Voir pour ces noms et les suivants la carte
Il invita les étrangers au festin. La jeune fille devait paraître à la fin du repas et choisir son époux en lui présentant une coupe. Elle l’offrit à Euxène qui reçut de son beau-père le terrain où il avait abordé. Il y fonda Marseille et envoya des messagers à Phocée pour en ramener de nouveaux colons. Un grand nombre
Carte 1. — Ancienne Marseille d’après Rouby et E. Desjardins.
(Les lignes pointées*in<liquent le rivage en 18o0 avant les nouveaux ports.)
de jeunes gens s’embarquèrent, apportant des plants de vigne et d’olivier qui prospérèrent rapidement dans les cantons fertiles situés au nord de Marseille.
La ville, construite sur une presqu’île jointe au continent par un isthme fort étroit, était également propre au commerce et à la guerre (carte I). Une enceinte de murailles avec une citadelle intérieure dé-
fendait ses arsenaux et son port appelé Lacydon, creusé en fer à cheval. On y entrait par un goulet large àpeinedecent mètres. Les recherches des savants ont démontré que l’emplacement de l’ancienne Marseille occupait à peine le cinquième de la ville actuelle ; sa population ne devait pas dépasser 60 à 70,000 habitants.
Colonies de Marseille. — Cependant cette population devint assez nombreuse pour fonder à son tour des colonies, ou occuper les anciens établissements des Phéniciens (carte 2) : à l’est du Rhône, les sites actuels de Monaco, Nice, Antibes, avec les îles de Lérins qui la rendaient maîtresse du Yar, Toulon et les îles d’Hvères (Grandes Stœchades), Tarento, (Tauroentum) et la Ciotat (Cilharista) ; à l’ouest du Rhône, Agde, Port-Vendres et jusqu’à Ampurias (Empories) au sud des Pyrénées. A l’intérieur elle conquit sur les peuplades gauloises presque tout le département actuel des Bouches-du- Rhône, et même au nord de la Durance les villes de Cavaillon et d’Avignon.
Géographie physique de la Gaule. — Ce vaste territoire généralement abaissé du sud-est au nordouest présente dans une proportion inégale : à l’ouest de vastes plaines propres aux cultures, mais alors couvertes de forêts dont la principale, l’Ardenne, s’étendait de l’Escaut au Rhin inférieur ; à l’est des plateaux formant le prolongement des Cévennes jusqu’aux Vosges et au Jura ; au centre et au
Carte 2. — Établissements des Phéniciens, des Grecs et des Romains au sud de la Gaule.
sud les massifs des Cévennes avec les monts d’Auvergne, les Alpes et les Pyrénées riches en métaux et en pâturages. Plus de 2,400 kilomètres de côtes invitent au commerce lointain. Cinq grands fleuves, Rhône, Garonne, Loire, Seine et Rhin, grossis de plusieurs milliers de rivières et de ruisseaux, portent partout la fertilité et dessinent les voies naturelles du trafic intérieur. Les hauteurs qui séparent leurs bassins s’abaissent en plusieurs endroits pour laisser passer les routes, aujourd’hui les canaux et les chemins de fer.
Les avantages de cette situation ont été reconnus dès l’antiquité. Le géographe grec Strabon écrivait, au temps d’Auguste : les fleuves de ce pays correspondent si bien entre eux que les marchandises peuvent être facilement transportées d'une mer à l’autre, à la descente ou à la remonte des rivières, sans avoir de longues routes de terre à parcourir. Et ailleurs il ajoute : il semble que ce soit là, non pas un effet du hasard , mais une intention de la Providence. Enfin la Gaule, tenant à l’Espagne et à l’Italie par les cols des Pyrénées et des Alpes, unie à l’Europe centrale par la vallée du Rhin, séparée seulement par un détroit de 34 kilomètres de la Grande-Bretagne, est vraiment le lien de toute l’Europe occidentale.
Commerce de Marseille sur la Méditerranée. —
Le littoral du midi fournil à Marseille les premiers objets de son commerce. Les plants d’oli-
viers furent propagés au nord jusqu’à Valence et à l’ouest jusqu’à Toulouse ; aussi l’huile de Marseille était-elle aussi renommée dès lors qu’aujourd’hui. La vigne fut portée dans la vallée du Rhône jusqu’à Vienne. On citait les vins épais des coteaux de Marseille servant au coupage, les vins blancs de Béziers, les vins doux des Voconces (Drôme), des Helviens (Ardèche) et ceux de Vienne au goût de résine. Les figues de Marseille n’étaient pas moins recherchées.
Les Marseillais arrachaient le corail aux îlesd’Hyères; ils tiraient du sol l’escarboucle tellement prisée en Orient qu’ils la vendaient 40 pièces d’or. Ils exploitaient les bancs d'huîtres de l’étang de Vendres près Narbonne, et ceux du Stomalimné (étang de l’Estomac à l’ouest de Berre) maintenant fermé, mais jadis communiquant librement avec la mer. Ils péchaient les mulets ou muges dans tous les étangs de la côte du Languedoc, le rouget prodigieusement abondant au Stomalimné, surtout le thon qu’on harponnait avec des hameçons de fer ; Antibes connaissait déjà l’art de le conserver en le marinant. Dans les terres, ils élevaient les moutons de la Grau à la laine encore grossière, et les chèvres dont les peaux fournissaient des outres pour le transport des liquides.
Commerce de Marseille dans l'intérieur de la Garde. — Les Marseillais s’avançaient dans l’intérieur du pays par les vallées des fleuves occidentaux où
ils rencontraient de nouvelles richesses. Par le cours de l’Aude depuis Narbonne et par le portage du col de Naurouze (191 m.), ils pénétraient dans le bassin de la Garonne. Les Gaulois recueillaient les paillettes d’or roulées par l’Ariège et l’Adour ; ils savaient aussi creuser les mines, extraire les pépites, les fondre en lingots déposés dans le temple de Toulouse, ou les transformer en ornements de toute espèce, bagues, colliers et bracelets. Les fers del’Ariège, des Landes et du Périgord étaient déjà exploités, comme le prouvent les scories ancieunes trouvées près de ces mines. Le cuivre, bien plus abondant qu’aujourd’hui, était extrait des Pyrénées occidentales parles Sotiates dont César vante l’habileté dans le percement des galeries souterraines : les mines de Saint-Étiennede-Baigorri, maintenant abandonnées, renfermaient plus de 50 puits de l’époque gauloise.
Les Cévennes donnaient d’autres métaux. On citait les mines d’argent des Rutènes (Aveyron), des Gabales (Lozère) et des Arvernes (Puy-de-Dôme et Cantal), mêlé au plomb encore abondant aujourd’hui dans ces montagnes. Les flancs des Pyrénées étaient couverts de belles forêts de buis d’une grande hauteur ; leurs pâturages nourrissaient de petits chevaux de montagne renommés. Dans les Cévennes, on élevait des bœufs pour le labour, surtout des vaches dont le lait était transformé en fromages appréciés plus tard jusqu’à Rome. Enfin la vallée de la Garonne donnait le millet, et celle du Lot le lin dont
on faisait à Cahors des toiles vantées pour leur finesse.
Au nord, la rapidité du Rhône empêchait qu’on le remontât en toute saison : aussi les Marseillais se servaient-ils des chevaux de grande taille et des mulets renommés du Rhône pour s’avancer entrente jours vers la Saône jusqu’aux cols abaissés des Cévennes (sans doute le passage actuel du canal du Centre, 301 m.) et descendre dans la vallée de la Loire. Ils suivaient le fleuve par Nevers et Orléans jusqu’à Corbilo dont on a récemment retrouvé les substructions près de Saint-Nazaire. Cette partie de la Gaule était une des plus riches en métaux. César vante déjà les fers des Rituriges (Berry) et l’habileté de ces peuples à creuser des mines. L’étain et le plomb de l’Armorique (Bretagne) servaient à couler le bronze, par leur alliage avec le cuivre. Les Bituriges avaient inventé l’étamage, en appliquant à chaud l’étain sur le cuivre avec une telle habileté qu’on pouvait à peine distinguer ces vases de ceux d’argent. A Alise dans le pays des Éduens (Bourgogne), on mélangeait l’argent au cuivre pour orner les harnais des chevaux, plaquer les chars de guerre, fabriquer même des objets de ménage ; on a découvert, en 1833, près de Dijon une casserole portant une inscription en langue gauloise avec le nom d’Alise. C’est au port de Corbilo que le peuple puissant des Venètes (Morbihan), possédant de gros vaisseaux pour le commerce de la Grande-Bretagne, apportait
les produits de ce pays, étain, plomb, cuivre, pelleteries qu’y venaientprendre les Gaulois et lesMarseillais.
Par les vallées de la haute Saône et de la Marne,
les Marseillais pénétraient dans le bassin de la Seine. Cette partie delà Gaule leur fournissait de nouveaux objets de commerce. Le nord, froid et humide, renfermait de vastes forêts et de gras pâturages. Le pin et le sapin croissaient sur le Jura et les Vosges ; l’if, l’orme et l’érable dans les vallées avec les saules et les bouleaux, surtout le chêne dans les plaines des Séquanes (Franche-Comté) etles plateaux d’Ardenne. Aussi ces pays nourrissaient-ils des porcs de grande taille dont la chair .était le principal aliment des Gaulois. Les salaisons et les jambons étaient si renommés que les Marseillais les transportaient à Rome dès le second siècle avant l’ère chrétienne. Les chevaux de la Belgique avaient beaucoup de réputation. La laine des moutons servait à faire des saies gauloises analogues à nos limousines et exportées jusqu’en Italie. On chassait dans ces forêts le coq de bruyère, la gelinole etles oies sauvages ; on y trouvait même des pigeons voyageurs portant des dépêches attachées aux pattes ; on les payait jusqu’à 400 deniers le couple (environ 400 fr.).
Les dépôts de scories anciennes accumulés jusqu’à dix mètres dans les vallées de l'Yonne, de la Haute-Seine et de la Marne et mêlés à des débris de poteries romaines et gauloises, indiquent qu’on exploitait déjà les fers de la Bourgogne et de la
Champagne. Les plaines produisaient du froment recherché jusqu’en Italie pour la blancheur de sa farine : il servait aussi, mélangé avec du miel, à composer une bière appelée Zythus ; la cervoise était une autre bière faite avec de l’orge. Enfin le lin était cultivé dans la Morinie (Boulonnais) et dans le pays des Calètes (Caux).
Ce commerce des Marseillais avec l’intérieur de la Gaule explique l’influence qu’ils exercèrent bientôt sur la civilisation de ce pays. César trouva l’alphabet et les chiffres grecs employés même parmi les tribus barbares du Nord ; les belles monnaies d’argent et de bronze frappées à Marseille étaient imitées grossièrement par les Gaulois.
Gouvernement de Marseille; découvertes de ses marins. — Comme dans la plupart des cités commerçantes de l’antiquité et du moyen âge, le gouvernement de Marseille était celui d’une aristocratie fondée sur la fortune, ou une timocratie. La souveraineté résidait dans une assemblée de six cents personnes choisies à vie parmi les familles possédant un revenu déterminé; un conseil de quinze membres et un triumvirat expédiaient les affaires courantes et préparaient celles qu’on devait soumettre aux délibérations des six cents. Les anciens vantaient la sagesse de ce gouvernement, ainsi que les mœurs honnêtes et la bonne foi des Marseillais.
Les sciences exactes, mathématiques, astronomie, géographie, médecine, étaient en honneur à Mar-
seille. A l'imitation de Carthage elle envoya deux de ses marins, Euthymène et Pythéas, explorer, au lYe siècle, les côtes occidentales d’Afrique et d’Europe. Le premier s’avança au sud-ouest jusqu’au Sénégal ; le second a laissé une plus grande renommée. Il détermina à 40” près la latitude de Marseille, et expliqua le premier la relation des marées avec les phases delà lune. Il s’avança au nord-ouest jusqu’à la Grande-Bretagne qu’il contourna tout entière, et dans la Baltique jusqu’à l’embouchure de la Duna, sans doute pour ouvrir à Marseille le commerce direct de l’ambre que produisent seules ces régions.
Luttes de Marseille contre Carthage ; son alliance avec les Romains. — Marseille rencontrait dans la Méditerranée la redoutable rivalité des Carthaginois ; ne pouvant leur résister sans le secours d’un allié puissant, elle s’unit d’une étroite amitié avec les Romains. Ceux-ci avaient besoin de Marseille pour passer facilement d’Italie dans leur province d’Espagne, soit par mer, soit par la voie Herculienne de Nice à Marseille et la voie Domiiienne de Marseille aux Pyrénées. Aussi Rome s’empressa-t-elle de répondre à l’appel des Marseillais contre les peuplades gauloises qui infestaient ces routes. Le consul Sextius victorieux fonda au nord de Marseille, dans un canton renommé par ses eaux thermales, la forteresse appelée de son nom les Eaux-Sextiennes, aujourd’hui la ville d’Aix-en-Provence (123).