 411
donation et de fondation du prieuré de Saint-Martin par Geoffroi, duc de Guienne, sous la date de 1077 '.
A partir de cette époque, il n'est plus question des Juifs de Bordeaux avant le wif siècle ; encore les documents contemporains ne sont-ils pas toujours explicites sur leur compte.
En 1182, Philippe- Auguste avait rendu luie ordonnance par laquelle ses sujets étaient déchargés des sommes qu'ils pouvaient devoir aux Juifs : cette ordonnance dut atteindre ceux de la Guienne, bien que soumis à la domination anglaise, par la l'aison qu'ayant des débiteurs partout, ils ne pouvaient échapper aux effets d'une pareille loi. L'autorité ecclésiastique en 'indiqua les moyens pour l'avenir. En 1214, le cardinal Robert de Cork, légat du Saint-Siège, écrivit à Jean Sans-Terre pour l'informer qu'il avait convoqué un concile à Bordeaux. Dans cette assemblée, il fut ordonné que les seigneurs réprimeraient les usures des Juifs, sous peine, pour ces derniers, de voir tout le commerce s'éloigner d'eux, et, pour les marchands comme pour les barons, d'être frappés d'excommunication^. En 1219, par suite d'une mesure générale, qui s'étendait aux Juifs de Poitou et de Gascogne, il fut interdit à ceux de Bordeaux d'acheter ou de vendre aucune espèce d'objets, excepté les vivres du jour, autrement qu'au vu de prud'hommes chrétiens.
• Discours sur les antkjuitez trouvées près le prieuré Saint-Martin lès liour- (leaux eu juillet lo9i, a la suite de la Chronique bordeluisi', édit. de m.dcciii., folio -4') reclo. Cf. Darnal, Suppl. des chroniques, etc., p. 11 ; et Dettiieveny, Histoire des Israélites de Bordeaux, [). IG, 17.
- Rymer, Fœdera, etc., t. I, pars I, p. Gl, col. ! et "2. — D. Devienne, ///,s^ de Bordeaux, t. I. jt. ÔO. — Detclieverry, Histoire des Isniéliles de Hordeuux, p. IS. -2ô. tl.
412 HISTOIHE DU COMMERCE
Défense leur était également faite de recevoir en gage du linge mouillé ou taché de sang, ni rien qui appartînt à sainte Église et pût donner lieu au moindre soupçon. « Ainsi, ajoute le roi dans sa lettre à G. de Neville, son sénéchal, que cela avait lieu au temps du roi Henry, notre aïeul, et au temps du roi Richard, notre oncle'. » Il est à regretter que la phrase présente trop d'obscurité pour qu'il soit permis de décider si le roi veut parler d'une législation en usage en Angleterre, ou seulement en Poitou et en Gascogne.
Le 3 juin 1265, Edward, fds aîné du roi d'Angleterre, donne à Bernard Macoynis, citoyen de Bordeaux, son Juif de Lesparre, Bernard Bénédict, pour le posséder pendant sa vie, ainsi que tous les revenus qu'il pourra en tirer. Il paraît que ce Juif de Lesparre était fort connu; car Bréquigny nous a conservé une donation, datée du 21 octobre 1283, dans laquelle un autre Juif est désigné par la qualité de frère de ce Bénédict '^
Le 23 mai 1275, Edward !•"■ écrit au connétable de Bordeaux qu'il a appris que la communauté des Juifs, déjà en proie à la disette qui se faisait sentir cette année, se trouvait encore accablée d'impôts. Il défend en conséquence à cet officier d'opprimer les Juifs ou de les imposer sans son ordre-". Dans une seconde lettre, adressée cette fois au sénéchal de Gascogne en même temps qu'au connétable de Bordeaux, Edward leur annonce être in-
1 liât. lin. cliiiis., an. ô» lien, lil, .N. D. 1-210; vol. I, p. 7,^)1, col. 2.
'■* Martial et Jules Del|)it, Solicc, xiir un maniisciil de ht li'ihUollièqne de U'**/fenbullel, % ywJSotkes et cxlrails des nKiiiiisrrilx. etc., t. XIV, 2>^ part. , p. i2.").) — Detclieverry, UisL des Israt'liles de lUndeuii.i \ p. 20.
3 1{ynici\ Vivdera, etc., t. !, pais II. p. 11(1, col. 2.— Dctclievcriy, ///.s/. r/c.s' hr<(('l. (le Hiirdeaii.i. p. 02.
formé que la communauté des Juifs de Gascogne, à l'instigation de certains de leurs concurrents, se trouve surchargée d'impôts énormes levés sous les prétextes les plus futiles, et que l'on sévit avec la plus grande rigueur contre ceux qui ne peuvent les payer; qu'il n'entend point que les Juifs soient persécutés de la sorte, et que, lorsque la justice aura h s'occuper d'eux, on les fasse juger par des chrétiens prud'hommes et loyaux*.
La communauté des Juifs de Gascogne ayant remontré au roi que la plupart d'entre eux émigraient pour échapper aux tailles intolérables dont ils étaient grevés, ce prince revint à la charge pour ordonner de les diminuer. D'un autre côté, en 1291, Philippe le 'Bel fit une ordonnance pour enjoindre à tous les Juifs venant de Guienne et d'Angleterre de quitter le royaume avant la mi-carème'^.
Dans les rôles gasons, il est encore fréquemment fait mention des Juifs de Bordeaux, nommément d'Aaron de Londres^, et d'Élie, fds de Bénédict, de la même ville*, qui, sans doute, avaient quitté l'Angleterre pour se rapprocher de l'Espagne, en vue d'y chercher un asile, au cas où ils seraient inquiétés dans les possessions anglaises. Un sort funeste leur était réservé dans cette nouvelle patrie. Vers la fin du xiii^ siècle, ils étaient expulsés de la Guienne^ et de nouveau en 1318-19^. A cette
* Fœdera, t. I, pars II, p. 196, col. 2. — Hist. îles Isnu'l., p. 52, 55. 5 Oliiii, vol. II, fdlio 88 recto.
^ Rot. Vase, 27 Hen. III, menib. U; .ï Ed. I, nicniii. ."i; 11 Ed. I, momb. i.
* IMd., 12 Ed. I, mcmlt. 2.
^ Ibid., 17 Ed. I, part. I, nienil). 11.
'' IhiU., 12 Ed. II, mciiil). 0, in dorso. — Litlera, xiyilln Franconim rt'f;is sifjHdla.de houh .hidirorum Uiirdcualc. 10 Ed. il. \r lie an lient Kalendarx and lu-
ili IllSTOIRI'] DU COMMERCE
époque, ils tombaient sous les coups des paysans', le roi Edward II se faisait rendre compte de leurs biens, et ordonnait une enquête au sujet des meurtres commis sur leurs personnes^. D'autres documents publiés par Rymer achèvent de jeter du jour sur la condition des Juifs de Bordeaux et de la Gascogne sous les Planlagenets^. Aux termes d'un terrier de rarchevêclié, de l'an 1356, les Juifs de Bordeaux étaient tenus à une redevance annuelle de huit livres de poivre envers l'archevêque, payables à la NoëH. Quand on voit, en 1143, un archevêque d'Aix donner aux Juifs de cette ville la permission d'avoir une synagogue et un cimetière, à condition qu'ils lui payeraient, à lui et à ses successeurs, à perpétuité, deux hvres du meilleur poivre, et en 1383, un autre archevêque accorder au même prix un semblable privilège à tous les Juifs de son diocèse^, on est amené à penser, avec le P. BougereK', qu'à Bordeaux comme à Aix, la plupart
ventories of the TrenRurij of Ilis Majesti/s Exchequer, etc., éd. by Sir Francis Palgrave, vol. IH, 1851), in-S», p. 121, noGl.) — Dans une lettre au sénéchal de Gascogne que Ton trouve sons cette indication, Edward commence i)ar manifester son profond étonncment de ce qu'après avoir, a plusieurs repiises, donne l'ordre d'expulser les Juifs résidant en Guiennc, cet ordre fût resté sans exécution. Voyez encore le rôle gascon de la quatrième année d'Edward II, niemb, Vi (de Debllls que debebantur Judeis, levmidis ad opiis Régis), et celui de la sopliènie année du nième règne. (De Judeis expeilendis.)
* « Pcr quosdam malefactores qui imstorelli vulgariter nuncupantur. » — Pour faire connaître les pastoureaux de 15i0, nous ne pouvons que renvoyer il une notice de M. Léon Dessalles, qui occup.^ vingt-deux pages des Annales agricoles et littéraires de lu Dordogne, ann. 1812, et ;i la collection Doat, conservée au cabinet des manuscrits de la Bibliotbèquc impériale, vol. LU, (" 6S.
- liot. Vase, 15, H, Ed. 11, niemb. 7, in dorso.
■î Fd'dera, etc., vol. II, p. 19 et 180; éd. III, t. I, pars II, p. IKi, c(d. % et p. 190, col. 1. * liaurein, Variétés bordelaises, etc., t. 111, p. 529.
■' Pitton, Annales de la sainte Église d'Aix,, p. 122, IGO.
•^ Méninirrs ])oiir servir h l'Iiiatoire des Jnifs depnis leur arrivée en Pro-
ET DE LA NAVIG.VTlON A BORDEAUX. 4lo
étaient épiciers, peut-être môme en relation de commerce avec le Levant et l'Espagne, puisque le poivre constituait le tribut qu'on leur imposait le plus habituellement.
11 est certain que, fort anciennement, il y eut à Bordeaux des Juifs espagnols et portugais uniquement désignés comme venant de l'un ou de l'autre royaume de la Péninsule. A ne parler que des Portugais, ils exportaient de leur pays, dans les possessions britanniques, de l'huile, du vin, de Vosey^, de la cire, de la cochenille, des figues, des raisins, du miel, du cordouan, c'est-à-dire du maroquin, des dattes, du sel, des peaux et d'autres denrées^; mais il est douteux cpe toutes celles qui viennent d'être énumérées, par exemple le vin, la cire et le miel, soient venues de Portugal faire concurrence, sur notre marché, aux productions de la Guienne.
En 1546, nous trouvons une mention d'un marchand portugais à Bordeaux : c'était un certain Lope Diaz, dont le nom est encore porté avec honneur dans cette ville par une famille Israélite; mais nous ne pouvons dire cpie ce Lope Diaz y fût établi. L'inventaire après décès, au logis du Chapeau-Rouge, de ses papiers et effets ^, semble indiquer que cet étranger n'avait pas sa résidence à Bordeaux, soit qu'il ne fût qu'un marchand forain, ou que les jurats lui eussent refusé la permission de se fixer dans notre ville, en vertu des articles 7 et 8 des statuts, titre des marchands, qui leur conféraient ce droit ^
vence, etc., dans les Wmoires de Uth'ratitre et d'idstoire du P. Desmolets (a Paris, MDCCXLix, in-S» , t. Il, part. Il, p. 576, 577.
* Voyez ci-dessus, t. I, p. 1 10, note 4, et p. 137, note 5.
2 The Libel of Eiiglish PoUcij, apiid Wi-ight, Political Poems and Souijx, t. H, p. 105. 3 Minutes de Douzeau, 5 janvier \MG.
^ Conliimil'wH de la Chronique bonrdehdxe. etc., p. 73. Cf. p. 78.
4|() HISTOIRE nu COMMERCE
Dans son testament, reçu par Denhors le 19 juillet 15G1, noble Arnauld de Fcrron, conseiller au parlement de Bordeaux, mentionne une maison, rue Bouquière, « où se tient à louaige le Portugalois ' . » Quelque temps après, on voit dans notre ville Jean Gonsalves, natif d'Oporto^; mais ces renseignements sont trop incomplets pour que l'on puisse en tirer quelque lumière.
Si, à cette époque, le nombre des Juifs portugais était peu considérable chez nous, il s'accrut bientôt dans une notable proportion. A une date que nous ne pouvons préciser, mais qui ne saurait dépasser la fin du \\T siècle, un agent français écrivait de la frontière d'Espagne : « Nous n'avons icy rien de nouveau, sinon forces Juifz
fuyans l'inquisition d'Espagne Hz s'en vont touz vers
Bordeaux et autres quartiers de Gascogne, où ilz espèrent trouver relraitte. Ce sont, à proprement parler, Marannes, lesquelz, sous le nom de chrestiens, retiennent plusieurs cérémonies et observacions mosaïques. Le pis que je voy au sujet de leur exil d'Espagne et de Portugal, est que plusieurs gens de bien y sont enveloppez pour attrapper, et memement ceux qu'on estime avoir quelque sentiment de la religion. Tant y a que cette persécution apporte une grande diminution du commerce en ce païs-là, et beaucoup de noz inai'chans s'en retirent
' Liasse l!Si-:2, folios vxxxj recto et xxxiij verso.
- Minules de Castuigne, liasse H7-H, folio iiij»^ij veiso; acte du :2S janvier l.')72. — Nous ne dirons rien des marchands espagnols établis a Bordeaux, tels qu'Adam Francesco et « Louppes Domayne, » tout portant a croire qu'ils étaient chrétiens. Le premier achetait, par acte de Uenliors, en date du \1 mars ITifil (liasse !Hi-:2, fo io Miiij'wlvj recto"!, tous les clous de cabosse qu'un maiire chtrelicr devait fal)ri(|uei' dans l'année; et l'autre vendait du hlé à un lalioureiir de Saint-.Morillon, Minutes de Tiieiner, ilciiiicijour de fi'vricr i:i77, liasse iHS-KI.)
ET DE LA NAVK.ATION A BOUDEALX. il*
(le jour à autre. Il y a plus, que l'argent est très-rare en Espagne ', » etc.
Les Juifs en avaient apporté beaucoup avec eux à Bordeaux. Espagnols et Portugais, ils s'y livrèrent au commerce et donnèrent une nouvelle activité à celui de cette place. Imposés comme les autres régnicoles, ils furent, du moins certains d'entre eux, naturalisés et autorisés par là à demeurer et à trafiquer dans le royaume; mais la jalousie de leurs nouveaux compatriotes ne tarda point à s'éveiller, « leur imposant calomnieusement et faulsement plusieurs crimes, pour leur donner occasion d'abandonner ladite ville et se retirer en leur pays-, » etc.
Plusieurs prirent ce parti. Ceux qui restaient ayant adressé une requête à Henri III, ce prince y fit droit par des lettres patentes datées de Lyon, le 12 novembre 1574, que le parlement de Bordeaux enregistra le 19 avril 1580, à la requête de Diego Mendès Dias, Simon Meira et autres marchands portugais habitant Bordeaux "'. On y trouve un rappel d'autres lettres patentes émanées, en 1550, de Henri II, et conçues dans le même sens^.
* Manuscrit de la Bibliothèque coltonienne, Caligula, E. X, folio 256 recto. Ce volume a été endommagé par le feu.
- Detcheverry, Histoire des Israélites de Bardeaux, p. W, '60.
^ Privilf'fjes, dont les Juifs portugais jouissent en France depuis I3o0. A Paris, de l'imprimerie de Stoiipe, m. dcc. lxxvii., in-12, p. 1 1-I6. — Au lieu de Meira. nous proposons de lire Lameira. Le Meira nommé dans l'enregistrement du parlement de Bordeaux était vraisemblablement l'un des ancêtres d'Antoine Lomeyre, que nous reverrons, avec la qualité de marchand-banquier, au commencement du xviue siècle, et d'Abraham Lameyro, qui vivait au milieu. Voyez ci-après, p. 4il, noie 5, et p. 428.
* « Comme les marchands et autres Portugais, appelles nouveaux-chrétiens, dit le roi, Nous ayent par gens exprès qu'ils ont envoyés par deçà, fait entendre qu'ayant connu, pour avoir depuis quelque temps en ça trafiqué en nostre royanlme, la grande et bonne justice qui s'exerce en icelui... de sorte que cela