‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 138 sur 170 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

OÙ Antoine hérita du comté de Gruyère, il avait traversé le temps de sa minorité sous la tutelle de son aieule, assistée d'un conseil de r^ence. A Tépoque où il dut, à son tour, veiller aux intérêts d'un pupille et guider ses pas à rentrée d'une carrière périlleuse, il n'avait lui-même ni la maturité qui impose, ni la sagesse que donne Pexpérience. Cependant le jeune Antoine aurait été Tobjet d'une sollicitude paternelle, s'il est vrai, comme on l'a dit avec assez de probabilité S qtie son éducation fut confiée aux soins d'un vénérable ecclésiastique, Jean de Prangins, chantre de Lausanne. Ce dignitaire de la cathédrale parait comme témoin, nous dirions volontiers comme le protecteur et le gardien d'Antoine, en plus d'une rencontre où sont débattus les intérêts du jeune comte de Gruyère.

Amédée VIII, naturel gouverneur d'Antoine, se fit d'abord représenter dans l'exercice de cette haute fonction par Jean de Blonay, qui fut chargé de l'administration du comté de Gruyère.

A la mort de son aïeul, Antoine était dans l'époque intermédiaire entre l'enfance et la puberté. Il avait ce que certaines chartes ont appelé l'âge de discrétion. La loi lui reconnaissait l'aptitude à prendre part à certains actes en prononçant quelques paroles solennelles, sans qu'il eût, toutefois, la capacité d'action. En suite de ce principe, le jeune Antoine offrit à son suzerain d^accoroplir l'acte de foi et d'hommage dont il était tenu envers lui.

^ Combaz, dans son Histoire de la Gruyère, cite des comptes d'où il résulterait qu'Antoine aurait été placé chez le chantre Jean de Prangins , et par conséquent élevé à Lausanne.

Le 5 juillet 1404, Jean Balay, secrétaire da comie de Savoie, reçut du château de Gex Tordre de procéder ï la reconnaissance que le jeune comte de Gruyère désirait faire à son supérieur féodal des fiefs qu*il tenait de la couronne de Savoie. Il fallut différer jusqu'à la 6n de Fautomne Texécution de Tordre d'Amédée VIII. Voici la cause de ce délai.

Antoine de Gruyère, héritier de la seigneurie d'Aubonne, que son père avait achetée en 1393, devait, & raison de ce fief, faire acte de reconnaissance et d^hommage au comte de Savoie. Or, Jeanne Alamandi, veuve d'Oton de Grandsoo, revendiquait les seigneuries d'Aubonne et de Coppet, ainsi que les autres liefs de Tépoux qu*un duel funeste lui avait enlevé. Après avoir longtemps défendu ses droits, elle consentit à un arrangement avec Amédée VIII. Par acte da 2 octobre 1404, passé au château du Bourget, en présence de Guillaume de Challant , évéque de Lausanne, de Pierre Andriveti, maître d'hôtel d'Amédée VIII, et d'autres témoins ecclésiastiques et laïques, l'infortunée Jeanne céda au comte de Savoie tous ses droits aux seigneuries d'Aubonne et de Coppet, se réservant pour la vie le lieu et la seigneurie de Coppet , dont le comte lui assurait la jouissance en lui garantissant une rente viagère de 600 florins à prendre sor les revenus de ce fief. Jeanne pouvait toutefois disposer par testament d'une partie de cette rente, jusqu'à la somme de 100 fl., que le comte, à son tour, pourrait racheter au prix de 2000 florins. Jeanne devait aussi faire an comte de Savoie la cession d'une rente annuelle de 140 fl., qui loi avait été assignée, à litre de deniers dotaux, par feu son beau-

CH4PiTRe mvzituE.

Guillaume de Grandson, père d'OloD, sur la recette da grgnd et du petit péage de Villeneuve'* ,

L'accord passé entre le comle de Savoie et la veuve d'Otoo de Grandson ayaot écarté l'obstacle qui relardait la prestation d^hommage et de lldélité dont Antoine était tenu envers le comte de Savoie, à raison du comté de Gruyère et du fief d'Aubonue, dont il était le coseigneur, Jeau Balay put enlia procéder à la cérémonie qui était d'usage aucbangement du seigneur ou du vassaL En conséqueuce, le 19 novembre 1404, le jeune comte de Gruyère vint au château d'Àu*^ bonne, avec Jean de Btonay, chevalier , son gouverneur, Antoine d'Auboonet coseigneur de ce lieu^ ei Jean de Moiii* Il se présenta devant Jean Balay, commissaire du comte de Savoie, et après avoir aflirmé qu'il était Antoine de Gruyère, âgé de neuf ans (ce qui fut attesté par ses conseillers), îl écoula la lecture que Jean (ialay fit en langue romane d'un acte du 17 février 1373, par lequel le der- Bter comle de Gruyère, aïeul paternel d'Antoine, reconnaissait tenir du comte de Savoie les fiefs qui y sont désignés. A son tour, Antoine, de Tavis de son gouverneur et de ses conseillers, se reconnut publiquement homme lige et vassal du comte de Savoie, à raiiaon des fiefs qu'il leaait de ce prince, savoir: le ch&teau , la ville et le mandement de Gruyère, avec les hommes, nobles et non nobles^ bourgeois, taillables et censitaires, Tomnimode juridiction, bref toute la seigneurie de Gruyère, a rexeption toutefois ilesvillage8dePringy,de la Pra (?), d'Epagny etd'Es

* Ch du 3 octobre U04, tndktioti H«.

' « 4nUionil de Atttooa, condomîtii Atbiine » Voi

les châteaux et mandements de Montsalvens, d'OEx, du Vanel avec la terre de Gessenay , et toutes leurs appartenances; le château et mandement de la Tour de Trème'. Il reconnut aussi tenir en fief du comte de Savoie le château, la ville et le mandement d*Âubonne avec ses appartenances; de plus, les hommes et hommages, fiefs et arrière-fiefs, les cens et rentes, Tomnimode juridiction des villages de Founez, de Commugny , et d'autres, dans la cbfttellenie et le mandement de Coppet. Il promit d'observer fidèlement la reconnaissance qu'il venait de faire , et de remplir les devoirs dont il était tenu envers son suzerain. Cet acte solennel fut ratifié par le gouverneur du jeune comte et ses conseillers, dans la salle du château d'Auboane, en présence d'Etienne bâtard d'Oron, de Nicod de Gimel et d'autres témoins ^

Environ trois mois après que le jeune comte Antoine eut accompli les formalités dont nous venons de parler, il s'éleva une contestation entre les deux communes de la Haute- Gruyère, au-dessus de la Tine, au sujet du tribut annuel que le traité de combourgeoisie fait avec Berne, le 26 juin 1405, leur imposait en reconnaissance du droit qu'elles avaient acquis. La commune de Cbâteau-d'OEx refusait obstinément d'acquitter sa part de cette contribution. Les magistrats de Berne, voulant terminer ce regrettable débat, envoyèrent dans la Haute-Gruyère deux membres de leur

* Ce 6ef, OD le voit, ne relevait plus de Tévêque de Lausanne.

' Ch du 19 novembre 1404. IndicUon 12*. dans une copie vidimée et expédiée à Cbambéry le 23 janvier de l'an 1556. pris à Noël.

Page 1