CHAPITRE NEUVifeHE
avait engagé son château et mandement de Palésieux, avec les revenus de cette seigneurie, et it avait assigné 160 florrins d*inicrél annuel îi prendre sur divers fonds ^
On eût dit qu^une fois engagé dans la voie des caution^ nements, le vieux coniie de Gruyère oe pouvait plus s*ar-
jeter sur cette pente Talale,
p Pierre, seigneur et comte d'Arberg^ avait été pris et retenu captif par le comte de Montbelliard et ses hommes d'armes, apparemment dans la guerre où Nicolas, sire de Blouay^ avait pareillement été fait prisonnier. Dans la crainte qu'il n'arrivât quelque accident au comte de Montbelliard, à ses alliés ou sujets, de la part du comte d'Arberg et de ses gens^ le prince Amédée, comte de Savoie, s'était porté caution du second, h sa requête, envers le premier, de la somme de 20,000 florins d'or, grand poids* A la demande du comte d'Arberg, son beau-frère Pierre IV, comte de Gruyère, la main sur les saints Evangiles, prumil h ciel ouvert, devant réalise de Rom ont, en présence de Perrod, mestral de ce lieu, notaire public, elde plusieurs témoins, et sous obligation de tous ses biens meubles et immeubles, de décharger le comte de Savoie de Tohligaiion que celui-ci avait coniractée, et de Tindemniser de tous les dommages qu'il pourrait éprouver au sujet de son cautionnement. De plus, dame Luquette de Gruyère, Temme du comte d'Arberg, romit conjointement avec son mari, sous la foi du serment et sous obligation de ses biens , de regarder comme libres de tout engagement le comte de Savoie et ses héri-
* Analysie d'une charte de 1359, daas VlnvenL anùLvûrt, aui archives 0e l'Iota L ilf Vâud.
tiers. Le comte de Gruyère déclara avoir autorisé sa 6lle a faire la promesse qu'elle venait de prononcer *.
Sous la même date (5 et 6 octobre 1561), Jean, seigneur de Valengin , promit pareillement de décharger le comte de Savoie de l'obligation qu'il avait contractée envers le comte de Montbelliard ^
Les recettes du comte de Gruyère ne pouvant suffire aux frais d'une guerre opiniâtre et à d'autres dépenses considérables, et une des principales sources de revenus, les affraochissements, tendant à diminuer de plus en plus, il s'était vu contraint d'avoir recours aux Lombards, c'est-à-dire aux Italiens établis à Fribourg, où ils faisaient le commerce des métaux précieux et prêtaient à gros intérêts. Ce système d'emprunt, usité dans un temps où il n'existait pas de crédit public, hâta la ruine d'un grand nombre de maisons souveraines. Celle de Gruyère ne put échapper à la funeste influence de l'usure qu'exerçaient les marchands lombards ^
Avant d'arriver au terme de sa carrière, le comte Pierre IV avait établi, le 10 avril 13S9, la Porterie * de la ville de Gruyère. On appelait de ce nom un office qui se
* Charte du 5 octobre 1361,Ioclict. XIIII , aux archives de Tarin, communiquée par M. le professeur Matile.
* Maiile, Monum. de Vhist. de Neuchàtel, Regestes, p. 1179.
* D'après une note tirée d'une charte , Pierre IV aurait reconnu , en 1 357 , devoir aux Lombards de Fribourg la somme de 400 livres. Suiv;Ant une autre version, ce serait le comte Jean (frère de Pierre) et sa femme Isabelle , qui auraient dû à ces marchands 404 florins et donné quittance de 100 fl. pour l'usure. On empruntait partout où Ton pouvait trouver de l'argent. La commune de Gessenay devait, à ce qu'il paraîtrait. 130 L aux Âugustins de Fribourg. qui, eu 1358. auraient confessé avoir reçu la moitié de celle somme.
* Voir p. 208.
ClUriTRE NEUVIÈME.
donnail en lief à un vassal chargé d*ouvrir, fermer et gariler les portes de la ville* Le portier relirait de sa charge certaines redevances. Entre autres avantages, celui de Crnjère avait une maison dans cette ville '.
Cesi sou fi le règne de Pierre IV que la ville de Gruyère fui, de ia part dn comte de Savoie^ Tobjet d*uûe bienveillance dont elle garda pieusement le souvenir. Amëdée VI, Toulant (pensons-nous) élever la petite cité de Grujère au rang des bonnes villes du pays de Vaud, lui accorda, par lettre patente datée de Morges, le 14 juillet 1559, les franchises de Moudon. L'ensemble de ces fraDchises donna naissance au code appelé le Couiumier de {rruyèri?\
■ L*acte solennel du 5 octobre 1361^ est le dernier acte public oiï ligure le nom du comte Pierre IV. Ce fut peutêtre la <lernière affaire dont il s*oecupa. Le vieux chevalier â'inclinait lentement vers la tombe.
Pierre IV était allié ans maisons de Weissenhonrg, de Corbières, de la Ton r-Chàii lion en Vallais, de la Tour- ChAtillon dans le val d'Aosle» de Str^eilingen, de Billens, de Grammont-Montferrand, de Belmont, d'Arberg, de Blonay, et d'Allamand ou d'Auhonne, et peu s'en fallut qnll ne contractât une alliance étroite avec la maison de Uahsbourg- Kilwurg.
([ Pierre IV fut marié deux fois, d'abord avec Marguerile da Corbières (décédée, comme on Ta déjà dit, le l*^*^ dé- I * GmhifhtforcKtr, Xllt. IB7.
' Lt» 9i septemlire lî>87, le gouvernemeîrl de Frll>oiirK tk coDtîrmé le Côummier de Gruyère, calqué sur celui de Moudon, sous le iKfe de; Sommairt^ drs laix . siatun , coutumes et ordonnùmrjt canfirtnh pour h rèQhmtnt des cames tmUt tt autres m ta vHtr. camtd t^t imt k rt^starl ft tmitiage ââ Gruyère.
cembre 1519), puis avec CatheriDe de la Tour-Ch&tillon eo Vallais, qui lui survécut. Sa première femme lui avait donné trois filles, Isabelle, Agoeletle et Marguerite.
L'ainée eut deux maris: l"* Ebal (de Belmont), qoi mourut sans laisser d'enfants ; 2"" Girard de Grammont, seigneur de Montferrand, à qui elle apporta la coseigneurie de Corbières S Elle était veuve depuis quelques années !or&qu^en 1558 elle confirma une vente faite par son fils Hugues de Grammont à la chartreuse de la Val-Sainte. Outre deux fils, savoir Hugues, qui, dans une charte do 10 mars 1560, parait en qualité de chevalier et de coseigneur de Corbières, et Geofl^roi de Grammont, son frère, Isabelle avait , de son second mariage , une fille nommée Marguerite, qui fut la femme de Nicolas, coseigneor de Blonay, chevalier *.
* IsabeUe ( «Ysabella de Grueria» ) accorda, en 1355, à Rolet et Mermillod, dits Arbalestrier, du Flendra ( « dey Fiendruz » ) , et à lears héritiers, tous ses droits sur la montagne dite Pertuys, au prix de 16 sous de cens annuel et de 70 sous d'entrage (Charte du 29 octobre 1355). Son père Pierre, comte et seigneur de Gruyère (« Petrus comes et dominns de Groeria »}, approuva cette cession et mit son scel à la charte de oonûrmatioo, qui est du 1^^ décembre 1355.
' Ce seigneur reconnut, enU356, avoir reçu de noble dame Isabelle de Gruyère, condame de Corbières et de Montferrand , mère de dame Mar^ guérite, sa femme, fille de feu Girard de Grammont, coseigneur de Corbières et de Montferrand, la somme de quatre cent et cinq livres de Lausanne, à compte des mille livres qui constituaient la dot de sa femme Marguerite, somme que. du consentement de son frère Jean , coseigneur de Blonay, chevalier, il assigna sur divers fonds, et sur divers hommes taillabies et hommes liges devant cens et rentes et les usages. (Charte du 14 juin 1356. aux Archives du château de Blànay )
Hugues de Grammont ayant élé perfidement empoisonné, à ce que Ton croyait, et son frère engagé dans des procès ruineux, Nicolas de Blonay. sur le point d'entreprendre un long voyage, désirant faciliter à son beaufrère Geoffroi {^Joffrey») les moyens de conserver ou de recouvrer sa terre patrimoniale et de venger la mort de son frère Hugues, consenUl ï
CHAPITBE NEUVIÈME.
Marguerite « la fille cadelle du comle de Gruyère* l^ierre iV, épousa Pierre, seigneur de Châlillon dans le val d'Ao&te, et mourut veuve, le 6 mars 1576, laissant uoe lille mariée a Ebal, seigneur de Monljovel ou Monijou, dans la dite vallée*.
D'après un document de la fin du mois de mars 1533, une des lilles de Pierre, seigneur du Vanel, qui fut depuis comte de Gruyère, devait épouser un fils d'Eberhard^ comte de Kibourg et landgrave de Bourgogne. Le contrat était scellé. Le père de la jeune fille et le [>ère du fiancé étaient d'accord sur la dot de la demoiselle et sur d'autres points, Pierre du Vanel devait payer un prochain terme de 100 livres, somme dont noble Guillaume d'Ulens cl d'Arcociciel * s'était porté caution envers le comte de Kibourg. Le comte de Gruyère (Pierre lll) et son neveu avaient passé une obligation en faveur de leur caution; ils y avaient appliqué leurs sceaux, et fuit apposer celui de Richard d*Eslavajé, doyen d'Ogo. Les deux enfants dont Funion était projetée ne sont pas désignés nominativement dans le con* trat que nous venons de citer. Le choi^ de Tuo et de Tautre était réservé au comte de Kibourg. Le 21 mars 1537, Pierre lll, seigneur et comte de Gruyère, Pierre de Gruyère,
ce qae , en sod absence, sa femnie f»erçùt lei revenue des terres sur le!>queUes ses dealers doUuit étaleai pièces , afin qu'eUe pût en aider son Trère, Après quoi Perrod Ful^rl, juge du Chablais ei du Genevois, en présence duquel fut pni^é l'acte de cession dont nous parions, notitîa aux eliàtebiûs de (a Tour de Veve^ el de Blonay, dé même qu'aux autres oflicters du comte de Savoie, siou seigneur, dans les ebâteUeuies desquels les dUe§ terres éiâieai situées , de Taire exécuter b teneur du présent acie^ Donné à la Tour de PeiU i«i« turri de pey! prope Viviacum ^), le Vdèceoibre 13RÎ. [Charit annexée à la priJccdentc. )
^ V'oif; le te clament de .Marguerite, au chapUre dixième • * vir nobdis Ws tWlUolmus) de Yltaua et de arconc^^r »
288 aisTOiBE DE LA cbctAbe.
seîgDenr da VaneU el Jean de Grayère, seigneur de HodIsaWeos, do cooseotemeDl de dame Calherioe de Weisseobourg, comtesse de Grayère, déclarèrent qu'un mariap élail concerté entre Aimoo, fils d'Humberl de Biilens, chevalier, seigneur de Palésieox, et Tane des Glles de Pierre, seigneur do Vanel, au choix de sire Humberl et de son fib; que cependant le comte de Kibourg aurait la priorité, s'il Id convenait de faire un choix. L'élue, disaient les auteurs de l'acte, serait remise aussitôt que possible, au plus tardi Pâques, k sire Humbert, pour la marier k son Qls Aimoo. La dot était fixée k 600 livres de Lausanne , payables en trois ans, k raison de 200 livres chaque année. Les susdits seigneurs de Gruyère reconnurent devoir à sire Humbert b somme de 1000 livres, qu'il leur avait prêtée. Ils lui engagèrent, en garantie de cette somme et de la dot, soit du capital de 1600 livres, la Tour deTrème, et lui fournirent ooe caution dans la personne de Louis II de Savoie , sire de Vaud *.
Il est peu probable que le comte de Kibourg ait fait usage de la prérogative qui lui était assurée. On n'a du moins aucun indice, aucune trace du mariage d'un jeune comte de Kibourg avec une demoiselle de Gruyère. Edouard III de Habsbourg-Kibourg renonça, parait-il, a une alliance matrimoniale avec la maison de Gruyère *.
* Geschichtforscher , XIII, 193. La gagerie doot il est ici queslioD explique le passage du traité de paix du 25 janvier 1350 , où il est dit qu'AimoD de Palésieux était intéressé à ce traité, à raison de la Toor de Trème.
Des huit Gis qu'eut le comte Eberba ' """^ " «iKNiiig-KilKHirg, un seul. Hartmann (III) se maria. Il eut «Btesse Anoeiie
Nidau. — Ces huit fils sont :
"chapitre NIUVIÈME.
Ce n'est pas tout. Le comle Ebcrhard clooi il s'agit oe b^étant marié qu'en 1326, il ne pouvait être question en 1555 cl en 1357 que d'un projet de mariage entre un de ses fils aînés et une des filles cadet les de Pierre du VoneL A l'époque des fiançailles^ en 1335, la neuvième année du mariage d'Eberhard, Ta i né de ses fils était un enfant de huit ans, au plus. 11 y avait alors quinze ans que Margue^ rîle de Corbîères, première femme de Pierre de Cruvère, seigneur du Vanel, élait décédée. Ses filles avaient atteint un certain âge en 1335. D'ailleurs, Taînée était déjà mariée en 1322, La deuxième, AgneleUe, approuva, avec sa soeur aînée, une donation que leur mère fil en 1319; depuis, elle ne réparait plus dans Thistoire. Marguerite, la troisième, approuva en 1525, avec son avoué, une vente que fit son père, A cette époque, nous l'avons dit, Eberhard de Kibourg n'était pas marié. Il est de toute invraisemblance que le comte ait songé, en l35o, à cboisir^ pour un de ses fils, une épouse parmi les filles que Pierre du Vanel avait de sa première temme. 11 fiiut donc admeure qu'il pensait k une iille du second lit. À la place d'un Ki bourg vint Àimon
Eberhard, dép en 1330 prévôt d'Âmaoldlngeo, et déplus, en 1363, cbanoiae de Su^sbourg.
Egenon , seigneur des possessions de la maison de Kibnurg, conjoint©mem avec son frère <iut suit. En 1S63 il deviot chanoine de Siràsbourg,
Hartmann (III) ^ successeur de son père âu£ dignités de comte de Kibourg et de landgrave de la Petite- Bourgogne II fut |>ère des deux derniers Kibourg.
Bherh<^râ le Jeune , en 1363 chanoine de Strasbourg , tut prévôt de Solenrede 1366 à 13S4,
Jean, prévôt de la Cathédrale de Strasbourg en 1363.
Berihoid. laïque, hérita des seigneuries de la maison de Kibourg et du Ipdgfivïat de Bourgogne.
Roduipkf. membre de Tûrdre tentonique en 1383, [ Çmftid, niernlire du même Ordre en 1383, hospitalier en 1390* et cora-
mda lai re d ' E I bi ng . { Cotnmumç ué. ]
de Billens, qui épousa Eléonore de Gruyère, que nous croyons êlre issue du mariage de Pierre du Vaoel avec Calherine de La Tour. Dans une charle du 15 oclobre 1362^ EiéoQorc est dite épouse d' Ai mon de Bi liens. De ceue union naquit Humbert de Billens, qui fut évéi|ue de Sion vers la fin du quatorzième siècle.
Pierre du Vanel, qui fut corale de Gruyère, avait épousé en secondes noces, comme on Ta dit, Catherine, fille du cbevalier Pierre de la Tour-Chàtillon en Vallais, cherd*uoe maison considérable dans les La nies Alpes, laquelle s^était établie dans la vallée de Frouiiguen , conime on Ta déjà fait observer, I^ comte Pierre eut de celte union cinq enfants, dont trois fils, savoir: Rodolphe^ qui lui succéda au comté de Gruyère, Jean, qui fut soigneur de Montsalvens, Pierre, qui, entré dans les ordres sacrés, fut prieur de Rougemout; et deui filles: Eléonore, qui fut femme d'Aimon de Billens, et Luquète *, qui épousa Pierre, seigneur et comte d'Arberg, seigneur d'illens et d'Arconciel, lequel en 1355 était vicaire et capitaine général de fem^ pereur Charles iV dans le Va liais*, le même pour qui son
^ Lucqueta. Luquela, Luqueua | difainuiif de LuceK nom qai a éié chungé par les copïsLes en ceux de JaqueLa et lie JâCûba , doni oo a fait i tort une m^ du comte Pierre Ut On a aussi donné à Pierre iV une tilïe du nom de Marie, qui nous est inconnue.
D'après cerUme note^ Luquèie de Gruyère paraîtrait comme veuve de Pierre d'Arberg , dans une charte de 137&, Le Nécrologe d'Huiniliroont n'a p^s oublié celte d.'ime. qui Tut une des bienfaitrices de ce coufeni On ï tit ce qui suit : * XV kal. dec Com(memomioi due Luquetede Gr^eria dne deArbecb que dédit nobis quinquaginta fforenos semel proâuoannlrersario facieudo et t^ro vna missA qualibeL el>dumadi^ per nos diceuda pro anima predicie domine ac prodecessorum suorum » {Comm^ par M, /. Gremai^d}
' < Pelru$ cornes et domlnusde Arberg, et in patria Valesii , Seduneosis diocesis^ pro serenissimo Duo Tparoio Impurature Romanorum, semperaugusto, vicartus et capilaiieus greueralis.,. » Cii. de 13&5, dans Uouvrage du P. Furrer, Urkanden l'on WailÎM, p. laS Vôjeu aussi \d t». 143-
CBAPITRE HEUV'IËMB.
beau-père, le comte de Gruyère, se porta caution Ae 20,000 aorins, en 1361'.
Le comte Pierre ÏV mourut, selou loule apparence, eo 1365, après avoir parcouru avec gloire uoe carrière fertile en événements *,
Sa femme, CaUierioe de la Tour-Châtillon , ne lui survécut pas plus de deux ans. Âtleinte de maladie^ elle (il, le ââ mai 1567, son testament, par lequel elle institua héritiers uuiverâels de ses biens ses trois Gis, Rodolphe, Jean et Pierre. Elle fonda, pour elle et pour son mari, un anniversaire au couveut de la Part-Dieu , destinant ^ cet effet 40 sous k prendre sur la recelte de Gesseua;, sous réserve de rachat au prii de 50 livres de Lausanue ^>
Amuser de fictions Fesprit des lecteurs serait au-dessous de la gravité d'un ouvrage composé sur des documents aul heu tiques. Cest pourquoi nous ne rapporterons pas les
* Voira la p. ssâ.
' Il est certaïQ que le comte Pierre IV vivail la 14 jaîn 1363. Sutfant inné note doot nous d'avoqs pu vérifier Veiaciitude , U aurait donné, en 1365» quUlance tle 500 D. à Oton d'Everdes. Vne autre note , peu sûre, le fuit bai m de Lausaune h la même époque. Voici des données plus précises. Dans son teslamenl des 7 et 19 avril 1365, et dans son codicille du 5 ootembrede la même aont^e, le comte Jean, pariant de son frère, Pierre IV, «"exprime d'une façon qui nous porte à croire que celui-ci vivaii encore k ceLt€ époque t « .. iiiusLriâ vin domlni Peiri eomitis et domini Gruene carissltnl fra(ri>i noslri , * tandis que dans son testament du W arrU 1368, Jean se sert du mot usité pour indiquer la mort de quelqu'un , en disant : * quonéam fi ri domîni ei eomitis G rue rie fratrîs noslri* > — Cependant, nous avons une charte du 3 mars 1365» oti k comte régnant est Rodolphe, 1 Ûh de fm seigneur Pierre, seigaear et comte de Gruyère.» l\ paraît que l'auteur de ce documeot a pris l'année de l'incarnation. Dans cette h|pothi^se, la dite cbarie serait du 3 mars 1366, nouveau aiyie
' Archiver de la Parl-Dien. â Fribourg.
aoecdotes, les bons mots et les plaisanteries qu'une tradition plus ou moins accréditée dans la Gruyère attribue au Triboulet de Pierre IV. Ainsi que Fa fait observer un critique \ c il ne nous appartient plus de mêler à Tbistoire » des comtes de Gruyère celle de Girard Chalamala \ » Comme faible compensation de c ces inventions charmantes, fruits d'un âge plus jeune que le ndtre, > nous communiquerons à nos lecteurs une ordonnance épiscopale, qui n'est pas dénuée d'intérêt. Elle pourrait, dans on sens, être considérée comme une nouvelle preuve des efforts que faisait incessamment Févéque de Lausanne pour assurer à
> Dans le Courrier suisse de 1844, n^ 101.
* Le ConservcOêur suisse coDUent, au t. V«, les prétendoes saillies da boaffoD Girard Chalama.
Od ni dans les Notices histor. et généal. de Castellaz , que Girard Cbalama, bouffon du comte de Gruyère, mourut en 1349, qu'il avait nommé le comte Pierre son exécuteur tesumenuire , qu'entre autres legs il avait donné 15 sous de Lausanne, ou une vacbe. à Anselme de Arano, curé de Gruyère. L'auteur de cette note cite un « Livre et cartul. de la cure de Gruyère, » et il ajoute : « J'ai vu en effet, au prieuré de Brocb , que 15 sols lausannois étaient alors le prix commun d*une vache. »
M. Tabbé Gremaud, curé desservant à Echarlens, nous a fait la communication suivante :
« Dans un inventaire des Utres du clergé de Gruyère , « inceptum die 20a mensis martii Ao. Dni. 1464, a nativ. Dni. sumpto, » par François Chouzon, curé de ce lieu, on lit sous le n° CL VI : « TestamerUum Girardi Chalamalax. De tribus solidis cum dimidio census. »
«J'ai fait des recherches à Gruyère pour découvrir ce testament, mais sans résultat.
« A la bibliothèque de Berne, parmi les Msc. du curé Girard, se trouve un inventaire des mêmes archives, dressé au siècle passé , mais le testament de Chalamalaz ne s'y trouve plus ; il est donc fort probable qu'il s* est perdu. C'est dommage .* un testament de fou aurait bien son importance. » {Leure du 9 octobre 1854.)
Il se pourrait que le comte de Gruyère, suivant l'usage des princes et des seigneurs, eût eu à sa cour une espèce de fou, que ce bouffon eût été désigné sous le sobriquet de Schelme, qui dans le vieux langage signiQalt un vaurien, un espiègle, et qu'on eût fait de ce nom celui de Chalama, ou de Ckalamalax, nom d'ailleurs inconnu dans la Gruyère.
CHAPITHË NELVIÈEIIS.
église une grande iolîuence polilique sur le comlé de Grujère. Mais on y verra plulôi ud moyen d'éviler le renouvellemeût de riies sanglantes eotre les gens de Tévéque el les vassaux du comte. Donc, le 28 juin 1562, Té^ véque Aimon de Cossonay écrivit^ àe son château de Lu* cens, à sou doyen d'Ogo, que ce dignitaire ecclésiastique» ou son vicaire^ devait, sous peine d'eïcommunicatiou, tenir la cour du doyenné d'Ogo dans le bourg de Bulle, appartenant h Tévéque, et non dans quelque autre lieu^ Il menaça de la même peine tout curé, vicaire ou recteur d*^lise établi dans le doyenné d*Ogo, qui admettrait, scellerait, exécuterait une lettre cilatoire soit uo ordre de comparution qui n'aurait pas été fait à Bulle. Le prélat enjoignit expressément k son châtelain de Bulle de veiller à la sûreté de toutes les personnes de Tun ou de Fautre sexe qui se ren* draîent k la cour du doyen h Bulle, ou qui en reviendraienl, de les garantir de tout acte de violence et d'outrage de la part de ses sujcls, el de faire donner satisfaction complète à quiconque aurait, en pareille occurence, reçu quelque injure ou éprouvé quelque dommage ^
Si nous poursuivons riiistoire de Jean, comte de Gruyère, seigneur de Montî^alveus, nous ne découvrons dans la seconde moitié de celte histoire, comme dans la première, que des actes d'intérêt privé, des fondations, des ventes, des affranchissements, des emprunts. Il n'est, dans la vie
' "( DaL apud Lucens snb srgUlo ïioâiro die mârtis post Teslum U. JohaBQîs Bapliste, anno Dnl milîesimo CCC° sexagesimo secundo, » iComm* par M^ J Grfmand.)
UISTOmE DE LA GRUTÈEE*
du comte Jeao^ aucun fait d'ofi Ton pût inférer qu*il enl une part au gouvernement du comté *,
Nous remarquons d'abord les fondations de trois chapelles, Tune dans la grande église de Lausanne, la deusième au cbâteau d'CEï, la troisième dans Téglise paroissiale de Broc« Jeau de Montsalvens assigna k chacune d'elles une rente destinée h des messes que les chapelains institués par lui célébreraient pour le repos de son âme et te salui de ses ancêtres'. Il accorda la franchise de diverses prestations à Perrod Bricodt de TEssert près de Cbâteau-d'CEi, et k Jean Descoullayes ^, en retour d'un chesal qu'ils \m avaient cédé, et sur lequel leur seigneur lit élever nne chapelle en riionneur de sainte Catherine*- Celte récompense, suivant Peic pression un peu vague de la charte» comprenait les libertés et franchises dont jouissaient les autres habitants de Château-d'OEs. Vers le même temps, deos autres chefs de famille» Perrod Pillel * et Nicolas dît Bricod *, furent pareillement exemptés de divers services, te premier en retour de 8 livres qu'il paya k son seigneur.
Outre les trois chapelles que nous venons de meoiionner. te comte Jeau de Gruyère fonda» pour le salut de son âme
' SutvaDi le Guchkktfùrseher, t XÎO, p. 198, le comte Jean, seigneur de MoDtâalvens, aurait eiercé eu 1340, au nom du comte de Savoie, Tofl^ce d'avaué de Payer ne, U paraît plus certain que le comte de Savoie lui confia la cMlellenîe de Moral. Voir plus bas (p. 297) la charte de 1363.
* Ces foDdatioDs furent couUrméeâ par le comte Bodolphe IV, oevea an comle leau, par acte du 17 jauvler 1367.
* * de culaes. *
* Deux chartes, dont Tune, en faveur de Perrod Bricod, scellée par le«n de Montiialvens et par son frère te comte Pierre , est du 3 octobre 1857 ; l'autre, du mois de juin 1369.
* Cb. du moU de novembre 1358
* Cb. du mots d'ociobre 1363.
el Je repos tle feu Isabelle d*Arbcrg, sa femme, et de sa sœur Mermeiie de Gruyère, veuve d'Henri de Str^tiiiigen, en au tel daus l'église de Saini-Maire, à LausaDoe^ vis-a-vis de Tautel de saîole Calhenue, el il établit deux cbapelaÎDS aliariens pour le desservir, 11 dota cet autel en lui donnant des vignes au Désaley, avec des dîmes et un pressoir Ik Ëpesses, dans celte partie de Lavaus où croît aujourd'hui le meilleur vin du pays. On sait que la culture primitive du Désaley est due aux moines d'Ilauierél, quî^ au commencement du douzième siècle, défrichèrent ce quartier alors sauvage, et y plantèrent les premières vignes. Jean de Grujère ajouta h ces dons une autre vigne située près de la Tour de Marsens en Ogo, de celte lour carrée et crénelée, qoî depuis le douzième siècle est assise sur le (lanc du Jorat, à une demî-lieue N.-E- de Cully, d*où elle domine ces prairies, ces vignobles, ces beaux paysages que baigne le Léman. Le comte Jean désigna, pour la sépulture de sa femme et de sa sœur, une place près de Tautel de saint Maurice, Il iudiqua, pour y déposer sa dépouille mortelle ^ un autre endroit devant la chapelle de Notre-Dame, près du Hpîlîer, du cAté du chœur, au pied de Timage du Christ soulTrant sur la croix '- Il voulait que Ton couvrit sa lombe d*unc simple pierre» laîllée h ses frais, el posée à plal% comme la pierre qui fermait la. lombe de Jean de Cossonay ".
^ « ÎD passione depîctam. »
* * lapis plan us. *
* Cbarie da fondation de Vm 1359» dans le I p. 199 SI celte dale estetacleT iloe ssuraU i de Jean IM, sire deCo^sanaj, f^ui, décédé^ îiiljïimé ihùs la chapeUe de réglîse de Si-I Domm., V V, 1" part., p. 98 ^ Cossouaj. éTèt]ue de U usa une» qi
Ces pensées lugubres semblaient annoncer que le comte Jean de Gruyère était uniquement préoccupé de sa fin. Cependant, un mois après ces préparatifs il convola en secondes noces. Le 22 août 1559 furent scellées les conditions de mariage entre Jean, comte de Gruyère, seigneur de Montsalvens, et Marguerite de Billens, venve de Kerre de Duens ^ Le contrat de mariage se fit du consentement d*Aimon de Billens, chevalier, fils et successeur de feo Humbert de Billens, seigneur de Palésieux \ Mai^oerite apporta par dot à son époux 1800 florins d*or, somme que celui-ci assura sur ses terres et sur leurs revenos. Le comte accorda h son épouse la somme de 1000 florins d*or pour la vie , et plaça cette somme sur son ch&teaa et village de Rossinière. Cet acte reçut Tapprobation de Pierre, comte et seigneur de Gruyère, et de son fils Rodolphe, chevalier '.
Le comte Jean, malheureux en mariage, ne conserva pas longtemps sa seconde femme. En 1565, nous le voyons uni à Marguerite d*Oron, fille de feu Rodolphe d'Oron, chevalier , condame de Blonay , et veuve de Girard de Chàtillon , chevalier , dont elle avait un fils nommé Guillaume. Cette dame fît avec Amédée YI, comte de Savoie, un échange propre à terminer ses querelles avec les coseigneurs de Blonay, qui possédaient des terres conjointement avec elle. Marguerite avait un quart de la seigneurie de Blonay. En
* Ou « Duyn, » dans le Genevois {?).
' Àimon était, par sa femme Elinode ou Eléonore, neveu du comte Jean de Gruyère ; il en devint le beau-frère par le mariage de sa sœur Marguerite avec le dit comte.
• Arcb. de l'Etat de Vaud. Invent. anal, rouge, et le Geschichtforseher, l. XHT, p. 200 et suivante.
CaàPITRE NElIfrÈME.
échange de la maison forte de Dign^ns, que le comte de Savoie lui cëda, avec ses appartenaoces, vassauï, cens, renies, fonds de terre et juslkes (haute, moyeoDe et basse), Marguerite, de fâTeu de son mari Jean de Gruyère , abandonna au comte Verd sa part des château, villdge, mandemenl et cbàlellenie de Blonay, avec les droits et revenos qui en dépendaient, et vingt livres de Lausanne de cens annuel dues par le comte de Savoie à Girard de Châtillon, jadis époux de Marguerite, et que celle-ci percevait sur le péage de McH^es^ comme avait fait son mari. Le comte pouvait racheter ces 20 livres de cens annuel pour 500 livres, ou les assigner sur les revenus de Digoens, sous réserve de rachat. Elle lui céda de plus 500 florins d'or, bon ^K>ids, que lui devaient les hommes de la communauté de Vevej, k raison de certains pâturages qu'elle leur avait vendus. Marguerite donna gracieusement les deux eioquiëmes de cette somme (200 florins) au comte de Savoie, qui devait lui réserver les autres trois cinquièmes (300 florins}. Enfin, Marguerite fit au comte de Savoie remise e 200 florins d'or, bon poids, de la somme qui pouvail être due, pour fin de compte, h son mari Jean, comte de Gruyère, h raison de Toffice de châtelain de Moral, qu'il avait exercé, paraît-il, de la pan du comte de Savoie, L^excédant de la somme abandonnée à celui-ci était réservé au comte Jean.
r Cet échange, conclu par des commissaires, à Lausanne, le 15 mars de Tan de la nativité I5C5, Indicl, I, fut ratifié dans le mois de septembre de ia même année *<
^ Airlihes du cbit^u ûû Bloni; sur Vefej,
Dans le mois d'avril 1365, le comte Jean fît son iestamenl Duocupalif. Il institua ses héritiers universels, par égales portions , ses deux neveux, Rodolphe et Jean, fils de son frère Pierre , comte et seigneur de Gruyère. Celui des deux frères qui survivrait k Tautre hériterait de la part do défunt, dans le cas où celui-ci n'aurait pas laissé d^enfaot légitime. Le testateur choisit le lieu de sa sépulture dans la cathédrale de Lausanne , près de la chapelle de la bienheureuse vierge Marie. Les exécuteurs testamentaires * devaient régler ses affaires à Tamiable, sans contestation ^ sans procès. Jean de Gruyère 6t un grand nombre de legs, comprenant ensemble quarante-six livres de rente annaelle, et près de quatre-vingt-dix livres en différentes sommes, payables une seule fois. Parmi ces legs nombreux, nous remarquons celui qu'il destinait à son neveu Pierre de Gruyère, qui fut prieur de Rougemont. Il lui donnait, pour la vie, sa maison de Villars (sans la faculté de la vendre ou de l'aliéner de quelque autre manière), avec six livres de rente; de plus, six autres livres qui lui étaient dues, et vingt livres en une fois. Le comte Jean légua quatre livres de rente au couvent de la Part-Dieu, pour un anniversaire; en outre, au même couvent, quatre livres de rente an- Duelle , sous condition que le prieur et la communauté seraient tenus de vêtir de drap gris, chaque année k la Toussaint, treize pauvres du village de Broc, et non d'un autre lieu. Le testateur s'en remettait , à cet égard , à la con-
' Savoir: Tévêque de Lausanne (Aimon de Cossona^), Jean d*Oron, seigneur d*AUalcns, chevalier, François d'Oron. doDzel, frère du précédent, et Girard des Grinilles, de l'ordre des Frères mineurs de Lausanne.