CHAPITRE PREMIER
Le commerce de la Gaule indépendante. Marseille
Notre pays s’est d’abord appelé la Gaule, du riom des Gaulois ses premiers habitants. Ils occupèrent la contrée comprise entre la mer du Nord, la Manche, l’Atlantique, les Pyrénées, la Méditerranée, les Alpes et le Rhin. Si leur histoire militaire et politique présente beaucoup d’intérêt, leur histoire commerciale est nulle comme celle de tous les peuples demeurés dans un état voisin de la barbarie. C’est à des nations plus avancées dans la civilisation qu’il appartenait de commencer le trafic dans notre pays.
Les Phéniciens en Gaule. — Les Phéniciens de Tyr et de Sidon sont les plus célèbres parmi les peuples commerçants de l’antiquité. Dès l’an mille avant Jésus-Christ, ils fondèrent Cadix en Espagne et explorèrent les côtes de la Gaule entre les Alpes et les Pyrénées. Les noms de plusieurs villes où l’on reconnaît des racines de la langue phénicienne, le
culte des deux grandes divinités tyriennes, Hercule et Yénus, permettent d’affirmer qu’ils ont établi des comptoirs sur nos côtes de Provence et de Languedoc depuis Monaco (port d’HerculeMonœcus) jusqu’à Port-Yendres (port de Yénus). Entre ces deux points 1 s’ouvrent les embouchures du Rhône par lequel ils* remontaient facilement dans l’intérieur du pays. Ils en exploitaient les mines d’or, d’argent, de fer et de cuivre alors abondantes et presque à fleur de terre. La tradition leur attribue la fondation de Nîmes et d’Héraclée du Rhône (ville d’Ifercule, aujourd’hui Saint-Gilles). Peut-être même ont-ils occupé les premiers, avant les Grecs, l’emplacement de Marseille ; car l’heureuse position de cette ville, dans un port garanti des alluvions du Rhône, semblait appeler des marins aussi intelligents. Cette supposition paraît confirmée par la découverte faite à Marseille, en 1845, d’une longue inscription phénicienne.
Les Grecs en Gaule : fondation de Marseille. — Les Phéniciens furent remplacés par les Grecs. On place vers 600 ans avant Jésus-Christ l’arrivée du premier vaisseau parti de Phocée en Asie Mineure et la fondation de Marseille. D’après les Grecs, dont l’imagination embellit toutes les origines, le chef des Phocéens, Euxène, fut reçu par le chef d’une peuplade Gauloise qui mariait ce jour-là sa fille.