‹ Histoire du communismeChapitre 21 sur 57 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L*atopi6 de Thomas Horns.

Critique de Tétat de rAngleterre. •— Attaques contre la propriété. -^ Les socialistes modernes ne font que les reproduire. — Plan d'une société communiste. — Objection fondamentale contre la communauté. — Impuissance de Morus à y répondre. — Doutes sur sa foi au communisme. — Politique extérieure des Utopiens.

Six années avant le commencement du drame terrible auquel donna lieu la tentative des anabaptistes pour établir le communisme combiné avec de nouveaux dogmes religieux, un livre avait paru, dans lequel la théorie de la communauté se trouvait exposée sous une forme purement philosophique. C'était V Utopie de Thomas Horus.

Ce livre fameux fut imprimé à Louvain en 4516, dans Fannée qui précéda celle où Luther allait briser en Europe l'antique faisceau de l'unité catholique. Ecrite en latin avec une remarquable pureté, empruntant à Platon le fond de sa doctrine et la forme dialoguée, l'œuvre de Thomas Horus fut accueillie avec enthousiasme par ces érudits , admirateurs passionnés de l'antiquité, qui étaient alors répandus dans les divers États européens, et se considéraient comme membres d'une même république.

Ce qui rendait Y Utopie remarquable, ce n'était pas seulement l'éclat de la forme et l'hypothèse hardie d'une société fondée sur le principe de la communauté ; c'étaient encore les critiques justes et ingénieuses que Morus faisait

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des abus de son temps, les idées profondes et nouvelles qu'il émettait sur la religion et la politique. Par ce côté , son œuvre se rattachait au monde réel. Ce fut là, sans doute, la principale cause du succès qu'elle obtint. Aux yeux de ses premiers lecteurs, et peut-être aux yeux de l'auteur luimême, le tableau d'une société soumise au régime de la communauté ne fut qu'une fiction, un rêve impossible à réaliser^ un simple cadre destiné à enchâsser de piquantes observations sur les choses contemporaines.

Hais celte partie romanesque du livre de Morus ne tarda pas à être prise au sérieux, et considérée comme l'expression sincère des convictions de son auteur. Elle a servi de point de départ à tous ces projets de réoi^anisation sociale qu'ont vus éclore les siècles suivants^ et qu ont reçu, conune dénomination générique, le titre même de l'ceuvre du chancelier d'Angleterre.

Jamais usage ne fut mieux fondé que celui qui confond ainsi toute une classe d'écrits sous le nom d'un seul. L'identité du fond répond en général à celle du titre. Presque toutes les républiques imaginaires qui ont paru depuis le XVI* siècle ne sont que la reproduction de celle de Morus. Critiques de l'ordre social, déclamations contre la propriété, tableaux des misères des prolétaires, éloges de la vie commune , moyens d'organisation : tout est puisé là; il est impossible de pousser plus loin la serviUté du plagiat. Morus est donc le véritable père du communisme moderne ; à ce titre son livre est un ouvrage capital et mérite d'être sérieusement analysé.

On y remarque quatre ordres d'idées parfaitement distincts :

1<> Critique de l'état de l'Angleterre et de la politique des princes contemporains ;

S** Critique du principe de la propriété individuelle;

Ils HisToiAË Dt coMinnnâiœ.

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