IL
L'envie qu'inspiraient les marchands juifs de Bordeaux n'en persistait pas moins, en dépit des services qu'ils avaient rendus'. Ce sentiment était encore si vif au commencement du xvii^ siècle, que le maréchal d'Ornano rendit, le 2 janvier 1604, une ordonnance qui défendait à tous les habitants de nuire en parole ou en action aux marchands portugais et autres étrangers qui voudraient se retirer à Bordeaux pour y vivre et commercer^.
fait que l'entrecours de la marcliandise est menée et conduite en telle liberté, que sans aucune suspicion d'injures, les marchands peuvent aller, trafiquer et fréquenter en tels endroits de nostredit royaulme, pays, terres et seigneuries de nostre obéissance que bon leur semble, et en toute seureté exercer leurs arts et manufactures; considérant aussi que pour avoir de tout temps nos prédécesseurs et Nous singulièrement favorisé les marchands de nostredit royaulme. Nous les avons, en beaucoup de villes d'icelui, avantagés de beaux et grands privilèges, par le moyen desquels ils font de grands gains et augmentent de jour en jour leur trafic; et que pour la conimodilc de la situation de nostredit loyaulme, par lequel (oultre qu'il est fort ferli'.e et abondant en bleds, vins et auHres commodités requises pour la vie humaine, qui est un grand moyen aux marchands d'icelui d'épargner, estant ceulx des aultres pays contraints faire grandes dépenses a la nourriture de leurs familles, gens, facteurs, serviteurs et entremetteurs) flueut et passent plusieurs belles et grandes rivières et fleuves navigables, sur lesquels se fait un grand tiafu-, et en oultre est pour la plus grande partie environné tant de la mer du Levant que de celle du Ponant, sur laquelle les estrangers voisins de nostredit royaulme (qui plus que nuls aultres de toute l'Europe font train de marchandises) fréquentent et marchandent ordinairement, de sorte que le moyen de bien vivre est ouvert a un chacun qui se veut employer en quelque sorte que ce soit, ausdits Portugais... est venu singulier désir, qui leur croisl de jour en aultre, de venir résider en cestni nosire royaulme, et y amener leurs femmes et familles, apporter leur argent et meubles... moyennant qu'il nous plaise leur accorder lettres de naturalité, » etc. {Prmlàjes, dont les Juifs portugais jouissent en France, etc., p. 1-5.)
1 Les grains manquèrent en lo09, et la disette fut si grande que la ville de Bordeaux était remplie de pauvres qui mouraient de faim. Il fut arrêté qu'ils seraient distribués chez tous les particuliers, sans acception de personne. La nation portugaise se distingua, dans cette occasion, par une humanité qui excita radmiration universelle.' Voyez la Chronique bourdeloise, 2e partie, p. 11.
- DelcheveiTy, Ilixinire des hrai'Utcs de Bordeaux, p. "il, 'r2.
RT DE LA NAVIGATION A P.OilDEAUX. '(Il)
Une pareille proteclion no pouvait qu'encourager les Juifs d'Espagne à venir à Bordeaux : aussi en voyait-on fréquemment dans nos murs, surtout à l'époque des foires. Une troupe de marchands israélites, qui se rendait dans cette ville, eut une affaire qui faillit avoir de graves conséquences pour tous les Juifs qui l'habitaient. Ces voyageurs s'étaient arrêtés sur le chemin de Bayonne et logés chez le maître de poste nommé Ponteil; ils se couchèrent après avoir ouvert tous leurs ballots, soit pour les revoir, soit pour les arranger différemment. Le lendemain matin, ils firent retentir la maison de leurs cris, prétendant qu'on les avait volés et montrant une fenêtre entr'ouverte comme le chemin par où on avait pénétré chez eux ; à les en croire, leur perte montait à cinq ou six mille écus en bagues, joyaux, perles et pierreries. Arrivés à Bordeaux, ils informèrent et obtinrent décret contre ledit Ponteil. Le malheureux fut arrêté et mis à la question; mais on n'en put tirer aucun aveu, et, faute de preuve, il fut relaxé, « à demy ruiné de corps et de frais ' . »
Quelque temps après, un compatriote, peut-être même un parent de ce même Ponteil et son homonyme, voulant tirer vengeance de la conduite des Portugais dans cette affaire, se porta comme dénonciateur de tous ceux de la ville de Bordeaux, qui formaient environ cinquante ou soixante familles. Secondé par vingt-quatre témoins, il les accusa de judaïsme et des crimes les plus exécrables. Soit que ces allégations parussent mensongères à la justice ou qu'elle eût été circonvenue par le crédit dont
' P. de Laiicrc, V Incrédulité et. mexcreance dit sortilef/e, etc., p. 470.
iW HISTOIRE DU COMMERCE
jouissait alors k la cour Philotée Elian de Montalto, médecin portugais et juif de race, le parlement fit constituer Ponteil prisonnier, tandis qu'il n'y eut jamais qu'ajournement personnel conlre ses adversaires'.
L'avocat du roi Dusaut soutint de son mieux l'accusation ; mais comme les Juifs étaient depuis longtemps établis à Bordeaux et avaient entrée dans une infinité de bonnes maisons où ils allaient vendre leurs marchandises, ils trouvèrent moyen de faire plaider leur cause par un très-bon avocat. « Le plus fort de son plaidoyer, dit de Lancre, fut sur la calomnie qu'on leur mettoit sus : qu'il y avoit soixante ans qu'ils estoient en la ville, partant qu'ils avoient prescrit leur domicile et logement; qu'ils y estoient grandement utiles, laissant leurs denrées à beaucoup meilleur compte que les autres marchands, » etc. De son côté, Ponteil confia sa cause à un célèbre avocat du temps, nommé La Roche, dont le terrible conseiller reproduit le plaidoyer dans toute son étendue. Cet avocat donna à fond sur les Portugais; mais il avait affaire à forte partie. Ils firent si bien, qu'ils ol)linrent interdiction du ])arlement de Bordeaux et parvinrent à étouffer les suites de l'action intentée contre eux-.
Rassurés de ce côté-là, les Juifs portugais de Bordeaux ne restèrent pas longtemps sans concevoir de nouvelles appréhensions. La guerre était déclarée entre la France et l'Espagne. Le roi catholique ayant mis embargo sur les vaisseaux, marchandises et meubles, appartenant aux Français c[ui étai(;nt en Portugal et autres lieux de son royaume, le roi de France, usant de rei)résailles, or-
' L'IncreduHlr rt nic-tiri'iiiirr ihi sorlUrijc. clc.. p. iXX. -' tbU}.. p. 4S7
ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. i2l
donna qu'il serait fait inventaire do tous les meubles et marchandises appartenant aux Portugais de la Guienne, et commit à cet effet, le 14 mai 1625, M. de Gourgue, premier présidente Pour conjurer le coup qui les menaçait, ils s'adressèrent à l'administration municipale, et les jurais prirent, le 4 juin 1625, une délibération portant qu'il serait expédié un certificat de bonnes vie et mœurs au roi et aux membres de son Conseil en faveur de ces marchands. Il y est consigné « que dans icelle ville ils y sont utiles à cause de leur négoce, vendant et débitant leurs marchandises sans contredit de personnes, trafiquant avec toute loyauté et fidélité-, » etc.
En janvier 1630, la paix entre les deux couronnes ayant été proclamée et le commerce rétabli entre Français et Anglais ^, les bourgeois de Bordeaux se plaignent « de ce qu'il y a dans cette ville un grand nombre de commissionnaires étrangers qui font les plus grandes af-
* Detcheverry, Histoire des Israélites de Bordeaux, p. 56, 57. — Il y avilit alors dans la Péninsule un grand nombre de Français, appelés Gavaclies, venus de la Guienne et autres provinces. Voyez les Mémoires de Gourville, a Tannée 1669. (Collection Pelitot, !2« série, t. LU, p. 4I"2.
- Detcheverry, p. 57. — Nous n'avons point a parler des marchands porlu- !;ais de Bayonne; nous dirons toutefois que les noms de ceux qui habitaient celte ville, ou plutôt le faubourg de Saint-Esprit, en 10!25, sont consignés dans le ConterroUe de la recepte du bureau de la coustume de Bayonne de cette année. (Archives du département de la Gironde, G Bureau des finances.) On y voit figurer Jacob Luis, Daniel Henriquez, Diego Dacosta, Alfonso Nufiez, Fernando Rodrigo demeurant ii Biarrits, Melchior Albernos, Simon Baya, Coello, Ascenso Nuiîez, etc. (Folios 5 r», 5 r», 8 r°, 10 r°, 11 v», 12 v», 20 r», 21 v, 25 v, 5i r», 58 r», 72 v", 92 r», 102 v», 106 v», 110 i», etc.) L'un d'eux, Bento Luis, faisait des affaires avec Bordeaux, d'où il (irait, sans doute pour l'Espagne, de grosses aiguillettes de cuir, de l'azur, des serges de Saint- Maixenl, des toiles de Hollande et autres, et de la iirosserie. (Folios 52 i'", 77 v". Gf. folios 51 v, 57 r", 59 r", 78 r».)
■* Continuation ù la Chronique Imtrdeloise, p. 52, ann. 1629.
/i22 nisToiiui DU co.M.Mi-:iu;i:
faires, et, bien que diverses ordonnanees eussent enjoint au\ Portugais de vider la ville dans trois mois, le nombre en augmente tous les jours. Ils y tiennent les plus belles boutiques et magasins de toutes sortes de marchandises'. »
A cette déclaration tiennent se joindre celles des jurais dans leur correspondance avec le secrétaire d'État Chàteauneuf, à l'occasion d'une sédition dont la répression avait causé les plus grands désordres à Bordeaux : « Les Portugais, qui tiennent des rues entières et font un commerce considérable, écrivent ces magistrats, ont
demandé leurs passeports Les Portugais et étrangers,
qui font les plus grandes affaires, cherchent les moyens de se retirer d'ici. Gaspard Gonsallès et Alvarez ont quitté depuis peu, qui étaient des plus considérables parmi eux. Nous nous apercevons que le commerce cesse '^. »
Cette considération n'arrêta pas le fisc. Le roi, par une déclaration du 22 janvier 1697, renouvelée de trois autres, l'une du 26 janvier 1637, la seconde du mois de janvier 1646, la troisième du mois de mai 1656, avait ordonné que les étrangers établis en France depuis 1600 payeraient les sommes auxquelles ils auraient été taxés par des rôles arrêtés en Conseil; Damour," chargé d'en faire le recouvrement, exerça les poursuites les plus rigoureuses contre les marchands espagnols et portugais établis à Bordeaux. Ceux-ci exposèrent au Conseil qu'ils n'étaient pas dans le cas de la déclaration, puisiju'ils étaient naturalisés Français depuis 1550; mais les be-
' Dotcliovei'r'v, llisloire îles Isidi'HU's de llordcanx. ]t. ."iS. - Letlrcs des :^l cl r»() (icrcmlirc U\T>. (Ihid., i». ()7>:
soins de l'État firent oublier au gouvernement des engagements qu'il aurait dû respecter. 11 intervint, sur la requête des Portugais, un arrêt du Conseil, par lequel Sa Majesté modéra à 20,000 livres, avec les 2 sous pour livre, toutes les taxes faites et à faire sur les Portugais, en exécution de la déclaration du 22 juillet 1697 '.
iVvec la tranquillité, les fugitifs revinrent, et d'autres marchands espagnols de la même religion augmentèrent plus tard la petite colonie-. En 1636, le nombre de ses membres ne dépassait pas deux cent soixante'. En 1648, Coste Furtado, banquier portugais, plaidait contre Thomas Craf, marchand-commissionnaire anglais^. Vers le même temps, Jacques Castaigne, marchand portugais et bourgeois de Bordeaux, faisait le commerce des huiles d'olive, et généralement des denrées coloniales, telles qu'amandes et savon, et avait pour commettant, à Dax, un certain Pierre Gomez^. En 1664-65, David Lopès était armateur et chargeait des vins et des eaux-de-vie sur la Plume-Couronnée^ . En 1684, la nation se composait de vingt familles ; du moins c'est là le chiffre qui revient à Bordeaux dans le nombre des expulsions prononcées par l'arrêt du Conseil d'État, en date du 20 novembre de la même année''. On n'y voit figurer ni les familles Despi-
1 Histoire de l'établissement des Juifs a Bordeaux et a Baijonne, depuis looO, par le ciloycn L. F. B. (Bcaiifleury). A Paris, an VIII, in-8", p. 30, 51.
' Actes interprétatifs de la coutume de Bordeaux, a la suite des Coutumes du ressort du parlement de Guieune, parles frères Lainothe, t. H, p. 8(3-89. Cf. t. i, p. 592, 593.
3 Histoire des ïsraiHites de Bordeaux, p. 59-62.
* Cleirac, i'sunce du négoce, etc., p. iO.
■' Minutes de Coulhures, 16 octobre 1632, folios 585 recto et 384 recto.
" State Papers, Domeslic Séries, Charles II, 16(U-6."). vol. CXV, n" 74.
- Histoire des Israélites de Bordeaux, p. Gi.
424 HISTOIRE DU COMMEHCC
nossa et Azevédo, auxquelles notre ville dut une fabrique de maroquin, ni celle de Dominique Lopès d'Oliveira, qui y établit une fabrique de mouchoirs de soie', ni le nom de Raphaël, qui se rattache à une fondation bien plus considérable, celle de la salle de spectacle achevée en 1738 -. Des factums publiés pendant le cours des procès soutenus par cette famille, en 1724 et 1725, nous ont appris que ses divers membres, outre la banque, faisaient des affaires considérables en toute espèce de denrées ^, et nous savons d'ailleurs qu'à cette époque les Juifs, à Bordeaux, n'étaient pas trop mal vus par la justice ^
1 Histoire des Israi'lites.de Bordeaux, p. ()6. — En 1()78, un ouviiei' en (li'iip d'or avait obtenu la permission de faire toutes portes d'étoffes de soie; j'ignore s il leva un atelier dans cette ville. {Contin. de la Cliron. bourd., etc., p. 56. Cf. ci-dessus, t. 1, p. 289.)
- Histoire des Israélites de Bordeaux, p. 68, en note. — Dans une autre compilation {Histoire des théâtres de Bordeaux, etc. Cordeaux, 18C0, in-8", p. -29), M. Detchevercy fait remarquer que les Juifs étaient exclus du tliéàlre, sans ajouter que l'un d'eux avait contiibué ii son établissement.
^ Uibl. publ. de la ville de Bordeaux, Jurispr., n" 5,076, t. I, folio .Ti; t. Il, pièce n" 75, et t. IV, pièce n° 45. On y voit figurer trois Rapbael : David et Abraham, père et fils, et Jacob. Ce dernier est qualillé de banquier a Bordeaux, y demeurant sur les fossés des Granils-Carmcs, dans un contrat d'assurance reçu par Treyssac, a la date du 15 juillet 1744, et il y ligure en compagnie de deux lîodrigiics et d'un .\braham Francia, qui avait déjà paru, avec le sieur Abraham Lamcyre, dans un autre acte du même notaire (16 juin 174i). yuant il Uaphael père et lils, ils demeuraient rue Douhaut, non loin de DaviJ l'acz, auquel ils envoyaient une sommation, reçue par lîanchereau, le 10 février 1728.
'• Coutumes du ressort du parlement de (\uieune, publ. par les frères Lanu)- Ihe, t. Il, p. 86-89. — A la suite de portes considéiables, les sieurs Azevedo, les frères (Jermé, les trois frères Bontils, Lespiaut et Marin, négociants de Bordeaux, avaient fait faillite ; ils présentèrent une reipiéte tendant ii obtenir le lenvoi des contestations nées et ii naiti'c, |iour laison desdiles faillites, i»ardcvant les juges et consuls de cette ville, et ils obtiiiient un airét conforme, aussi bien que les sieurs Isaac (".arvalho, Jacob Ilodrigue/., Antoine et Maiiiud Lopcz, Moise Mercadé et l.saac Ilodrigue/. de Campos, négociants de Saint- Kspiit, pri's de Rayonne. ('Hegi.slre duCim.scil de commerce F. 12. 57, folio 252
ET DE LA NAVIGATION A HORDE AUX. 4:';i
D'autres pièces du môme ûjtMire, jointes à des documents d'un ordre différent, font passer sous nos yeux les Gradis, qui, dans les affaires, marchaient de pair avec les Raphaël, et dont la race n'est pas éteinte ', les Peixotte, qui, après avoir jeté autant d'éclat, ont à peine laissé un souvenir, les Sasportes^, les Fernandès"', les
verso et 333 recto; séance du 30 août 1713.) — Sébastien et Noël Germé, ou Gonié, avaient perdu et demandé a racheter le navire la Ueine-Esther , capturé dans la rivière de Bordeaux par des corsaires de Guernesey. (Reg. F. 12. 55, l'olio 21-2 recto; séance du 26 septembre 1710.) L'ayant recouvré, ils demandèrent et obtinrent de le faire venir sur lest a Cordeaux, avec pavillon et équipage irlandais, mais il la condition que cet équipage retournerait en Irlande. {Ibid., folio 2oG verso; séance du 24 avril 1711.) — Il n'est guère probable que ce navire soit le même que le bâtiment hollandais saisi vers '1670 par M. de Raas, gouverneur et lieutenant général des îles d'Amérique. {Lettres, histniclions et mi!moires de Colbert, t. III, S^ partie, p. 500.)
" Voyez le registre C des délibérations de la Chambre de commerce, f"* 76 v° (22 décembre 1718), et 81 r° (16 mars 1719). Il s'agit d'une saisie de cacao appartenant a un Gradis, peut-être Antoine, mentionné dans le recueil de la Ribliothèque de la ville de Cordeaux, Jurispr., n" 5,076, t. X, folio 75. Le nom de Gradis reparait dans deux actes, l'un de Michellet, du 7 nuveinbic 1715, l'autre de Banchereau, du 2i juillet 1727.
- Minutes de Michellet, 15 mars 171 i (achat de vin par Henry Peixotte, b:iurgeois et marchand de Bordeaux, y demeurant, rue Bouliaut); 17 mai, 17 août 1712 (protêts ij la requête de Léon Peixotte, ès-mêmes qualités) ; 2 nov. 171i (le même est représenté comme sachant le liollandais). — Minutes de Banchereau, 12 janvier et 25 novembre 1727 (Aaron Sasportes, négociant a Bordeaux, puis sa veuve elle sieur Abraham Sasportes, son tils, demeurant tous trois rue Bouhaut, reconnaissent devoir à Abraham Peixotte et lils, d'abord 2,000 livres, puis l,iG5 livres, pour prêt a la grosse sur le Saint- Antoine, de Bordeaux, dont les Sasportes sont propriétaires); 4 et 17 mars 1727 (^bltre de ciiange tirée de Hambourg sur Léon Peixotte et lils); 6 juin 1727 (vente d'une maison a Abraham Peixotte fils) ; 2i novembre 1727 (pr..têt par L. Peixotte et lils); 25 mars 1728 (arrêt entre les mains du sieui Féger, négociant de Bordeaux, sur ce qui peut être dû a un capitaine de navire pai' L. Peixotte).
■■' Minutes de Banchereau, 22 avril 1727 uvpposition par Pliilippe Fernandès et lils, négociants, rue Bouhaut, ès-mains de sieur Chalk, négociant ii la Rousselle) ; 4 juillet (opposition par Ph. Fernandès et lils, au départ du Saint-Pierre, d'Amsterdam, détenteur de vingt-cinq livres de pâte de cacao, chargées par Bddrigiiez, marchand de cette ville, pour le cduiptc desdits Fernandès, en
426 HISTOIRE DU COMMEUCE
Lamega', les Mezes'^, les Péreire, savoir : Jean Lozade-^, Joseph Nunès Péreire, banquier, vicomte de la Menaude, baron d'Ambès \ qui, comme tel, avait le droit de présenter aux cures de ses seigneuries; Jacques Péreire Souarès,
doux pelitcs caisses) ; 25 et 2G novembre même année (prêts a la grosse d'une somme de 3,000 livres sur le Marquis-de-Lacaze et sur la Diane, de Cordeaux, en charge pour les Antilles*. Cf. ci-dessus, p. 5o2, en note. — La pâte de cacao mentionnée plus haut était sûrement du ciiocolat, déjii connu sous ce nom avant l'année 16'>9. Voyez D. Félibien, Histoire de Paris, in-folio, t. V, p. 204, et M'"e de Sévigné, lettre du 1,'j avril 1071.
1 Minutes de Michellet, 10 juin 17 li (biens saisis a la requête du sieur Lamègue, marchand de Bordeaux, en la paroisse de Saint-Estèphe en Médoc). — Minutes de Banchereau, 2S janvier 1727 (Abraham Lamega, négociant, rue Bouhaut, afferme un boui'dieuj; 25 février (prêt h messire Jacques de Pichon, baron de Longueville, conseiller au parlement, par lsi;acRodrigues Henriquès, demeurant rue du Mirail, de5,ri;;0 livres. La somme est payée audit Abraiiam) ; 21 mai (procuration donnée a Abraham Lamega, par Isaac Tullekin, demeurant h Middlebourg, suivant acte re(,'u par Henry de Wilde, notaire a Amsterdam, en date du 21 mai 1727) ; 5 juillet (prêt "a la grosse par les sieurs Lamega fi'ères et Ci« au capitaine de la Priiicesse-de-Seiidre, de Bordeaux, a destination de Saint-Domingue); 22 août (sommation par les mêmes de payer le prix d'un envoi d'indigo de Saint-Domingue) ; 5 novembre (Isaac de Léon, de Bayonne, présente aux sieurs Lamego (sic) une lettre de change sur eux tirée par Abraham de Terres. Cf. 8 novembre); 4, 25 janvier 1728 (protêt, bail a ferme d'un bourdieu dans ba paroisse de Talence). Cf. ci-dessus, p. 276.
2 Minutes de Michellet .Marie Lopcs, demoiselle, veuve d'Emmanuel Mezes, bourgeois et marchand -orfèvre de Bordeaux, y habitant, rue des Ayres) ; li août 1712 (cession a la veuve Mezes et a son lils Alexandre, associés); 14 mars (prêt d'argent par les mômes); 22 mars et 2 mai (mention d'Alexandre en même temps que de David Crespès et d'Antoine Albarés) ; 4 juillet 1715 (signature d'Alexandre au contrat de mariage entre David Garcia, marchand, natif de la ville d'Almendra, en Portugal, demeurant rue Bouhaut, et la tille d'André Vas, mareliand, et de demoiselle Fran(;oise Lai)rechède, môme rue); 21) mai, 11 déceiidjre et 4 juin 1714 (vente et location de maisons lues Boutiaut et des Augustins). Voyez encore les minutes de Banchereau, aa i mars 1727 et au 15 janvier 1728.
' Minutes de Michellet, 7 mai 171! (soiiimatinn qui renferme l'adresse et la signature de Jean Lozade PereirCj ; 7 juillet et 17 août ibail ii firme de la terre et seigneurie de Puyo a ce môme Jean).
* llecueil 5,070, t. il, iiicce u" (i7 ; I. IV, iiiire w 10. Cf. l. VI, n- :i7, ()i;
cl t. XVI. n- in:;.
Kï DE LA NAVIGATION A BUllDEALX. 427
}30iirgeois et marchand de Bordeaux, qui, en 1720, plaidait contre Thomas Clock, marchand de vins et spiritueux aux Chartrons ', en même temps que receveur général de la loterie des RR. PP. de la Compagnie de Jésus-. Citons encore les familles Rodrigues^, Fonsèque '*, Baïs ^, Depas *', Pinto ', Silva ^ et Alvarès de
1 Recueil n" 5,076, l. II, pièce n" 68. Cf. n" 60.
- Minutes de Danchcreau, 11 juin 17:27. — Dans racte, il est fait mention de deux conuHcrçanls Israélites, Mendos France et Antoine Dacosta, moins connu que Samuel Dacosta, demeurant rue du Mirail, non loin i'.e H;'nry Goraès, d'Isaac Rodrigues Henriqués, de George Francia, de l'orfèvre .\hia'iam Alvarcs, et sans doute parent de « Dlaise Dacosta, marchand portugais, rue Douhaut. » (Minutes de Cassaigne, i janvier 1708; de Michellet, 16 mai, 30 novembre et !«:■• décembre 1715; -2 février, 15 mars 1714;'et de Banclierean, 16 janvier, 9 juin, 17 juillet et 12 août 1727; 2-2 et 2o février 1728.) Dans le dernier des actes auxquels nous venons de renvoyer, figurent en même temps Abraham de Sola et Pierre Gomès Silva.
'^ Minutes de Banchereau, 2o août 1727. (Antoine Rodrigues, marchand, est mentionné comme demeurant rue Saint-Julien, cl David, son fils, rue des Augustins.)
* Quatre membres de cette famille, qui habitaient la lue Douhaut. sont nommés dans deux actes de Danchereau des 15 avril et 5 juin 1727.
5 Des membres de cette famille, au nombre de quatre également, sont mentionnes dans les minutes de Banchereau, a la date du 15 avril 1727.
6 Recueil 5,076, t. XI, n"' 10, 11, 17, 20. — « Antoine Lopès Depas, bourgeois et marchand de Cordeaux, y demeurant, rue Sainte-Catherine, ligure avec Michel Toledo, ès-mèmcs qualités, son beau-frère et son associé, dans trois actes re{;us par les notaires Grégoire, a la date du 2 octobre et du 27 novembre 1700, Robardeau, le 50 octobre 1715, et Michellet, le 16 septembre 171i. Après Antoine, viennent Louis et François Lopès Depas, négociants de Bordeaux, y demeurant, sur les fossés de riîùlel-de-Ville, qui prêtent, par acte de Banchereau, du 14 janvier 1727, 5,000 livres ii Péreire Souarès, rue Sainte-Catiierine, armateur Au Jacob, de Bordeaux, a destination de la Martinique ou Saint-Domingue, où il avait un frère (î5 août. On trouve aussi, parmi les mêmes minutes, a la date du 27 août, Philippe Lopès Depas, négociant, sur les fosses des Carmes, syndic de la nation portugaise.
" Recueil 3,076, t. XVII, n° 208. Voyez ci-dessus, p. 280, note 2.
* Registre A de la Chambre de commerce, p. 4i; 2 septembre 1706. — Recueil 5,076, n"* 10, 1 1, 17, 20. — Minutes de Danchcreau, 25 novembre 1727; 25 févrii'r 1728. — Gabriel de Silva, négociant, fossés des Tanneurs, était lils
528 IIISTOII',!-: 1)1' COMMIiliCK
Léon ', (lonl les unes ont continué à prospérer, tandis que les autres sont tombées dans un état voisin de la misère; Pierre Ilenriquès Hierro^, Joseph-Alphonse Albarès et Jacques Lopès, son oncle'; Jacob Gomès Beiza et son adversaire Paul Griffa, « appelant d'un avis arbitral rendu entre les parties par les sieurs Billate et Bonnaud, bourgeois et anciens consuls de la Bourse, le 21 février 1721'^; » Antoine Lameyre, marchand banquier, et François Mendès^; Joseph Henriquès Médine, bourgeois et banquier, « appelant d'un appointement rendu par les juge et consuls de Bordeaux, en date du 18 juin 1718, contre Nicolas Wolt, négociant, habitant aux Chartrons ^. » Nous passons David Paez et Isaac de Sosa, nommés dans le recueil de factums que nous avons déjà mis à contri-
(le François de Silva, docteur en médecine, nicnlionné dans deux actes de Michel'et, des 23 janvier et 15 février 1712, et dans la Correspondance administrative sous le ré(jne de Loins XIV, t. IV, p. O^O-OÔO. — Antérioiircment on peut signaler un Jean de Silva, avocat au parleniont de Hordeaux (reg. D. 2i, arrêt du 9 mars 1541). De sa femme, Jeanne de Bidarl, il eut plusieurs lillcs, (|ualitiées de damoiselles dans divers actes de Dou/.eau (7, 11 juillet, 27 août iriOn, et de Denliors (IG, 17 et 18 août, ^<=^ 4 et 8 septembre 1361).
' Minutes de Ranchereau, 10 avril 1727. (Abraliam Alvarés de Léon, niareliand ii lîordeaux, y demeurant, rue des Augusliiis.i
- Minutes de Baiichereau, a lu date du 2." novembre 1727.
* Recueil ô,07(j, t. I.
* ll/id., folio 81. — Ce Billate, député de la Cliambie auprès du Conseil de commerce, avait été chargé, avec trois autres, de travailler ii lui projet de traité de commerce avec l'Espagne. La compagnie décida qu'elle s'asseu)blerait extraordinaii-ement et appellerait les négociants de Bordeaux en relation d'affaires avec ce pays, pour avoir des mémoii'cs sur celle matière. Ueg. B des délihéralions, folio 107 vciso; 11 et Ki avril 1720. Cf. bilios Kl!) veiso, 111 verso, 11 i reclo et veiso, cle.i
•• Bccueil 5,07(1, I. 111, folios (i, 12.
'■ lifid, t. IV, il la lin. — Voyez ci-dessus, p. 282, en no!e. — Josipli Médiui', négociant, rue Bouliaut, figure, avec Samuel Navarre, dans un acte de Banclicreau, du 21 aviil 1727, et le second de ces Israélites seul parmi les minutes de Micliellet, ii la date du 2 novembic 1711.
ET DE LA NAVKiATIO.N A nOHUEAUX. 429
biition ', et ne citerons plus qu'lsaac Lacam et Jesbant Laçant (car le nom de taniillc se présente sous ces deux formes), propriétaires d'une raffinerie de sucre aux Ghartrons en 1695^, et Emmanuel Fernandès Mirande, dont nous n'avons que le nom à enregistrer ici, à la suite de celui de Pinto ~\ comme ayant passé de Bordeaux à Toulouse^.
Vers le même temps, la Chambre de commerce recevait un mémoire contre les Portugais qui avaient fait
' Recueil 5,076, t. X, n°' 10, 11, 17, 20, et folio 73.
- ll)i(l., t. V, n" 79, p. 4. — Isaac Lacam, avec son beau-père Jacob Ratier, " bourgeois et marchand de Bordeaux, » nommé ci-dessus, p. 503, figure dans une quittance i'0(;uc par le notaire Grégoire, ii la date du G février 1700. Dans nn autre acte postérieur, il est qualifié d'écuycr, conseiller, secrétaire du roi, (le la cour des aides et finances de Guienne, habitant la paroisse Saint-Siméon. (Minutes de Micliellet, l^-- décembre 1711.)
^ Il y avait aussi, a Amsterdam, des Pinto, estimés au point d'être honorés de la visite du prince d'Orange et de sa famille.
* Dans un acte reçu par Couthures, le 8 décembre 1666, Joseph Mirande, marchand de Toulouse, est présenté comme fils du marchand de Bordeaux. — En 1752, deux Juifs portugais de notre ville, les sieurs Noncs et Pinto, abandonnant leur famille et leur fortune, qui était considérable, se rendirent auprès do leur tante, supérieure du couvent de N.-D. du Refuge, a Toulouse, s'y firent instruire dans la religion chrétienne et demandèrent le baptême. Il leur fut conféré avec beaucoup d'éclat par l'archevêque, le 12 avril 1752, et les deux néophytes eurent pour parrains les capitouls, au nom de la ville. (Beaulleury, Hist. de VHahlisxement des Juifs à Bordeaux et à Baijoune, p. 40, 41.) — Deux ans auparavant, les trois filles d'un négociant Israélite que nous connaissons déjà ayant pris le voile, la famille avait réclamé auprès de l'autorité, et Louis XV rendit une ordonnance, en date du 15 juillet 1728. « Bien, y est-il dit, que Sa Majesté, pour bonnes considérations, approuve que les trois filles d'Alexandre Mezes demeurent dans le couvent des Ursulines de la ville de Bordeaux, où elles sont volontairement entrées, et d'où leur mère s'est efforcée de les retirer par une voie de surprise qui lui auroit attiré une punition exemplaire si Sa Majesté ne préféroit la clémence a la sévérité. Sa Majesté fait très-expresses iidiibitions et défenses a tous supérieurs et supérieures, religieux et religieuses, couvens et communautés, de recevoir a l'avenir dans leurs maisons les cnfans des Juifs, sous prétexte de religion, avant l'âge de douze ans. » (Pririli'iies, dont les Juifs porliifiais jouissent en France, etc., p. il.
430 1IIST01IU-: DU COMMI'r.CE
entrer dans Bordeaux des marchandises des Indes' : ces Portugais, comme ceux auxquels était interdit le courtage des lettres de change^, étaient sûrement des Juifs. L'année suivante, un sieur de Pressigny vint se joindre à la croisade entreprise contre les Juifs de la Guienne. 11 remontrait que leur établissement à Bordeaux, à Bayonne et ailleurs, pouvait avoir de dangereuses conséquences, en ce qu'il en venait un nombre si considérable d'Espagne et de Portugal, qu'ils égaleraient bientôt, ajoutait-il, le nombre des chrétiens dans cette province •". Par arrêt du Conseil, en date du 21 février 1722, le roi ordonna que les intendants et commissaires départis pour l'exétion de ses ordres dans les généralités de Bordeaux et d'Auch dresseraient, à la poursuite et diligence du sieur de Pressigny, des états de tous les Juifs qui y étaient établis et domiciliés, avec des détails circonstanciés, notamment sur le principal commerce dont ils s'occupaient ; mais ceux-ci ayant invoqué la déclaration de Henri II, du mois d'août 1550, confirmée par lettres patentes de Henri HI, des 11 novembre 1574 et 19 avril 1580, et par d'autres de Louis XIY, du mois de décend3rc 1656, obtinrent de son arrière-pelit-fils une nouvelle confirmation, moyennant la somme de cent mille livres et deux sous pour livre en plus, en faveur du joyeux avènement du roi à la couronne. Ses lettres patentes, données à Meudon au mois de juin 1723, furent provisoirement
' '{egistrc C de la Chambre de commerce, folio :22 verso; drlibéralioii du 29 mai 1727.
2 Rejjistre V> de la Cli-imbic de eommerec, folio 1:21 recto; séance du 28 décembre 1720.
^ Aicbives du minisléie des Affaires élianticres, Ctiyenne, vol. <',IAIV, folios 2S0-2!)2.
enregistrées au parlement de Bordeaux, alors en vacations, le 11 septembre suivant'.
La même année, quelques Juifs de Bordeaux adressaient au contrôleur général une requête tendant à ce qu'il leur fût permis de vendre, dans l'étendue du ressort du parlement de Paris et des autres parlements du royaume, les marchandises qu'ils achetaient dans les foires, et, pour cet effet, d'y séjourner pendant un mois de chaque saison. Les commissaires auxquels cette demande avait été renvoyée furent d'avis de la rejeter'^.
Deux ans plus tard, les Juifs de Dijon présentaient aussi une requête à l'autorité. Après avoir rappelé que, par lettres patentes du mois de juin 1723, 'le roi avait accordé aux Juifs domiciliés en France le privilège de vendre et trafiquer pendant un mois de chaque saison, dans toutes les villes, bourgs et villages du royaume, ils exposaient que trois Juifs de Bordeaux, s'étant rendus à Dijon, avaient demandé au parlement de Bourgogne l'autorisation de vendre dans le ressort, en vertu de ces lettres, dont ils avaient obtenu la confirmation au moyen du payement d'une somme de 100,000 livres pour le joyeux avènement du roi à la couronne ; ils s'appuyaient encore sur un arrêt conforme rendu par le parlement de Bordeaux, le 22 juin 1724. Ils ajoutaient qu'étant venus à Dijon avec des marchandises pour y faire du commerce, et ayant appris que les marchands de cette ville avaient dessein de leur faire de l'opposition, ils avaient été obligés de recourir au parlement pour obtenir que
• PrivUéfjea, dont les Juifs puitiiguis jouissent eu France, etc., p. 23-5:?. - Uegislre du C-onsoil de canunerco F. M. 7), |>. 1,0.18; séance du 50 décembre 1758.
432 [iisToiiu: DU coMMF.nci-:
l'arrêt cité plus haut tut exécuté suivant sa forme et teneur, avec défense d'apporter aucun trouble ni empêchement à leur commerce.
De leur côté, les marchands de Dijon présentèrent une requête par laquelle ils demandèrent qu'avant de prononcer sur celle des Juifs, il fût enjoint à ceux-ci de communiquer à leurs adversaires les lettres sur lesquelles les enfants d'Israël fondaient leur privilège, et de justifier qu'ils étaient réellement de nation juive ; mais sans s'arrêter à la demande des marchands, le parlement de Dijon rendit, le 24 juillet 1730, un arrêt conforme aux conclusions des Juifs. Forts de cette décision, nos trois Bordelais vendirent à Dijon, pendant le mois d'août, et vendirent avec tant d'avantage, que leurs concurrents se virent sur le penchant de leur ruine.
Dans leurs efforts pour la conjurer, ils représentaient que le commerce de Bourgogne était extrêmement limité; ils signalaient ensuite lès inconvénients qu'entraînait, à leur sens, le commerce des Israéhtes; ils parlaient du grand nombre d'acheteurs que les Juifs attiraient sur la fausse apparence du bon marché, de la conduite qu'ils tenaient avec les négociants pressés par leurs créanciers, des banqueroutes frauduleuses qu'ils occasionnaient et qu'ils étaient toujours prêts à favoriser; enfin du préjudice qui en résultait pour le commerce en général; mais en dépit de toutes ces allégations, plus ou moins fondées, les trois Juifs bordelais furent maintenus dans leur droit ' par {\cu\ arrêts du
1 Rogistre du Conseil de commerce F. 12. 77, p. 727-7.31 ; séance du 21 dc- (•(■iiihre 17Ô0. Cf. F. 12. 78, p. inO; 8 février 1701. — Au mois de décenil)ie 1727, M. Desforts, alors eonlrôleur ç:én('r;il. ;ivait envoyé ;i M. Doucher,
l-T DE LA NAVIGATION A ROHDEAUX. 43:î
parlement de Dijon, en date du 22 juin 1724 et du 29 juillet 1730. Il fut aussi permis au nommé Joseph de Lezia et à d'autres marchands juifs établis à Bordeaux, de trafiquer, vendre et négocier, pendant un mois de chaque saison de l'année, dans toutes les villes, bourgs et lieux du ressort de ce parlement. Ces arrêts, ayant été déférés au Conseil d'État, furent cassés le 20 février 1731, et défense fut faite aux Juifs de vendre et débiter des marchandises dans aucune ville et aucun lieu du royaume autres que ceux où ils étaient domiciliés'.
Deux procès intentés à l'un des notables commerçants de la nation juive vinrent alarmer les Israélites portugais au sujet de la solidité de leurs privilèges, et donner une nouvelle force à l'animosité dont ils étaient l'objet. Un sieur Gaubert, qui avait de grandes obligations à la.famille d'un certain Médina, avait fait, le 16 septembre 1729, en faveur de la veuve de ce négociant, une donation entre vifs de la majeure partie de ses biens, s'en réservant la jouissance pendant sa vie, et se réservant aussi une petite somme pour en disposer à sa mort. Après son décès, un parent très-éloigné intenta un procès à la veuve Médina pour faire annuler cette donation, prétendant que, en sa quahté de Juive, elle ne pouvait hériter d'un chrétien, et que les privilèges accordés aux Juifs
intendant en Guienne, un mémoire des marchands en détail de Cordeaux, demandant la permission de s'établir en jurande, et ce dernier, après l'avoir communiqué aux jurais et aux directeurs de la Chambre de commerce et s'être assuré de leiii' consentement, avait adressé, le 9 avril 1728, a M. Desforts un avis favorable : dans sa séance du 28 février 1752, le Conseil de commerce résolut de surseoir au projet de statuts envoyé à M. Doucher, jusqu'à ce que l'on eût vu si l'on pouvait prendre quelques mesures au sujet du commerce des Juifs. (Reg. F. 12. 79, p. 212, 213.) ' Archives départementales de la Gironde, Intendance, C. 571.
434 IIISTOIUK DU C(J>IMKRCE
ne s'entendaient que de la faculté dont ils jouissaient d'hériter les uns des autres.
Le procès fut jugé au sénéchal de Guienne, en faveur de la veuve Médina. Appel au parlement. Pendant le cours de cet appel, le chancelier demanda qu'il fût sursis au jugement et qu'on lui rendît compte de l'affaire, ce qui fut fait. Depuis, le roi rendit un arrêt par lequel il évoquait le procès à lui et à son Conseil, en interdisant la connaissance au parlement de Bordeaux •.
Les faits de l'autre procès sont ainsi exposés dans une requête au garde des sceaux par la veuve d'un avocat au même parlement, en date du 17 juin 1733. Le 7 octobre de l'année précédente, le mari avait fait un testament par lequel il instituait Joseph Médina, « Juif judaïsant, de Bordeaux, » son légataire universel et son exécuteur testamentaire, ne laissant à sa femme qu'un petit bien situé dans la paroisse de Bègles, « pour luy tenir lieu de tous ses droits et prétentions-. » Après le décès du testateur. Médina prit possession de cet héritage, d'une valeur de plus de 50,000 écus et d'un revenu annuel de 7,150 livres; en même temps, si l'on s'en rapporte à la requête, il suscitait à la veuve des créanciers qui lui intentaient procès au sénéchal de Guienne. Privée de la jouissance de la petite métairie qui lui avait été léguée, réduite à l'aumône, elle s'adressa au garde des sceaux, mais seulement après avoir attendu longtemps l'issue de l'affaire, dans l'espoir que Sa Majesté ferait connaître ses intentions au sujet des Juifs tolérés à Bordeaux, et prononcerait s'ils pouvaient étendre leurs privilèges jus-
' Archives dos Affaires étrangères, Guyenne, vol. CFAIV, folios ."ITi, 5l<î. ' Voyez le même volume, folio 311 recto.
qu'à succéder aux biens de ses sujets chrétiens par donations entre vifs et dispositions testamentaires'.
Atfriandés par le développement qu'avait pris le commerce entre les mains des Juifs portugais de Bordeaux, d'autres Israélites s'empressèrent de venir s'y établir avec l'espoir d'une même réussite. Us ne se firent guère remarquer d'abord que par leurs discordes '^ ; mais, devenus riches, les Lange, les Astruc, les Dalpuget, les Cassin, les Petit, les Boyer^, donnèrent de l'ombrage aux autres marchands, tant bordelais que portugais. Ils furent dénoncés'*, et, à la suite de plaintes, il intervint, le 21 janvier 1734, un arrêt du Conseil d'État ordonnant l'expulsion de tous les Juifs avignonnais, tudesques ou allemands, établis en Guienne^. En vertu de cet arrêt,
* Voyez le volume CLXIV déjà cité, folio 315 recto.
* Arrêt qui renvoie par-devant M. Lamoignon de Courson, intendant en Guienne, les contestations entre les sieurs Lange Mossé, Joseph Dalpuget et Joseph Petit, marchands juifs établis à Bordeaux, et la communauté des Juifs d'Avignon. (Reg. du Conseil de commerce, 30 décembre 1717.) — En 1720, le premier de ces Israélites, domicilié rue des Augustins, ayant acheté en participation avec les sieurs Sema Dalpuget, Joseph Dalpuget père et son fils, associés, une petite caisse de dentelle, se plaignait de leur mauvaise foi. (Minutes de Banchereau, 28 novembre 1727.)
' Voyez le dénombrement de ces familles dans les papiers de l'intendance. (Archives du département de la Gironde, C, portefeuille 372. Cf. Recueil 3,076, t. III, folio 28 verso, et t. VI, n"' lo, 37, 57, 64.)
* Intendance, C, portefeuille 372. (Pétition signée de Joseph Vidal et de Lange Mossé, a l'intendant, au sujet des Juifs avignonnais, dont ils donnent le dénombrement, avec des détails sur leurs affaires (20 avril 1722). — Reg. C de la Chambre de commerce, folios 190 verso, 192 recto (50 et 31 déc. 1733), 193 recto (21 janvier 1731), 198 verso (18 février), 200 recto (4. mars), et 202 recto {\" avril). — Comme Lange Mossé, Joseph Vidal et Blanche Rabel, sa femme, demeuraient rue des Augustins. (Minutesde Banchereau, I8fév. 1727.) — A la fin du siècle, on trouve un Abraham Vidal, juif portugais, négociant a Paris, dont la succession donna lieu à un mémoire, qui a été imprimé en 1781, xn-kf, et à un arrêt du parlement, en date du 18 février de la même année.
" Cet arrêt, qui a été imprimé en un placard, se trouve dans le volume des
on fit sortir de Bordeaux seize familles juives, au nombre desquelles se trouva celle' des Dalpuget, que les marchands de draperies et de soieries, promoteurs de l'arrêt, avaient eue principalement en vue, parce qu'elle faisait un gros commerce de ces marchandises, qui, rivalisant avec le leur, y nuisait nécessairement'. Ces Dalpuget, et quelques autres Juifs avignonnais établis à Bordeaux, au nombre de douze, firent les plus grands efforts pour faire révoquer l'arrêt et obtenir le bénéfice de la déclaration du roi, de juin 1723.
Dans un mémoire publié à cet effet, ils exposaient ainsi les motifs de la jalousie et des attaques incessantes dont ils étaient l'objet de la part des marchands de Bordeaux : « Les remontrans vont aux emplettes; ils suivent avec soin le tems des foires; ils font leur commerce par eux-mêmes, et vivent avec épargne; ils se passent de. commis et de garçons; la plus petite habitation leur est bonne, pourvu qu'ils y trouvent de quoi faire un magazin, et renfermer leurs marchandises; ils ne font aucune dépense, ni à l'extérieur ni à l'intérieur; occupez du seul objet de leur commerce, tous plaisirs leur sont interdits; et contents d'un petit profit, ils sont en état de vendre à bon marché : de là la débite de leurs marchandises, de là le concours des acheteurs, de là la
Archives du ministère des Affaires étrangères, Guyenne, vol. CLXIV, folio 221 . n donna lieu a une ordonnance de l'intendant, en date du 19 mai 1754, ii la suite de laquelle fut fait, chez les Juifs avignonnais, un inventaire dont le procès-verbal est conservé aux arcliivcs de la |)réfeclure de la Gironde, sous la cote G, portefeuille 57-2.
1 Registre du Conseil de commerce V. 12. 81, p. 77, 78; séance du 2') janvier 175i. — Reauileury, Histoire de l'i'titblinHemeiU des Juifs à Bordeaux, etc., p. -iî-iH. — Delcheverry, Histoire des Israrliles de llordeaii.v. p. 75, 70'.
RT DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. /j37
préférence sur les autres marchands, qui, élevez et accoutumez à une vie totalement différente, sont obligez de tenir leurs marchandises sur un pied trop haut. » Venant ensuite aux reproches adressés aux Juifs, de débiter des articles défectueux, le rédacteur du mémoire s'élève contre cette accusation et déclare que « quand le cas s'est trouvé (ce qu'on n'a presque point vu, et qui néanmoins peut arriver au marchand le plus exact), les remontrans ont sur-le-champ repris leurs marchandises ' . »
Ni les raisons qu'ils firent valoir, ni l'ancienneté de leur résidence, ni les bons certificats qu'ils rapportaient de leur probité commerciale, ni même la promesse de grossir les rangs des chrétiens'^, ne fléchirent les persécuteurs ; tous ces Juifs durent sortir de Bordeaux, à l'exception de neuf familles, qui obtinrent un sursis de neuf
1 Au Ilv'j et (I Nosseigneurs de son Conseil, pétition de Josoph-Jaeob d'Alpuget, père et fils; Joseph et David Petit, pore et fils; l'Ange Mossé; Nathan Astruc; Solon d'Al])uget; Joseph Casting; Léon Petit; Léon de Carcassonne et Manuel d'Alpuget. [Paris.] De rimprimerie de la veuve Knapen, rué de la Hachette, ITÔi, in-folio, p. 6, 7. (Archives du ministère des Affaires étrangères, Guyenne, vol. CLXIV, folio 324 verso et 325 recto.) Cf. Certificats que rapportent les Srs Dalpuijet, beau-père et gendre, justificatifs de leur ancienne résidence a Bordeaux, de la régularité et probité de leur commerce, de l'exactitude à leurs payemens et engagemens, de la satisfaction des Seigneurs, Communautés et particuliers qui se sont pourvus chez eux de différentes étoffes et marchandises; et enfin de l'avantage qu'il y auroitpour la province et habitans de Bordeaux qu'ils y fussent rétablis. Imprimé de 6 feuillets in-folio. (Archives départementales de la Gironde, Intendance, G, portefeuille 572.)
2 La prieure du couvent des Carmélites de Bordeaux avait demandé qu'il fut permis a la veuve Lange de commercer dans cette ville, et cela en considération de ce que cette Juive avait une fille qu'elle oflrait, a ce prix, de doter pour entrer en religion. Les commissaires du Conseil de commerce furent d'avis de ne point s'écarter du parti que l'on avait pris de ne souffrir a Bordeaux aucun Juif avignonnais. (^Hegistre F. 12. R8. p. iO; séance du 10 levi'icr 171 J.)
mois pour mettre ordre à leurs affaires'. Ils se retirèrent dans la généralité de la Rochelle, en dépit de l'arrêt du parlement, du 22 août 1729, qui faisait défense aux Juifs de s'y établir à perpétuité ou pour un temps-, et, mieux traités qu'à Bordeaux, ils obtinrent une sentence du juge de police de Saintes, qui leur permettait de lever boutique; mais cette sentence fut cassée par un arrêt du Conseil, en date du 31 mai 1735, portant que les Juifs établis dans les villes de Saintes, Rochefort, Cognac et autres de la généralité de la Rochelle et du pays d'Aunis, seraient tenus d'en sortir sans délai. Ils ne se pressaient pas de s'exécuter dans toute la rigueur de l'ordonnance : tout en quittant les villes où ils s'étaient retirés, ils y avaient laissé les marchandises qu'ils prétendaient avoir emportées lors de leur expulsion de Bordeaux, et cela dans le but de se ménager un prétexte pour demander un délai de six mois afin de les vendre. Instruit de cela, le Conseil de commerce, dans sa séance du 30 août 1736, décida de proposer au contrôleur général de mander à M. Bignon, intendant à la Rochelle, la répugnance de l'assemblée à accorder aux Juifs avignonnais cette grâce, avec prière de rendre une ordonnance qui, en rappelant les dispositions de l'arrêt de 1735, leur enjoindrait de justifier, dans deux mois, de la vente et de la sortie hors du royaume, de leurs marchandises, sous peine de confiscation et sans autre délai''.
' Registre F. 12. 81, p. 200, 201 (séance du i mars 175i), et 373 (13 mai).
2 L'arrêt spécifie « Joseph et Jacob Dalpuget, pcrc et lils, et autres iiiarcliands juifs en compagnie, se disant marchands de draps de soye en coiupai^nie, (le la ville de lîordcaux. » Il a été imprimé a Paris, chez Pierre Simon, en quatre pages in-i".
•î Hcgislrc 1'". 12. H3. p. .rl-i, :y2(i.
Cette décision était à peine prise, que des Juifs avignonnais, Joseph- Jacob et Emmanuel Dalpuget, beaupère et gendre, présentaient au contrôleur général un placet pour demander d'être rétablis dans le commerce de draperie et de soierie qu'ils faisaient à Bordeaux avant l'arrêt du 21 janvier 1734. La Chambre fut chargée de vérifier les faits avancés par les pétitionnaires et de donner son avis sur leur requête ; elle conclut qu'il fallait s'en tenir à l'exécution dudit arrêt, et il fut remis à l'intendant un mémoire pour servir de réponse au placet. Convoqués chez ce magistrat, les jurais et les directeurs de la Chambre persistèrent à demander le maintien du règlement attaqué ^ .
Peu d'années après, sur les plaintes portées au contrôleur par les marchands des diverses villes du royaume, entre autres contre les Juifs, l'intendant demanda à la Chambre : 1° si relativement à ce qui se pratiquait dans ce département, il y aurait quelque inconvénient à leur laisser la liberté de fréquenter les foires, généralement ouvertes à tout le monde ; 2° si l'on devait ôter aux colporteurs forains la liberté de passer et de séjourner un certain temps dans les villes et villages, hors du temps des foires ; 3° si en supposant cette liberté laissée aux uns et aux autres, la précaution de faire visiter soigneusement leurs marchandises, à leur arrivée, par les gardes des marchands ne serait pas suffisante pour empêcher les contraventions aux règlements, qui étaient l'unique motif de l'exclusion sollicitée contre eux. La Chambre répondit par un mémoire toujours empreint des mêmes
' Registre D des délibérations, folios lo verso. Ki i-pcto (I i et 21 nov. 17ô7\ et 17 recto (7 (Iccemhre}.
idées', et y persista, lorsque, en 1744, deux Juifs avignonnais, Rogé et Abrahain, adressèrent une requête à l'intendant de Guienne, pour demander la permission de vendre en gros et en détail des draperies, des soieries, des dorures et autres articles, pendant les foires franches de Bordeaux. Plus libéral, il faut le dire, M, de Tourny répondit que l'esprit de l'arrêt de 1734 était assez sévère en lui-même sans l'étendre davantage, qu'il n'avait d'autre but que d'empêcher les Juifs avignonnais et allemands de s'établir à Bordeaux, mais non d'y venir en foire, et que, dans son opinion, l'intérêt général devait prévaloir sur l'intérêt particulier, étant bien entendu d'ailleurs, que les marchandises desdits Juifs seraient assujetties aux visites des gardes et jurés de la corporation -.
L'éloignement des Juifs avignonnais de Bordeaux ne dura qu'un temps, principalement celui de Jacob-Joseph et d'Emmanuel Dalpuget. Bien vus dans cette ville, où ils n'avaient pour ennemis que les marchands de draperies et de soieries, ils revinrent d'abord comme en passant, et, après différents séjours entrecoupés, ils reprirent domicile et furent laissés en paix quand on les vit tourner tout leur commerce du côté de la banque et des armements. Mais, craignant d'être inquiétés d'un moment à l'autre, ils demandèrent, au mois d'août 1748, d'être exemptés de la prohibition de l'arrêt du "21 janvier 1734.
Le ministre Saint-Florentin envoya leur placetàM. de Tourny, qui le communiqua aux jurais de Bordeaux et à la Chambre do commerce, en émettant un avis favorable.
' Registre D des dùlilKTalidris, l'olios !)() rerlo et 105 rcoti) lô ;iviil et 7 s('i>leiiibre 1741).
'-' lliid.. folios 181 verso cl jSi iccio :>7 IcMicr et .") ni:iis 171 'i .
ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. ii\
Il faut croire que cet avis entraîna les autres'; car le 22 avril 1749, il fut expédié à Jacob et Emmanuel Dalpuget, beau-père et gendre, un brevet du roi par lequel ils étaient assimilés aux Juifs portugais et relevés de la rigueur de l'arrêt du Conseil, du 21 janvier 1734, à la charge néanmoins qu'ils ne pourraient faire, ni par eux, ni par personnes interposées, directement ou indirectement, le commerce de draperies ou soieries en gros ou en détail, sous quelque prétexte que ce fût, et à la condition qu'ils se renfermeraient dans le commerce de la banque et des îles de l'Amérique, auquel ils se livraient depuis quelque temps, le tout à peine de nullité du brevet '^
Ce brevet ouvrit la voie à d'autres Juifs avignonnais, tels que Nathan, Salon Astruc et Moïse Lange, qui obtinrent pareillement la permission de résider à Bordeaux pour faire le commerce maritime et la banque^. Le succès
' Voyez dans le registre E des délibérations, folio 08 verso, celle de la Chambre de commerce, a la date du 1 1 février 17o9.
- Le brevet, en date du 12 juillet 1750, se trouve aux Archives départementales. Intendance, C, portefeuille 372.
■'' Detcheverry, Hifitoire des IsraMites de Bordeaux, p. 7.0-77. — Un arrêt du Conseil, enregistré a Bordeaux, le 21 juillet 1667, ordonnait qu'il ne serait plus reçu aucun bourgeois, qui, outre les qualités requises par le statut, n'eiit 1,000 livres sur un navire, et que nul ne devait être admis aux charges do jurât et de juge de la Bourse, s'il n'avait part dans un bâtiment jusqu'à la somme de 2,000 livres, et les consuls de 1,000. {Cont. à la Chron. bourd., etc., p. 100. Cf. p. 102, 10.J.) A cette époque, un pareil chiffre était tout ii fait considérable. Un avocat, venant de dire qu'un bourgeois avait, dès 16oi, plus de •iO,000 écus de bien, partie en maisons et métairies, partie en argent comptant et en marchandises, ajoute : « C'estoit l'un des plus riches et des plus accréditez marchands de la ville de Bordeaux. Il avoit, a demeurer en repos, 6,000 livres de rente; en travaillant, son fonds et son intelligence luy produisoient dans le négoce un prolit considérable, » etc. (Facltiin sur l'appel pour demoiselles Marie et Françoise VuUoux, etc. Bihl. iMihl. de la ville d(> Bordeaux, .lurispr. u" 3,078, 2'- recueil.
de leur requête, qui nous a été conservée*, inspira à d'autres Juifs la pensée d'en adresser une semblable. La pétition de Lyon Petit, des frères David Petit et de Salon Dalpuget, suivit le même chemin; mais les jurats, consultés, conclurent au rejet de la demande, et l'avis des directeurs du commerce se trouva conforme à celui des jurats-. Cet état de choses dura jusqu'en 1753; à cette époque on accorda à quelques-uns de ces Juifs avignonnais des permissions ou brevets temporaires, pour commercer dans la ville ; mais ils voulaient plus, et, en 1757, ils présentaient au roi une pétition pour obtenir le droit de cité et la liberté de commerce à l'égal des Juifs portugais. Ils rencontrèrent dans la Chambre de commerce la même opposition^. Enfin en 1759, ils obtinrent des lettres patentes qui admettaient six familles des leurs à tous les privilèges, franchises et libertés, dont jouissaient tant les sujets naturels que les marchands portugais ou nouveaux chrétiens établis à Bordeaux'^.
A la faveur de cette ordonnance, d'autres Juifs se glissèrent bientôt dans la ville. Le maréchal de Richelieu, gouverneur de la Guienne, prit, le 18 septembre 1761,
^ Intendance, C, portefeuille 572. — Les exposants y demandent d'avoir la liberté de vendre et d'acheter, en foire seulement, ainsi que tous les autres marchands, toutes sortes de marchandises permises, conformément aux statuts et usages de la ville de Bordeaux, sans tenir de boutique ouverte, ni vendre, hors les temps de foire, aucune espèce de marchandise en gros ni en détail.
- Registre E des délibci'ations de la Chambre de commerce, folio 129 recto (27 août 1750).
3 Registre F des délibérations, folios ."il veiso et 52 recto (17 et 22 décembre 1757).
* Lettres patentes en faveur des Juifs ou Nouveaux Chrétiens Avignonnois. établis il Bordeaux. Données a Versailles au mois de mai 1759, Registrécs en parlement, le )i juillet I7.')9. (A Itordeaux, chez J.-B. Lacornée, etc.; \ pages '\n-i'\) — Oelchevciix , Histoire des Israélites de liordeaux, p. 78, 79.
un arrêté pour les expulser, et les nouveaux venus, au nombre de cent cinquante-deux environ, durent s'éloigner. 11 n'y eut d'exception que pour un Juif allemand nommé Ephra'im, auquel le maréchal, par une seconde ordonnance du 28 septembre, permit de rester momentanément à Bordeaux, pour remplir des engagements contractés avec plusieurs correspondants étrangers et du pays, relativement à une fourniture considérable de vin casser ' .
S'il faut en croire Beaufleury, Ephraïm, Juif allemand, établi depuis longtemps à Bordeaux, avait sollicité, pour lui et pour sa famille, des lettres patentes de naturalité conformes à celles qui avaient été données en faveur des six familles avignonnaises. Elles lui furent accordées, avec cette restriction, cependant, qu'il en jouirait, sa vie durant, lui et sa famille, mais que leur effet cesserait pour ses enfants après sa mort^. Il ne paraît pas que ces stipulations furent observées; car, avant même la fin de l'année 1761, Ephraïm était informé qu'il lui fallait prendre le chemin de l'exil ^.
Dans la lettre écrite à cette occasion par le maréchal de Richelieu aux jurats, le 20 novembre 1761, figure Jacob de Perpignan, avec Josué de Sasias, Rousse de Rouagre, Samuelle Rouget et une autre vieille femme, « tous de la nation avignonnoise. » Jacob de Perpignan, établi à Bordeaux depuis plus de cinquante ans, n'avait pas été compris dans les privilèges accordés aux six familles de Juifs avignonnais ; il avait été excepté de l'ex-
• Detchcvcrry, Histoire des Israélites de Bordeaux, p. 83, 86.
2 ncaiifleiiiy, Hist. de l'i'taltUssement des Juifs a Bordeaux, Ole, p. oi.
' Dctclicverry, Hist. des imu'l. de Bordeaux, p. 8(3, 87.
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pulsion ordonnée par l'arrêt de 1734, renouvelé en 1761 par une ordonnance particulière du gouverneur de la Guienne. Louis XV écrivit à ce dernier pour qu'il tut permis au sieur de Perpignan de continuer de demeurer à Bordeaux avec sa famille. « Cette grâce, dit Beaufleury, étoit due à l'estime publique dont il avoit toujours joui, à la pureté de ses mœurs et à la régularité de sa conduite; mais elle ne satisfaisoit pas son cœur, parce qu'il craignoit que ses enfans ne fussent recherchés après sa mort. Il sollicita aussi des lettres patentes de naturalité; elles lui furent accordées, à la charge de payer 3,000 livres, applicables au nouvel hôpital des Enfants trouvés de Bordeaux. Elles sont d'ailleurs conçues dans les termes les plus honorables pour lui, etc. » Ces lettres patentes furent enregistrées au parlement de Bordeaux, le 2 mai 1776 ^
Trois familles juives, originaires d'Avignon, mais établies à Bordeaux, se voyant en butte aux persécutions des marchands de draperies et de soieries, imitèrent par la suite l'exemple de Jacob de Perpignan et ne furent pas autrement traitées. Au mois de décembre 1775, elles obtinrent des lettres patentes de naturalité, à la charg-e de payer une somme de 3,000 livres, destinée à la construction de l'hôpital des Enfants trouvés, qui devait remplacer l'hôpital Saint- James-, et à condition « qu'aucuns autres que ceux qui composoient ou composeroient à
' Hist. de l'f'lahUsiit'iiu'iil di'.s Juifs il lionleaiix, etc., p. (m, (><). — Dclclievcrry, Uist. des Israi'Utes de Uordeaux, p. 87.
- Dans des leUres patentes, du 8 mai 1574, conccnianl les revenus de cel hospice, il est ordonne de les distribuer non-seulement « aux pellerins allaiis et venaiis a Sainct-Jacques durant le temps d'uni,' jour et d'une nuict, et ii la n<uirriliire de leurs rcmiiios ijui s'acoiu'iicntnl audici liospital. durant leuis
ET DE LA NAVIGATION A BORDEAIX. iH'i
l'avenir les trois familles des exposans puissent prétendre à la grâce qui leur est accordée. » Ces lettres patentes furent enregistrées au parlement de Bordeaux, le 20 avril 1776 ', et suivies d'autres confirmatives des privilèges dont les Juifs portugais jouissaient en France depuis 1550, données à Versailles, au mois de juin de la même année, et enregistrées le 8 mars 1777^.
Une pièce de l'année précédente nous amène à conjecturer que l'antagonisme qui existait entre les Juifs portugais et avignonnais, ne s'étendait pas en dehors de la sphère commerciale. Un ingénieur, membre de la colonie portugaise, avait imaginé de construire un pont sur la Garonne, que l'on ne franchissait de Bordeaux à la Bastide qu'avec mille ennuis et non sans danger "^ : à la suite du mémoire publié à cette occasion ^, il s'annonce Qomme
couches, » mais « à la nourriture et entretenemcnl des enfans exposés et autres orphelins. » (Archives de la ville, GG, hôpitaux et maladreries.)
• Deaufleun,, Hist. de l'établissement des Juifs à Bordeaux, p. 54, 5o. 2 Privilèges, dont les Juifs portugais jouissent en France, p. 53-iO.
^ Une ordonnance des jurats, en date du o juin 17a4, renouvelée d'une autre de septembre 1717, qui établissait un tarif pour le passage, commence ainsi : « Pour ce qui a été représenté par le Procureur-Sindic de la ville, que quelque attention qu'on ait eu de prescrire par plusieurs ordonnances de police, les règles que les bateliers, servant à traverser la rivière pour la Bastide, sont tenus d'observer; néanmoins chaque jour on reçoit des plaintes de l'inexécution de ces ordonnances : ils prétendent pratiquer entr'eux un tour de rôle pour le passage ; ils exigent des passans beaucoup au-delà de la taxe qui leur a été imposée; entin, par une avidité criminelle, ils ne comptent jamais avoir trop de monde dans leur bateau, et le chargent d'un nombre considérable de personnes, » etc. (Placard imprimé en deux feuillets in-i», par la veuve de P. Brun.)
* Projet d'un sieur Silveyra, pour l'établissement d'un Pont sur la Ilivière de Garonne, construit au-devant de la porte Bourgogne, sur des Bateaux on Pontons, pour aller de Bordeaux à la Bastide, et dont le passage, tant dessous que dessus, sera praticable en tout temps, et présentera a la vue oo Arcades, qui auront chacune 2'i pieds de large, de 12 à IC pieds de hauteur, au-dessus du
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demeurant « chez le sieur D'. Astruc, rue Bouhaut, à Bordeaux. »
Avant celte époque, nous voyons apparaître un nom bien connu de nos jours dans la finance. En juillet 1760, (les Juifs de Bordeaux, s' apprêtant à faire le voyage de Paris, sollicitaient des passeports : c'étaient David Lopes, Samuel Pereire et Abraham Astruc; dans les trois certificats présentés aux jurats et transmis au comte de Saint- Florentin, ils annoncent vouloir séjourner quelque temps dans la capitale pour y faire le commerce de la soierie et de la bijouterie ^ Tous les Juifs, en général, qui venaient à Paris, ne pouvaient y rester qu'au moyen des passeports limités qui leur étaient accordés, et ils étaient assujettis à une police toute particulière.
Plus à l'aise à Bordeaux qu'ailleurs, les Israélites devaient préférer le séjour d'une ville où ils étaient sur un pied d'égalité avec les plus notables citoyens, et se tourner plus volontiers du côté de l'Espagne et des colonies. Ils continuèrent le même genre d'affaires que leurs ancêtres, surtout la banque et les armements ; et leur capacité, autant que le succès de leurs entreprises, acheva de leur assurer une place distinguée dans le monde dont nous avons tenté de retracer les annales.
niveau de l'eau, à toute marée. [A Bordeaux, chez la veuve Calamy, etc., 177(5.] M pages in-4".
' Detchcverry, Histoire des [sra('liles de Uordeaux, p. 105.