RÉVOLUTION DE FÉVRIER. S
Grâce aux prédications des novateurs socialistes , à l'influence pernicieuse d'une littérature déréglée « on s'est habitué à rendre la société responsable des malheurs et des souffrances des individus, de leurs fautes et même de leurs crimes. Ces accusations, au lieu de s'adresser aux imperfections^ aux abus spéciaux que présente tout établissement humain, embrassent, dans leur vague généralité, l'ensendile de l'organisation sociale. Une fois engagé dans cette voie, on est amené, par une logique inflexible, à attaquer les bases mêmes de cette organisation, qui sont dans l'ordre moral la famille, dans l'ordre matériel la propriété individuelle. et héréditaire. Mais, en dehors de la famille et delà propriété, il n'existe qu'une seule formule logique, le communisme, la promiscuité. Vainement chercherait^on une combinaison intermédiaire.
C'est donc au communisme qu'aboutissent fatalement ces esprits soi-disant avancés, qui se font les imprudents échos des critiques envenimées que certains écrivains dirigent contre l'ensemble de nos institutions sociales; c'est au triomphe du communisme que travaillent ces prétendus réformateurs qui proclament la nécessité de procéder à une réorganisation complète de la société. Parmi ces derniers, il en. est qui reculent devant les conséquences de leurs principes, et cherchent un milieu impossible entre la propriété et la communauté ; il en est aussi qui protestent contre le communisme , tout en défendant ses doctrines dissimulées sous des expressions trompeuses. Les uns manquent de logique, les autres de courage. Mais les masses auxquelles ils s'adressent n'en manquent point.
On le sait^ les idées les plus simples, les plus radicales, sont les seules qui soient facilement comprises de la généralité des hommes, les seules qui aient la puissance d'émouvoir les passions. Là est le secret de la force des partis
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extrêmes et de la faiblesse des partis intermédiaires en temps de révolution. Or, vous attaquez Tordre social dans sies bases essentielles ; vous déclamez contre l'inégalité des for« tunes^ ratlribution d'une part des bénéfices industrids et des profits agricoles au capital , à la propriété ; vous décla* rez qu'une révolution sociale est nécessaire/ et vous vous abstenez de conclure. Les masses, peu éclairées, concluront pour vous : puisque la propriété est la source de tous .nos mauï, diront-elles , abolissons là propriété; puisque le capital est une puissance oppressive, dépouillons le capitaliste: mettons en commun terres et capitaux, et vivons sous le niveau de l'égalité absolue. Voilà une conséquence rigoureuse, une idée claire, précise, intelligible.
Le bon sens public ne s'est donc pas trompé, lorsqu'il a résumé dans un cri de réprobation contre le communisme l'horreur que lui inspirent les partis extrêmes qui, par des excitations forcenées, poussent au bouleversement de l'ordre social.
De douloureux événements sont venus justifier cette intni' tion de la raison générale. Une insurrection redoutable a ouvert au sein de la France une blessure par où s'est écoulé le plus pur de son sang ; et c'est le communisme qui, du haut des barricades de juin, nous a donné le commentaire de la ténébreuse formule de cette République démocratique et sociale au nom de laquelle elles avaient été élevées.
Puisque le communisme se trouve au fond de toutes les prédications subversives, puisqu'il est le résumé, la conclusion, l'expression la plus complète des utopies socialistes^ c'est à le combattre que doivent s'attacher les hommes dévoués aux principes d'ordre et de liberté. Pour cela, il n'est point de meilleur moyeu que de retracer l'histoire de cette doctrine, et de mettre en lumière les conséquences de son application.
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Le communisme, en effet, n'esl nouveau ni en théorie ni en pratique. Des philosophes de l'antiquité, des écrivains des temps modernes en ont développé les formules, soit comme l'expression d'une conviction réelle, soit comme un cadre allégorique dans lequel ils ont enchâssé la critique des abus de leur temps. Des législateurs , des religieux , des chefs de parti et des sectaires fanatiques en ont tour à tour essayé la réalisation. C'est le tableau de ces doctrines et de ces tentatives que nous nous proposons de dérouler.
Après avoir jugé le communisme d'après ses œuvres, nous prouverons, par des analyses développées, que les plans de rénovation sociale proposés de nos jours viennent se perdre dans le sein de cette antique utopie, et ne sont, pour la plupart, que la reproduction servile de combinaisons que l'expérience a. depuis longtemps condamnées. Ainsi résultera de la critique détaillée des systèmes socialistes la confirmation de cette vérité^ reconnue à fMriori par la logique, devinée par l'instinct général : Que la propriété et le communisme forment les deux termes d'une alternative inévitable.
HISTOIRE DU COmiUIUSME.