‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 41 sur 117 · MC · texte numérisé non relu

MC

(4> ID'Estrécs avait 15 vaisseaux, 16 galères et 10 galioies à bombes. — Le )itib.^rdcmcnt dura du i" m 16 juillet 1688. Les gaUotcs lancèrent 10420 bombes causèrent d'immenses dég.its.

(S) V. de nombreuses lettres des Echelles : iS notietitbre 16S0, de l'ambassaJetir.

fjf, 14^. — ^upUmbrf t(>S^, lUSmyrnt. A A, 30f. — ^ dkanhrc i6S(f, du Caire.

A. }of. — ;/ ]iiilUt i6Sç, d'AltxattdrU : « Il y a quin^e vaisseaux d'Algvr en

î<; mers, alors qu'on nous faisait espérer la paix avec eux ». AA, }3o. —

Cbamb» I- li Seig iifliiy, j icMembif i6S(; : « Janwis la mer n'a été plus couverte de

:onaires, ni nos vaisseaux plus exposés, h — Id. jo septembre i6Sç. BB, 3S. — etc.

(6) t^/rf. 1690. PLAKTEr, Corresp. p. 186.

se plaignirent encore vivement de la mauvaise volonté des officiers royaux i les remettre à leurs ambassadeurs*.

Cependant la paix de 1689 fut maintenue, car on comprit enfin ù b. cour que le meilleur moyen de sauvegarder le commerce était d'en revenir au système suivi, la plupart du temps, avec Tunis et qui avait réussi avec Alger de 1666 ;\ 1681. Pontchartrain rompit avec la politique de représailles et de guerre à outrance que Colbert et Seignelay avaient voulu tenter et qui avait été définitivement condamnée parles expériences de 1682, 1683 et t688, coûteuses pour le trésor royal et ruineuses pour le commerce, car chaque rupture avait été le signal d'une recrudescence de prises. Les bombardements et les incendies n'avaient pas atteint les reïs, qui réparaient leurs pertes par quelques mois de course: il fallait absolument, ou anéantir complètement les Algériens, ou vivre en paix avec eux. Aussi le nouveau consul d'Alger, Lemairc, reçut-il pour instructions de chercher à plaire et de faire ;\ tout prix de la conciliation, il n'avait pas à compter sur des armements du roi, tout au plus serait-il appuyé de temps en temps par l'apparition de quelque vaisseau de guerre dans la rade. Cette politique, dictée par la sagesse, le fut aussi par la nécessité, car, à partir de 1690, nos flottes ne cessèrent d'être occupées contre celles de l'Angleterre et de la Hollande. Malgré l'indiscipline des reïs, malgré l'argent prodigue par les Anglais et les Hollandais pour fiiirc déclarer les Algériens contre nous, et la pénurie d'argent où nous laissions nos consuls*, malgré les revers de notre marine, elle réussit et, dans la dernière partie du règne de Louis XIV, le commerce du Levant n'eut guère A souffrir des Barbaresques. Le souvenir des expéditions de Duquesne, de Tourville, de D'Estrées, et des croisières de nos vaillants chefs d'escadre ne fut sans doute pas étranger ;\ ce succès. Les Algériens trouvaient leur avantage A rester en paix avec la nation chrétienne qui était pour eux la plus redoutable i\ cause de son voisinage et de

(i) Voiries himentations de l'ambassadeur Mohammed el Amin dans diverses lettres, sur le sans fa(;on avec lequel on le traite à Toulon. — 22 seplcmhre i6go : «il y a déj.'i 151 jours que nous sommes ici sans avoir trouvé aucune satisfaction. » — jo novembre 16^0, ù dèeemhrc i6t)o,elc. — Lcltre du dey à Seigiiehjy, lo mai i(u)o. Pl.\ntet, p. 234. — Lettre de Marcel à Seipielay, ii avril i(>i)o : il y avait encore à Alger 7 à 800 esclaves français. Dusault racheta les esclaves à 260 piastres chacun.

(2) Voir la correspondance du consul Lemaire qui se plaint sans cesse du manque d'argent. A A, 470; de nombreuses lettres de Pontchartrain à la Chambre. Bli, Sj, passim.

LA LUTTE CONTRE LVS BARBAUESQUES

la force de sa marine. Les ports de France leur oHTraient un refuge

commode en cas de mauvais temps et d'utiles ressources pour

leur ravitaillement'. D'ailleurs les Barbaresques étaient sortis très

arfaiblis de tous les assauts que depuis trente ans les escadres

françaises, anglaises, hollandaises, leur avaient livrés A tour de rtMe.

Ttinis et Tripoli étaient dans une profonde décadence; leurs reïs

ii'iivaient plus que quelques bâtiments, et, comme le butin n'affluait

plus, la misère était grande*. Alt^er seule restait redoutable, cependant

« les grands corsaires étaient tombés tour i tour sous le canon des

croisières et sous les coups des clievaliers de Malte, les armateurs

s ^Ciiient dégoûtés d'une spéculation devenue trop hasardeuse »,

les cioys durent se charger eux-mêmes de créer une marine de guerre.

Tt>»a t ce qui faisait la force d'Alger diminuait ; l'armée et la marine,

»3 rrj ilice et les reïs; les renégats, qui se distinguaient par leur esprit

'l'^V'entures et leur énergie, avaient à peu près disparu au début du

X'^'l 11*=^ siècle'. Les temps héroïques de la Barbarie étaient passés, une

*^re- n ouvelle allait commencer pour le commerce de la Méditerranée.

en olbert ne l'avait pas vu s'ouvrir et il avait laissé en monrain notre

'^"*3-i"îne aux prises avec tous les Barbaresques. Pendant la période

oii Itrs Algériens et les Tunisiens étaient restés en paix avec nous, la

^iie-iTi; de Hollande n'avait pas permis au commerce du Levant de

)oui»- de la sécurité. Colbert espérait en 1672 profiter de celte guerre

P*^*-»»" chasser les Hollandais de la Méditerranée. Le 2 janvier 1672

M. tic Vivonne, sur sa demande, lui adressait un plan de campagne

P*^ *-• »* s'emparer de leurs navires. « Pour exécuter ce dessein il proposait

^ s«>Ttir au plus tôt avec 25 frégates et ,( ou 5 brûlots et d'aller, sous

^''^''te-xte de la guerre de Tunis, droit .i Malte, ensuite dans la rade

^ Srnyrne, pour prendre et couler .1 fond tout ce qui s'y trouverait

^ *^ o. vires hollandais, puis vers Alexandrette et la côte d'Kgyptc et

fC'to^j mer en côtoyant la Barbarie ju.squ'i la hauteur d'Alger. Il

'^'"^cJrait après :\ Ivicc et aux Fromentièrcs où les galères l'atten-

' ' > V. les registres dt dclibtir.uions de la Oianibrc, passiin : Secours donnés

■^ ^-i* Cliambre à des corsaires d'Alger, ainsi: DB, -f, fol. 202, joi), -jiS, ;oo.

j 1 1^ y Quand une nouvelle rupture éclata avec Tripoli en 1692, le consul licrivait

. * fcnt compte d'anncr sept ou huit vaisseaux ce qu'ils ne fxiurront jamais faire

^ ■^•"ti ni bois, cordages, voiles, biscuit, fer, ni charbon. Ceux qui sortiront

f *~**^t très mal armiis et encore plus mal équipés et par ainsi j'espère qu'ils ne

'^*^"* pas tout ce qu'ils se sont projeté.... Les plus grands du pays ne vivent

° *^ *3«; sauterelles. « 6 mars i6')2. .-iA, J./7. — Cf 22 mai 16^2. Ihid.

^î ) De CR.\MM(PNr, p. 256-241.

234 ^^- RF-LEVEMENT DU COMMERCE

(Iraient* ». Le prétexte dont parle Vivonnc indique que dans la pensée de Colbert c'est dans la Méditerranée que devait commencer la guerre par une surprise des bâtiments hollandais. Quelques mois après, quand il fut question de dicter des conditions de paix aux Hollandais, Colbert proposa de leur interdire l'entrée de la Méditerranée et de leur faire retirer leur ambassadeur de la Porte et leurs consuls des échelles : « 11 est difficile, disait-il, de moins leur demander sur ce commerce* ». Pendant qu'il faisait donner la chasse aux navires de commerce hollandais par nos escadres, il prenait soin de fermer la Méditerranée à leurs vaisseaux de guerre et, pendant l'hiver de 1673, •! faisait garder le détroit de Gibraltar par six des meilleurs vaisseaux de la flotte*. Aussi écrivait-il à l'intendant Rouillé que les Marseillais devaient profiter de la conjoncture où la mer était libre et le commerce fermé aux Hollandais pour attirer A eux tout le trafic *. La face des choses changea , après la formation de la coalition ; le commerce souffrit peu des atteintes des flottes hollandaises et espagnoles contre lesquelles nos escadres tenaient la mer; mais pendant ce temps les corsaires Majorquips faisaient subir aux Provençaux des pertes considérables. En 1677 le roi donna l'ordre d'armer contre eux quatre vaisseaux et quelques mois après la Chambre implorait l'appui de Vivonne qui se trouvait à Messine, « pour se venger des Maillorquins qui avaient ruiné notre commerce. » Ce fut en vain, car l'année suivante, devant l'insécurité de la mer, il fallut faire une défense générale de sortir des ports à tous les bâtiments, et lesMajorquins se disposèrent à aller jusqu'à Alexandrette prendre quatre vaisseaux marseillais qui s'y trouvaient encore. Leur audace était devenue telle qu'ils continuèrent leurs courses après la signature de la paix et le

(i) Mcmoiros pour répondre à la dépêche de M. Colbert du 18 dccenibre dernier, pnr laquelle il m'ordonne de la part du roi d'examiner ce qui se pourrait faire dans la Méditerranée œntre les Hollandais avec le corps de ses {galères pour ruiner le commerce qu'ils y font. Arch. de la Mar. B', -iç^i, fol. 7-1}.

(2) Propositions sur les avantages que l'on pourrait tirer des Etats de Hollande pour l'auj'nientation du commerce du royaume. S juillet i6j2. Lcllies cl Itist., t. II, I'. ôjS.

(3) Lettres et Inst., I, III, !'<■ partie. Au viarijiiif de Martel, lieulcnant scellerai ila armées navales, 2S juillet lô"}!. Litres, t. III, 2'= partie : Mémoire île Colbert (sur les expéditions envoyées par Seignelay, pour l'escadre du Levant), Oct. 1673 : « A présent vous êtes assuré qu'il n'y a aucun vaisseau ennemi dans toute la Méditerranée. » — Il y en avait en 1672. V. lettres tlu consul de IJvounie, <) août i(^'j2, 6 septembre : « Six vaisseaux hollandais attendent les l'rançiis en vue de Livourne.»

(.}) I ; jativ. /(^'7;, h-ttres, .', II, p. Oj}.

LES CORSAtRRS CHRÉTIENS

Juc de Villaliermosa. vice-roi de Majorque, ayant délivré des passepoitsil nos capiLiines pour aller librement aux ports d'Ilsp;if;ne, les corsaires de Majorque s'emparèrent dans le mois qui suivit de vingtsc*p»t vuilesde Marseille; le commerce avec l'Espagne ne fut réellement rétabli qu'en 1680'. Li guerre contre Gênes en 1684 et la nouvtrllc rupture avec l'Espagne causèrent encore aux Provençaux une série de pertes'.

I^'.irmenient de flottes royales considérables pendant toutes ces g utrrris avaient eu aussi pour résultat de priver les bâtiments mardis» iids de matelots, car Colbert avait commencé dés 1672 à enfreindra ses règlements sur les classes. La Chambre du commerce écrivait W ù. A^ , de Vauvré, intendant de la marine .\ Toulon, le 4 mai 1682 : H^ î>Ios capitaines ne trouvent |X)int de matelots et le peu qu'il y en a ^^•i cette ville est tout enrôlé pour le service du roi ; nous vous prions Je vouloir bien donner vos ordres ;\ vos commis aux disses de cette vil le- pour leur permettre de prendre des inatelots de toutes classes; ^*^rs Cette permission il leur serait impossible de former leur èqui- P^ge pour être prêts'. » Enfin la rupture avec l'Espagne produisait ^*^*J jours le résultat de priver le commerce du Levant de son meilleur ^*^fc»ouché et du marché des piastres qui étaient néccss;nres A ce '^^SOce. Sans doute le commerce avec l'Espagne n'était pas alors '"^-•^i^plctement interrompu et continuait par l'intermédiaire des vais- ^^^'^Ux neutres, mais avec beaucoup de frais et de difficultés'. »

A.»nsi, pendant le ministère de Colbert, le commerce fut encore

*^"^ d'être dans de bonnes conditions de pro.spérité. Malgré tous

^^ efforts, il n'avait pu réussir à le délivrer entièrement des maux

^H| le ruinaient; il avait entrepris \ la fois de réprimer les abus et les

dé^

Ta

^^c>i"«Jre5, de liquider les dettes et de supprimer les impositions, de ««"e cesser les avanies et les ravages des corsaires, rien de tout cela

^ ' * > Zjtttrts de la Cfmmhrt, r.f jauv., i-j juillet i6jj, 16 fà'i . i6jS, iS mars,

**^'»'il, fie... 2.) itot'., t(\ dk. i6jq. RB, 27.

3j.' * ) JLii Chambre li .Vf. df l'auvn', t(> juin t6S.f : .VIM. de Gênes ont fait divtrs

Q-jT'^^'iicnK et singulicremcnt 8 galiros tju'on nous dit dcvtiir se joindre A 2.S

» -^Pagne... lesquelles ont déjà pris 2 de nos barques.» — A Seigiiel.-iv, } juillet :

j P*"ijSt par les Esp.ignols dans le détroit de 6 (lûtes escortées par un vaisseau

,^ S.V* '" '^*'' craindre dav;mtage pour le convoi de Sniyrne ij iiov. 16S4,

jg „-'•*•-'»'. i6Ss : Les Génois viennent de prendre 6 lurques, 5 t.irtanes. — 3fi mars ç^ ^ } Ij déclaration du roi limite au 12 de ce mois la date jusqu'à laquelle les ■* ''^^^î's pouvaient faire des prises, lili, 27. ^■$ï m. 2-, — V P. Ct-C.MKNT. Colhal. t. I, p.439-

y\\ "v. m,2(>. 27 juiihi lôjs.

n'était achevé en 1683. Cependant, l'œuvre de Colbert avait porté ses fruits : le commerce, réduit vers 1661 à 3 .000.000 délivres pour les importations du Levant, s'éleva en moyenne à plus de 6.000.000 de 1670 a 1683, mais, tel il était lors de l'afFranchissement du port, tel il restiità la mort du ministre, avec de fortes fluctuations d'une année à l'autre, mais sans aucune tendance à augmenter'. Ces chiffres étaient encore peu de chose en comparaison des achats des Anglais et des Hollandais qui s'élevaient chaque année à 25 millions de livres environ. La flotte commerciale du Levant s'était accrue avec les besoins du trafic. Au lieu de 30 voiles employées par le commerce en 1664, il y en avait 94 en 1670, mais ce chiflre ne se maintenait pas et il tombait h 56 en 1678. La difficulté de trouver des équipages pendant la guerre devait être pour quelque chose dans cette diminution. Colbert ne pouvait y croire; il était persuade que la Chambre, en lui donnant ces chiffres, voulait dissimuler la prospérité du commerce et il recommandait i l'intendant Morant de ne pas se fier aux renseignements qu'elle donnait '. « Je vous prie, lui écrivaitil, de vous appliquer sérieusement A bien pénétrer l'état dans lequel est le commerce, ce que vous pouvez facilement connaître, non pas en demandant aux marchands et faisant fondement sur ce qu'ils vous diront, mais vous devez examiner pour cela le nombre des vaisseaux qu'il y avait il y a 20 ans et combien il y en a présentement, si l'argent court facilement sur la place de Marseille et quels intérêts les marchands donnent, si l'on bâtit dans- la ville, si les mariages sont plus considérables qu'ils n'étaient il y a 20 ans, si les

(i) Voir à l'appendice les chiffres dos importations pour ces treize années. On n'a aucun chiffre pour les années 1661-1670, mais on sait que le commerce eut une activité factice à cause du trafic des pièces de 5 sols. Les grands profits qu'on faisait alors firent multiplier les achats dans les échelles, ce qui expliauerait cette phrase de d'Arvieux écrite en 1672 : « Il est constant qu'il y a à Marseille des marchandises du Levant depuis plus de dix ans qui ne sont pas vendues et qui suffisent pour la consommation qui s'en fait en France plus qu'il n'en faut pour vingt ans. » La Chambre affirma la même chose quand il fut question de rompre avec les Turcs. D'après un mémoire de M. Magy, l'un des directcurs.de la Compagnie du Levant, adressé & la Cour en 1685, le conmierce de Marseille en Levant ne s'élevait par année ordinaire qu'.i 5 ou 4.000.01x1, celui des Anglais à 7 ou 8, celui des Hollandais 4 3 ou .^. Arch. KiH. F", 64s. Ces chiffres sont manifestement au-dessous de la vérité et n'indiquent même pas les rapports exacts du commerce des trois nations rivales. Les Hollandais faisaient un commerce beaucoup plus considérable que les Français. — Colbert l'évaluait vers 1661 à lo ou I2.CXXD.OOO et les FloUandais n'étaient pas encore en décadence.

(2) Il n'avait pas complètement tort. La Chambre écrivait à son agent à Paris le 15 août 1661 : « Il faut paraître pauvres au ministre. » BH, 26.

RÉSULTATS DE l'cHUVRE DE COLBERT

cliargcs de la ville nugmctncnr de prix, et si les marchands sont bien meublés et font quelque dépense chez eus. Vous voyez que vous pouvez facilement tiire réflexion sur toutes ces choses, dont vous pouvez tirer une conséquence sûre que le commerce va bien ou mal, sans le demander aux marchands dont le stile ordinaire est de n'être jamais contents; mais, comme le commerce du Levant est assurément le plus important du royaume, il est aussi d'une très-grande conséquence que vous soyiez siiremeui informé par ces moyens de l'état auquel il est '. »

Colbert dut apprendre avec joie qu'après la guerre de Hollande on se remettait A constniire des navires. Li Chambre du Commerce réclatnait alors à la Cour la restitution d'un chantier de construction qu'elle avait abandonné pendant la guerre .\ l'intendant, M, de Brodart, pour y construire des tjaléres, « Cela lui fut accordé, écrivait-elle, parce que nous n'avons point de réserve pour ce qui regarde le service du roi et que d'ailleurs il ne se fabriquait pas alors de navires A cause de la misère du négoce... Nous en avons présentement besoin ;\ cause que nos marchands commencent de concevoir espérance d'un bon commerce par les ordres que le roi a donnés contre les corsaires de Salé et de Tripoli et forment des desseins pour faire bâtir et fabriquer des vaisseaux pour la navigation, y en ayant trois de commencés et quelques barques* ». Un document intéressant, conservé aux archives de la Chambre, nous donne le mouvement complet de la navigation auquel donna lieu le commerce du Levant pour les quatre années de 1680 à 1683. Le nombre de voyages des bâtiments français fut de 50 en 1680, de 49 en i68i, de 37 en 1682, de 76 en 1683*; les vaisseaux figuraient

(i| 2 fanv. 1682. Deppixg, t. m, p. 621.

(21 A M. Je Gtimeri, agent à la Ccnr, (} acûl 16S1. BB, 26, — La Ciout qui n'av.iic uuc 1} bâtiments en 1661, en posséJ.iic au moins 40 en 1683. Mémoire de la Chavwff (annexé à la séance du 19 lévrier 1688). BB, 3, fol. 3S4-4if.

15) Ces chiffres corrcspondcm bien à ceux de la valeur des importations: l'année 1682 fut celle où le commerce tomba le plus bas pendant les treize années Je 1670-16S3. — Cf. .■Ircb. XiU. /■"", 64^. Mèmoirt Jf i{T/0 : » On peut faire état qu'il t>art tous les ans 50 ou 60 bâtiments pour le Levant et 20 barques au plus pour la Candie ou la ciSte de la Morée. » — Aicb. Kat. C, .ffS : Rouillé, le 21) septembre 1O79, envoie un état des navires entrée à .Vlarscillc en 1660, 1668 et 1678-79, venant du Levant, du l'onant , d'.^niiterdatn , Hambourg. — ]| y avait eu, en ibdo, j6 entrées, en «668, 75, du ji^' octobre 167S au 30 nciobre 1679, XO}. — « Malgré tous ses soins, et quoiqu'il y ait fait travailler par le lieutenant

énéral en l'amirauté, il ne peut rendre compte des vais.vcaux qu'il y avait .l

laneille il y a vingt ans, et il n'a pu mieux reconnaître la différence du commerce de ce ten:ps d'avec celui d'aujourd'hui, m

238 LE REI.kVEMI-NT DU COMMERCE

dans ce total au nombre de 19, 17, 15 et 24; les autres voyages avaient été faits par des bâtiments plus petits, polacres ou barques. En outre, 270 voyages avaient été faits de Marseille aux ports d'Italie en 1680, 243 en 1681, 270 en 1682, 205 en 1683. Le mouvement des quatre années, pour le commerce avec la côte d'Espagne, avait été de 187, 174, 191 et 123 voyages et ce trafic n'était guère fait que par des barques. Enfin, 59 vaisseaux étaient partis de Marseille pour les ports du Ponant en 1680, et 67, 25, 51 dans les trois années sui^ vantes. On peut remarquer que Colbcrt avait bien peu réussi h faire de Marseille l'entrepôt des Anglais et des Hollandais au détriment de Livourne, comme c'était sa pensée en publiant l'édit du port franc, car presque tous ces vaisseaux Ponantais qui fréquentaient Marseille appartenaient aux ports français et plus de la moitié aux Malouins. On n'y voit figurer qu'un bâtiment anglais et un hollandais en 1680, 6 hollandais et 2 anglais en 1681, 4 hollandais et i anglais en 1682'. A la suite de l'édit du port franc on avait pu espérer un moment que Livourne serait délaissé, mais la guerre de Hollande avait contribué A y maintenir l'entrepôt du commerce des étrangers : Aux avantages de la franchise s'ajoutaient ceux de la neutralité de son port*.

S'il avait redonné plus d'activité au commerce français du Levant Colbert n'avait pas affaibli celui de nos rivaux; môme, malgré l'établissement du droit de 20 0/0, et grâce aux fraudes qu'ils commettaient dans les ports du Ponant avec la connivence des fermiers des droits du roi, les Anglais et les Hollandais continuaient â fournir une grande partie du royaume des marchandises du Levant, tandis qu'elles s'entassaient sans trouver de débit dans les magasins de Marseille; c'était une des causes principales des progrès assez faibles qu'avait faits le commerce du Levant sous Colbert*. Cependant, les progrès de nos manufactures conmicnçaient à menacer la prospérité de nos rivaux. « Les draps de Hollande, dit un mémoire adressé â la Cour en 1685, n'ont plus tant de réputation comme autrefois ; depuis que les Français en portent ils les ont diminués de bonté et les vendent 30 00 de moins qu'ils ne les vendaient en 1670,

(i) //, 2. Etat di-s hdlimenii partis dt' Marseille Je i6Sn ù 16S}. Document très déMillé et très intéressant.

(2) Ultre de Roiiilh' à Colbcrl, 7 oct. lO'j'j. Arch. Nal. Gu .j}8.

(3) V. le chapitre suivant.

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