‹ Histoire du communismeChapitre 5 sur 57 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

la révolution de février et le communisme.

La révolulion de 1848 semble avoir définitivement consacré en France Tavénement de la démocratie. Elle a effacé le dernier privilège politique, celui du cens ; le dernier privilège social^ celui de la noblesse. Désormais, tout citoyen exerce, par le droit de suffrage, sa part d'influence, et ne doit s'incliner que devant le principe du respect des majorités, cette loi suprême des Etats libres , dont la violation serait la rupture même du pacte social , le signal de Foppression ou de Tanarchie (i).

Jamais révolution ne fut plus complète et ne rencontra moins de résistance. Cependant, aux yeux de certains hommes, elle n'est point assez radicale encore. Depuis quelques iinnées, il s'est élevé plusieurs sectes qui, d'accord lorsqu'il s'agit de se livrer à d'amères critiques de la société, proposent chacune une panacée différente pour guérir d'un seul

(1) Les quatre premières éditions de cet ouvrage ont été publiées avant le 2 dccombre 1851. Malgré le démenti que les événements ont donné aux promesses de la révolution de 1848, nous n'avons cru devoir rien changer à un texte consacré par plusieurs éditions et par le suffrage de l'Académie ft'ançaise.

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coup tous les maux qui Taffligent. Les partisans de ces doctrines proclament à Fenvi que la révolution de 1848 n*est pas seulement politique, mais qu'elle est, avant tout, sociale. Celte expression élasUque et vague signifie; dans leur bouche, que la nation doit se livrer à eux et se soumettre à Texpérimenlation de leurs rêveries.

A c6té de ces sectaires^ il existe un parti qui, sans avoir aucun plan arrêté de rénovation, n'en crie pas moins hautement que la société doit être remaniée de fond en comble, et déclare incomplète et avortée une révolution qui , à son gré, n'a pas fait assez de ruines.

En présence de ces utopies nébuleuses, de ces déclamations ardentes, la société s'est émue ; elle a cherché, au milieu de toutes les factions qui la harcèlent^ son véritable ennemi; elle l'a reconnu, et de toute part s'est élevé ce cri: périsse le Communisme (i ) !

En vain les communistes avoués ont-ils protesté contre la réprobation générale qui éclata contre leur doctrine dan$ une journée fameuse ;en vain ont-ils annoncé des intentions pacifiques, et invoqué le principe de la libre discussion ; ils n'ont pu emporter cet instinct de conservation que Dieu a donné aux nations comme aux êtres animés, et qui leur ré* vêle un ennemi mortel, quel que soit le masque sous lequel il se déguise.

Le communisme est en effet le danger le plus sérieux contre lequel la société ait à lutter. S'il n'a qu'un nombre relativement assez faible de sectateurs déclarés, il en compte beaucoup plus qui se dissimulent à eux-mêmes leurs vé-» ritables tendances, les conséquences rigoureuses et forcées de leurs principes : de tous les communistes les plus dangereux sont les communistes sans le savoir.

(1) J^écriVais ces lignes quelques Jours Après le 16 airrîl 1848.

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