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lllSTOlhK
mœurs. Il ne faut pas s'étonner dès-lors si Henri II n'eut pns la mt^mc intimité avec sa seconde femme qu'avec sa première.
Il y en a qui ont jugé que les liaisons du comte, spécialement avecla duchesse de Monlbazon, avaient aidé l'indifférence de la princesse pour son mari ; mais il n'est pas bien décidé que leur désunion n'ait pas eu une cause, sans cependant que tout ce que l'abbé de Choisy ot d'autres ont dit de cette princesse doive être accepté comme croyable.
A l'avènement de Louis XIV au trAiie.en KiWJeduc de Longiieville , qui nviiit été nommé du conseil de la future régence, par unu déclaration de Louis XIII, du 8 mars de la même année , contribua , avec les autres généraux, à rendre le nouveau monarque victorieux dès son enfance.
La cour remlit justice à ses talens , en le nommant . l'an 1G*5 , premier plénipoteiitaire à Munster. Il y avait la main n la plume pour signer une pais souhaitée avec ardeur de tout le royaume , et cela de concert avec le comte d'Avaux, son second, lorsque Servient l'arrêta sous préteste d'ordres secrets dont le cardinal Mazarin avait muni ce troisième pour arrêter les deux autres. Il n'en fallut pas davantage au duc pour quitter la partie. La cour, par une espèce de réparation , le ^ratiQa à son retour de la terre de Joux . près Ncul'cbûtel.
Le duc s'était fait aceompagner à Munster par l'historien Priolo. que quelques-uns disent avoir été intendant de sa maison. Il lui accorda une pension de douze cents livres, qui n'a point empêché cet auteur de parler très-librement de la seconde femme de son bienfaiteur.
Les liabitans de Ghâleaudun avaient présenté à ce prince une requête, qu'il entérina le 10 juin 16'*3. Les religieuses de la congrégation de Notre-Dame s'étaient mieux insi-
DU COMTÉ iJli DUNOJS.
nuées dans leurs esprits que les lirsulincs, et ils souhaitaietïL qu'elles s'établissent duris leur ville. Us demandèrent donc le consentement de leur comte, qui le leur accorda volontiers.
La Congrégation de ces religieuses était autorisée dès 1615, par le papft Paul V.Pierre Jouvier, chanoine r(^gulier en Lorraine, béatifié en 1730, les avait instituées pour instruire gratuitement les jeunes filles. Ce fut par ces obligations de leur institut, que ces nouvelles religieuses plurent aux habitons de Cliâteaudun. On les logea dans une vieille auberge appelée la lleur-de-Lys , sur la paroisse de Saint-Valérien . au carrefour de Saint- Aignan. Cette maison appartenait à madame de la Rordière, parente de Pierre Tiragiieau. seigneur de la Brosse-en-Dunois. Elle était originaire de Lorraine, où elle avait connu le père Jonvier et les mies de son institution. Elle avait pris tant de bonne volonté et môme d'attachement pour elles, qu'après les avoir rendues propriétaires de sa maison de la Fteur-detySj Tan IG'i^B, elle se donna elle-même à celte maison. en y ajoutant quelques autres Tonds, à condition qu'elle y sernit nourrie le reste de ses jours, ce qui fut eiéculé.
Les religieuses se formèrent une chapelle ou oratoire d'une, chnmbre qui était du côté du puits appelé du Coq. Elles cessèrent alors de fréquenter Saint-Valérien , leur paroisse. Madame de la Bordiére demanda à être enterrée dans cet oratoire; mais comme il n'était ni d'une forme ni dans une place qui prtt faire juger qu'il subsistât longtemps, Denis tiallou, titulaire d'une des portions de la cure de Saint-Valérien et directeur de cette dame , ne jugea pas à propos de la satisfaire sur cet article , non plus que Edme Le Veil, curé de l'autre portion. Elle fut inliurnéc dans leur église.
Les tticnfaits de la fondatrice de ce nouvel établissement
îiistoiitt-
ne se trouvèreiil pas nssez cotisiilcmblcs . surtout après sa nriort , qui fit cesser ses secours journaliers, pour faire subsister le peu de religieuses qu'il y nvnil dans cette maison, sous la cutiduile de la nnère Lenoir , leur première supérieure, lîlles étaient tliiiis unesi grande détresse qu'elles se virent obligées de se retirer.
Les coinmencemens de toutes les communautés se raoti- Irenl toujours du côté qui eslle plus avauliigeux au public , et le zèle y éclate dans tout son jour. Aussi, en considérant les soins de ces premières religieuses pour l'éducation de la jeunesse de leur sexe, on prévoyait que leur retraite serait un grnnd désavantage pour les eii(ans, auxquelles jusque-là elles avaient fait (nire les plus heureux progrès.
Les deux curés de Saint- Valérieii rompirent les premiers la résolution que les religieuses avaient prises de se retirer. EdmeLe Veil, l'un d'eux, assisté de Goffinier, cjianoiue de laSainle-Chapelle, fiL une quête qui produisit une dizaine depistoles. que Ion employa aus besoins les plus pressans. C'était peu de chose en sui-môme , mais il en résulta un bon effet pour rétablissement. La sollicitude de ces prêtres réveilla la charité du public et ses craintes, en sorte que les personnes aisées se déridèrent à les soutenir plus elficacement.
Personne ne s'y porta avec plu;? d'ardeur que l'abbé de la Madeleine, Jacques de la Ferté. Il s'y employa nvcc le même zèle que nous lui avons vu dans d'autres occasions pour la religion el le bien public. Il envoya aux religieuses du blé et de l'argent. Pour ajouter aus marques de sa charité celles de son estime , il fit prendre le voile dans celte maison à une de ses nièces du nom de La Hogucrie et paya sa dot. L'onitoire des religieuses n'étant ni décent ni corqmode, ni solide , il fU bAtir la petite église que l'on y voit . et In fournit d'ornemens (1).
(i) Les (l«»i clocliea qui sgnt dans le donjon de ceUc égthc ne sont que
bu COMIÉ DE DUNOIS.
Les religieuses trouvèrent un autre bieiifaiteur dans la personne de Jacques Bourgeois, doyen deSaînl-Andréde la môme ville. Cr lui-ci aimait les louanges ; elles les lai prodiguèrent, ce qui leur valut la maieuré partie d'un honnête mobilier dont le doyen venaild'hériter de sa mère. Il leur m porter des ustensiles de cuisine, une provision de linge, une montre sonnante, une argenterie assez considérable, etc. Mallieureusemcnt, elles ne continuèrent pas de suivre avec qssez d'exactitude le caractère de ce bienfaiteur; JHes crut ingrates, et elles encoururent sa disgrâce. Cet homme exigeait une certaine reconnaissance qu'elles ne surent pas lui montrer. li aurait été flatté d'être choisi pour faire la bénédiction de leur nouvelle église ; c'était l'ouvrage de l'abLé de la Madeleine; elles crurent devoir laisser tomber la coraraission épiscopale pour la cérémonie inaugurale, sur le père Billoré, prieur de cette abbaye ; il n'en fallut pas davantage pour jeter l'amertume dans le cœur du trop sensible doyen. Sa petitesse et son ressentiment le portèrent à essayer par adresse de retirer du nouveau couvent un calice qu'il y avait donné, en préteilant de désirer de s'en servir dans une solennité à la collégiale. Un de ses chanoines le trahit charitablement, et il eut la disgrâce d'échouer dans son projet.
Tels ont été les commencemensdu couvent de la Congrégation de Notre-Dame dans un des faubourgs de Châleaudun, où l'on q vu jusqu'à quarante religieuses, que l'on nomme de Chœur, sans les sœur? converses. Les lettrespatentes pour cet établissement ne furent expédiées qu'au mois de décembre 1650, et leur enregistrement n'est que
de 17&4 ; on 9'élail coQtenlé ju*que-là de celle qui c»i au-deuus du chœur des religieuses. Le b&llnicnt en face de la rue u'a été fail qu'en 170S , le nûuvesu peaiiounaiteen 1728 , et \es Douv-elles cliisses en 1754, Cdi rallongeant le |ieasioiiniiire.
PS
HrSiOillE
de 1691. Il avait eu l'approbation de Monseigneur Lescot, évéque diocésain, par des lettres du 'il décembre 16V8.
Cependant, le duc de Longueville, comte de Diitiois, partageant l'ambition des princes de Condé et de Conli , ses beaux-frères, regardait le cardinal de Mazarin comme il avait Tait celui de Richelieu. La révolte contre l'administration de ia régence, décidée dans te Parlement au mois de janvier iHk^, tut un appât où il se lat:isa prendre racilement. Pour pouvoir assister aux assemblées de ce premier corps de la justice, sans déroger aux suites de la légitimation du premier auteur de sa maison et à la qualité de princes légitimés accordée à ses ancêtres, dont la reconnaissance n'avait point été renouvelée en sa personne, ce qui l'aurait eiposé h des contestations, spécialement de la part des pairs, il se plaçait au Parlement à côté du prince de Conti , qui quittait son rang et se plaçait sur un banc à gauche.
Dans ces mouvemetis , le duc de Longueville ne voulut d'autre emploi que ceux que les occasions lui Tournirent dans son gouvernement de Normandie.
Après avoir déposé son épouse dans l'iiôlel-de-ville de Paris, pour gage de son attachement au parti, il prit In route de Rouen , où il fut reçu aux acclamations du Parlement et du corps de ville, qui lui étaient dévoués. Une escalade qu'il sut conduire avec aJresse, le rendit maître du vieux château et de sa garnison ,^ le 26 du même mois de janvier. Le 23 précédent , il avait été déclaré criminel de lèse-majesté par la régence, qui eut plus de peur de sa démarche qu'elle n'en essuya de dommage. Tout le mal qu'il jugea à propos de lui faire, ce fut d'arrêter les revenus royaux de la province, qu'il fit déposer dans l'hôiei-deville de Rouen, et de faire vendre le sel à moitié du prix ordinaire.
r)U COMTÉ DE IHINOIS.
Ces revenus lui servirent à mellre sur pied un bon nombre de troupes, lant de cavolerie que d'infanterie , dont il ne Dt pas , du reste , grand usage contre le comte de Harcourt, que la cour lui avait opposé avec des forces inférieures nus siennes. Aussi ne trouva-t-il pas grande difficulté vis-à-vis de la régence, à son raccommodement, qu'il fil au mois de mars , dès qu'il eut appris que le Parlement de Paris traitait le sien à Ruel.
On lui accorda ta survivance de son gouvernement général de Normandie et de ses gouvernemens particuliers de Caen et de Dieppe, auxquels on ajouta celui du Pont-del'Arche , avec promesse de lui faire toucher huit cents mille livres pour arrérages de ses pensions et pour ses avances dans le service de TEtat. Le cardinal essaya en vain de faire échouer la promesse du Pont-de l'Arche. La duchesse , pour se venger de la mauvaise volonté du ministre, 6t faire clandestinement dans le château de Brie le mariage de la duchesse de Pont avec le duc de Richelieu. C'était gagner pour son mari le Hâvre-de-Gràcre, dont ce duc était gouverneur.
D'autres intrigues et l'éclat des princes contre le cardinal accélérèrent leur détention. Ils furent arrêtés le 17 janvier 1650 et conduits à Vincennes. La crainte de l'approche des troupes de l'archiduc les en Qt tirer le 29 août, et celle du lèle de tout Paris pour les illustres prisonniers, engagea le cardinal à les faire transférer de Marcoussis. second lieu de leur prison , au Hâvre-de-Grâce , où ils arrivèrent le 26 novembre. Ils y restèrent jusqu'au 12 février I65J , que les sollicitations du duc d'Orléans et du Parlement , les intrigues de la duchesse de Chevreuae et les cris des Parisiens, portèrent enfln la reine à les faire élargir. Ils arrivèrent à Paris le tO, et le 25 la déclaration de leur innocence fut signée par le roi.
ntsïoinE
La princessse, femme du duc de Longuevilie , qui avait joué un rdie assez peu digne d'applaudissement pendant tous cesi tunauttes de l'Etat, était née le 29 août 1(iJ9, dans le château de Vincennes, où Henri II de Bourbon- Condé, premier prince du sang, son père, était alors détenu prisonnier d'Etat. L'auteur de VBistoirt générale de Port-Royal , son apologiste , dit qu'elle fut « prévenue des dons célestes dès son enfance. « EfTectivement, en fréquentant les Carniélites. elle fit paraître dès l'Age de treize ans quelque envie de prendre leur habit. Il faut ajouter que la mort tragique de son oncle, leducde Monlmorency, décapité en iGS^, entra pour quelque chose dans cette dévotion enfantine. Du resle, si le ciel la prévint, on ne peut guères la louer pour la manière dont elle appliqua celte vocation. Les impressions qu'elle reçut dans le premier bal où elle assista, ta firent marcher à grands pas o dans la région des vanités et des erreurs, » comme s'exprime le même auteur.
Lorsque son mari et ses frères eurent été arrêtés, elle parcourut en vain la Normandie pour la faire soulever; elle n'y fut qu'one héroïne de roman. La cour se mit à la poursuivre le 1" février f G50. Chamboy remit à la reine le Ponl-de-l' Arche; on avait aidésa soumission par une somme de vingt mille livres. La Croisette en Gt autant du château de Caen , avec cette clause singulière : que la place serait remise par le roi au duc de Longuevilie, aussitût qu'il aurait plu à Sa Majesté de lui rendre la liberté.
La duchesse, pressée par les troupes commandées par Duplessis-Bellièvre, se vit contrainte, pour se sauver, de fuir, elle vingtième, et de se servir de la croupe du cheval du prince de Marcillac. Ce seigneur n'avait pas besoin de cette occasion pour faire le public juger de ses services assidus auprès de la duchesse. C'est ainsi qu'après s'être vu
fermer les portes de Rouen , du Havre et de Uicppe, ello courut jusqu'à ce qu'elle trouvât un vaisseau anglais qui ta passa à Rotterdam, doii elle gagna Bruxelles. Là, de concert avec le vicomte de Turenne , elle traita avec l'archiduc et les Espagnols, qu'ils introduisirent dans Stenat. Ils revinrent ensemble à Paris le 12 mars, un mois après l'élargissement des princes. On leur donna, le 5 mars 1651, des lettres d'abolition en commun , qui furent enregistrées au Parlement le 19 (I),
Ce calme ne fut pas de longue durée. Dès le 6 juillet suivant, le prince de Condé porta son mécontentement dans sa maison de Saint-Maur. Il le St éclater dès le lendemain de In déclaration de la majorité du roi ; c'est-à-dire que, dès le 8 septembre, il alla recommencer la guerre civile dans le Berry , où sa sœur l'avait précédé.
En vain le prince de Conti fut s'aboncherà Trie avec son beau-frère le duc de Longueville ; il n'en put tirer rien de favorable à cette nouvelle levée de boucliers. Le duc ne ta croyait pas juste, et de crainte que la cour n'entrât en soupçon de cette entrevue , il y envoya le lendemain mademoiselle de Longueville , qui protesta de la lidélité de son père, qui y dépêcha le surlendemain un de ses gentilshommes pour le même eBot.
Il n'en fut pas de môme de son épouse; elle suivit son
(1) Mademoiselle île Longueville, fille unique du premier Tnaringe du duc de Longueville, avait d'abord {tassé en Normandie avec sa bel le -mère. Elle revint eiisuile joindre les eaTans du second lit, qui éLaierit aupr^^ det princesse» de Condé. Au mois d'août, celle demoiselle eut ordre de se retirer dans le cblleau de Coulommiers en Brie, parce que fa cour soupçonnait qu'elle avuil purt i quelques reraucmens de la noblesse de Normandie et du Dunoiii, qui cabalatl pour prendre des places en faveur dus princes. Celle nobk'ïae se di.'ishnula par suite des ordrcj» que donna la cour. ïl n'y eut que le seigneur Le Boulanger, spcrctni/e du duc de Longueville, qui TuL arrËlc et mis il )a Bastille. Ou fît en niSmc tcmpi visilcr riiûicl du duc de Longueville.
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frère le pritice de Conti , qui , avec le prince de Condé , agissait confornaément au traité fait avec eux par la durhesse de Longueville. Elle eut le désagrément de voir piller ses bagages et ceux du prince de Conti . en passant pendant l'automne par le Limousin , lorsqu'elle gagnait Bordeaux.
Le duc de Longueville, cependant, n'agissait que faiblement contre ta Fronde , par considération pour ses benuxfrères; mais enOn il crut qu'il était de son devoir de se déclarer plus hautement contre son parti. Il envoya sou intendant Priolo en cour au mois de mars 1652, pour faire part de sa résolution , et il empêcha sur-le-champ les levées de troupes que l'on essayait de faire dans son jiouvemement, pour (e corps d'armée que commandait le duc de Beaufort. Celui-ci s'en vengea un peu sur ChAteaudun et le Uunois , par ses allées et venues.
Ce n'est pas que le duc de Longueville s'écartât de ses premières vues, qui étaient le raccommodement des princes avec la cour. Il y travaillait toujours de son mieux ■ mais il ne put y réussir qu'au mois de juillet 1653, après que l'affaire du faubourg? Saint- Antoine de Paris eut déconcerté les mécontens. Il n'oublia pas son épouse, quoiqu'il n'eût pas tous les sujets possibles de s'en lo'i^r. La cour, trop irritée contre cet esprit si porté à dangereuses intrigues, lui permit seulement de se retirer ô Montreuil-Bellai, un des châteaux de son mari.
Elle passa de là à Moulins, où elle fut dix mois à s'ennuyer avec sa t'inte, veuve du duc de Montmorency, dans le couvent dont celle-ci était devenue supérieure. L'exemple de cette dame ne laissa pas que d'inspirer à la duchesse quelque désir de changer de conduite. Ce fut sans doute ce qui contribua à faire agir le duc son époux , pour obtenir sou rappel sans restriction (1).
(1) Itfadame de Loagueville avait pu coaUibuer, sans la pirticipatiDa
1»U CUMTIi: \)V. DUNOIS.
Le duc de Longuevilie savait agir arec prudence da tus toutes sortes d'occasions. Pour no pas juslilîer aux yeux du public les sujets de nK'Con lentement que lui avait donnés son épouse , il lui porta lui-môme le pardon signé de Sa MHJesté , ce qu'il no fit qu'en H35i, quoiqu'il eût obtenu les letlres dès le mois d'octobre 16ô3 , parce qu'on n'avait pnsjugéà propos de permettre à la duchesse d'en faire usage plus tôt. -M. le président Vallier , dans ses mémoires manuscrits de ce temps, nous instruit que c'étaient ces mêmes inéconleulemens du mari qui en Eurent la cause, et qu'il ne consentit à sa sortie de Moulins qu'après qu'elle lui eneut hni diverses instances dont Le style apparemment le fléeliit.
Ivlle parut à Paris à temps pour recevoir une mortification à laquelle son esprit d'ambition et de révolte n'avait que trop contribué. Elle y vit déclarer le [irince de Condé, son frère, criminel de lèse-majesté, le roi séant en son I^arlcment. Ce prince, par les conseils pernicieui de sa sœur, avait passé chez les Espagnols et faisait le siège d'Arras, que le vicomte de Turenne lui fit lever. Les suites de celte révolte accablèrent et humilièrent enûn la dangereuse duchesse de LongueviUe , comtesse de Dunois.
Ne sachant plus quel parti prendre , elle essaya de la dévotion. Comme son caractère la portoit naturellement à l'extraordinaire , au lieu de se choisir nn directeur qui vécût dans ta paix et la tranquillité , elle courut après le seigneur
de son roarl, à lui fournir l'occaûon du Toyage qu'il Jît à la cour, le 3 rétrirr 1054. Le public, selon M. ie prËsldcDt Vallier, crut que c'était pour donner son consentement an mariage de son bean-frÈre , le prince de Conl), :ivcc N. Murlinozzi , nitce du cardinal-miDÎ^Ire; mais c'êlait en cQcl pour qu'il s'explIquAT sur des lettres inlerceplëes, qui raisaieiit connal Ire que les Anglais ne trouveraient pas de diOîcullé de ia pari, s'ils raisaieiit une descente en Normandie. Il se lata d'une condescendance pour le prince de Condé, qu'on lui prCtait gratuitement, el il lui fni permis au Iwul de liuit jours de s'en relourner.
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Singlin , directeur errant de l*orl-Rojal. Celait apparemment un zèle (le préréreiice pour elle i^tw de se livrera tout ce qui déplaisait à la cour. Ce directeur , pour se soustraire à l'autorité supérieure qui sîêvi&sait contre lui, avait (luillé la soutane, et se trouva heureux , en liabit séculier, de pouvoir développera la fameuse duchesse de Longuuville tous les ressorts et les effets étonnait» Je lu grâce eftîcace de sa société. Celte pieuse intrigue était un assaisonnement pour le goût de celte cxlfciordinaire dévote. Elle fut cependant surprise de ne voir ses pécliés retenus par le directeur fugitif que pendant Irès-peu de temps , après une confession générale , et de ce qu'il joignit à l'absolution la permission de cunimiutiier lous les quinze jours; enfin de le trouver plus indulgent que ceux dont elle avait essayé auparavant , grâce à leur tournure ou à la mode de leurs habils.
Elle avait contracté l'Iisbitudc de quitter son mari sans peine-, elle n'en eut pas à adopter Tidée qui lui riiil de s'enfermer dans un cloître ; mais le directeur n'osa pas lui donner son consentement pour une démarche si peu convenable à une femme qui avait un mari et des enfans. Il s'y opposa même et lui donna des règles en qualité de femme maiiée, dont la pratique loucLia le duc son époux , jusqu'à donner publiquement des marques d'estime à ta duchesse. Elle informa le directeur du bon effet de ses avis. Il en proQta pour lui inspirer du goût pour le soin de sa famille, qui l'avait fort peu occupée jusque-là. Un pareil changement lui altira des égards, même de la cour. La reine lui donna des marques d'attention, et elle devtntpour quelque chose dans les grâces qui n'entraieitt dans »â maison que par le canal de son mari. Le roi leur accorda la survivance du gouvernemenl de Normandie pour leur tils.
Pendant les réjouissances du mariage de Louis XIV , par
bÙ COMTÉ DK UUNOiS.
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une ïdùe de conlraste qui éluil propre à son caractère , elle se milen nlrailo. Ce n'est pas qu'elle eût beaucoup d'altrait pour ces sortes d'cicrckes, ni même pour le recueillement en lu ]>r6seiice de Dieu , car, disait-elle , selon l'auteur déjà cité : a Quand je suis devant lui, je m'y liens pour ainsi dire s à force de bras, n Elle trouvait de l'héroïsme dans cette sorte de situation ; c'était une grâce de Providence pour l'y attacher et aider son mérite.
Ce qu'elle eut principalement de commun avec toutes les personnes pieuses , ce fut sa charité bienfaisante pour les pauvres , auxquels elle (it beaucoup de bien. Elle eut part à toutes les aUbJres de Port-Kojol. Elle était ta protectrice et le refuge de ses solitaires qu'elle cachait dans son b^tel, comme elle lit spécialement à l'égard d'Antoine Arnaud et de Pierre Nicole. Ce dernier , homme pacrûque et convaincu des sentimens de piété qu'il a si solidement traités dans ses écrits, était bien digne de trouver un refuge.
La duchesse de Longueville cul beaucoup de part à la fausse pais de Clément [X , à qui elle écrivit â ce sujet. Ce fut chez elle que l'arrangement des quatre évoques fut concerté . et c'est ainsi qu'après avoir eu part aux brouil-leriesde l'Etat, elle intrigua dans les alfatres ecclésiastiques jusqu'à sa mort, arrivée en 1679.
Les théologiens calvinistes ne se disputaient pas moins entre en\ que les catholiques, et leurs variations iie faisaient que s'accumuler. Claude Pajon, originaire de Romoranlin, oncle d'Isaac Papiu, fut élu ministre de Marchenoir en DuDois, l'an 1G50, n'étant encore âgé que de vinglqualrc ans. L'impatient Juricu , alors ministre de Mer , ne tarda pas à le harceler. Cet homme , que l'on ne choquait . guère impunément, le fut au vifdcce que le jeune ministre de Marchenoir refusa l'honneur qu'il lui voulitil faire de lui dédier un ouvrage en forme do lettres, dans lequel ii
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HTSTOIHE
s'efforçait de délruire les principes ctii ttiinislre Gaissot sur la rtiunion des dilTéreiiles briinclie-i du Cliristianisme. Le relus fiiisaît assez connaître que Pajon n'épousait pas tous les seiilimeiis de l'intoicranlJurieu, qui attendit l'occasion (le s'eu venger,
Un sermon que Pajon prêcha l'an 1G65 , à Saumur , où se tenait le synode d'Anjou, et où il assistait comme député du Dunois, ne fut pas du goût rie Jurieu , député du lilaisois. Il saisit avec clialeur cette occasion de se déclarer ouvertement l'ennemi de l'ajon, lU prétendit que Pajon enseignait dans ce diseours qu'il n'y a ni grâce ni opération du Saint-Esprit , sutjsislatit comme une personne distincte du père et du (ils. La dispute fut vive entre ces deux ministres, Pajon qui, comme bien d'autres, ne regardait Jurieu que comme un moraliste abondant en mots, et un faible raétaphysicicn, qui n'avait pas toute la justesse d'cspril en parta};e , ne convenait pas à la vérité avec cet antagoniste, sur In manière dont le Saint-Esprit opère la conversion dans le cœur de l'homme, quoiqu'il admît une tirâce elïîcace. Son système était un système particulier que l'on a nommé des Pajonistcs , du nom de son auteur (1 ). L'année suivante, Pajon quitta Marchenoir pour aller à Saumur, où il était choisi pour remplir une chaire de théologie, n fit imprimer te discours qui a\ait fourtu à Jurieu l'occasion de l'attaquer : c'était renouveler sa bile; aussi ne manqua-l-il pas de citer le nouveau profes-
(1) Le sjsltme (1« Pujoti étail de rejelcr tout coiiooiirs iramédial de Dieu dans nos aciious, cl <lc n'iiduieUre que «es lois géuéraks et ses décrois Éleriicls, remplis par ta créature «ans de nouveau! secours parliculicrs, sauf 4 IVftard du* miracles- Kl à l'égard de la prâce, son ellicacili;, selon lui, ne coDsistail (|iie dnus l'etîel des grâce:, cxtCricures et du providence, sans qu'il fftl Ix^Mitn d'une ci|iéralion invnicdintc vt particulière du Saint- Esprit. Il erovait que rcnteiidemciit, suQisammcut liclairé par les secours externes cl la r(*nexion, clétertninait la volonté à Taire le bien. Les attaques de Jurieu contre ce sjstème èlaieol foudécs.
seur au synode , qui se tint encore en Anjou l'an 1667. Pajon y disputa vigoureusement contre son adversaire et quelques autres, quinvaicut pris parti contre lui; le synode le renvoya absous. Ce savant, qui avait exercé le minisli'ire pendant seize ans à Marchcnoir , quitta sa chaire de Saumur pour être ministre à Orléans. Il mourut à Carré, près de cette dernière ville, en 1685.
Vers ce temps, il se flt une conversion éclatante dans le pays, ce fut celle de Jupin, ministre de Châteaudun. Elle fut commencée par un cordelier stationnaire qu'il allait entendre à la Madeleine, et par suite, par les conférences qu'il eut avec lui et d'autres théologiens du mCme ordre, résidant dans leur couvent de la môme ville. Le zèle du nouveau converti à In Uù catholique le porta à faire imprimer les motifs de son changement, en forme de petits traités sucrincts, sur tes principaux points controversés, qu'il adressa à ses frères dont il s'était st''paré, et qu'il eshortait à suivre son exemple; le tout formait un petit in-12, dont j'ai vu autrefois un exemplaire.
C'est avec justice que l'on regarde Châteandun comme le lieu de naissance de Timoléon Cheminais , quoique sa mère , dans un voyage qu'elle fit à Paris, l'y oit mis au monde le 3 janvier 16.Ti2. Etienne Cheminais, son père, écuyor par charftc , était aussi de Châteaudun , où il faisait sa résidence habituelle avec Marie Delorme , son épouse.
Timoléon s'attacha fort jeune aux Jésuites , ses maîtres , qui admirent dans leur compagnie, avec beaucoup de satisfaction , un sujet dont l'esprit mûr et solide ne pouvait que leur faire beaucoup d'honneur. Il prit leur h.ibit le 2lî septembre 1667. La piété était son guide dans toutes ses occupations. H ne travailla ii se rendre utile au public que pour être agréable à Dieu. Son premier emploi dans la société fut d'enseigner leshumanitésdans le collège d'Orléans,
inSTOIllR
CRsnite la rhétorique. Son talent pour la chaire s'étant dévoilé, on le fit passer à Paris et à la cour , où I» solidité de sa morale et son éloquence persuasive lui attirèrent autant d'estime que sa conduite édifiante. On perdit de ce que ses forces ne répondirent pas à sa bonne volonté ; sa mauvaise santé l'obligea de renoncer à un ministère t^cFalnnt , au grand regret de la cour et de la ville. Son Kèle néanmoins ne le laissa pas dans l'inaction; comme l'fiumililé en Taisait un des caractères, Il employait les dimanches à parcourir les campagnes pour expliquer aux simples les vérités ôvangéliques. C'était trop pour sa mauvaise constilutioti ; il succomba à ce travail le 15 septembre 1689, ûgé de trentesept ans. Des cinq volumes de sermons que nous avons sous son nom, il n'y a que les trois premiers qui soient de sa composition. Outre les sermons , on a encore du père Cheminais un in-12 intitulé : Senlimens de Piété, que l'on a critiqué comme étant d'un style trop brillant pour une matière où le cœur doit se trouver plus intéressé que l'esprit. Il n'en est pas moins vrai que l'un des principaux talens de cet homme, estimable à tous égards, était de savoir toucher (1).
On s'était pénétré dans ces temps de l'utilité des deai instituts de Vincent de Paul, béaliQé en 1729 et canonisé depuis. Ses missionnaires et ses sœurs de la eliaritû étaient désirés partout. Il fit entrc^ quatre de ces sœurs dans Tbâtcl- Dieu de Chateaudun . le 20 juin 1654.
La paroisse de Bazoches-en-I)unois fournit dans le siècle que je parcours, relativement au pays dont est question , deux vifs défenseurs de la religion prétendue réformée. Paul Lenfant , dont la famille l'tait Irès-ancirnne i Châ-
(1) Dei (goatre volumcc de sermons donné» sous le nom da pire CberainBia, il n'y a que les deui premiers volumes qui Micnlde sa composition, el nul aient âté revus par le père Bretonneau.
nu COMTÉ DE niNOlS.
teaudun , habitant et ministre dudil Bazorhcs , nCtaclié dans la suite à ta maison de Coligny , qui le Ol ministre de CKâ> tillon-sar-Loing , était un des docteurs les [ilus rij^oristes de son parti, et des plus opposés au catholicisme. Lorsqu'il fut passé à Chatilloo , il ne laissa pas que de venir assez souvent à Bazoches pour en ttnutenir le proche, qui ûtait un des plus fréquentés du Dunuis.
• II mit la main à la plume pourénumérer tout ce que ses préjugés et la science lui fournirent d'argumens contre ta niéthode pacifique du I'. Mainihourg, qui tendait à ramener sans dispute les Troleslans à la doctrine cnltiolique sur le mystère de l'Eucharistie. 11 a fait encore d'autres ouvrages qui ne sont pas venus à ma connaissance. Trois sœurs du marquis de Dangeau , dames de Hazoches, leur résidence , eurent constamment pour ce ministre tous les égflr>ls possibles. Elles lui avaient donné un grand clos joignant sa maison, pour en rendre le séjour plus supportable (J) ; le leur n'était pas plus brillant.
Anne d'Ergnoust do Prcssainville, ûfle du seigneur de Boissay, même paroisse, que la convenance de religion avait unie à Paul Lcnfant , te rendit père d'un Gts qui a iHé un des plus grands écrivains calvinistes. [1 nai^uitdans leur petite maison à Bazoches, le 13 avril 1661. On ne sait s'il fut baptisé dans le même lieu ou à Mnrchenoir, dont te ministre était plus en usage d'administrer le sacrement , ou enfin à Cfi&tcaudun. Ce qui est vrai , c'est qu'il ne fut pas baptisé par le curû de Bazoches ; it n'en est pas question dans le registre de la paroisse. Quoiqu'il en soit, on lui donna au baptême le nom de Jacques. Il eut son père pour premier maître dans les sciences et la religion. Il était encore
(1) On voil encore celle maison en enlrant à BaiocUes par le norJ. C'est une mai.^on couvant- de chaume,, que l'on trouTC ù ruain droile, el qui est peu (littincle des aulres liiibï la fions.
HisrolUt;
simple et son extérieur assez nèjjligé, mais il avait quelque chose do Qii dans la (tliysioiioinie , disent les historiens. Il escellail surtout dans la prédication , composait en maître , cl r4^tilait avec beaucoup de grâce- H parlait peu dans les cercles, mais ce qu'il disait était délicat et insinuant. La conlraUicliun ne le fâchait jamais ; il se contentait d'employer l'ironie, lorsqu'il j avait lieu de le faire à propos. Naturellement doui et bienraisant , sa générosité s'étendait jusqu'à ceux dont il avait le plus de sujet de se plaindre. Quoique très-attaché â ses travaus, il n'en avait pas moins de goût pour la société, et rarement it passait une journée sans y donnor quelques heures avec des amis dont le mérite réglait le choix. Celui des ministres Lenfaril n'a servi que trop longtemps h Taire persévérer dans leur religion une partie du peuple de Razoches et des paroisses voisines. On trouve encore dans ces cantons [1) plusieurs familles qui y sont attachées , plus par iiabiludc et par opiniâtreté que par véritable conviction. Quelques livres de la prétendue réforme entre les mains d'hommes iufluens et d'un caractère indisciplinable, y entretiennent parmi lesdeusseics un fanatisme que jusqu'ici le zèle des pasteurs n'a pu vaincre. Comme ils n'ont ni les talons ni ta hardiesse de faire dea assemblées ailleurs que dans les cabarets, ils assistent presque tous au service divin dans les églises de leurs villuges, mais avec un faus respect, surtout pour le Saint- Sacrifice, à l'éj^ard duquel ils n'ont point de foi. Du reste , ils se font un jeu , dans leurs rencontres de débauche , de blasphémer contre des exercices et des cérémonies auiquelles ils ne prennent part que par certainesconsidérations humaines (').
(1) A Boomevjlle, CormainTille, FonlfiDay, Goilbntillet Péronfille, VjlleneuTe-si]r-Couies|)éci(iit'iDeol.
(') Chi »cnt que le tvU a rnifitné iqi kiaU-6 ftuteiir flU^IclÀ de, LihrncI, v:t qti^il h*l pi» fart preuve du» ce piiHgtt àe U IflUraitcc qu'uu lip» i lui voir daiti l,4.*aucDupd'iuLfei rndiwli de
()tl COMTÉ DE HUNUIS.
Raul LeiiTant , outre le fils dont nous venons de parler, en eut un nuire qui eut le bonheur de se convertir à la religion catholique, et qui devint ihanuiiie d'Orléans. C'est un Tiiit tenu pour constant à Bazoches , qu'après sa conversion , il y vint au proche , et se présenta comme auparavant pour faire l'instruclion; que rassemblée, aussi surprise qu'jodigdéc de le voir commencer par le sfgne de l'inslrumcnt de notre siilut , ne douta plus d'une conversion qui Taisait déjà grand bruit ; qu'elle n'en ûl ccpeikdant aucun dans cette circonstance , par respect pour un de ses anciens docteurs , mais qu'elle se retira à la (lie, et laissa le prédicateur vis-à-vis de Iui-ni6mc. On tint conseil en dehors; plusieurs résolurent de rentrer par curiosité, pour juger de lu palinodie du ci-devant prédicant. La grâce le seconda. Son discours sur l'unité de l'église Bt impression sur quelques-uns, qu'il gagna à Téglise catliolique; mais le plus grand nombre sortit plus endurci que jamais.
L'année 1062 fut marquée par deux funestes époques. La disette des grains occasionna une espèce de famine pour les pauvres qui n'étaient pas en état de payer trente-trois sots tes neuf livres de gros pain (I). Des maladies épidéraiques en furent une suite et causèrent du deuil dans bien des familles.
Il y en eut un générât dans le Dunois l'année suivante , par la mort d'Henri II, son seigneur, airivée à Kouen , capitale de son gouvernement^ le 11 mai 16G3, cl de la manière la plus édiQantc , entre les bras du père Bouliours,
(1) Celte taxe ealcoubiaUe dam les regislTes de rhÔlel-de-Tille.
loa oufTif*. C*tt« iinpmnoD pèniLle eti , au rctti > prvwpit efftfcéc ftttr la ïecluta de l'ilifièi MjlTinl , aà il retid juittce , itcc UQi bonne ioi tittivc , k la moJéralion de »i adveriairca , oiodA* ration qu'il n*a paa su bnrtcr, el qui eJL pourUut indifpciiMble , mâoie à la meillBure deacàulca.
/iVaia ia Comcfflur.)
illStOlKE
jiésaite, qai en a donné la relation pour son premier ounogc (I].
Les habilans de Rouen , dont il s'était attiré l'anctlion . ainsi que toute ta noblesse de la province, auraient désiré lui donner une sépulture honorable au ntilicu d'eusi ; mnis, selon sa volonté qu'il avait exprimée , son corps fut apporté à Chflteoudun avec ceux de ses ancêtres. Son cœur fut porté dans la cbApelle d'Orléans , aux Céleslins de Paris. Le tout avait été embaumé d Rouen , où l'on avait rendu au défunt tous l'es devoirs de religion et tous les honneurs que l'on avait jugé convenables jusqu'à la fin du mois de mai. Enlin on se mit en marche pour le convoi. Le corps était entouré au moins de cent gentilshommes, tous pensiontiaires du prince, avec un nombreux cortège de ses gardes et de tous les officiers de sa maison . qui était une des plus brillantes du royaume.
Le clergé séculier et régulier de Chàteaudun , averti du jour et du temps de l'arrivée de ce convoi , alla au-devant, avec les paroisses delabunlieue, jusque hors les faubourgs, dans le chemin de Chartres, à l'exception du chapitre de la Sainte-Chapelle. C'était le 2 juin , et il était près de dix heures du soir, lorsque celle procession se rencontra avec le convoi vis-à-vis de la Boissière.
Les aumôniers présentèrent le corps , sans qu'on le descendît du char funèbre, au prieur de la Madeleine , comme le premier du clergé; il était revêtu d'une élole. Après le discours de celui qui présentait , et la réponse du prieur , celui-ci Qt les premières prières ordinaires; lorsqu'elles furent finies, les officiers do bailliage se présentèrent, et le .
(1) C*ett il ce père que le duc de Loogueville avail cooQé l'éducation deï deut princes ses fîts, ft qui la snrrivance de son gouvernemeiil était assurée, mais dont la change, îl cauK de leur bas-Sge, Tut exei'cée par le marquis, puis doc de Hontauster.
nu COMTÉ l»E DUNUIS.
bailH, s'étant approché du corps, Qt un pelit discours, aprèï lequel il voulut prciiUro rang immédiatement derrière le cliar funèbre; la noblesse s'y opposa, et il se retira avec su compagnie. Alors la marche commença- Cent pauvres , revêtus de robes grises , marchaient les premiers , ayant chacun une torche à la main. Suivaient les gardes du prince et tous les ofliniers à clieval , portotit chacun un flambeau de cfre blanche. Ensuite le clergé dans son. rang ordinaire. Les pages à cheval , la basse livrée à pied , étaient autour du char qui portail le cercueil , tenant aussi des llambc<iux> Li's quatre premiers châtelains relevant de la tour du château , prirent les quatre coins du poêle et étaient à cheval. Immédiatement derrière le char, étaient le capitaine des gardes et les écnjers du défunt. La noblesse de Normandie faisait une file du côté droit, et celle du Dunois, qui avait fait honneur à l'étrangère, en faisait une autre à gauche. On arriva duns cet ordre à la porte du château , où le prieur de In Madeleine présenta te corps au prévât et chapitre de la Sainte-ChapeJle , qui le reçurent avec le discours et les cérémonies convenables , et le conduisirent dans le chœur de leur église , tendue et illuminée. It y eut des ecclésiastiques et des officiers pour le garder le reste de ta nuit avec la décence convenable.
I^e service des obsèques fut fait dès le lendemain. Le ménaoire que j'ai là ne détaille pas l'ordre ni la qualité des assistons, mais il raconte que l'oraison funèttre fut prononcée <lan3 la grande salle du château , qui avait regu une décoration analogue à la circonstance. Il ne dit pas si le corps y fui transporté à cet effet , ce qui est probable. On avait choisi cotte salle comme plus grande que l'église, pour contenir ceux qui avaient droit d'y assister, ainsi que ceux à qui on le permit. L'absoute se flt ensuite, elle corps fut descendu dans le caveau de la Sainte-Chapelle.
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inSTOIRlî
Comme il y avait eti des difllcultés entre les Normands, qui avaient voulu garder leur gouverneur et lui donner la sépulture, et les Dunois, qui ne voulurent pas céder le droit qu'il leur avait laissé de le réunir à ses pères , il fut fait, cntr'autres, une petite petite pièce de vers au sujet do ce débat. Elle formait deux parties : dans la première, le poète, qui montre plus de marques de bonne volonté que de talens poétiques, fait parler la ville de Châlcaudun à celle de Rouen , qui répondait danslaqualrièmc et dernière strophe de celte partie :
• Lalssei-moj ce précieux gage, t Et perineltez, pour mon repos.
g Que l'bonneur d'eurermer ses os a Console mon triste veufvage. >
Dans la dernière strophe de la seconde partie , qui et^t toute en réplique à la ville de Rouen , il faisait parler ainsi celle de Châteaudun :
1 II me Tut d''un (trand préjudice
• De l'allacber è Ion serTJce;
■ Tu sçais rbeur qui l'en est resté,
• Ah 1 tu me veux ravir Is cendre 1 » Au lieu ([u'il aie le Tallait rendre
• Tel que je te Tavais prêté. •
La princesse, seconde femme de Henri II, lui avai( donné quatre enfans : deux tilles , dont la plus jeune fut appelée mademoiselle de Dunois ; elles moururent dés leur enfance. Des deux Bis, l'aîné , qui fut Jean- Louis-Charles d'Orléans , né le 12 janvier 16V5, porta le litre de comte de Dunois dans son bas-âge. Il fut prêtre, et dès qu'il eut pris l'habit ecclésiastique, on le nomma indifféremment l'abbé de Longueville ou l'abbé d'Orléans.
Le second était venii au monde pendant les troubles et dans l'hôtel-de-viUe de Paris , le 29 janvier 1649. La princesse, sa mère, s'y était mise en otage, comme nous l'avons dît, pour servir de gage à la ville, de la Hdélitédes
princes ses frères et de son miiri. Les parisiens demandèrent à celte princesse que leur ville eût l'honneur d'être marrame, et même parrain du nouveau-né, dans leur hôtel commun. Ils ne pouvaient mieut flatter la duchesse, qui reçut lear politesse avec la plos grande satisCnclion. Il n'y a pas de monumens juscjoe là qui indiq,ucnt qu'on eût vu une ville nommer un enTant. Le prévôt des mnrchands et les l'-chevins, avec la duchesse de Bouillon, qui tenait aussi appartement à l'hôtel-de-ville , pour la mSme raison, conduisirent l'enfant à Saint-Jean-en-Grèvc, où ils te tinrent sur les fonls . comme chargés de procuration de la ville, dont ils donnèrent le nom à l'enfant, prt'cédé de cehii de Charles. Il fut appelé comte de Saint-Paul jusqu'à la mort de son père.
L'ahbé de Choisy nous apprend dans ses mémoires que Charles-Paris d'Orlùans était le prince le mieux fait , le plus aimable et le ptns magnifique de son temps. A Iciemple de son frère aîné , il avait été dans l'étnt ecclésiastique avec quelques bénéfices dont fl se démit pour prendre le parti des armes. Il ne tarda pas à se faire remarquer dans ce nouveau métier. Il y avait entre son cousin Icducd'Enghien et lui , une émulation qui faisait quelquefois dégénérer sa vivacité en pétulance. Elle était cependant assaisonnée d'un air d'aisance qui ne Faisait qu'augmenter la haute idée que l'on concevait de ses talens , et entretenir la complaisance avec laquelle le public avait leayeus attachés sur ce jeune héros dont la renommée ne tarda pas h percer dans les état* voisins. Cetoi de Pologne était prêt de lui oITrir sa couronne par la déposition du roi Michel , lorsqu'il courut à sa pert4! au passage du Hhin, l'an 1673 (I).
Il revenait du côté de l'Issel, où il était en partie, lors-
(1) Il «'était signalé spécialemoil dans la guerre de 1667, e( en Candie en 1669.
IIISTOIKE
qu'on comtniatujii ce passage tant vanté. Le prince (lcCon(|ti était entré dans un bateau pour passer ce fleuve , quand Chartcii-Parjs arriva sur ses bords. Le bateau du prince démarrait; il entendit son neveu qui criait qu'on l'attendit, ou qu'il allnitse jeter à la nage. Le prince de Condù, Irèsr persuadé qu'il n'en ferait pas ildeus fois, s'il n'Otait écoulé, et craignant que son chcvol, exténué de fali:^ue par Sâ course, ne répondit pas à l'intrépidité du niattrc , Qt relourner à terre et le reçut avec lui. A peine ful-il à l'autre Ijord que , par une bravoure imprudente , les deux émules, je veux dire le duc d'Engliicn et lui , coururent à toute hridcsur les ennemis vers Tolhuis, et les insultèrent à une barrière défendue par un régiment frison. Le futur roi de Pologne j' succomba le 12 juin, et lit perdre une partie du fruit d'une action qui devait rendre la France maîtresse de ta Hollande (t).
L'Europe le regretta, et la Pologne en particulier. La princesse sa mère ne se consola de sa perle , dit l'historien de Port-ltojal, qu'en apprenant qu'avant que d'entrer en campagne il avait fait une confession générale aux Chartreui. Il laissa d'une femme mariée un fils naturel que le roi Louis XIV Ot légitimer en 1672, sans nom de mère , pour préparer à ce qu'il avait envie de faire dans le mému genre et qui le regardait personnellement. Ce Gis légitimé fut communément appelé le chevalier de Longueville, et fut tué par ni^cident à Philipsbourg, le 30 octobre 1C88, le lendemain de la prise de cette ville.
Après la mort de Charles-Paris d'Orléans, le Dunois passa en propriété à son aîné, qui était prêtre , sans avoir le mérite de son cadet. On lui donne même un esprit fort
(1] Je crois ifu'il a été inburnd aui C6lcslinsdc Paris le 3 août Burvanl, jODr où ton ofaiKiti fuoC'brc y Tut prononcé par Gilbert de Clioiscul , ÉTêquc de Tournny,
DU COMTK I>E DUNOIS.
borné. Il avait pris dans sa jeunesse l'habit des Jésuites, 6t ce ne fut qu'après Ôlre sorti de chez eus qu'il reçut la tonsure. La curiosité le porta à faire le voyage de Uoine, où l'on se fil un honneur, à cause de sa nnissance, de tui donner Ih prêtrise l'an 1669. L'évoque d'Aleth, un des premiers loiiseillers-directeurs de lei princesse s;i niére , crflignant qu'il ne se pervertît dans la capitale du monde cliréticn , l'en Ht charitablement retirer par les sollicitations de ladite princesse, à qui son fils n'osa déplaire.
Il reprit le chemin de ia France , où peut-C-tre ses liaisons réglées par celles de sa mère , l'empêchèrent de inire un chemin convenable h sa qualité. Il survécut à son Frère de douze ans, et mourut , après quelques années de démence, dans un couvent de Bénédictins près de Uoucn, lei l'évrier 169V. H fut le dernier mâle de la maison d'Orléans-Dunois- Longueville.
On dit qu'en 1673 il avait disposé du Dunois pour qu'il passai , .iprès sa mort , à Charles-Louis , son neveu légitimé, dont nous avons parlé. 11 cassa son testament avanl que de mourir, et en fit un autre à l'avantage de Marie d'Orléans, sa srcur du premier lit. Ce dernier testament occasionna un procès, que M. d'Aguesseau, rapporteur, di.sail être la cause kl plus immense qui eût été portée à l'audience. En effet , on deux plaidoyers elle occupa cinquante-cinq audiences du Parlement, dont siï pour tes rapports.
Marie d'Orléans avait été mariée le 22 mai 1657, avec Henri il de Savoie, duc de ISemours, de Genevois et d'Aumale, marquis de Saint-Sorlin et de Saint-Rambert , qualités et biens qui lui étaient échus en 1652 , par la mort de son frère, Charles-Amédée. 11 avait jusque-là vécu dans l'élat ecclé.siastique , attendait ses bulles pour l'archevêché de Reims, auquel le roi l'avait nommé , et avait n>ôme été reçu pair de Franco , comme titulaire de cet archevêché ,
HlSfOlKE
cl il Qvail présida eu relie qualilé à une assemblée Ju clergé . Il laissa son épouse veuve sans ctiTaiis, le H janvier 1G59.
L'o|)ulenle succession tie ses frères ne changea rien de h noble simplicilé avec laquelle vivoil celte dame dévote cl attachée à Porl-lloyjrl. Son esprit brillant nugmciitait le respect que lui nltiniit d'abord son extérieur simple et modeste. Tout était biou conforme à son rang dans sa maison. Elle élail pli^iiie d'altenlions comme de générosité pour les autres, mais de la plus grande inditlércncc pour sa personne.
Le Dunois avait beaucoup souffert le 10 juin 1683. par une grêle consïdéruhle suivie d'une pluie evtraurdiiiaire. Le dégftt fut immense dnns les campagnes, et foules les prairies furent perdues. Une nmilleure récolte, le plaisir peu commun d'y voir Bn rut, elFaça le souvenir de ces pertes. Au mois de septembre suivant , Louis XIV, accompagné de la reine et de sa nombreuse cour, traversa Chdteauduii pour aller à Cbambord. On dit qu'eu y arrivant, il fut flatté du point de vue qu'on aperçoit de la route h la haulcur de ta Boissière , cl qu'il lit arrêter pour en jouir. Pendantes temps, on joignait dans la ville, au bruit de ses petites pièces d arlilleFie et de ses boîtes , 1^ son des quarante deux cloches de ses difTérenles églises. Les deux compagnies bourgeoises formèrent la haie dairs le faubourg, depuis la porte jusqu'à celle de la ville nommée d'Amont, et en dedans de la ville jusqu'au château. Le corps de ville présenta les clefs de la porte du faubourg. Ce même corps et tous Ifs autres de la ville furent admis à rendre leurs devoirs au monarque. Les illuminations, les festins entretinrent la joie dans ta ville jusque bien avant dans la nuit. Le roi n'y coucha qu'une nuit. Le lendemain, il prit la route par Blois, après avoir entendu la messe dans la Sainte- Chapelladu palais des comtes où il logeait, et avoir accordé
DU COMTÉ I>B OUNOIS.
[<1 grâcti à un liabilant détenu dans les prison» pour crime. Ce moimrfiuc n'élait pas disposé à en faire aux Calvinistes pour Ccsprcice public de leur religion. I! 6t raser dans l'année suivante leur proche de Châleaudun, vis-à-vis Saint-Lubin. Celte expédition déconcerta beaucoup le parti réformiste qui était en grand nombre dans cette ville et fliiRstout le [laj's. La dragonade et la révocation del'éditde Nantes en 168j . le mirent tout-à-fait aux abois. Il y en eut un grand nombre <|ui prirent , les uns la route d'Allemagne, et surtout du Brandebourg, d'autres celle d'Angleterre (1). Ce qui resta de ces sectaires dans la ville attendit des temps qui leur fussent plus favorables pour faire des assemblées , mais sernHement, dans des maisons particulières et sans ministres d'olTices. l! n'y avait plus après l'incendie qu'une petite partie de trois familles alliées cntr'elles qui fissent profession de cette religion à Cliûteandun , savoir : des Lcmairc. des Bigot et des Baichct, ces derniers originaires de Mer (2). Ils flrent pour la dernière fois la cérémonie de la Cône, le soir du jeudi saint de l'année 1725, chez le sieur Michel Bigot, orfèvre dans ta maison que l'on nommait Coupe-Gorge (3), au carrefour de Saint-Aignan. ii la porte de la Cavée-à-Ia- Reine, et cela pendant la procession des frères de la Croix (k),
(1) La dédurulion du 23 avril IGSii, qui oLligtail les CaWiiiisles de se convenir el dû commun irr de la inuiu des prCtres, sous peine, après leur morl , d'Clre tralnétî sur I» cinie cl Jules A la vojcrie, ea lit encoie expatrier lieuuconp. Ceux tjtii rcviiircnL eiisuitu uL qui r^rustrcnl. du % saxameUtc aux ordonn^jnccs, ruretil condamnés â faire nmeiide lionorable, puis iiux (galères et leurs biens confisqués. On dit qu'il en sortit prt-sde cinq cent mille de France dan» ces époques.
(i) Ils sont (0419 devenus catlioliqucs depuis, excepté nn.
(3} Ce nom avilit ùtâ donné fi celte luaisan, parce que, quelques années aupnniTanl, Claude Dalvimare et Madeleine Biglai, sa Teninie, caL\inis(e<>f y avaient été assassinés pendant la nuit, et, à ce que l'on u présumé, par un Italiitanl de leur secte, qui s'expatria depuis.
(C|) La confrérie de la Croix a été instituée le 32 janvier 1708) dans U
HlSTOniE
On eut encore la satisfaclion de recevoir Louis XIV à Cliftteauilun , le 0 de septembre 1685. Il avait (ail une petite liaUe aux halle!» de Bonncvali en passant. Il ite fil pas plus de séjour que dans son premier voyage. Il coucha encore dans le château, et y entendit la messe le lendemain, avant que de partir pour Chambord.
L'arriirc-ban de Champagne ayant pris ses logemcns à Châleoudun le jour de la fêle de l'Assomption de l'année 1091, des valets de quelques oITiciers de ce corps, qui étaient logés dans la grande rue du faubourg de Sainl- Vatérien , dans l'endroit où elle portail le nom de rue de la Bouverie, et dans une auberge appelée la Harpe, donnèrent une grande frayeur aux habita ns de ce faubourg et à toute la ville. Ils mirent par inadverlaiice le feu dans un grenier de celte auberge d'où ils liraient le foin; il se communiqua ù plus do cent maisons . à prendre depuis celle auberge, par le quartiiT de la Verlolinc jusqu'à la rue Chiirlraine, près le Saint- Sépulcre. Le roi, informé de cet
chapelle Gouterrainc de Sainic-Geneviivc à la Madeleine, pour cent conTr^rcs. Ce Cul 6 la fin d'une miEsiou roitcpcir Je |iÎTe Boiinetiii, jésuile, et ses conTrCres, squ3 l'aniorilû de Paul de Godet, ërfrjue diocésiiiii. On plcinla à cette occasion une croiï de bois ciIrOnmiiPot i5lcvéc, sur un montinu le de l'ancien rjuarlier du Guichet, liors la. ville, (]ui se nomme depuis ce temps le Cnluairc, Les, conrrtres, jusfiiic dans ces jours, allaient tous les premiers vendredis de cliaqne niuia, sur les ncurtieurcs du soir, lirocessioniicllcmcnt Taire leur station à celle crois, coriJutls [lar le prieur de la MBdcIciiie, supérieur-né de cttle confr(5rie. Les toufrùres ont à lu uiain chacun une lanterne de verre placée au bout d'un bâton proprement lourné, ce qui les a fait iip|ieter quelfiuefois por raillerie les Trèrcs laïUernicrs.
A regard du monticule sur tei|ni'l ou aviiit plac<i la croit, il arail servi prôcédcmraent â enterrer les corps des calvinislcs (|ui dî-eiidaicnl à l'Udtel- Dicu, et d'autres du menu peuple. Comme les magistrats uc fuisaicnt pas Ciccuter à la rigueur la diclaruLioD du 29 aVril 1630, coDlre ceux qui refusaient les sacrcmcnsà la mort, la populace dùterrait quelquefois des cadavres dans l'endroit dont je parle, et les traînait par les rues jusque dans la champs, ce qui m'a été assuré par une personne Irèg-àgée qui l'avait vu. On laissait les eufaus^ prendre la uicillcurc part & ces horreurs.
DU COMTÉ UE l)lIi\OIS.
accident, déchargea ceux qui en avaient souffert de toutes impositions pendant neuf années , et fitrlistribuer un millier d'écus entre les moins aisés. N, de Creille, troisième intendant d'Orléans depuis leur création , fut chargé de veiller à la reconstruction des bâtimens détruits, qui ne fut encore faite qu'en bois.
Un froid glaciîil qui se fit sentir dans l'automne de 1Gt)2, ])erdit la vendange ; les autres fruits en souffrirent Ijcaucoup, et ceux qui n'avaient pas été cueillis avant le mois d'octobre furent entièrement giïlés par des nei^îcs étonnantes qui commencèrent le onze de ce mois et durèrent plusieurs jours (1),
René Fesdé, dont le mérite, dit Baillet, ne peut ôlre inconnu qu'à ceus qui n'ont pas eu connaissance de son /èle pour lii philosophie cartésienne, fut installé dans celte année 1092, dans la charge de maire de In ville de Châtcaudun , sa patrie. Il y était né sur la paroisse de Saint- Vnlérien , l'an 1G39. Après avoir commencé ses études avec succès dans le lieu de sa naissance , il les alla continuer à Paris. La philosophie devint son étude favorite ; à la sortie de cette étude, l'csdé choisit la médecine; il fut re^u docteur dans la faculté d'Angers.
Paris est le séjour de l'esprit. René Fesdé y retournait assiducment renouveler et cntrelcnir les liaisons qu'il y avait formées avec les gens de lettres. Le savant Pierre Michon , connu sous le nom d'abbé Bourdclot, l'admit avec plaisir à l'espèce d'académie qu'il avait formée dans l'hôtel de Condé. 11 suffisait d'en Être membre pour Être reconnu universellement pour savant, tant on avait de confiance dans le goût du chef de cette brillante société. L'abbé Bourdclot était attaché à la maison de Condé, il y
(1) Il en résulta une cbosc inouïe jusque- ta à CUAlcaudun, Les pommes 6^3 veudirent trcnic sols Je quarteron.
IIISTOIRE
Dt conoaître Fesdé, et le prince Ecnri II qui assistait aux conférences savantes qui se faisaient dans son hûtel , le choisit pour précepteur de son CIs Louis, duc d'Engiiicri.
Le prince de Condé avait tant d'estime pour Fcsdé et pour ses taie ns, qu'il parla de lui à la cour. Il y (ut autorisé à se charger de lui offrir l'instruction de Philippe de France, qui devint régent. Ce futpeut-Ôtre pour se faire un mérite auprès du prince de Condé qu'il refusa modestement cette offre avantageuse. Elle lui donna occasion de travailler à faire an ingrat. Le prince le consulta sur le choix d'un sujet capable de remplir la place qu'il refusait; il indiqua Guillaume Dubois, qui fut agréé et qui devint le cardinal si connu sous ce nom.
Jcan-Baptisto Colbcrt, ce ministre qui a tant contribué à la gloire de la France, employa René Fesdé pendant quelques années à faire des recherches pour l'histoire dans les archives répandues dans le royaume. Ce fut en feuilletant celles do Saumur qu'il y trouva ce que j'ai rapporté de Thibaud-le-Tricheur, touchant le château de ChftteauJun. r.cs cstraits de ce travail historique sont restés dans la bibholhèque du roi.
Il avait fait aussi un mémoire sur les corrections à faire dans les anciens poètes latins; il le remit au savant Etienne Baleuze, ce qui fait voir que Fesdé n'était pas un homme d'une seule science.
Les principes de Descartes avaient tant d'attraits pour lui, qu'il travailla à donner, en 1683, l'édition ta plus estimée des méditations de ce philosophe. Elle fut imprimée à Amsterdam. Elle a été renouvelée en 1686, avec une traduction française qui est do Monseigneur Charles d'Albert, duc de Luynes.
Il est assez surprenant, après ce que je viens de dire de Fesdé, que sa fortune se soit réduite à obtenir gratai-
DU COMTE i)E IHNOIS.
(ctreiit la charge de maire de ville de CtwUeauduii , où il a exercé , quoique 1res- peu, In médecine. On a beaucoup vanté sa fermeté darts sa cliorge, surtout vis-à-vis des troupes auxquollos il ne piissuil aucun des abus préjudiciables aux babitans, et qui étaient Irès-eonimuiis dans son temps, spécialement certaines exactions. 11 en lira raison de Façon à se faircconnaîtrc el détester de tous les régiracns.
Les charges municipales ayant été supprimées , et Fcsdé craignant, par la suppression de ses privilèges, le ressentiment de plusieurs do ses concitoyens vis-à vis desquels sa lermelé avait quelquefois dégénéré en dureté, il crut qu'il devait solliciter quelque chose qui le mît à couvert de ses craintes , par le crédit qu'il croyait encore avoir auprès du cardinal , qu'il avait poussé sur le premier degré de sa fortune; il y fut trompé. Quoiqu'il eût entretenu par lettres une correspondance avec l'homme en place, on refusa de l'introduire dans son appartement. Il se persuada d'abord qu'il ne devait cetlc première mortillcalion qu'à la consigne des domestiques mal instruits , et son caractère le fit courir à une autre plus sensible. Il franchit brusquement les barrières et perça jusqu'au cabinet du ministre, trop élevé pour Hre reconnaissant, et qui lui dit en lui tournant le dos : a Quand je ne veux pas être vu , je ne veux pas élro » vu. »
Apres cetlc disgrâce, Fesdé, célibataire, et qui avait reçu la tonsure dans sa jeunesse, sollicita quelques anciens protecteurs » qui lui procurèrent un petit bénéflce simple , ponr lui donner occasion de pouvoir reprendre, s'il le voulait et honnôteraent, l'babit ecclésiastique, et te mettre au-dessus de ce qu'il appréhendait dans sa patrie, où il était déterminé de Qnir ses jours. On lui trouva les provisions de ce bénéfice à sa mort, qui arriva peu de temps après, le 26 avril 1710. Il était Agé alors de soixante-onze ans. Il
IIISTOIUE
demanda d'ôtre enlerré dans l'église de Saint- Valiirion , quoiqu'il fût mort sur une autre paroisse, parce que cellelà était sa paroisse d'origine. Il y futinliumé dans te chœur, devant le trésor, où Ton a atlaclié une épitaphe composée par Mouchart , maître de grammaire et d'lmmaiiitt5s, qui l'a remplie d'autant d'exagérations que de platitudes.
Ce l'ut sous ce maire et en lfi98, que l'on travailla à empêcher les monopoles qui se faisaient au marché de grains de Chatcaudun, en le changeant d'endroit. Il se tenait alors en dehors de reiiccinte, sur une place, près lu boulevard de la Porte-d'.\raont, devant le Lion-d Or, c'est-à-dire que cette place contenait une petite portion du terrain d'aujourd'hui, vis-à-vis la rue de Luynes, et les maisons vis-à-vis ladite auberge du Lion-d"Or. Des particuliers , domiciliés spécialement dans ce quartier, achetaient les grains des laboureurs dès leur arrivée, puis ils s'entendaient pour tenir la main et les vendre à leur prix. Ce marché fui transféré dans la ville, sur la place de Saint- André.
A l'exception de l'incendie de la majeure partie des lieux réguliers de l'abbaye de la Madeleine, qui arriva jiar accident la même année lGt)8 (1), il ne se passa rien de bien digne de remarque jusqu'à la mort de Marie d'Orléans, comtesse de Unnois , duchesse de Longueville et duchesse titulaire de Nemours, par son défunt mari. Celte mort arriva en 1707, dans riiôlet de Longucvillc à Paris, Cette dame était dans sa quatre-vingt-troisième année. On a vanté les qualités de son esprit comme celles de son cœur, le discernement de l'un relevait la générosité de l'autre.
(1) Le fi jauvier 1698, eiilrc qualre et cinq beurcs duiualia, le Teu prit dans l'inrirmcric de la Madeleine et brftia une grande partie tics dorloirs. Il y eut beaucoup d'cITels de pillés Cl quaDlIti!: de papiers bn'dés et perdus. Le Teu dura irais heures diius sa plus grande activité.
1>U COMTÉ DE DUiNOlS.
Néu grande selon le monde, elle fut humble devant Dieu. Ses richesses ne la porlùrent point nu Tasle, Elle fut charitable sans vanité, et en restant l'exemple de ceux de son rang, elle fit l'admiration (Je ses inrérieurs. Une habitude d'attachement pour tout ce qui sentait Port-Koyal a èlé le seul travers qu'on ait pu lui reprocher. La Sainte-Chapelle et Chûteaudun en général eurent parti ses largesses.
11 y avait plusieursannées que celle dame n'était qu'usufruitière du comté de Duuois: elle en avait fait passer la propriété à Louis-Henri de Bourbon-Soissons , fils naturel de Louis de lîourbon , comte de Soissons , et de la (llle du ministre de Sedan , par doualiori entre-vifs {1} en faveur de ce seigneur , qu'elle aËTecliorina parce qu'ilétait son cousingermiiin selon la nature. Elle l'avait Fait légitimer en 16'i.3. 11 était dans l'état ecclésiastique et abbé de la coutume du Mans, lorsqu'elle travailla à sa fortune par deux actes qui lui faisuicnl plisser les biens de la maison d'Orléans-Dunois- LonguoviUe. Jl s'en servit , du consentement de sa bienfaitrice, ])aurquiller son étnt et prendre alliance, le7 octobre 1604., avec Angéliquc-Cunégoiidc de Monlmorency-Boutleville-Luxcmbourg.
Louis-ticnri de Soissons, qui avait pris la qualité de prince de NeufuhtUel à son mariage, mourut chez la duchesse de Nemtiurs, le 8 février 1703, Louisc-Léontine-Jacqucline, dite AJademoiselle de Ncurchâtel, et Marie-Charlotte, la seule qui resta des deux Qllcs de ce comte, se trouvèrent eu possession du comté de Dunois, sans aucune contradiction , à la mort de la bienfaitrice de leur père. On ne leur fit pas la même grâce pour la principauté de Ncufcbâtel, qui fut réclamée et adjugée à l'électeur de Brandebourg , roi de Prusse.
(1) Ce fut par le contrat de marispc de Louis, passé IcO octobre 1694, avec substitulion aux cnfans du dunatairc.
ItlSTOlUE
Une grûlu pruJigieuso qui tomba le [h^ !)Cptembrc 1708, fit tout le dégilt qu'elle pouvait l'aire dans celle ssaison , à trois lieues à lu ronde de Cliiltcaiidun.
Le Duuois souffrit comme toulola France des blés gelés eti 1709. Cependant les aumônes y furent abondantes et bleu aduiinislrées. Il en fut ffiil une à titre de Rmdalion perpétuelle à Cliâteauduri. qui mérite qu'or» se souvienne de la bicnffflilricc : Uranie Maury , épouse en premières noces d'Elieniic-ïlossiguoI, i>résii!eiil{lcréteiiion, et en secondes (le N. de Mériul, commissaire des guerres, outre Targenlerie qu'elle donna à l'église de StiiiiL-I'ierre , sn paroisse, y laissa un fonds assez considérable sur lequel il f*st pris parrhncun an, en suivant sa volonté, deux cents livres pour marier un garçon et une lille pauvres de Chùleaudun , en donnant la préférence , premièrement, à ceux de sa famille qui seraient dans le cas d'en avoir besoin, ensuite aux pauvres de la susdite paroisse de Saint-Pierre. En l'année 1710 eut lieu le mariage de Louise-Léoutine-Jacquclinede Bourbou-Soissons, comtesse de Dunois, vicomtesse de Cliftleaudnn. dame de Noyers, deChaumont, etc., avec Charles-Philippe d'Albert, due de Luynes et de Chevreuse, pair de France , comte de Monlfort , seigneur de Boniiétable, Coulommiers, Boncnil, et marquis de Dangeau par Maric-Anne-Jeanne de Courtilloii, sa mère, lille unique de Philippe de Courcillon. Leur union fut rompue le 11 janvier 172! , par la mort de ladite dame de Dourbon , qui n'était encore que dans sa vingt-cinquième année : elle était née ou mois d'octobre 101)6.
Mcssifc Marie-Louis-Gliarles d'Albert, leur fils, aîné de deux filles mortes en bas-Age, n succédé à sa mère dans io comté de Dunois et ses autres liens. Le duc, son père, lui a laissé les sien» par sa mort arrivée dans sa terre de Dampierre , le 10 octobre 1758.
I>U COMTE m nUNUlS.
Ce seigneur , connu sous le nom de duc de Chevreuse , et qui esl duc de Luynes, de Montfort, pair de France et gouverneur de Paris, esl né le 24 aviil 1717. Il fut Tail mestrc-de-cvmp d'un régiment de cavalerie de son nom en 173^, mestre-de-camp généra! des dragons en 1736, lieutennnt-gi''néral des armées du roi le 1" janvier 1748, et coloncl-gL'néral des dragons en 1754. Il n fait, cntr'autres, les campagnes do f73Vet 1735. Il était à l'escalade de l'rague en 174.1. Il s'est distingué à Sahay, où il reçut quatre blessures étant à la tête des dragons, qui battirent les cuirassiers de l'empereur. L'année suivante, il s'est trouvé à la défense de Trague et à la dure retraite de Bohême. Il n'a manqué aucun des sièges faits ni aucune des lialitilles données pendant ccUc guerre, terminée en 1748, parla paix d'Ais-ta-Cbapellc.
Marié le 25 janvier 1735 avec Thérèse-Pélagie d'Albert, princesse de Grinbcrgheii , sa parente, il on est resté veuf sans enfans, au mois de juillet de l'année suivante.
Une seconde alliance , contractée le 27 avril 1738 , avec dame Henrietto-Nicollc Pigiiatclli d'Kgmont, Olle du duc de Gueidrcs et de Juliers, prince du Saint-Empire, dame d'honneur de la reine, a rendu M. le duc de Chevreuse père de Cliarles-Marie-Léopold comte titulaire de Dunois, mestre-de-camp du régiment, colonel-général de dragons, qu'une mort prématurées fait regretter avec justice (I); de Marie-Pauline-Angélique, née le 7 septembre 1744; de Louis-Joscph-Cliarifts , appelé le comte d'Albert, et duc de Luynes depuis In mort do son grand-père; enfin de Pauline-Sophie, née le 16 décembre t75fi.
(1) Il eit mort & Xavcmondc , le la avril 1758, dans la di:i*huitlè(iie année de son âge, marchant sur les Irace» do son père, de façon à ee raire presque autant rcgrcUer que celui-ci esl aimé et esliffiè, cl à prouver qu'il méritait la survivance de coloiicl-gt^néral de dragons que le roi lui avait accordée le 1*'' janvier 1756. Le nom de Dunois qu'il portait le rendait plus cher à Cliûleaudun.
HISTOIIŒ
On peut consulter le poi^mede la hotaille de Foiitenoi, por M. Arrouet de VoUaire , sur le mérite militaire de M. !c duc de Clicvreuse , dont la valeur comme la miigtiificencc s'est fait encore admirer dans la dernière guerre en Westplialic. C'est à Paris à rendre justice à la sagesse de son gouvernement. Ce seigneur est mortdansson hôtel à Paris, le 8 octobre 1771.
(•] Le duc de Chevreuse était encore sous la garde-noble du duc de Luynes , lorsque Cliâteaudun fut aQligé, le dimanclie 20 juin 1723, par un des plus alTrcui cmbrûsemens que cette ancienne ville ait essuyés. On assistait aux vi^prcs qui se disent h dcui heures dans les paroisses , lorsque les enfans de Louis Cli-mont, vigneron (I), dit Le Beau , mirent le feu dans la maison de leur père, rue de l'ÊguilIcrte, dite aussi de Jallans, paroisse de Saint-Valérien (2). Ces petits itmocons imitaient les cérémonies de l'église , et malheureusement ils poussèrent l'imitation jusqu'à se servir d'une lumière qui , dans un quartier rempli de maisons couvertes en chaume , fut bientôt l'instrument du désastre de ta majeure partie de Chiiteaudun. On fut averti à temps pour s'opposer aus progrès des premières flammes; l'alarme se ût entendre ditns un instant aux portes des églises ; le tocsin sur la grosse cloche de Saint- Valérien la (ît passer au loin dans la campagne, mois, en
(1) On les jurnomine actuctlemenl ClémciU-Br&levilIc.
(3) En allanfèi Jallnn;., à luarn gauche, un peu au-deU du carrefour fornié )iar ladite rue et celles de la CItninherie et du Saulmon,
(*) La rclalion de ce Irtip cAR'lire ètèticmeitt est iino de ctLIei ou )*aî du rpnpecttr le ptui qj'il m'a itè pottiMe le foiiil cl la forme du riciL On no iVlonncr» donc p^int que je n'aie fait diiparaîlre ni Ica embarras du ■E^lcf ni Ici iuppoiilloni impo«»îfalra, ni mime les critique» peut* 6lrc imraèritèeB de notre auteur. Je ne me ruît pai cru le droit d'altérer , même four la rendrt plui juite , cette rieille chrenîtiue du paya* Ce icra à la aagesK du lecteur à r^'dutre à leur juste valeur cei récriminatioui à l'aidu des^iuellvi netre nature imparfaite umLIc cbercher 1 M coniolir de mi dénttici.
/.V(j(f tla Citmcttur,)
peu d'heures , tes flammes l'annoncèrent à plus de dix lieues à la ronde. On ne manqua pas de bras pour arrêter les ravages de l'élément destructeur, mais la vérîté m'oblige de dire que l'on manqua de tète, et que rien ne fut plus mal enfante cl plus mal conduit que les cspédiens que firent mettre en œuvre ceux qui avaient droit de commander. Le bailli se défiait de sa fermeté comme de ses talens en pareille occurence, il n'osa paraître. Au reste sa présence ou son absence devaient être également indifférentes , parce qu'il faut quelque chose de plus que l'hounêtc homme en pareil cas. Si le bailli ne fit rien, le maire et les autres oniciers municipaux eurent le malheur de ne pas bien faire. Ayant aiïaire à des maisons presque toutes de bois jusqu'à leur couverture et manquant d'eau . on eût dû recourir à la sape, mais non pas en s'attachant uniquement, comme on tît tant de fois, à celles qui élaienl déjà iittnquées ou à celles qui les joignaient hnmcdialemcnl. Des cirorts inouïs furent donc prodigués en pure perte, et toutes les entreprises déjouées par l'activité du redoutable élément.
Plusieurs ont assuré avoir vu que les cavaliers de deux compagnies du r(!'gimcnt Koyal-Arlillerie , qui étaient en garnison dans In ville et les faubourgs, et que l'on avait fait mettre sous les armes pour contribuer au bon ordre et forcer les spectateurs indillérens à mettre [a main à l'œuvre, avaient fait tout le contraire. 11 est vrai qu'ils n'étaient pas sous les ycuï de leurs officiers ; ceux-ci étaient tous à Droué à prendre part ans comédies, aux bals et aux festins dont la marquise deFiennc les régalait. On a ajouté que ces cavaliers avaient mis le feu à plusieurs endroits du faubourg de Saint- Valérien, pendant que la multitude était occupée dans le quartier où te feu avait commencé ; mais c'est un fait dont je n'ai découvert aucune preuve convaincante. Il est bien plus probable que les étincelles qui jaillissaient
IIISTOniE
des premières maisons embrûsi^cs causèrent ces désastres partiels . puisqu'il s'en éctiappa qui allèrciii réduire en cendres une écurie du moulin de Cholet, eu traversant les prairies et la rivière.
Quoiqu'il en soit, sur les sept tieurcs du soir, les llammes occupaient toute la largeur du faubourg de Saint- Valûricn, c'est-à-dire plus de deux cent cinquante loises de front. Celle pcrspeclive elTrayatite fut suivie de la plus {grande confusion parmi le peuple, étonnu de ses cITorls inutiles et rebuté de ne voir enfanter aucune entreprise cfTicace. Le découragement devint enQn universel, et on n'entendit plus que celle trop juste iamentalion : a Tout est perdu ! » On m'a assuré que, dans cesinstans, quelques-uns des magistrats commandans furent saisis d'une telle conslcrnation, qu'ils se prosternèrent par terre devant les flammes dans ta rue des Trots-Rois, vers l'auberge , en criant miséricorde. Peul-ôlre que la présence d'un picun ecclésiastique, chantre de la Sainte-Chapelle, chargé de la châsse de Saint- Ville, qu'il avait prise à Saint-Valérien, aida à cette action religieuse, dont on ne leur a pas tenu un compte favorable. Ce dignitaire , de l'agrément du curé , avait déjà, en plusieurs endroits, fait la cérémonie de présenter celle châsse devant les flammes . parce qu'il savait qu'on l'avait pratiquée avant lui.
De ce moment , on abandonna toute entreprise contre les (lammcs. On continua seulement à renfermer les meubles dans les caves , ou à les transporter hors de la ville. Il se commença pourtant un nouveau genre d'action, mais il fut aussi dommageable à plusieurs que les flammes même ; ce fut celle des rapincurs qui , sous prétexte de bons ollîces, les déchargeaient de leurs effets pour les séquestrer h leur profit. Les cavaliers, sans chefs, poussèrent l'avidité jusqu'à forcer cl déboucher des caves dans les maisons où ils ju-
DU COMTÉ DE IlL'NOIS.
aso
geaieiit qu'il y avait les raeltteurs coups à l'aire. Cepeiidunt le Feu lonliiiuail ses progrés suns obsta<;tes. Il passa In première porte d'Amojit , appelée la Fausse-Porlc. crabrùsa les deux rangs de maisons qui étaient cuire elle cL la seconde, el qui formatent une petite rue que l'on noinmail lo Itûulevard. Ces maisons n'avaient que le rez-de-chaussée, et le pavillon de la porte de la ville était très-élevé(l), mais sa charpente Formait une saillie (2). Des jets de flamme s'élancèrent vers celte saillie , et pcut-ûtre avec quclfiues tonneaux d'eau eùt-on pu garantir cet édifice el s'opposer ainsi à la communiealion du feu à l'intérieur de la ville; les flammes des maisons du vieux Marelié-à-Blé réussirent à s'iusinuerdans le pignon oriental de l'église de Saint- André, quoiqu'elles en fussent séparées par des jardins et les fossés; ce fut la seconde cause du désastre de l'intérieur.
On peut juger de la situation des hahitans pendant cette nuit afFreuse, où tout était enibrAsemenl. Lt"s plaintes lugubres, les gémissemens entrecoupés , les cris perçaiis, les hurleniens mêmes se mêlèrent au fracas continuel ûa la chute dos édiGccs. 11 s'en fil un épouvanliiblc dans l'église de Saint-André. Quoique cette église n'eût que ses deux ailes de voûtées , différons particuliers l'avaient remplie d'effets de toutes les espèces ; des barils de poudre qui en faisaient partie , firent sauter la voûte de l'aile du midi. Ces scènes de désolation furent encore rendues plus sombres par un orage qui éclata vers ta fin de la nuit, et la pluie qui tomba avec abondance, au lieu d'éteindre l'incendie, redoubla pour ainsi dire sa fureur.
Il se Qt une espèce de calme sur les qualre heures du
(1) Le pavUton de cette porte éUvit gitusconsidér.ible fine celui qui reste sur la Portc-d'Abas. Ilâliiil surmotiLÉ d'uncIotijOM qui renferma il la cloche ou brlTroi de la Tille, sorvanl aussi de limbre A sau liorloge.
(2) Cette saillie des poutres était pour donner la facililé de jeter à couïcrl (les [lierres, eic , dans Icsstd'gcs.
IHSTOllUÎ
matin ; une pluie douce rappel» les cœurs à Dieu avec moins d'c^inolion. D'ailleurs il était sensible que i'activilé de rembrâscmenl n'était plus la même ; ses progrès étaîcnl lents el on les fixait enfin.
Ce fut vers l'église de Saint-Pierre que l'incendie commença à s'arrêter, par les soins des olfii'iers de Royal- Artillerie, à (jui la marquise de Fienne avait caché le mallieurde ChAteaudun jusqu'à la fin du souper. Ils étaient accourus dès qu'ils en furent inPormés, et firent opérer leurs soldais vis-à-vis de cette église , en leur Taisant enfoncer en ded;ins la charpente enflammée, de façon que le feu ne passa pas outre.
On abattit ensuite la boucherie qui était près le bureau des Aides.
Un charpentier (t) travailla de mftme et se fit écouter de force comme de gré, pour arrêter le feu à la rue du Collège, en commentant par abattre en partie sa propre maison , el de suite les combles de celles de ses voisins, en suivant vers Saint-Roch.
Les chanoines de la Madeleine , qui n'avaient rien transporté hors do chez eus que les saintes hosties , avaient fait faire des abattis de toutes les maisons qui étaient dans leur quartier. Ils préservèrent leur éptise et leur maison parce moyen. On travailla de môme ciTicacement d'un côté de la rue de la Cuirosseric. Enfin d'autres particuliers avaient de même fisé l'incendie vers le haut de la rue de Saint- François, et le feu ne passa pas au-delà de ces bornes , assignées à l'élément destructeur par le travail aidé de l'intelligence.
On commença à se rassurer dans les faubourgs du Val de
(1] Caudin, dont la raaiaon faisait le coin de la rue du Collège el delà Grandt-Tiuc ; celle Griindc-Buc pâ<s<ait où se trouvent aujourd'liui les cours du rang de moîsons de la rue Rojale qui regarde le midi.
nu COMTE DE nUNOlS.
SaitU-Aignan , de SaiiU-Métlard et de Saint-Jean , où l'on avait tout (Jclogô , et qui avaient essuyd pendant la nuit une pluie coulinuelle d'étincelles.
11 y eut d.ins cet incendie deux mille cinq cents combles de Mlimens Iriilës, sur quoi mille vingt-doux maisons ; le reste était des écuries, des cuveries et quelques granges dans le faubourg. Au nombre des édifices publics, on compte l'hôtcl-de-villc , au côté droit de la porte d'Amont, en entrant dans la (irande-Rue; les halles et l'audience du bailliage au-dessus , bïltiraent qui traversait de la Grande- Rue à celle du Pavé, appelée aujourd'hui dcLuynes; l'élection , dans le rang des maisons actuelles des chanoines de Saint-André, entre cette église et Saint-Pierre; trois églises, celle de Saint-André, collégiale, et celles de Saint- Pierre et de Saint- Valérien , paroissiales. Quant aux accidens, doux vieillards seulement furent viclimes : l'un, nommé Bernard, perruquier, qui, (Aché d'avoir déposé son argent dans sa cave, y rentra trop tard, la maison écroula sur lui; l'autre, un vieil huissier, aveugle, qui ne put trouver l'issue de derrière des écuries du Louis-d' Argent. Tous deux dans la rue de la Bouverie.
La perte fut estimée à troismillions quatre centsoivantequatorze mille livres. Elle fut énorme pour une ville qui n'était pas opulente. Les ressources devinrent très-rares, et les traces du malheur restèrent longtemps sans être entièrement effacées.
Si la nuit dont je viens de parler fut une nuit d'horreur, les premiers jours qui la suivirent offrirent un spectacle qui n'était pas moins pénible. Le défaut de vivres, joint à l'épuiseraent des forces qui s'étaient déployées jusqu'au prodige, avait changé en spectres des milliers de citoyens qui n'avaient plus d'autre toit que le ciel , d'autre couche que la dure, et d'autre pain que les larmes.
mSTOIHE
Eririii la Providenro , qui veilte à tout, mit en nctiori le zèle des BU. PP. Récollets, qui ouvrirent leur dépùt de charité et qui redoublèrent leurs l'ourscs pour procurer des soulagemens à tant d'inrortutiévS. L'iibbayo de Saint-A\it, les seigneurs des aleulours qui habitaient leurs châteaux , les fermiers, les particuliers mÔmes des campagnes . tous s'empressèrent h soulager ces malheureux jusqu'à ce qu'ils qu'ils pussent pareux-môraes trouver des moyens de fournir à leurs besoins.
Ln nudité n'ôtail qu'un mnl presque indilTérent dans fctte saison , et il éliiil cfTacé par d'autres plus pressans ; cependant des secours étrangers et des quêtes qui furent remis à un bureau commun, mirent en état de remédier à cet inconvénient vis-à-vis dos plus pauvres, avant l'arrivée de la saison rigoureuse. Je crois que ce fut spécialement à cet objet qu'on employa une portion de la quête que le pieux évoque diocésain Charles-François de Moustiers de Mérinville fit (aire dans toute l'étendue de sa juridiction ecclésiastique, en se dépouillant avec sa libéralité ordinaire, qui lui faisait prendre sur ses besoins mômes pour soulager le misérable. Le mandement qu'il fît imprimer à ce sujet, daté du 24. juillet, était une vive et sincère expression des véritables sentimens de son cœur , sur l'affliction de sa seconde église.
A l'égard des logeraens. plusieurs se retirèrent dans les bourgs et les paroisses voisines. M. le duc de Luynes ût ouvrir le château à toutes les familles qu'on y put loger. Les habitans qui n'avaient point été incendiés partagèrent leurs demeures autant qu'il leur fut possible. Les greniers servaient de dortoirs.
Ces moyens, quoiqu'abondans, n'étaient rien moins que suffisans ; une bonne partie des habitans incendiés restait à gémir sur les débris de ses foyers, et ne trouva d'autre
expédient que de loger dans les caves qui restaient entières. On en mît los entrées à couvert par de petUes charpentes qui portaient sur la terre, et quel on revêlissaitde chaume. Tout le faubourg de Saint- Valéricn lut rempli de ces tristes pavillons qui ont subsisté des années jusqu'à la réédification. Les soupiraux servaient de cheminées.
Les clianoiiies de la Snitite-Chapellc prÊlèrcnt obligeamment leur choftclle de Saiiit-Roch au curé de Saint-Pierre pt au peu de paroissiens qui lui restait, pour y faire le service divin. Ils en firent de môme quelque temps après envers le chapitre de Saint-André, lorsque les chanoines se furent rnssembiés. La chapelle de Notre-Damc-du-Chompdé étîiit la ressource nnturclle du pasteur et des paroissiens de Saiiit-Viilûrien. Ils y restèrent jusqu'à ce que leur fabrique fùl en étnt de faire rétablir la charpente de l'éplise paroissiale , où un ouragan jeta sur la voûte de In chapelle Saint-Jacques, l'hiver suivant, son grand pignon . qui la lit écrouler. Cette chapelle a été bien des années sans être réparée.
Comme il était d'une grande conséquence de ne pas laisser interrompre les marchés, on les fit tenir d'abord devant Saint-Médard et dans les rues qui y répondent- Ensuite un fixa celui des grains et du gros bétail en dehors de la porte du Guichet ; celui des moutons, où il se tient encore aujourd'hui, depuis Saint-François jusqu'à Saint- Valérien. Celui des denrées fut partage en deux , dont l'un se tint devant la Madeleine cl l'autre dans la rue de Saint- François , devant les Cordeliers.
La Cour ne tarda pas à être informée du détail de l'incendie presque général de Chûteaudun, Les bons offices de M. le duc de Luyncs, dont les abondantes charités à cette occasion méritent un souvenir reconnaissant, ceux de monseignenr le duc Louis d'Orléans , sollicités par les cha-
lllSTOlUÊ
noiues réguliers de Saiiite-Cenevicve, Ofenl obtenir les arrCls tes plus favorables pour le rétablissement de celte ville dans une forme symétrique. Tous les ministres s'y prêtèrent avec zèle. Celui de M. Dodun , contrôleur-général des finances, lut remarqué, cl c'est par reconnaissance que le bureau de la ville a fait donner son nom à une des nouvelles rues.
Les deux prcnaiersdeces arrêts du Conseil furent rendus dès le G septembre de la mémo année 1723. Dans l'un , Sa Majesté déchargeait tous les liabitans de Châteaudun. sans aucune exception, de toute imposition, excepté cinq sols par chaque taillable , pendant dis années , à commencer en 172i (1) ; elle ordonnait une quête générale pour la ville affligée, dans toute l'étendue du royaume, et lui accordait une somme de sis cent mille livres, qui fut imposée sur les vingt généralités des pays d'élections. L'autre concernait rétablissement d'un bureau d'administration , la nomination d'un architccle pour aller dresser les plans convenables, etc.
En conséquence de ce second arrêt, le corps de ville, dans une assemblée générale du 2;<l octobre suivant . élut pour administrateurs : Jean Frion , prieur de la Madeleine, N. de ÎVleaussé , seigneur d'Aunai, Jacques Coslé, bailli de Dunois, Pierre Goislard , lieutenant-général du môme bailliage, secrétaire du roi, Nicolas-Joseph Cellier, cidevanl maire, Alexandre Souchay , avocat fiscal, N. Chnrrault, capitaine de cavalerie, et N, (lermon , procureur du roi au grenier-à-scl.
Ilardouin, arcliitecle et contrôleur des bMimens du roi ,
(I) LVspmpUon fut prolon^te pour dit autres années, à l'tcWanct; des dix premifres, par un arrûl du mirae couscil d'Etat, du IG scpleoibre 1732. Cet arrtl pcrmcltail ù toutes personnes, au tout de ces viugt aus, de Latir a leur profit dans les bùtimcas qui seraient encore en ii]àsiir«, «ans qae les propriétaires y pussent prétendre à l'aTenir.
nu COMTÉ DE DUNOIS.
nommé par ta cour, vint faire lever les plans ordonnés par le conseil du roi , mais il ne fit qu'occasionner bien des préparatifs ruineux et des dépenses assez inutiles, et il ne réussit qu'à faire paraître nécessaire , pendant bien des années, la présence de quatre apprentis ingénieurs qui lui furent subordonnés.
Le plan cl les mémoires de l'architecte ayant été confimuniqués au duc de Luyncs, ensemble les actes d'assemblées du corps de la ville touchant les administrateur» et l'administration , puis remis au conseil d'Iillat , il intervint un arrêt du 7 décembre, mûme année, qui autorisait le tout et ordonnait spécialement que les nouvelles rues Rojale , de Janville, de Chartres et d'Orléans seraient de vingt-huit pieds de largeur, et les autres de vingt-quatre seulement; qu'il serait formé une place de soixante-quatre toises de longueur et quarante-sept de largeur, sur laquelle seraient construits d'une faron distinguée l'hôtel de-ville , le bailliage, l'électioti et le grenier-à-scl ; que les maisons particulières de ladite place auraient trente-deux pieds de hauteur à rez-pan , et tes autres maisons de la ville vingt-deux seulement ; qu'elles seraient toutes construites surlesolignemens du nouveau plan, môme celles non incendiées, qu'il faudrait à l'avenir reconstruire, à peine contre tes contrevenaris de voir jeter leurs façades à bas , à quoi les oCTiciers du bailliage de Dunois établis à CliAteaudun, étaient chargés de tenir la main ; ordonnait que les portes et enceintes de la portion de terrain dont on augmentait la ville du côté du faubourg de Saint- Valérien , seraient établis à ta tête de la seconde rue parallèle à la nouvelle place au levant.
L'arrêt portaitencorc qu'il serait fait un bassin et machine au puits de Saint-André , lequel bassin contiendrait au moins soixante rauids d'eau , et que lesdils bassin et ma-
IHSTOIRE
chine seraient entretenus à perpétuité par les habitans, et l'entretien adjugé devant les maire et échevins ;
Faisait dércnse de reconstruire aucunes faces de bâtimens en bois et de les couvrir en bardeau et ( liaume , tant dans les faubourgs que dans, la ville.
Le défaut de fonds a fait réduire la hauteur des maisons de la place et de la rue Royale à un rez-de-cbaussée et un atlique seulement au-dessus, et les autres à un simple rez-de-chaussée, selon la volonté des propriétaires.
L'hôtel-de-ville et Téiection ont été commencés et non finis. Le bassin pour l'eau a été fait et détruit sur la place de Saint-André. Le puits a élé élargi, et l'exécution de la machine a trouvé en défaut le génie des orcliitectes; ainsi l'arrfit que je viens d'extraire n'a point eu toute son exéeution.
L'onnée 1724 se passa dans les préparatifs ordonnés par l'architecte , c'est-à-dîre à raser les portes , les tours et tes murs de Ea ville, depuis Saitil-André jusqu'au Calvaire, au Heu de se contenter d'y faire des ouvertures, selon les aligncraens des nouvelles rues, à combler les fossés, à abaisser des terrains, à en élever d'autres, à diriger des niveilemens qui ont eu souvent besoin de corrections, âi ouvrir des carrières dans le côté du Val do Saint-Aignan qui regarde le nord, et au bout du faubourg de la Tannerie, quelques fois sans aucun fruit, à commencer l'oïploitation des bois (1) , etc., etc.
Toutes ces opérations étaient fort peu avancées au bout d'un an. Ce fut en 1725, qu'en conformité de l'arrêt du Conseil, du l"' octobre 1724, on forma dans le faubourg de Saiiit-Jean une pépinière royale qui a été assez mal entretenue depuis, et les fonds se trouvaient déjà bien épuisés
(1) Ces bois ont été pris surtout dans tes bais de Saint-Miriin, du Pelil- CUcoux, à FoDlaine-Raoult, au prieure de ia Chapelle-Vicomtesse, etc.
lorsqu'on 6t, devant l'intendant de la généralité, l'adjudication de la maçonnerie qui devait être faite à chaque maison par grslincatiun et aux frais du bureau d'administrolion [1). Elle fut arrêtée à trente livres par iliaque toise de gros murs des maisons, vingt-cinq pour celle des faubourgs, et quinze pour les maisons des vignerons qui ne devaient filre qu'en terre, et qui furent commencées si peu solidement, qu'ils ne se sont pas pressés de joindre leur dépense à une gratification qui n'aurait pas tardé à leur devenir préjudiciable. Do là vient que l'on a cessé l'exéculion des nouveaux alignemcîis dons plusieurs quartiers où se devait faire la reconstniclion de ces maisons, et que les vignerons ont rebâti sur leurs anciens foyers comme ils ont pu.
Les sommes déposées dans le bureau d'administration se trouvèrent épuisées au bout de quatre ans , quoique la biUisse fût bien peu avancée. On eut encore recours au roi qui, par un arrêt de son conseil, daté du 15 septembre n^T, accorda trois cent mille livres à prendre sur les pays d'élection. On Dt de suite une nouvelle adjudication des maçonneries, qui ne fut portée qu'à vingt-neuf livres au lieu de trcntc-sis , vingt-et-unc au lieu de vingt-cinq , et douze au lieu de quinze , pour les dilTérens murs énoncés ci-dessus.
Malgré cette nouvelle grâce de notre monarque , le rétablissement de Cbûteaudun est resté imparfait, parce qu'avec toutes ces gratifications et celles des bois dont on ne payait que l'exploitation et la voiture, mais chèrement, il en coûtait encore plus aux particuliers pour finir de rebûtir leurs maisons, qu'il n'en coûte aujourd'hui à ceux qui font tout à leurs propres frais.
(1) CeUe gratiGcation coasistait dan» (a façade de dcTant en titre de chaque maison, et i-peu-pr£s moiiiù des pau3 lalëraui.
IIISTOIUE
Comme l'église de Saiot-Valérien avait été la moins endommagée , grâce a ses bonnes voûles, elle a été mise li) première en étal d'y recommencer le service divin.
Celle de Saint-André n'a été Onie qu'en 1731, Le Chapitre a été aidé dans sa construction par le clergé, qui lui a donné seulement cent pislotes. avec exemption de déciraespendaritdixaas-,parM.Charles-FrançoisdcMonstiers, évéque diocésain, qui y a contribué de quinze cents livres; par plusieurs cathédrales, sauf celle de Chartres, par des collégiales et des abbayes. Ces secours ont monté a neuf mille cinq cents livres. Les épargnes du Chapitre , avec un emprunt de seize raille livres , ont fait le reste, excepté la petite chapelle à main-gauche près la tour, dont il a été redevable à son doyen Jacques Philippe, originaire du Grand-Perche.
L'église de Saint-Pierre a été la dernière rebâtie, parce que sa fabrique n'a eu d'autres secours que quinze cents livres de son évéque. La bénédiction en a été faite le 2 octobre 1735.
Les Itécollets ont suffisamment trouvé dans la charité des fidèles et dans des secours des autres maisons de leur province , de quoi rebâtir leur couvent , qui en avait grand besoin. Sans l'enlétcincnt d'un vieux provincial, mauvais architecte , le bâtiment eût été mieux entendu (1),
Celui des Cordelicrs a été mieux conduit (2) ; on l'a ré-
(1] Celte msisDD o élè Taitc en 1730. Le clotlre n'a étb reraliqu'ea 1767.
(3) En 1740, CCS deux maisons ii'aTaicQl rien souITcrt île l'ioccndic. L'orgue ciui était dans l'église de» Cordelicrs, vendu troîi mille livres au sieur Michaux, cUantrc de la Saiiitc-Chajicllc, où il l'a Tait transporler, a m\i.i. la con&lruclion de ce bâliineul. Le sieur Micbsui, Gis unique de René Micliaui, lieutenant dti bailliage de Dunoia, Élait Irès-iélé pour la dècoratioa de sa colliïgialc, dont l'orgue était peu de cliose. Il était charl» table autant qu'économe. Celte dernière qualité a souvent arrêté les projets que la [iicuiR-ic lui faisait cnranter. Eu mourant, il a laissé sa biblio-
duità moitié de ce que son ancien bâtiment contenait de terrain, et on a supprimé le cloître.
La Cour avait approuvé en 1737 et éiutorisé l'exécution d'un projet qui aurait pu rendre Chûleaudun une ville considératile par le commerce. C'était de faire porter bateau à la rivière jusqu'à la Flèche, où elle le porte déjà jusqu'à la Loire. Ce projet avait déjà échoué en 1690. Les habitans de Châlcaudun s'étaient unis alors avec ceux de Vendôme pour le faire goûter au ministère par leurs requêtes (1); elles avaient paru bien entendues, mais elles n'eurent pas reffet qu'on en souhaitait. Il a échoué encore après l'arrêté du Conseil de 1737 , par la mort de N. de la Porte, ancien fermier-général, seigneur de Meslay, près Vendôme. Il avait depuis quelques années pourvu à tous les préliminaires de celle entreprise, et contribué avec la Cour pour la conduire à sa tin.
Dans la môme année 17.37, Chàteaudun a été redevable ù M. et madame de Chevreuse et à M. le duc de Luynes. de l'établissement des frères des écoles chrétiennes dans le château. Ils leur avaient donné la terre de la llcurtemalle dans leur domaine de Dangeau , par contrai du 20 octobre 1740. Comme les frères ne savaient pas tirer parti de ce bien , ils les ont gratiHés autrement.
C'est à ta sollicitation des mêmes seigneurs que le roi acconia, au mois de juin 1739 , une somme de vingt-cinq mille livres pour réparer toutes les avenues de Chàteaudun ; l'emploi de celle somme , dans l'année suivante, lut regardé comme un don de la Providence pour soulager tes pauvres.
Uiëqiic qui nVlait ai obondaiiie ni rechercbte, moilié auxCortlcIiers et moUié aux Récotlels.
(1] Il n'anrait pat été moins avuntagcui aux commerçons d'Orléans , qui sont si souvent cl quelquerois si loogteraps sons poiuuir tirer parti de lii Loire, laiittit Imp haute ^ tantiit trop basK.
à qui il fiillail viiigt-ciiiq sols pour avoir rmuf livres de puin. Les remines cl lcsciif,iiis ùtaienl ailmîs à ces 'travaux et payés selon leurs forces. L'aimée fut si dure par la cherté des groins, après un hiver très-rigoureux , que révoque diorosaiti , Charlcs-Frain'ois de Monsliers , joignit à $a sollicitude charitable la permission de travailler les jours de Snint-Iean-Baptiste et de Saint-l*ierre, etc. Celte permission chiiqua heaucoup d'i(^norans et de superstitieux de tous les états. La Cour cependant pourvut h la misère générale, en envoyant une grande quantité de riz dans les différentes provinces, et en faisant faire des rôles dans chaque paroisse et des ta.\cs sur les citoyens aisés . pour assister les p;iuvres et les faire vivre jusqu'à la récolle de
Dans celte année 1741 , on fit une adjudication au rabais pour faire faire le ponl de Saint-Jean plus long et plus large qu'il ncst, et mieux aligné à la rue du faubourg de Clicmars. La difficulté que l'on éprouva à cause des sources, l'ignorance de l'entrepreneur et le bas pris de l'adjudication , empêchèrent l'exécution de ce projet , et le pont fut réparé sur ses ancicrtnes piles.
L'évêqac de Chartres était à Chàteaudun lorsqu'en 1744 on y Qt des réjouissances pour le rétabliisemetit de la sanlé de notre monarque. Le clergé, ainsi qu'il en use en pareil cas, l'invita à honorer U cérémonie en y oRiciant potitîûcalemcnt, ce qu'il fit. Le corps de ville le pria aussi de mettre le feu an bûcher sur la place. II y fut conduit de la Madeleine processionnelleraenl par tout le clergé. Le maire lui présenta une des torches portées par les gardes de la ville. On avait ajouté aux deux compagnies des milices bourgeoises qui assistent toujours à ces cérémonies, tambours battans , une compagnie de cavalerie de jeunes bourgeois et marchands en habits uniforraes blancs, pareraens
rouges. Celte compagnie commençait la marche à la sortie de l'égliiic , ayant ^ori étuiulurd cl ses limballcs ; les compa- {^riie.s. bourgeoises suivaient, puis le clergé; le corps de > ille avec ses gardes marchnit immédiateraenl après révoque. Le soir, il y cul un joli feu d'artitice sur l.i mfime place Itoyale.
Le nouveau plan deCliAleaudun avait occasionné dè^ les premières reconslruclions des maisons, des dilïicultés incvilaLiles et un procès entre les curés de ta Madeleine cl de Saint-Pierre, pur la confusion qu'il avait mise dans les anciennes limites de leurs paroisses , et celui de Sainl- Yaléricn , auquel ils ont envié tous deux uuc augmentation d'Iiabitans, si on l'eût laissé paisible possesseur de l'ancien terrain de la sienne. Le procès a été terminé par un arrêt du Parlement de Paris , rendu le 11 août 1750 , sur les avis pris de M, Pierre- Augustin de Rossel, évCquc diocésain, des olBcIers du bailliage et des maire cl cchevins.
Par le dispositif de cet arrêt portant règlement, on a ôtè à Saint-Valérien . de son ancien terrain , le cAté de la place Royale qui regarde l'orient, et quelques maisons des rues de Luynes, Royale et de la Madeleine, parce que celte paroisse, par la disposition du nouveau plan, se trouve avoir encore plus de maisons qu'avant l'incendie. La Madeleine se trouve augmentée d'Iiabitans, mais de peu de terrain. La paroisse de Saint-Pierre, dont on a prolongé le territoire sur celui de Saint-Valéricn cl sur celui de la Madeleine, d'un côté de la rue Royale, s'est vu enlever un cAté de la rue du Collège où elle joignait Saint-Lubin , et les maisons sur la rue Royale , depuis ladite rue du Collège jusqu'à celle de Chaulnes, dont l'arrêt a gratifié la paroisse de la Madeleine, Celle de Sainl-Pierre , en conséquence, se trouve la seule qui ait moins de maisons et moins d'habilaus qu'avant l'incendie, parce que les maisons
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iictucllcs ont , pour la plupart, beaucoup plus irélendue que celles duiit la ville élait composée avant le ilcsaslrc.
Le nouveau liàlinicnt de l'IIôlel-Dieu , commencé en 1756 et Uni en celte année 1762, est du dessin du sieur Guilluis, architecte du roi et administrateur dudit Hôtel- Dieu, établi à Cliàletiuduii depuis le commencement du rétablissement de celte ville. Après les fondemcfts Tuils de celte nouvelle maison des malades, la pierre de cérémonie en fut posée dans le côlé gauche de la porte d'entrée, tllc sert de rccouvreraont à une autre pierre dans laquelle il y a une entaille de quatorze pouces en carré, où l'on a enferme une boîte de plomb qui contient une lame de cuivre sur laquelle les armes du seigneur qui jouit actuellement du comté de Dunois, sont gravées avec ces mots :
« En Tannée 1759, le 8 mai, la première pierre de ce » bâtiment a été posée par M' Jacques Costé (1), bailli B général du comté de Dunois, au nom et comme fondé de » procuration de trés-liaut et très-puissajit seitjneur moii- « seigneur Marie-Charles-Louis d'Aibert, duc de Luynes w et de Chcvreuse, pair de France, prince de Ncufcliàlcl D et Vallcnt;in en Suisse el d'Orange; marquis de Saissac. » de Dongeau et de la Bourdaisièrc; comte de Tours, ila a Dunois , de Noyer et de Moitllort-rAmaury ; ucomte de » Tours et de CluUeaudun ; baron de Dampicrrc, Iloudan , » Marchenoir, Frétcvnl. Luchcu. Uonnélable, Uocliccor- » bon , Samblançay . Saint-Michel-sur-Loire , Dressuire , n Sninte-IIcrmine. Oiislelnau-Drelcnous et de Colmoudol- » Espalion ; chtUelain de Coulommiers, Airaincs. lîeau- 0 quesnc. Bonncuil, Lavardc-Mauger, Souseyrac, Verdes. IV Moiit-Lnuis, Audigny, Les Écluses. Crassay, Chiche , » Chausseray , Mont-Coulant et Suint-Georf,'cs-du-Rosay ; » seigneur de Germigny , la Guierclie, la Chillaigneraio ,
(1) Fils de celui i[ui vivait du tcinjis ÛQ l'itci'Udie. '
i> Luurtiay el la Roclie-de-Lusay ; chevalier-commandeur
•> des ordres du Floi , lieutenant-général de ses armées,
n coloriel-gèiiériii des Dragons de France, gouverneur et
u lieutenant-général , pour Sa Majesté , de la ville, prévôté
n et vicomte de Paris, grand-patron , rondatcur et couser-
» valeur de Tilôtcl-Dieu de Châleaudun ;
0 A la prière de MM. Costé , bailli-général du comté de » Dunois; Souchai , procureur-général fiscal du comté; » Ilaimltert, premier échevin ; Garnier, procureur du roi a en rh(^tel-de-ville ; Maugars, chanoine de Saint-André ; » Tliuault, maître de l'HùtcI-Dieu; Frilteau. , curé de » Saînt-Jcan; Guillois , architecte du roi; et Mauduit , » procureur au bailliage ; tous administrateurs nés clélec- » tffs de l'Hôtet-Dicu de Cbâteaudun. s
La maison des malades que Ton a détruite sans qu'elle mcnaçût ruine , apparemment pour le plaisir de la tirer de sa simplicité, faisait une longue suite de bâlimens avec la nef de Icglise. Ce n'était tju'un simple rez-de-chaussée, dont le plancher était Ircs-eihaussé , le sol étant plus bas tjue celui de ladite nef, La cuisine et les petits logemens des sœurs étaient adossés S\ son pan du midi ; le tout de l^lain-pied , sujet à moins d'inconvénient et de dépense pour le service des malades, que le beau bâtiment d'aujuurd'liui, où l'on a oublié de pensera une apolliicaircrie, une chambre des chirurgiens, une des morts, et, m'a-t-ori dit, une lingerie, un oratoire et un réfectoire pour les sœurs.
L'n objet qui occupe actuellement le Dunois comme le pays Chartrain, le Vendômois et la Touraine, par des corvées, est la route de Tours que l'on redresse depuis cette ville jusqu'à Chartres, par Vendôme et Châteaudun. Cette route a été tracée et alignée d'cndroilsà autres dès l'année 1758. On nu change rien derancicii chemin de Châteaudun
à Marboué, où l'on doit Faire un pont plus bas que celui d'aujourd'hui, pour prendre en droiture l'alignement de la nouvelle route tracée jusqu'à Bonneval.
Âu mois de février 1769, la communauté de la ville a acheté l'auberge de la Hallebarde pour faire des casernes ; cinq mille livres en ont été le prix.
Fructus otiiapud Ymonis-Villam.
Explicit anno D. 1762.
Jean-Bap. bordas.
FIM.